23/11/2008

La Traversée du Mozambique par temps calme

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Patrice Pluyette, La Traversée du Mozambique par temps calme

 

 

Je me suis fais avoir en beauté.

Je me suis laissé entuber en achetant ce livre et vous savez quoi ? J’en suis plutôt ravi. Je n’ai jamais autant apprécié d’être trompé.

Prenez le titre : La traversée du Mozambique par temps calme.

Une traversée comme s’il s’agissait d’un seul voyage en bateau. Un pays, le Mozambique, où l’on ne mettra jamais les pieds. Un temps calme, un voyage facile, des instants reposants mais qui ne durent jamais longtemps.

Dès le titre, on est floué, manipulé, tourné en bourrique.

Ca vous rappelle un Diderot qui dans Jaques le fataliste prend tout son plaisir à se moquer de son lecteur et lui rappeler que c’est l’auteur qui dirige l’histoire et, en même temps, c’est assez proche du travail de Terry Pratchet qui caricature le roman fantastique depuis des années.

Ici, mélange de ces deux genres, le jeune auteur propose à la fois jeu avec le lecteur et pastiche du roman de voyages et d’aventures.

Vous ne saurez plus sur quel pied danser, vous ne serez plus jamais surpris de rien.

Pour ce livre, Patrice Pluyette et le Gagnant du prix Mac Orlan, prix qui récompense chaque année les ouvrages de langue française qui s’inscrivent dans le cadre du roman de voyage et qui laissent une large place à l’aventure et à l’imaginaire.

 

Mais maintenant, place à l’histoire.

Le Capitaine Belalcazar est un vieil archéologue, un vieux briscard chercheur de trésor. Son but ? La cité légendaire de Païtiti en pleine jungle péruvienne. Personne ne l’a encore trouvée au XXIè siècle mais qui ose ignorer que cette ville renferme des montagnes d’or ?

Seulement, voilà le hic, personne ne sait où elle se trouve et si quelqu’un l’a un jour trouvée, il n’en est jamais revenu.

Belalcazar lui-même a déjà fait plusieurs tentatives. Mais mal organisées, elles se sont toutes soldées par de cuisants échecs.

Aujourd’hui, il remet ça. Départ de l’Angleterre sur un beau petit bateau à un mat.

Il est mieux organisé, il est fin prêt.

Après avoir perdu 600 hommes, géographes, géologues, biologistes, chimistes, …, porteurs, guides dans la jungle et avoir été le seul rescapé. Il a décidé de partir léger avec un petit groupe d’hommes triés sur le volet.

Je vous présente l’infirmière-cuisinière, Fontaine. Elle sait faire la cuisine avec rien ou presque. Sa spécialité première : les frites. Elle a fait la guerre comme infirmière. C’est là qu’elle a appris tout ce qu’elle sait pour soigner les blessés, en particulier les amputations.

Il a aussi recruté Malebosse. Elle vient d’Afrique. Secrète, à demi-magicienne, elle doit les protéger pendant la traversée.

Enfin, il y a les garçons, recrutés sur petite annonce :

«Cherche homme(s) de bras et d'esprit pour un voyage au long cours, aucune qualification requise, peureux s'abstenir.»

Deux frères, chasseur d’ours brun, débarqués clandestinement sur le Continent se sont présenté. Des chasseurs d’ours, c’était tout ce qu’il fallait. On avait besoin de marins et d’hommes forts pour écarter les dangers.

Bonne équipe, bonne préparation, un itinéraire parfaitement planifié puisqu’on verra une fois sur place, cette fois-ci aucun risque, la cité de Païtiti ne restera plus un mythe longtemps et l’or sera bientôt à eux.

Qu’on lève l’ancre, le voyage commence !

 

C’est difficile de vous parler d’une œuvre qui ressemble à tout sauf à un chemin calme qu’on suit au travers des pages. C’est plutôt, un damier dont les cases sont des ressorts. Dès qu’on y met les pieds on se retrouve projeter à l’opposé. Non que ce roman soit décousu mais simplement qu’il surprend à chaque page tant sur le fond que la forme.

N’essayer pas de deviner la fin, où tout simplement ce qui se passe à la page suivante sinon vous allez devenir fou !

 

Puisque les mots me manquent pour communiquer cette douce folie, puisque je dois transformer une boite à surprise en une présentation claire, concise et ordonnée et que ça m’apparaît assez difficile. Je vous dirai « Lisez-le ! Fou-rire et plaisir garanti ! »

En voici d’ailleurs une mise en bouche croustillante :

 

Chapitre 42, Surpris par la nuit.

 

Les grognements se font entendre à peu près chaque nuit depuis trois jours et ça devient inquiétant ; de toute évidence un animal féroce, femelle de type panthère d’Amérique, jaguar adulte ou tigre Amba, les suit à la trace. A plusieurs reprises, on a même pu sentir son souffle contre la toile de tente. En vérité, la situation n’offre pas d’échappatoire ; le sort de nos aventuriers est liés au on vouloir de cette bête affamée qui n’attendra pas éternellement que la viande soit cuite ; il est probable que notre histoire s’arrête dans trois pages sans plus de personnages à notre charge que cette bête dont ne saurions à elle seule tirer une histoire en rapport avec le sujet de la nôtre sans ennuyer le lecteur. Nous dirons donc que les hommes et les femmes composant ce récit, nonobstant le danger rôdeur, ne perdent pas leur courage, continuent chaque matin à démonter le camp pour mener à bien leur progression lente et difficile, tous les soirs à planter la tente dans un endroit différent, toutes les nuits à trembler dans leurs lits en s’obligeant à prier, à invoquer l’aide d’un dieu tout-puissant à défaut d’un car de CRS armés.

Patrice Pluyette, La Traversée du Mozambique par temps calme, Seuil.

 

 

Bonne lecture

Ecrivain89- Quentin

 

pluyette

                                Patrice Pluyette

 

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Commentaires

Un livre très surprenant à lire d'urgence, c'est du pur bonheur! J'ai adoré aussi!

Écrit par : Gigelle | 24/11/2008

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