12/08/2008

Une journée d’Ivan Denissovitch, Alexandre Soljénitsyne

Une journée d’Ivan Denissovitch, Alexandre Soljénitsyne

 

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On dit qu’il n’y a pas de hasard.

Alors que la Chine, un des derniers bastions de l’idéologie communiste fait fête au sport lors des Jeux Olympiques, la littérature et le Monde entier est en deuil.

Le trois août dernier, le fer de lance de la révolte contre régime soviétique, Alexandre Soljénitsyne, est décédé à Moscou.

Un dernier coup peut-être…

Nous ne sommes pas là pour faire de la politique, tout au plus un peu d’histoire, de philosophie mais surtout pour parler livres.

C’est parfait. Tout est réuni : un ancien prix Nobel de Littérature, témoin acerbe du régime stalinien, dénonciateur de la torture, de l’enfermement et de l’injustice et défenseur de l’homme et de la liberté.

Puisque nous avons l’auteur, choisissons le livre. La liste est longue, mais d’Août 14 au Pavillon des Cancéreux en passant par L’Archipel du Goulag, s’il ne fallait en retenir qu’un, pourquoi ne pas parler d’Une Journée d’Ivan Denissovitch. Pourquoi pas ?...

                                              

Tout commence un sale matin. Enfin sale, n’exagérons rien dans les pleines de la Sibérie une journée où il ne fait que -20°C en hiver n’est pas une si mauvaise journée.

Je disais donc, tout commence au petit matin, longtemps avant l’aube lorsqu’au milieu d’une cabane en bois, une petite trentaine de prisonnier se réveillent peu à peu.

Pour eux, l’enfer est en train de remettre ses fourneaux en marche le temps d’une nouvelle journée.

Parmi tous ces hommes, se trouve Ivan Denissovitch, alias Choukhov, un homme du milieu comme il se défini pas encore épuisé mais pas très frais, pas affamé mais pas loin d’être engraissé.

Dans quelques minutes, il devra passer à la cantine pour déjeuner, trouver un bol de soupe insipide et un misérable quignon de pain avant d’aller travailler.

Il ne se sent pas bien Choukhov. L’hiver ne lui réussit pas. Il couve quelque chose.

Il faudra qu’il se débrouille pour se faufiler jusqu’à l’infirmerie sans se faire choper par un garde. C’est son seul espoir s’il ne veut pas passer une journée, malade, sur le chantier.

Le chantier, les travaux forcés, la mort à petit feu, des noms différents pour une même vérité.

La journée commence comme tant d’autres qui lui ont succédé, un marathon pour la survie où les seuls trophées à l’arrivée sont un peu de nourriture en plus, un rabiot de repos et quelques secondes pour penser.

 

Cruelle, sadique, démoniaque, grinçante, ironique. Ivan Denissovitch est une invention de l’auteur, pas son histoire.

On connaissait les camps de concentration nazis, on pas vu leurs homologues, les goulags russes et chinois.

L’enfer y est le même, des millions de victimes, des millions d’innocents.

Durant la fin du régime Stalinien, il n’est en effet pas difficile de se retrouver derrière les barbelés. Un mot de travers, une connaissance à l’étranger, un livre, une idée, un geste, une contestation, un voisin, le hasard. Tout ceci peut vous conduire à monter des murs à longueur de journée tandis que le vent souffle sec et que le gel vous mord la peau.

Tout ceci peut vous propulser dans un monde où chaque mie de pain fait la différence et où votre liberté de chaque instant se trouve dans les mains des soldats.

 

Pourtant, aussi terrible sois l’histoire avec ou sans majuscule, Une journée d’Ivan Denissovitch n’est pas une histoire larmoyante. Ce n’est pas un puits à larmes, c’est une droite solidement frappée qui transperce le corps et l’esprit.

Pas de plaintes, juste un réalisme à peine narquois, pas d’exagération, pas de caricature noire, à peine une petite boutade. C’est un tir de fusil avec des balles en or.

Il faut dire que ça peut se comprendre. En 1962, Staline est mort mais on est toujours en Union des Républiques Socialistes Soviétiques, URSS. Pour publier un tel livre, il fallait savoir cacher la poigne de fer dans un gant de velours.

 

Un défi, un témoignage ? Oui évidemment. Mais aussi un chef d’œuvre littéraire.

Car si on dresse le portrait de l’univers concentrationnaire du goulag, on y voit surtout comment les hommes peuvent y vivre et y survivre à la fois, en tant que groupes « sociaux », mais principalement en tant qu’individu.

Il y a un rendu de la psychologie et du comportement humain incroyable que l’expérience de prisonnier de l’auteur (8 ans d’incarcération pour quelques mots contre le régime dans une lettre) ne suffit pas à expliquer.

Il y a là un réel talent pour poser la plume et les personnages.

