26/02/2008

Un puits dans les étoiles

puits dans les étoiles

 

 

Imaginez un vaisseau de la taille de Jupiter. Immense, il parcourt sans relâche l’univers infini.

Doté des technologies les plus perfectionnées, terriblement puissant et pourtant, désespérément vide. Vide, de tout habitant, vide de tout commandant.

Qui l’a construit ? Tout le monde l’ignore, mais il semblerait selon les dernières estimations qu’il soit pour ainsi dire aussi vieux que l’univers.

Ce paquebot titanesque a sillonné pendant une éternité la Voie Lactée. Il a survécut aux comètes, évité les trous noirs. Calmement, il s’est avancé pour finir après des milliards d’années à passer dans notre système solaire.

Les humains qui l’ont découvert ont connu toutes sortes de sentiments : la peur, l’excitation, la curiosité… Et puis, un jour, ils se sont lancés. Ils sont partis à la conquête du Grand Vaisseau.

Ils en ont pris le contrôle, l’ont exploré, visité, étudié.

Des technologies incroyablement avancés, une coque d’une solidité à toute épreuve et, à l’intérieur, un espace vide de plusieurs milliers de kilomètres cube. Une infinité de pièce, de couloirs, un dédale interminable impossible à explorer de fond en comble.

Les humains ont quitté la Terre. Ils ont préféré leur incroyable vaisseau et sont partis à l’aventure à travers la Galaxie. Ils ont rencontré des individus extraterrestres, les ont abordés, leurs ont parfois proposés de participer au Voyage.

Ensemble, ils ont formé une civilisation flottante parmi les étoiles.

Mais, le Grand Vaisseau  recèle bien des secrets et du fond de ses salles les plus profondes, d’un domaine appelé Marrow sont remontés révoltes et guerre.

La fin a été proche. Mais les capitaines ont réussi in extremis à rétablir l’ordre et à faire reculer ceux qui avaient pris les armes sous le nom des Indociles.

Pourtant, le calme reste bien loin car tandis que les esprits se refroidissent peu à peu, un immense trou noir menace déjà à l’horizon. Même s’ils s’en échappent, ils n’auront d’autre choix que de pénétrer dans une région de l’espace peu connue, une région qu’on appelle l’Encrier. C’est un nom qu’on a choisi pour faire référence à son absence totale de lumière.

De lumière, mais pas de masse car l’Encrier aussi sombre soit-il n’est qu’un immense champ rempli d’étoiles et de masses solides trop petites pour produire de la lumière mais suffisamment pour laisser présager collision ou présence de vies inconnues.

Le pire est à craindre car tout ce qui un jour à plonger dans cette obscurité n’en est jamais ressorti.

 

Science-fiction au rendez-vous pour ce livre avec un auteur de formation scientifique, Robert Reed, qui maîtrise plutôt bien son sujet spatial. Les descriptions des phénomènes de l’espace foisonnent tandis que l’écrivain ne dément pas les lois élémentaires de la physique.

Très soigné et très travaillé, le livre porte aussi essentiellement sur les personnages. Des humains et extraterrestre qui ont vaincu les problèmes de la mortalité pour semble-t-il sombrer dans la folie.

Narcissisme poussé à l’extrême dans un univers où le pouvoir se fait maître, l’immortalité semble aussi avoir fait oublier les notions de familles, d’amours, d’amitié, pour ne laisser que des personnages froids, cruels, ivres d’eux-mêmes.

Robert Reed quoique peut diffuser en français fait partie des grands noms de la science fiction américaine présentant toujours un imaginaire impressionnant au fil de ses récits, il séduit également par un style très posé et une capacité innée à faire naître le suspense.

 

Bonne lecture à tous les amateurs du genre.

20/02/2008

Un rêve américain

normanmailer

 

Invitée d’honneur, la littérature américaine s’immisce sur ce site sous les traits d’un de ses enfants terribles, le célèbre Norman Mailler.

Décédé durant le mois de novembre 2007, cet écrivain a laissé derrière lui, un œuvre très vaste, un témoignage critique de son temps et de son pays.

Témoin critique ? A n’en pas douter, Mailler en est un. Décrié, souvent abattu froidement par la critique, il sait pointer son stylo là où ça fait mal pour faire ressortir l’ombre de l’homme et de la société.

Sa mort a enlevé un auteur remarquable du panthéon des vivants et néanmoins, il a réussi à nous livrer un dernier cadeau, un dernier crochet du droit avant de s’envoler.

Ce crochet, c’est Un château en forêt.

