23/11/2008

La Traversée du Mozambique par temps calme

mozambique par tps calme

 

 

 

Patrice Pluyette, La Traversée du Mozambique par temps calme

 

 

Je me suis fais avoir en beauté.

Je me suis laissé entuber en achetant ce livre et vous savez quoi ? J’en suis plutôt ravi. Je n’ai jamais autant apprécié d’être trompé.

Prenez le titre : La traversée du Mozambique par temps calme.

Une traversée comme s’il s’agissait d’un seul voyage en bateau. Un pays, le Mozambique, où l’on ne mettra jamais les pieds. Un temps calme, un voyage facile, des instants reposants mais qui ne durent jamais longtemps.

Dès le titre, on est floué, manipulé, tourné en bourrique.

Ca vous rappelle un Diderot qui dans Jaques le fataliste prend tout son plaisir à se moquer de son lecteur et lui rappeler que c’est l’auteur qui dirige l’histoire et, en même temps, c’est assez proche du travail de Terry Pratchet qui caricature le roman fantastique depuis des années.

Ici, mélange de ces deux genres, le jeune auteur propose à la fois jeu avec le lecteur et pastiche du roman de voyages et d’aventures.

Vous ne saurez plus sur quel pied danser, vous ne serez plus jamais surpris de rien.

Pour ce livre, Patrice Pluyette et le Gagnant du prix Mac Orlan, prix qui récompense chaque année les ouvrages de langue française qui s’inscrivent dans le cadre du roman de voyage et qui laissent une large place à l’aventure et à l’imaginaire.

 

Mais maintenant, place à l’histoire.

Le Capitaine Belalcazar est un vieil archéologue, un vieux briscard chercheur de trésor. Son but ? La cité légendaire de Païtiti en pleine jungle péruvienne. Personne ne l’a encore trouvée au XXIè siècle mais qui ose ignorer que cette ville renferme des montagnes d’or ?

Seulement, voilà le hic, personne ne sait où elle se trouve et si quelqu’un l’a un jour trouvée, il n’en est jamais revenu.

Belalcazar lui-même a déjà fait plusieurs tentatives. Mais mal organisées, elles se sont toutes soldées par de cuisants échecs.

Aujourd’hui, il remet ça. Départ de l’Angleterre sur un beau petit bateau à un mat.

Il est mieux organisé, il est fin prêt.

Après avoir perdu 600 hommes, géographes, géologues, biologistes, chimistes, …, porteurs, guides dans la jungle et avoir été le seul rescapé. Il a décidé de partir léger avec un petit groupe d’hommes triés sur le volet.

Je vous présente l’infirmière-cuisinière, Fontaine. Elle sait faire la cuisine avec rien ou presque. Sa spécialité première : les frites. Elle a fait la guerre comme infirmière. C’est là qu’elle a appris tout ce qu’elle sait pour soigner les blessés, en particulier les amputations.

Il a aussi recruté Malebosse. Elle vient d’Afrique. Secrète, à demi-magicienne, elle doit les protéger pendant la traversée.

Enfin, il y a les garçons, recrutés sur petite annonce :

«Cherche homme(s) de bras et d'esprit pour un voyage au long cours, aucune qualification requise, peureux s'abstenir.»

Deux frères, chasseur d’ours brun, débarqués clandestinement sur le Continent se sont présenté. Des chasseurs d’ours, c’était tout ce qu’il fallait. On avait besoin de marins et d’hommes forts pour écarter les dangers.

Bonne équipe, bonne préparation, un itinéraire parfaitement planifié puisqu’on verra une fois sur place, cette fois-ci aucun risque, la cité de Païtiti ne restera plus un mythe longtemps et l’or sera bientôt à eux.

Qu’on lève l’ancre, le voyage commence !

 

C’est difficile de vous parler d’une œuvre qui ressemble à tout sauf à un chemin calme qu’on suit au travers des pages. C’est plutôt, un damier dont les cases sont des ressorts. Dès qu’on y met les pieds on se retrouve projeter à l’opposé. Non que ce roman soit décousu mais simplement qu’il surprend à chaque page tant sur le fond que la forme.

N’essayer pas de deviner la fin, où tout simplement ce qui se passe à la page suivante sinon vous allez devenir fou !

