01/11/2008

Madame Bovary

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Gustave Flaubert, Madame Bovary

 

Surprise totale ce matin !

Je viens de clore Madame Bovary la veille au soir après plusieurs heures de lectures qui m’ont tenu en haleine jusqu’à la dernière page. Le livre reposé sur ma table de nuit, je me suis promis d’essayer de vous faire partager cette expérience unique dès le lendemain.

Quel surprise ! Quelle incroyable déconvenue quand ce matin, je me baladais sur la toile, glanant quelques informations pour rédiger mon article.

Les mots blessaient mes yeux, les commentaires me lacéraient l’esprit. Je lisais :

« D’un ennui mortel ! »,  «  Un livre qui ne raconte rien ! », « Dur, dur… », « Une ode à l’ennui ! », « Un livre sur rien ! », et j’en passe…

Le doute passé, je me mis à rire. Laissez-moi vous expliquer.

 

L’histoire de Madame Bovary est simple. Elle tient déjà dans le titre - une femme qui est vue et définie non comme un individu à part entière mais comme propriété d’un homme - il suffira de quelques lignes pour préciser le récit.

Emma Rouault est la fille d’un agriculteur de la région de Rouen. Ni pauvre, ni vraiment richissime, elle appartient à la bourgeoisie et reçut donc assez tôt l’éducation d’une jeune fille de son rang. A l’époque, vers le milieu du XIXè, il s’agissait encore d’envoyer les filles de bonnes familles dans un couvent, à l’écart du monde.

A l’écart du monde. C’est peut-être ainsi qu’on pourrait définir Emma. Isolée parmi les bonnes sœurs, protégée par son père, elle s’évade dans les romans confondant sa vie avec celles de ses héros.

Emma Rouault attend. Quoi ? Les aventures, l’amour, … elle attend qu’il lui arrive toutes les histoires qu’elle a lues.

De retour dans la maison familiale, elle voit son père atteint d’une fracture de la jambe. En pleine nuit, elle fait appel au médecin le plus proche, Charles Bovary.

 

J’arrête ici mon résumé pour reprendre la présentation.

La Bovary est idéaliste, rêve d’un monde imaginaire, cherche le preux chevalier sur son destrier qui l’enlèvera à son ennui.

Tout ceci, elle le cherche dans la société calme et posée de la campagne, dans un mari qui oscille entre la bêtise, l’ignorance, l’inaction et l’incapacité de la comprendre.

Elle le cherche dans un entourage qui ne partage pas ses attentes, dans une société empâtée, des voisins fiers, égoïstes ou prétentieux.

S’ennuyer, fuir son ennui, chercher à réaliser ses rêves de jeunesse, se fracasser sur la réalité des choses… dur, dur, d’être femme au XIXè siècle.

Oh ! Mais, je viens, en donnant les thèmes du livre, de résumer les critiques qu’on lui adresse :

Communiquer l’ennui au lecteur, raconter une histoire sans grandes aventures, sans suspense, ne pas cacher les difficultés de la vie, ne pas édulcorer les personnages et tirer à boulets blancs sur le lecteur et la société.

Les critiques que j’ai lues ne sont pas négatives, elles ne résument pas ce que le lecteur ressent en lisant, elles résument le thème principal du livre !

 

Voulez-vous savoir ce qu’il en est vraiment de Madame Bovary ?

Très simplement, c’est sans doute un des meilleurs livres qu’on ait jamais écrits.

Oui, c’est un volume ! Oui, c’est 450 pages ! Mais, oui, il ne manque pas un mot, et, non, il n’y en a pas un de trop !

On ne raconte pas la vie d’un personnage, on n’écrit pas un ouvrage psychologique, historique sans s’accorder le temps de poser une histoire valable, d’amener la réflexion.

Flaubert, parlons un peu de lui, écrit mieux que personne. Il passionne en ennuyant. Il fait rêver en désenchantant.

On n'a jamais vu un texte aussi soigné, aussi bien écrit, aussi posé, amenant le lecteur là où il doit aller !

On n'a jamais vu de scènes plus fines, plus travaillées, plus intéressantes !

Les personnages ne se décrivent pas en tant qu’individus, mais les uns par rapport aux autres, comme faisant partie d’une grande machine où tous les engrenages travaillent ensembles avec leur place et leur rôle.

 

Bovary est pénible, ennuyant, ne raconte rien, difficile à lire ? Bovary ne demande qu’une chose à son lecteur, de le lire en sachant le comprendre, de le lire avec le recul et la maturité nécessaire en sachant très bien ce que ce qu’on s’apprête à lire n’est pas un livre de plage comme le Da Vinci Code.

Ils ne l’ont pas apprécié, vous ne l’avez pas apprécié ? L’ont-ils ou l’avez-vous lu dans les bonnes conditions et à la bonne époque ?

Faudra-t-il que je cite Zola pour convaincre ?

« Quand Madame Bovary parut, il y eut toute une révolution littéraire… Le code de l’art nouveau se trouvait écrit. »

 

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Monsieur Gustave Flaubert

Commentaires

hem... je n'avais pas vraiment envie que mon adresse mail s'affiche sur le site, à la vue de tout le monde donc si vous pouviez supprimer mon commentaire, je vous en serai reconnaissante!

Écrit par : Geneviève | 22/11/2008

Je suis entièrement d'accord:Flaubert " passionne en ennuyant. Il fait rêver en désenchantant." c'est une belle analyse mais j'essaye depuis quelques heures de trouver plusieurs arguments qui montrent en quoi Madame Bovary a apporté un renouveau dans le roman. cette analyse m'apporte quelques pistes et j'en remercie l'auteur, dont on ne connaît pas le nom!

Écrit par : Genevieve | 22/11/2008

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