En quelques lignes, l’écrivain y raconte l’histoire difficile d’une famille aux mœurs décadentes, perverses, immondes, la famille Hitler. Ainsi dans un roman où se mêle rencontres avec le diable, relations incestueuses et autres ignominies, nous sommes plongés dans l’enfance difficile d’un enfant qui finira par faire trembler le monde. Comment créer des monstres, comment créer des dictateurs ? Une œuvre qui vous vous en doutez a fait énormément d’émules dans l’univers des critiques littéraires.

 

Des émules pour son côté dérangeant, Normal Mailler n’a fait que les faire jaillir et ce depuis ses premiers ouvrages.

Parmi eux, Un rêve américain obtient une place de choix.

Ici, Stephen Rojack, le héros ou plutôt le personnage principale puisqu’il s’agit de quelqu’un de tourmenté sombres, abattus, las de vivre, mais surtout de quelqu’un qui n’a pas ou plus ni l’envie, ni le courage de se battre avec le monde et d’affronter les choses.

Antihéros, cet ancien soldat de 40-45 n’a pas trop mal mené sa barque depuis la grande guerre, du moins, il a survécu. Décoré des plus hautes distinctions pour a bravoure au combat, sa démence plutôt, cette homme a réussit à devenir un temps sénateur avant d’épouser une riche héritière et de prendre poste comme professeur et présentateur télé.

Sous cette apparente réussite, une vie gâchée, une vie démangée, des orgueils blessés. Et une goutte d’eau de trop. Une goutte d’eau qui se matérialise sous la forme d’une femme, sa femme. Un animal des enfers qui lui a rongé l’esprit, le rabaisse sans cesse et le détruit à petit feu. Un soir, une bagarre éclate dans un appartement luxueux. Celle de trop car Rojack vient d’étrangler sa femme. Elle est morte, il est délivré. Pour camouflé le crime, Stephen la balance par la fenêtre du dixième étage. Reste à voir si les autres croiront au suicide.

 

Les personnages défilent transportant avec eux leurs défauts, leurs pathologies, leur groupe social et la vermine qui les démange.

L’enfant terrible n’hésite pas à faire feu sur tous les travers de l’Amérique, sur tous les côtés sombres de ses habitants.

Folie, meurtre, mensonge, drogue, sexe, bagarre, suicide, cancer, dépression, alcool, racisme, mysticisme, guerre et course au pouvoir rien ne lui échappe et ça fait très mal.

Et pourtant,… pourtant pour un livre qui fut écrit dans le courant des années soixante, il est paradoxalement ultra moderne. Les problèmes n’ont pas changé, les mœurs non plus. Pire, on est bien obligé de constaté qu’ils ont gagnés le reste du monde.

Mais Un rêve américain est ne l’oublions pas, un roman. Et en fait, il serait honnête de dire qu’il n’appartient pas vraiment à une catégorie. A cheval entre le polar sombre, le thriller, le drame psychologique, on touche un peu à tous les styles en gardant les pieds sur terre solidement enfoncé dans une couche de réalisme. Il s’accorde le plaisir de dépeindre une réalité couverte de vernis qui n’empêche malheureusement pas une odeur nauséabonde de suinter.

Et c’est en refermant la dernière page qu’on se rend compte de ce que l’auteur aurait pu nous dire : « Vous voulez voir de l’horreur, ouvrez les yeux ! »

 

Bonne lecture!

15/02/2008

L'empire des Anges

empire anges
 

Cinq millions d'ouvrages vendus en France, dix millions dans le reste du monde, une pièce de théâtre qui s’achève à Paris, des nouvelles, des bandes-dessinées, des courts-métrages... et un nouveau roman : 'Le Souffle des Dieux'.

Bernard Werber semble être partout sur tous les fronts à la fois, ne vous étonnez donc pas de le retrouver si omniprésent ici aussi. Pourtant, ce n’est pas sa dernière nouveauté que je vous propose cette semaine. J’aimerais pouvoir le faire mais cela restera interdit aussi longtemps que je n’aurai pas fait celle de L’empire de Anges, la suite des Thanatonautes, le livre précédent sa trilogie des dieux.

Alors Werber, c’est bien connu à une incroyable passion pour deux grands thèmes qui sont : d’une part quelle est la place de l’individu dans la société mais surtout d’autre part, quelle place, quelle apparence peut prendre notre société prise à différents points de vue.

Ces thèmes étaient récurrents dans les fourmis où l’on assistait à cette comparaison entre une civilisation fourmis et une civilisation humaine, ils revenaient dans son documentaire ‘Nos amis les terriens’ où des extraterrestres réalisaient un documentaire animalier sur l’espèce humaine.

Aujourd’hui que Bernard Werber rédige l’Empire des Anges, inutile de dire qu’il est resté maître de la question et que cette fois, ce sera vu d’en haut que nous seront décortiqués.