 

Puisque les mots me manquent pour communiquer cette douce folie, puisque je dois transformer une boite à surprise en une présentation claire, concise et ordonnée et que ça m’apparaît assez difficile. Je vous dirai « Lisez-le ! Fou-rire et plaisir garanti ! »

En voici d’ailleurs une mise en bouche croustillante :

 

Chapitre 42, Surpris par la nuit.

 

Les grognements se font entendre à peu près chaque nuit depuis trois jours et ça devient inquiétant ; de toute évidence un animal féroce, femelle de type panthère d’Amérique, jaguar adulte ou tigre Amba, les suit à la trace. A plusieurs reprises, on a même pu sentir son souffle contre la toile de tente. En vérité, la situation n’offre pas d’échappatoire ; le sort de nos aventuriers est liés au on vouloir de cette bête affamée qui n’attendra pas éternellement que la viande soit cuite ; il est probable que notre histoire s’arrête dans trois pages sans plus de personnages à notre charge que cette bête dont ne saurions à elle seule tirer une histoire en rapport avec le sujet de la nôtre sans ennuyer le lecteur. Nous dirons donc que les hommes et les femmes composant ce récit, nonobstant le danger rôdeur, ne perdent pas leur courage, continuent chaque matin à démonter le camp pour mener à bien leur progression lente et difficile, tous les soirs à planter la tente dans un endroit différent, toutes les nuits à trembler dans leurs lits en s’obligeant à prier, à invoquer l’aide d’un dieu tout-puissant à défaut d’un car de CRS armés.

Patrice Pluyette, La Traversée du Mozambique par temps calme, Seuil.

 

 

Bonne lecture

Ecrivain89- Quentin

 

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                                Patrice Pluyette

 

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19/11/2008

1984 - Big brother is Wathcing You!

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George Orwell, 1984

 

Je suis tout simplement effrayé, terrorisé. Et par quoi ? Par un auteur de 1948.

Il ne mentionne aucune bête immonde velue et meurtrière, il ne parle pas de tueurs en série, pas plus que de fantômes ou de revenants. Non. Lui, il vous fait avoir la chair de poule en vous parlant de politique.

 

J’ai dit que son livre datait de 1948, juste à la fin de la guerre. Il l’a vécue et pourtant ce n’est pas dans le spectre d’Hitler qu’il va chercher son inspiration. Sous d’autres formes, il a trouvé son équivalent en épouvante et quasiment bien pire.

Ce pire, il le crée dans un monde dont on pourrait dire qu’il se soucie de faire régner l’ordre, l’harmonie, le bonheur de ses habitants et qu’il corrige sans cesse ses erreurs.

La belle affaire, on voudrait tous vivre dans ce genre de paradis. Je viens de donner un aperçu alléchant je dois vous faire déchanter.

 

En 1984, le monde est divisé en trois grands Super-Etats. J’ai nommé l’Océanie, l’Estasie et l’Eurasie.

L’histoire suit ici la vie de Winston Smith. Il habite dans l’ancienne Angleterre, dans la ville de Londres. Les habitants de son pays se divisent en deux grands groupes, les prolétaires et les membres du Parti.

Il s’agit d’une forme de hiérarchie et de cohabitation dans l’indifférence. Autant les prolétaires sont méprisés et se retrouvent en bas de l’échelle sociale, autant le Parti s’en moque et les considère comme une masse négligeable qu’il suffit simplement de diriger, d’aiguiller, comme un train limité par le cheminement de ses rails.

Le vrai pouvoir, c’est le Parti. Des milliers de membres, une vraie aristocratie.

Un Parti extérieur, la classe moyenne. Un Parti intérieur, les grands nobles. Big Brother, le roi qui voit tout.

Winston Smith fait partie de la classe moyenne, membre du Parti extérieur depuis des années, il occupe un petit poste pour le Ministère de la Vérité. La belle affaire ce ministère ! Son travail consiste a modifié continuellement les archives de sorte que le passé corresponde toujours aux volontés des chefs, de sorte que les résultats soient toujours identiques aux promesses du Parti.

C’est tellement facile. On avait annoncé de bonnes récoltes alors qu’elles sont médiocres.

