23/04/2008

L'Homme qui Tombe

fallingMan
 

Don DeLillo, L’homme qui tombe

 

« Ce n’était plus une rue mais un monde, un espace temps de pluie de cendres et de presque nuit. Il marchait vers le nord dans les gravats et la boue et des gens le dépassaient en courant, avec des serviettes de toilette contre la figure ou des par-dessus la tête.

Le grondement était encore dans l’air, le fracas de la chute. Voilà ce qu’était le monde à présent.

Il était en costume et portait une mallette. Il avait du verre dans les cheveux et sur le visage, des éraflures marbrées de sang et de lumière. »

Ainsi commence le nouveau roman de Don DeLillo, L’homme qui Tombe, consacré aux attentats du 11 septembre 2001 à New York.

Alors, on pourrait se demander, et encore plus si l’auteur n’était pas américain, si un tel livre est vraiment le bienvenu. Beaucoup ont tenté l’expérience à la lecture comme à l’écriture.

Ne serait-ce pas là faire du commerce à partir d’évènements horribles ? Ne serait-ce pas faire preuve de curiosité malsaine ou manquer de respect aux victimes ?

Les questions sont bien posées et il serait difficile d’y répondre individuellement sans avoir tenté soi-même l’expérience, ironie du sort.

L’histoire pourtant n’est pas exclusivement centrée sur les événements du 11 septembre. Elle s’attache surtout à retracer les conséquences des attentats, la « vie après » dans un monde blessé.

Keith est l’homme à la mallette. Il est sorti non pas indemne mais vivant des Twins.

Il a survécu. Un soulagement et un fardeau. Un poids à porter, un poids à peu près impossible à partager. Pour lui tout à changer. Il a survécu, il a retrouvé sa famille, perdu ses collègues, ses amis. Pour lui, le monde c’est comme mis en pause sur un univers surréaliste, effrayant qu’il a grand peine à assimiler. Le jeu, le repli, un voile sur la vie.

Lianne est son épouse. Ils sont séparés depuis plusieurs années, seuls chacun de leur côté. Pourtant, un matin, elle allume la Télé et se retrouve devant cette image des tours en feu. Elle sait qu’il y est. Elle ne sait pas s’il est vivant. Elle a peur. Elle ne sait plus quoi penser face à une telle horreur, un carnage, une injustice. Et puis, la sonnette retentit et il est là hagard sur le pas de la porte. La haine, l’intolérance, la peur, la folie d’un nouveau millénaire, Dieu…

Ecriture, télévision, discussions. La ville est à vif, le pays aussi. Tout est remis en question à commencer par Dieu tandis que la peur de l’autre s’installe peu à peu.

Ils sont tous les deux témoins, ils sont tous les deux blessés psychologiquement, impuissants, brisés. Or, la vie doit continuer. Rien ne changera vraiment à part cette ombre menaçante qui est apparue.

 

Dans cet ouvrage, DeLillo ne vient pas à nouveau nous dresser les sombres tableaux que nous avions aperçus à la télévision où dans les journaux.

Il raconte simplement par le portrait de scènes marquantes comment de tels événements ont pu transformer la vie des américains.

C’est un roman mais ça ressemble surtout à un témoignage, marquant, puissant, symbolique.

A travers la vie intime de personnages blessés, brisés, désemparés, on pénètre dans cette atmosphère lourde qui a suivi les accidents.

Après la chute des piliers du pays, le doute et la peur embrase la ville. Le chagrin se mélange à la colère. Une ombre plane sans cesse.

Mais Don DeLillo outre cette toile de fond du terrorisme traverse surtout ce qu’on a appelé le déclin de l’empire américain.

C’est l’impact de l’histoire sur la vie.

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