14/10/2008

Les Enquêtes du Père Brown

Père Brown
Les Enquêtes du Père Brown, Gilbert Keith Chesterton  

Mesdames et messieurs, une étoile est née.

Une étoile ? Une étoile policière est née. Sherlock Holmes au placard, Hercule Poirot au tapis.

Sire Conan Doyle et madame Agatha Christie peuvent aller se rhabiller.

J’exagère ou plutôt, ne prenez pas cette remarque comme un harpon lancé sur deux ouvrages du reste excellents.

Si je me suis permis cette entrée en matière, c’est parce qu’aucune autre ne conviendrait pour parler du Père Brown.

Un prêtre. Que vient faire un prêtre au milieu des héros géniaux de la littérature policière ?

Rien. Absolument rien. Et c’est peut-être là son originalité.

 

Les Enquêtes du Père Brown.

Une œuvre incroyable de pas moins de douze cents pages regroupant en tout près de cinquante cinq nouvelles. De quoi prendre ses jambes à son cou.

Et pourtant pas, 55 nouvelles, 55 tableaux d’une vingtaine de pages, 55 enquêtes, 55 rencontres avec le plus grand des anti-policiers.

Le Père Brown. Un personnage court sur pattes, rondouillard, qui avec sa soutane noir présente bien plus du porte-manteau que du prêtre jésuitique qu’il est.Un grand chapeau, un parapluie cabossé qu’il entraine partout et qui complète la panoplie, pardonnez-moi l’expression, du parfait abruti aussi banal qu’une grosse pomme luisante et aux yeux vides comme la Mer du Nord.

Le personnage à tout simplement l’air bête, crétin, endormi dans son corps.

Que dire alors pour le sauver ? Certainement pas que c’est quand il fait le plus preuve d’intelligence qu’il parait le plus idiot.

Pourtant dire qu’il est intelligent n’est pas peu dire. Cet homme en sait plus que vous et moi.

Il voit les choses. Par la seule force de sa déduction, de sa connaissance de ses compatriotes, grâce à une logique sensationnelle, il peut démêler les fils les plus tordus des enquêtes policières. C’est Columbo en soutane qui voit le criminel comme un artiste tandis que l’enquêteur est un critique d’art.

 

Pourquoi allez rechercher un livre du début du siècle dernier en pleine rentrée littéraire? Pourquoi quand nous sommes déjà inondés de ce genre qu’est la littérature policière vouloir à tout pris faire connaître un vieil auteur anglais ?

Primo, parce que pour un vieux, il est dix fois, vingt fois, cent fois plus original que nos contemporains. Je trouve presque toujours le coupable avant la fin dans la plupart des livres. Avec Chesterton, je n’y arrive jamais. La mise en scène, la progression du récit ne laisse jamais transparaître avant la dernière ligne une solution terrible, simple et imprévisible.

Secundo, si l’auteur pourrait donner des leçons de mise en scène à nos écrivains, le héros myope rondouillard affreusement maladroit est un puits de fraicheur, d’humour et de générosité.

Un livre qu’on lit en se laissant transpercer par la simplicité et par le message du « Hakuna Matata », non pas dans le sens qu’il faut se lancer dans la vie et tout oublier mais plutôt qu’il faut choisir ses soucis et ne pas trainer des boulets inutiles.

 

Trois enquetes

Assez récemment, les éditions Omnibus ont remis sur le marché francophone un monstre, une grande pointure de la littérature britannique, Gilbert Keith Chesterton.

Son nom ne vous dit rien. C’est à peu près normal, cet auteur du début du XXè siècle comme beaucoup d’autres n’a malheureusement pas eu la même reconnaissance de ce côté de la Manche.

Néanmoins, j’ai bien mentionné une pointure et croyez-moi je n’ai pas parlé au hasard.

Ce contemporain d’Agatha Christie n’était en effet pas moins que le Président du prestigieux club des écrivains anglais, auteurs de romans policiers.

Chesterton est l’auteur d’une œuvre incroyablement vaste. Je  vous parle ici des Enquêtes du Père Brown qui constitue sa grande marque de fabrique mais c’est aussi, outre les textes policièrs, un romancier qui s’est intéressé à tout.

De beaucoup, cette homme pouvait écrire, imaginer une histoire à partir de n’importe quoi. Un miroir, une fleur des champs, la dernière édition du journal. Tous les styles sont passés sous sa plume. Une plume capable de brosser n’importe quel tableau en quelques mots à peine, d’émouvoir, de passionner, de lever et de défendre ses opinions.

Un homme, une imagination prolifique, une plume incroyable et ce terrible message de profiter de la vie pour ce qu’elle est en laissant courir l’envie, la haine, l’orgueil, l’avarice, tous ses grands sentiments inutiles et de passer le plus simplement le temps qu’il nous est donné.

C’est peut-être pour cette idée qui est douce chez Chesterton. C’est peut-être parce que nous aurions grand besoin de nous en souvenir que je conseille sa lecture.

Allez donc savoir. Quoi qu’il en soit ce livre sait trouver sa place sur les tables de chevet. Que dire de plus?

 

Chesterton

 

Commentaires

Merci pour cette envie de lire que tu viens de me donner !!!

Je découvre ce soir ton espace et ce fût un plaisir pour moi d'y vagabonder.

Amicalement.

Écrit par : Mary | 23/10/2008

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