Pas de problème. Un petit pensum à Winston et il changera les coupures de presse. D’une annonce de récoltes intarissables, le Parti aura en fait averti qu’il faudrait se serrer la ceinture.

Le Parti, comprenez, est une entité irréprochable qui ne saurait être mise en défaut.

La correction finie, on ferra disparaître tous les vieux journaux d’il y a six mois et on les réimprimera. On changera toutes les archives.

Dans un système semblable, allez savoir ce qui est encore vrai ou faux. Vous aurez bientôt oublié la version originale, elle n’existait plus que dans votre tête. Vous aurez bientôt oublié même qu’on a changé la donne.

C’est terrible ?

Vous ne connaissez pas encore Big Brother.

Qui il est ? Une tête sur une affiche. Une affiche qui vous rappelle sans cesse ce slogan : « Big Brother is Watching You ! » (Big Brother vous regarde). Un slogan qui n’est pas qu’une idée en l’air. Big Brother voit tout, il entend tout même. Dans le Londres de 1984, il y a des micros partout, des télé-écrans (des télévisions qui sont aussi munies d’une caméra) partout !

Pas moyen d’y échapper, pas moyen de parler librement, d’agir librement. On ne sait jamais si on est enregistré, écouté ou pas.

J’avais oublié que le Parti ou l’Angsoc, était un régime qui rappelait beaucoup les régimes totalitaires. Il vaut mieux brosser les chefs dans le sens du poil, se faire petit et penser en toute orthodoxie (dans la ligne de pensée qu’on attend de vous). C’est assez simple, trois slogans régissent cet univers : " La guerre c’est la paix ", " La liberté c’est l’esclavage ", " L’ignorance c’est la force ".

Pourriez-vous y vivre ? Vous seriez bien. Vous n’auriez aucune idée d’être manipulé. Vous seriez un pantin qui ignore ses fils et se laisse faire, content de sa vie.

Que se passe-t-il si le pantin prend conscience de ses entraves ?

Ca c’est l’histoire de Winston Smith et de sa révolte face au pouvoir. Dans 1984 de George Orwell, il est comme l’indique le titre souhaité à l’origine par l’auteur « The last man on Earth » (Le Dernier Homme sur Terre). Pourra-t-il lutter ?

Je pourrais encore écrire pendant des heures sur cet ouvrage. J’ai passé tellement de détail, d’innovations géniales qui vous ferraient friser les cheveux…

Voyant le danger que j’encoure de vous faire fuir. Je ne vous direz pas que c’est un livre terrible qui pose un regard critique sur la politique et sur le monde. C’est un rappel du machiavélisme, la fin veut les moyens. Les hommes sont heureux mais au prix de leur liberté, même de leur liberté fondamentale : penser. Ils sont formatés, programmés comme des ordinateurs.

Si un certain Aldous Huxley employait les voies de la biologie pour contrôler le Monde (Le Meilleur des Mondes), Orwell prouve avec 1984 qu’il suffit de contrôler l’esprit qui ne dépend en fin de compte que des repères qu’on veut bien lui donner.

En temps normal, je vous dirais qu’à bien y réfléchir, George Orwell ne me semble pas bien éloigné de l’actualité. En temps normal, je vous demanderais si vous trouvez que la politique actuelle ainsi que le journalisme, la presse, la télévision ne sont pas une forme de Big Brother, une machine à contrôler, diriger, conduire à la laisse les consciences.

En temps normal, je vous conseillerais de lire Orwell et de retenir ses leçons pour être plus critiques.

Mais en faisant cela, je me tirerais une balle dans le pied. J’écris et je vous ai, vous, lecteurs. Est-ce que je ne tente pas moi-même de vous influencer en vous faisant lire tel ou tel livre ? Est-ce que je n’essaie pas de vous ralliez à tel ou tel point de vue ?

Pour préserver mon « pouvoir », celui de la presse en général et de la politique, ne lisez surtout pas ce livre ! Il vous rendrait par trop lucides !