 

 

Idéalisé à l’extrême à l’Occident, Alexandre Soljénitsyne, devenu héros du pays, image de l’homme qui ose se lever pour s’opposer à l’injustice et pour défendre l’homme et la liberté, est d’abord un Homme, qui a vécu, qui a témoigné et qui a su écrire dans des moments sombres de véritable chefs-d’œuvre pour Russie comme pour le Monde entier.

 

Bonne lecture!

08/08/2008

Les Contes de Canterbury

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Aujourd’hui, je n’irai pas jusqu’à dire que nous allons remonter dans la nuit des temps mais nous n’en serons peut-être pas bien éloigner.

En effet, j’ai décidé de vous faire rencontrer un vieil homme, père fondateur de la littérature et de la poésie anglaise.

Il est une icône outre Manche et malheureusement trop peu connu, ici, en France et en Belgique.

Je pourrais vous énumérer maints et maints superlatifs : génialissime poète, maître conteur,… je n’aurais pas tord mais la liste de ceux-ci serait bien longues pour parler de Geoffroy Chaucer, l’auteur des Contes de Canterbury.

« Fiez-vous au courage des jeunes et à la sagesse des anciens » dit le proverbe.

Il ne dit pas ce quelle attitude adopter par rapport à un auteur qui fêtera bientôt ses six-cent cinquante ans mais je suppose la moindre des choses c’est de lui prêter un peu d’attention et de respect. Avec celui-ci vous en serez bien récompensé.

Ainsi, les Contes de Canterbury sont en sommes un recueil de nouvelles sous forme d’un roman.

Je m’explique. Tout se passe aux environs de 1380, lorsqu’une petite troupe de pèlerins débarquent dans une auberge. Ils sont de tous bords et de tous horizons : nobles, chevaliers, prêtres, nonnes, charpentier, régisseur, vendeur d’indulgence, marchand, huissier… et tous voyagent vers la même destination, Canterbury pour aller y honorer les reliques de Saint Thomas.

Troupe joyeuse attire nouveau compère, c’est l’aubergiste, leur hôte qui les rejoindra après leurs avoir proposé ce marché : Pour se divertir sur une si longue route, chacun d’entre eux devra dire deux contes à l’aller et deux contes au retour. Celui qui s’y sera le mieux pris se fera offrir un repas par tous les autres. Ici commence la « Comédie humaine », le récit des Contes de Canterbury.

 

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Je vous ferai bien le résumé des aventures des valeureux héros du chevalier, du contes moqueur et revanchard que le régisseur réserva pour le meunier et celui que le meunier envoya lui-même à propos des charpentiers et de leur femme. Je mentionnerais volontiers l’esprit pieux du contes de la nonne ou celui carrément salace de la bourgeoise de Bath.

Mais, je ne gâcherai pas votre plaisir, sachez seulement que Chaucer passe à peu près tout en revue puisque ses conteurs étant issus de milieux différents leur récit sera plus ou moins « spirituel ».

De certaines histoires salaces, on peut tout aussi bien passer à des œuvres plus évolués, plus pieuses et plus chastes.

 

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Un vieux livre, un livre moderne, de gros rires et des moments de méditations, du sérieux et de la provocation, Chaucer semble multiplier les contraire pour faire naître finalement le dernier l’instruction et le plaisir. Comme quoi, quelques siècles en plus, ne vous font pas de mal.

Esprit critique, verve incroyable et questionnement sur le pouvoir, l’argent, la fidélité, la religion, la science, la liberté, l’amour et le sexe, ne serait-ce pas toujours d’actualité ?

 

Début du Récit :

« Chacun de vous pour écourter la route
Dira tout en chevauchant deux histoires
D’abord à l’aller vers Cantorbéry
Puis au retour il en dira deux autres,
D’aventures qui se sont passées jadis.
 »

Chaucer prévient avant le conte du Meunier :

« Il m’en coûte de devoir le reproduire
… je dois redire
L’intégralité des contes quels qu’ils soient,
Pour rester véridique sur tous les points.
Si donc l’on n’aime guère entendre ce conte,
Qu’on tourne la page et en choisisse un autre :
On trouvera suffisamment d’histoires,
De toutes tailles, louant la courtoisie,
Ou bien la vertu et la sainteté.
Ne me blâmez pas si vous choisissez mal.
Le Meunier est un rustre, c’est évident,
Le Régisseur aussi, d’autres encore,
Et leurs contes sont donc des histoires paillardes.
À vous d’en juger sans me tenir rigueur
Ni prendre au sérieux ce qui n’est qu’un jeu.
 »

Méllibée, le Conte de Chaucer, pèlerin sur le chemin.

Un homme jeune du nom de Méllibée, riche et puissant, eut de sa femme, appelée Prudence, une fille nommée Sophie. Il arriva qu’un jour il partit se distraire à la campagne. Il avait laissé femme et fille en sa maison, les portes bien closes. Trois de ses vieux ennemis avaient espionné sa sortie. Ils posèrent des échelles et…

 

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