Michael Pinson est  mort. Le héros des Thanatonautes a succombé au-même accident que ses collègues chercheurs, à savoir le crash d’un avion sur leur laboratoire de recherche.

Cette fois, il a franchi pour la dernière fois la frontière du territoire des morts. Il a remonté les paliers jusqu’à la pesée, le jugement des âmes par les archanges. Sa vie n’était pas exemplaire mais bénéficiant de l’apparition d’Emile Zola comme avocat à son procès, il parvient finalement à sortir indemne de l’épreuve. Il est désormais admis dans le stade supérieur de l’évolution, l’Empire des Anges.

Ils sont des centaines, des milliers, libérés de leur enveloppe charnelle, libérés des douleurs dans un décor magique. Ils n’ont qu’une seule mission guidé l’avenir de l’humanité, guidé les hommes.

Pour cela, chaque ange a à sa charge trois mortels qu’il doit amener à leur tour à évoluer. Leurs méthodes, leurs instruments ? Les rêves, les messages cachés, les chats, les intuitions, les médiums,… De quoi guider chacun sur le droit chemin. Mais ce n’est pas si facile, pas avec le libre-arbitre. La capacité des êtres humains de choisir et de décider ce qu’ils veulent.

Comment aider des gens plus tentés par l’idée de réduire leur malheur que par celle de construire leur bonheur ?

Et puis, si l’Empire des Anges est un endroit bien sympathique et si le travail d’ange est particulièrement absorbant, il serait idiot de croire que les deux amis explorateurs que sont Raoul et Michael, les pionniers du Continent des Morts, sauront rester longtemps enfermés dans ce petit univers.

Ils sont déjà prêts à reprendre du service, Toujours plus loin, toujours en marche vers l’inconnu.

Après des Thanatonautes réussis mais particulièrement difficile à appréhender à cause de leur thème, l’Empire des Anges procure un profond sentiment de renaissance. Après l’ombre de l’un, visitez la lumière la lumière de l’autre toujours bercé par la même plume espiègle, fluide et légère de Werber qui marque de nouveaux points dans le domaine de la littérature fantastique d’aventure philosophique.

Bonne lecture.

12/02/2008

Le Prestige

prestige
 

Vous croyez à la magie ? Bien sûr que non. Vous savez bien que tout n’est jamais qu’illusions et trucages. Un tour de magie n’est que l’art de faire quelque chose de simple en le rendant apparemment impossible à réaliser.

Vous n’avez pas tord. Du moins, ce ne sont pas Alfred Borden ou Rupert Angier qui vous contrediront. Au XIXe siècle, ils étaient les deux plus grands illusionnistes de Londres et se livraient une lutte infernale pour le titre de meilleur magicien. Pour le titre uniquement ?

De nos jours, Andrew Wesley est journaliste pour un quotidien londonien. Aujourd’hui, son éditeur, l’a envoyé dans un coin reculé, un petit patelin, un château, pour commenter l’action d’une œuvre caritative. Il n’a pas beaucoup de temps, il doit être rentré pour la soirée.

Pourtant, c’est bien plus qu’un petit article qui l’attend dans les brumes campagnarde.

Là-bas, il va faire la connaissance de la dernière descente de la famille Angier.

Elle a une histoire pour lui qui le concerne au plus haut point.

Tout commence le jour où deux jeunes hommes pleins d’ambitions débarquèrent à Londres pour rencontrer la gloire dans le domaine de la magie.

Ils ne se connaissent pas mais un destin tragique et cruel les relierait bientôt.

Un jour que Borden rendait visite à une amie, il l’entendit parler d’un homme qui proposait ses services pour entrer en communication avec les morts. Borden n’est pas dupe, moins que les pauvres familles qu’Angier dépouillent à travers ses artifices et ses illusions.

Soucieux de démasquer l’imposteur, Borden se glisse en douce dans une de ses réunions.

Par tous les moyens, il tente de déstabiliser et de faire échouer l’adversaire jusqu’au moment où une bagarre éclate dans la pièce. Borden par mégarde atteint l’épouse d’Angier enceinte.

Suite au choc, elle perd le bébé. Le début d’une longue guerre de vengeance a commencé… TOUS les moyens seront bons pour vaincre.

Christopher Priest fait montre ici d’une maitrise incroyable de la narration. Alternant, les points de vue, il jongle avec les mots pour nous replonger au cœur du Londres industriel de la fin du XIX avec l’adresse d’un romancier réaliste.

En rythme, il alterne les ambiances, fouille les classes de la société à travers l’ascension de ses personnages des petits bars du port jusqu’aux plus grandes salles de spectacles.