 

Ecrivain89- Quentin

 

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13/11/2008

L'Iliade selon le XXIè siècle

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Alessandro Baricco, Homère Iliade

 

Vous voulez un défi d’envergure ? Essayez de prendre la plus vieille légende dont nous disposons, rendez-vous dans un immense auditorium et faites en une lecture publique qui passionnera à la fois vos centaines de spectateurs mais aussi des milliers d’auditeurs qui devront rester accrocher à leur radio pendant des heures.

Impossible ?  Pas si sûr, un Italien, Alessandro Baricco a réussi, lui. Bien sûr, il a rajeuni le texte mais l’histoire est encore bien présente et c’est cette histoire fantastique d’hommes et de héros que je vous propose de redécouvrir.

 

Au commencement était l’Iliade, 50 jours d’une guerre terriblement longue. 50 jours et la colère destructrice, meurtrière du prince des héros, Achille.

Explications.

Des années auparavant, un prince troyen, Paris, fils du roi Priam, rencontre trois magnifiques jeunes filles. De jeunes filles en réalité, il n’est pas question. Toutes trois sont des déesses. Il s’agit d’Athéna, de Héra et d’Aphrodite.

Ces trois charmantes personnes voyant le jeune prince décident de faire de lui, le juge de leur querelle. Elles lui donnent une pomme qu’il remettra à celle qu’il trouve la plus belle d’entre elle. Toutes sont superbes et pourtant Paris choisira la belle Aphrodite, déesse de l’amour.

Pour ce chevalier de la déesse, un seul cadeau, il tombera amoureux de la plus belle femme sur terre.

Bien après, le jeune troyen se rendra en ambassadeur chez le roi Ménélas…

La suite vous la connaissez : il rencontre la belle Hélène, en tombe amoureux et l’enlève, brisant les lois de l’hospitalité.

Vexé dans leur honneur et trouvant enfin une bonne excuse pour se débarrasser de Troie, la cité maitresse de la Mer Noire, les grecs rassemble une armée sous la tutelle d’Agamemnon, le frère de Ménélas. Tous les héros de la Grèce se joignent à l’aventure, Achille, Ulysse, Ajax,… Les voilà bientôt aux portes de la cité des meneurs de chevaux, la cité du dieu soleil.

C’est là que de simples hommes vont enfin pouvoir devenir des légendes.

 

Retour maintenant sur l’Iliade car ce que je viens de raconter n’en fait pas partie ou plutôt n’y est présent que sous forme d’allusions ou de paroles des personnages.

L’Iliade commence en vérité au moment où Agamemnon va se mettre à dos le plus grand guerrier présent sur le champ de bataille. Il va reprendre à Achille sa prisonnière et celle qu’il aime, la jeune Briséis.

Trahi par son chef après tant d’effort, le héros entre dans une colère noire. Il pourrait tuer le roi des rois, au lieu de ça, il fait « grève du glaive ». Achille va cesser de combattre.

 

Je suppose que vous avez dû voir ce récent film hollywoodien pseudo-historique et pseudo-fidèle à l’histoire. Je ne m’engage donc pas à vous raconter que malgré la disparition d’Achille des champs de bataille la guerre se poursuivra, que celle-ci verra même les Troyens enfin prendre confiance et faire flancher les Grecs, que cette offensive troyenne obligera le protéger du héros, Patrocle, à revêtir ses armes et que ce dernier se fera tuer par Hector, autre fils du roi Priam et premier héros Troyen.

 

En bref, je n’ai rien dit que vous ne sachiez probablement déjà. Alors, pourquoi lire ce livre ?

Pourquoi, même s’il n’est pas bien épais, passer du temps dans cet ouvrage ?

Oserai-je dire d’une histoire que tout le monde connaît et qui a plus de 4000 ans qu’elle est terriblement passionnante ? Je ne sais pas si vous aller me croire et pourtant, c’est bien le cas.

J’ai commencé ce livre à midi et je suis resté scotché sur mon fauteuil. Pendant cinq heures, je n’ai fait rien d’autre que lire et que me laisser absorbé jusqu’au plus profond du texte.

Je n’ai aucun mérite. Le texte est splendide.

Baricco nous propose ici l’Iliade, non pas revisitée, mais dépoussiérée. L’histoire reste la même. On a sabré les dieux qui n’apparaissent plus, on a allégé le style, simplifié, complété.

Au final, un succès. On ne s’ennuie jamais, tout vit, tout bouge…

C’est l’occasion rêvée de retrouver un texte qu’avouons le, plus personne ne lit dans la version d’Homère et qui est un beau navet au cinéma.

Envie de faire une découverte, envie de connaître la vraie histoire, envie tout simplement de lire un bon livre, passez par l’Iliade de Baricco, vous ne serez pas déçus.

Bonne lecture!

 

baricco

 

 

 

 

 

05/11/2008

Hygiène de l'assassin

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Amélie Nothomb, Hygiène de l’assassin.

 

Prétextat Tach, prix Nobel de littérature, n’a plus que deux mois à vivre.

Célèbre romancier, il est à quatre-vingt trois ans atteint du syndrome d’Elzenveiverplatz, soit un cancer du cartilage particulièrement rare. Si rare en fait qu’il n’a plus été diagnostiqué depuis des décennies.

Prix Nobel atteint d’une maladie extrêmement rare, personnage rare qui jamais ne parut en public, cet homme a tout pour plaire. Du moins, sa mort a tout pour plaire.

Annoncée aux journalistes, elle suscite un engouement incroyable, une passion macabre. Tout le monde veut interviewer l’écrivain célèbre avant sa mort.

Quelques uns auront cette chance. Ils changeront bien vite d’avis.

Misanthrope, tête, misogyne, gaver comme une baudruche et d’une intelligence terriblement affutée, le vieillard les renverra près dès leurs pratiquement sur des brancards.

Il se moque de leur métier, de leur vie, les dégoute de manger, des femmes. Il les broie dans sa poigne qui n’est autre que sa capacité à jouer avec les mots, sa mauvaise foi et sa logique.

Des premiers journalistes, aucun ne réchappera à l’hécatombe. Qu’à cela ne tienne, envoyer une femme du même genre et le jeu commencera vraiment.

 

Est-ce que je suis bien placé pour faire la critique de ce livre ?

Pardonnez-moi cette question. Deux des thèmes récurrents de l’ouvrage sont le rapport qu’entretient le lecteur avec le texte et l’attitude des journalistes littéraires.

Vous comprendrez que sans me classer comme journalistes, je réfléchisse à la question.

 

Que dire de l’ouvrage ?

Commençons simplement. Il s’agit du premier roman d’Amélie Nothomb, le seul où sur la couverture vous ne lirez pas « Par l’auteur de… ».

Un premier livre, une révélation mais certainement pas une œuvre de jeunesse mal ficelée.

Un premier livre, et certainement, le début d’un genre nouveau.

Cet ouvrage se lit d’une traite. Tout en dialogue vous n’y trouverez pas, ou peu de descriptions.

D’où, le travail immense qui a été fourni pour produire une œuvre qui se rattache bien plus à la pièce de théâtre. Un travail aussi sur les personnages qui ont la capacité de s’opposer à la perfection, d’entamer ce qu’on appelle une véritable dialectique, le dialogue entre des idées et des genres opposés.

C’est un livre d’une fluidité incroyable. Il se lit aussi vite qu’il frappe le lecteur. Autant dire que vous allez voir arriver un avion à réaction sur votre visage.

Frapper, percuter, et même ce n’est pas assez fort, démolir, fracasser.

On sort de l’ouvrage avec un regard neuf, comme une éponge passée sur le visage, comme un pic dans la glace. On sort de l’ouvrage avec la fâcheuse impression que ce qu’on a lu est d’une morale douteuse, d’une intelligence sordide, d’une intensité cruelle.

Pourtant, je ne saurais que recommander ce très court ouvrage.

Il s’agit de mon premier « Amélie Nothomb », -je m’en veux déjà de l’expression- mais s’il correspond au reste de l’œuvre, cette mise en bouche m’a donné le goût de la découvrir.

 

Bonne lecture à tous.

Ecrivain89 – Quentin. 

 

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04/11/2008

Docteur Jekyll et Mister Hyde

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Robert Louis Stevenson, L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde.

 

L’étrange cas du Docteur Jekyll et de Mister Hyde, est-il utile de présenter encore cette histoire ?