Mais ce qui fait la beauté du livre, c’est cette capacité de l’auteur à décrire facilement, simplement, à faire fonctionner notre imagination pour voir en direct les tours de magies présenter par les deux ennemis.

On peut aller jusqu’à dire qu’au-delà de l’intrigue du livre, surgit l’intrigue des tours.

Le lecteur est ainsi plonger à la fois dans le mystère de savoir ce qui va suivre mais aussi de savoir comment ils réalisent leurs illusions.

Néanmoins, n’allez pas croire que Le Prestige est un simple récit réaliste relatant ce qui se passe dans le milieu fermé de l’illusion. Ce livre, l’un des meilleurs récits de ses dernières années, n’est pas classé dans la catégorie science fiction pour rien. Car, la course des deux héros pour atteindre le sommet se fera bien à tout prix. Tous les efforts, toutes les ruses seront bonnes mais il ne sera pas non plus exclu de franchir les limites de la nature et de la science pour arriver à son but.

Réaliste par moment, porteur de science fiction à d’autre, se terminant dans un frisson de fantastique, le Prestige est un livre à part qui méritait bien les nombreux prix qu’il reçu et qui méritait bien qu’on en fasse un film (sorti en 2007au cinéma, disponible en dvd, quoique le film n’ait repris que le thème principal du livre : la rivalité de deux magiciens prêt à tout).

Mais finalement et c’est le plus important, le Prestige est un livre qui mérite bien qu’on lui accorde un peu de temps pour le déguster, le savourer, le dévorer, l’apprécier le soir au coin du feu…

Bonne lecture.

03/02/2008

Les Thanatonautes

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Début d’un cycle avec Les Thanatonautes de Bernard Werber qui, après les Fourmis, poursuit en beauté son petit bonhomme de chemin.

Avec ce livre, ce n’est pas une trilogie qu’il inaugure mais bien une suite de cinq romans dont les thèmes principaux iront de la vie et la mort jusqu’à l’existence d’ange ou de dieux.

Les thanatonautes, du grec thanatos la mort et nautes les explorateurs raconte pour nous l’histoire de la dernière découverte humaine.

Car, si nous avons traversé les mers, plongés dans les profondeurs des océans, escaladés les plus hautes montagnes et même mis la tête hors de notre planète, reste toujours pour nous cette énigme lourde et insupportable qu’y a-t-il après la vie ?

En France, une petite équipe a commencé à travailler sur ce sujet, ses deux meneurs sont Raoul Razorbak et Michael Pinson. Ce dernier, avant de se faire embarquer dans l’aventure, était un médecin anesthésiste dans un hôpital parisien. Sa vie était calme, rangée mais depuis, les choses ont bien changé.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, ils ont réussi à obtenir le soutien des pouvoirs politiques dans leurs recherches. Il s’agit de plonger des sujets humains dans un état comateux tellement proche de la mort qu’il puisse vivre un NDE (near death experience) et que leur esprit puisse se détacher de leur corps pour rejoindre le continent des morts. Ensuite, avec un peu de chance, l’équipe scientifique devra le ranimer pour lui permettre de raconter ce qu’il aura vécu.

Inexpérimenté, l’équipe d’abord constituée de trois personnes s’installe à l’abri dans les sous sols d’une prison. Les détenus qui le désirent peuvent s’inscrire et participer à « l’expérience ». S’ils survivent, ils seront graciés.

Le temps passe, des dizaines et des dizaines d’hommes passeront sur le fauteuil des Dr Frankenstein, les cadavres s’accumuleront quand soudain, un jour, l’un d’eux reviendra. Un nouveau drapeau venait d’être planté dans l’histoire des conquêtes humaines.

Inventif et perspicace, Werber est un véritable magicien pour nous procurer des histoires à la fois originales, terriblement bien contées mais surtout porteuses de vrais messages et de vraies réflexions intéressantes. Tout semble passer sous l’œil critique de cet auteur qui semble réconcilier la jeunesse avec la littérature à caractère philosophique.

Travaillant toujours sur la recette gagnante des fourmis, le récit se mélange agréablement à des passages de l’encyclopédie d’Edmond Wells permettant d’alléger par moment l’histoire, tantôt d’apporter des précisions.

Néanmoins, si Werber signe un excellent livre avec les Thanatonautes, il s’attaque ouvertement à un thème complexe qui en tant que lecteur n’est pas toujours facile à aborder, je le laisse donc aux plus motivés en précisant que par chance ne pas le lire n’interdit pas de passer directement au suivant L’Empire des Anges ou à la suite, la Trilogie des Dieux.

Les fans de l’auteur seront donc bien servis tandis que les novices pourront se plonger agréablement dans son univers psychédélique.

Bonne lecture.

Bernard Werber, Les Thanatonautes, éd Albin Michel