Dans les grandes lignes, vous la connaissez tous. Le docteur Jekyll est un homme respectable, londonien apprécié et aisé. Docteur et savant, il se livre à une petite expérience de laboratoire version Frankenstein et découvre une drogue capable de séparer l’individu en deux personnages différents. Un bon et un mauvais côté.

Enfin, il faut nuancer, le découvre. Jekyll ne se rend que tard qu’il est aussi Mister Hyde. Quand il se relève au départ de ces opérations qu’il teste sur lui-même il ne se souvient de rien. Il est juste en sueur et complètement épuisé.

Ceci est le début de l’histoire de Jekyll, le début de la lutte entre les deux personnalités de l’être humains. Vous retrouverez cette notion devenue mythe dans la plupart des ouvrages de psychologie, philosophie, etc.

Si c’est là que commence l’histoire de Jekyll, celle du livre commence bien plus tard.

Je vous embrouille ?

En réalité, tout commence avec un tout autre héros le notaire Utterson.

Discutant, se baladant en rue, ce dernier apprend l’existence d’un individu fort étrange qui aurait d’abord, percuté violemment une petite fille dans la rue (c’est très peu gentleman pour l’époque d’écriture) avant de grimper dans l’échelle du crime jusqu’à s’en prendre mortellement à un parlementaire.

Cet homme si inquiétant faisait froid dans le dos, dira-t-on. C’était une espèce de diable, de créature sortie tout droit des puits de l’enfer.

Plus tard, Utterson se verra chargé en tant que notaire du testament de deux hommes. Qui chacun lui ont remis des enveloppes à n’ouvrir qu’après leur mort à tous les deux.

Ce sont deux amis Lanyon et Jekyll.

Peu de temps s’écoule et sitôt les deux amis décèdent dans des circonstances étranges.

Utterson intrigué par leur comportement mène son enquête.

 

Je sais ce que vous allez me dire.

D’abord, c’est de la science fiction d’avant Spielberg et ensuite que c’est lourd à lire.

Je ne vous donne pas tout à faire tord.

Même si ce texte est très court à peine une centaine de pages, le texte date et dans ce cas-ci ça se sent. L’ouvrage peut paraître long.

Par contre, je précise que ce texte n’est pas un livre de plage, un livre fast-food, ça ne veut pas dire qu’il est sans plaisir et sans saveur.

L’Etrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde de Stevenson, c’est une base de la littérature de science fiction. J’ai envie de dire, si vous m’y autorisez, de la littérature scientifique et de la littérature tout court.

On fait changer complètement le corps d’un personnage par une potion. On divise son esprit en deux. 

Avec Asimov, Wells et Vernes, ça fait partie des fondations du roman de Science fiction.

C’est aussi une œuvre dont la portée sur les arts est incroyable.

Comptez dix films sans compter ceux ou le personnage passe par là.

Voyez les Chansons et je ne parle pas que de Gainsbourg, une dizaine aussi.

Pensez enfin à la Bande dessinée et aux téléfilms.

J’ai la un bon score.

Pourquoi le lire ? Parce que c’est court, parce que si l’écriture est lourde elle n’en est pas moins très belle. Parce que c’est une référence, une base. Parce qu’au moins vous saurez, vous, de quoi tout le monde parle sans connaître.

Bonne lecture,

Ecrivain 89 - Quentin

 

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01/11/2008

Madame Bovary

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Gustave Flaubert, Madame Bovary

 

Surprise totale ce matin !

Je viens de clore Madame Bovary la veille au soir après plusieurs heures de lectures qui m’ont tenu en haleine jusqu’à la dernière page. Le livre reposé sur ma table de nuit, je me suis promis d’essayer de vous faire partager cette expérience unique dès le lendemain.

Quel surprise ! Quelle incroyable déconvenue quand ce matin, je me baladais sur la toile, glanant quelques informations pour rédiger mon article.

Les mots blessaient mes yeux, les commentaires me lacéraient l’esprit. Je lisais :

« D’un ennui mortel ! »,  «  Un livre qui ne raconte rien ! », « Dur, dur… », « Une ode à l’ennui ! », « Un livre sur rien ! », et j’en passe…

Le doute passé, je me mis à rire. Laissez-moi vous expliquer.

 

L’histoire de Madame Bovary est simple. Elle tient déjà dans le titre - une femme qui est vue et définie non comme un individu à part entière mais comme propriété d’un homme - il suffira de quelques lignes pour préciser le récit.

Emma Rouault est la fille d’un agriculteur de la région de Rouen. Ni pauvre, ni vraiment richissime, elle appartient à la bourgeoisie et reçut donc assez tôt l’éducation d’une jeune fille de son rang. A l’époque, vers le milieu du XIXè, il s’agissait encore d’envoyer les filles de bonnes familles dans un couvent, à l’écart du monde.

A l’écart du monde. C’est peut-être ainsi qu’on pourrait définir Emma. Isolée parmi les bonnes sœurs, protégée par son père, elle s’évade dans les romans confondant sa vie avec celles de ses héros.

Emma Rouault attend. Quoi ? Les aventures, l’amour, … elle attend qu’il lui arrive toutes les histoires qu’elle a lues.

De retour dans la maison familiale, elle voit son père atteint d’une fracture de la jambe. En pleine nuit, elle fait appel au médecin le plus proche, Charles Bovary.

 

J’arrête ici mon résumé pour reprendre la présentation.

La Bovary est idéaliste, rêve d’un monde imaginaire, cherche le preux chevalier sur son destrier qui l’enlèvera à son ennui.

Tout ceci, elle le cherche dans la société calme et posée de la campagne, dans un mari qui oscille entre la bêtise, l’ignorance, l’inaction et l’incapacité de la comprendre.

Elle le cherche dans un entourage qui ne partage pas ses attentes, dans une société empâtée, des voisins fiers, égoïstes ou prétentieux.

S’ennuyer, fuir son ennui, chercher à réaliser ses rêves de jeunesse, se fracasser sur la réalité des choses… dur, dur, d’être femme au XIXè siècle.

Oh ! Mais, je viens, en donnant les thèmes du livre, de résumer les critiques qu’on lui adresse :

Communiquer l’ennui au lecteur, raconter une histoire sans grandes aventures, sans suspense, ne pas cacher les difficultés de la vie, ne pas édulcorer les personnages et tirer à boulets blancs sur le lecteur et la société.

Les critiques que j’ai lues ne sont pas négatives, elles ne résument pas ce que le lecteur ressent en lisant, elles résument le thème principal du livre !

 

Voulez-vous savoir ce qu’il en est vraiment de Madame Bovary ?

Très simplement, c’est sans doute un des meilleurs livres qu’on ait jamais écrits.

Oui, c’est un volume ! Oui, c’est 450 pages ! Mais, oui, il ne manque pas un mot, et, non, il n’y en a pas un de trop !

On ne raconte pas la vie d’un personnage, on n’écrit pas un ouvrage psychologique, historique sans s’accorder le temps de poser une histoire valable, d’amener la réflexion.

Flaubert, parlons un peu de lui, écrit mieux que personne. Il passionne en ennuyant. Il fait rêver en désenchantant.

On n'a jamais vu un texte aussi soigné, aussi bien écrit, aussi posé, amenant le lecteur là où il doit aller !

On n'a jamais vu de scènes plus fines, plus travaillées, plus intéressantes !

Les personnages ne se décrivent pas en tant qu’individus, mais les uns par rapport aux autres, comme faisant partie d’une grande machine où tous les engrenages travaillent ensembles avec leur place et leur rôle.

 

Bovary est pénible, ennuyant, ne raconte rien, difficile à lire ? Bovary ne demande qu’une chose à son lecteur, de le lire en sachant le comprendre, de le lire avec le recul et la maturité nécessaire en sachant très bien ce que ce qu’on s’apprête à lire n’est pas un livre de plage comme le Da Vinci Code.

Ils ne l’ont pas apprécié, vous ne l’avez pas apprécié ? L’ont-ils ou l’avez-vous lu dans les bonnes conditions et à la bonne époque ?

Faudra-t-il que je cite Zola pour convaincre ?

« Quand Madame Bovary parut, il y eut toute une révolution littéraire… Le code de l’art nouveau se trouvait écrit. »

 

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Monsieur Gustave Flaubert