29/01/2009

Le Docteur Faust

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Christopher Marlowe, Docteur Faust

 

Connaissez-vous Christopher Marlowe ? Peut-être pas et pourtant…

Si vous êtes cinéphile et que vous avez le sens du détail, vous vous souviendrez peut-être de son apparition dans le film « Shakespeare in love » où on le retrouve en grand rival sur les planches des théâtres du célèbre dramaturge. Et pour cause, bien que je ne sois pas informé d’une rivalité ou d’une discorde entre les deux hommes, je peux vous dire que Shakespeare et Marlowe sont nés la même année en 1564 et se sont plus que probablement rencontrés dans l’âge d’or du théâtre élisabéthain. Pourtant, vous ne vous souvenez que du premier et c’est à peine si on entend parler du second. La raison de ce décalage ne réside certainement pas dans la qualité mais plutôt dans la longévité et la publicité dont ont bénéficié ces personnages.

En effet, alors qu’un Shakespeare a joui d’une vie relativement longue et a eu le temps de mettre sur pied une kyrielle de pièces, son homologue s’est éteint à l’âge de 29 ans aux cours d’une rixe dans un bar. Mort jeune, il aura exercé sept années durant dans les théâtres londoniens pour mettre au point sept pièces abouties.

Un autre raison de la primauté de Shakespeare et de l’oubli de Marlowe chez nous tient au fait que les deux auteurs ont longtemps été délaissé jusqu’au jour où un certain Voltaire, passant par là, se mit à lire Shakespeare et à en faire des critiques toute plus mauvaises les unes que les autres. Ce qui n’eut pour résultat que de faire connaître Hamlet, Macbeth ou le Roi Lear de ce côté de la Manche et de lui rendre un souffle de jeunesse.

Mais revenons-en à Christopher Marlowe, auteur surprenant qui justifie la mauvaise réputation des comédiens à propos de leur vie de bâton de chaise. On le dit espion, athée déclaré, proche des libres-penseurs, amateur d’alcool et de garçons… en bref, il a tout pour déplaire dans une époque où on vient juste de passer à la Réforme dans le Nord de l’Europe et de créer l’Inquisition dans le Sud.

Pourtant, si un homme pareil risque le bucher à chaque coin de rue pour ses idées ou ses mœurs, il n’en a pas moins du succès avec ses pièces, non moins dérangeantes ou dérangées, comme Le Docteur Faust.

L’histoire du Docteur Faust de Marlowe n’est pas l’original, elle s’inspire du récit d’un moine allemand, récit tiré de la vie d’un personnage réel et écrit pour mettre en garde les fidèles contre les dangers de l’impiété. On peut se demander comment un thème pareil a pu convenir à Marlowe, attendez de connaître plus en détail la terrible histoire du Docteur Faust.

Cette homme est un savant, un érudit, un docteur, dans le sens d’enseignant, à l’université de Wittenberg (celle-là même où un certain Luther enseignait). Cultivé et parvenu à s’installer dans la vie, au début de la pièce, il réfléchit sur ses connaissances, sur ce qu’elles ont de vrais, de valables et ce qu’elles peuvent lui apporter. Il délaisse alors les sciences qui ne lui ont rien apportés de probant avant de se pencher sur la théologie. Qu’est-ce que Dieu ? Que peut-Il ? Quel pouvoir a-t-Il ? Désabusé, Faust n’y croit pas, Faust n’y croit plus et quand il veut bien croire, il ne fait plus confiance à ces hommes d’Eglises qui interprètent, écrivent, réécrivent, réinterprètent. Si Dieu existe, il est injoignable, inaccessible ou inutile pour lui.

Que lui reste-il ? Les sciences occultes. La magie noire pour le faire briller. Car Faust voit sa vie passée et ce qu’il lui reste. Il veut le pouvoir, il veut s’amuser.

C’est le début de l’immersion du bon docteur dans l’ombre. Il essaie, tente, et un peu par hasard, un peu par génie, il finit par prendre contact avec Méphistophélès, un des agents du Diable, de Satan, l’ange de Dieu déchu. Manipulé, perverti, floué, aveuglé par ces démons, Faust finit par voir en eux la concrétisation de tous ses rêves.

Il grille déjà en enfer sans le savoir. Sourd aux appels de sa conscience, rejetant Dieu, il signe un pacte avec Le Malin.

En échange de 24 années durant lesquelles Méphistophélès devra le servir nuit et jour et exaucé ses vœux, le docteur Faust livre son âme au Diable.

Commence, les aventures de Faust dont on se demande s’il profite véritablement et commence le compte à rebours vers une fin prédite où l’âme du docteur sera emportée par les serviteurs de Satan.

 

Bonne lecture!

 

Ecrivain89- Quentin

 

Marlowe

 

 

24/01/2009

Le Prince de Nicolas Machiavel

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Nicolas Machiavel, Le Prince

 

Pour cet ouvrage mondialement connu, je ne peux me fixer que trois objectifs durant ma présentation. Tout d’abord, il faut casser le mythe de ce qu’on appelle le machiavélisme. Ensuite, je devrai mettre ce même mythe en valeur. Et enfin, je dois expliquer toute l’importance et toute la modernité de l’esprit de Machiavel.

 

Commençons en Italie au crépuscule du Quattrocento. A cette époque, la Botte ressemble à un grand puzzle. C’est qu’à cette époque l’Italie n’existe pas encore (il faudra encore attendre jusqu’en 1861). Il ne s’agit là que d’un ensemble de petits Etats tournants autour de cités ou de provinces comme le Duché de Naples, la République de Venise, la République de Florence ou les Etats Pontificaux.

Désunis, tous ses petits Etats se font la guerre les uns aux autres avec parfois l’aide d’un puissant allié étranger comme le Roi de France, le Roi d’Espagne ou l’Empereur du Saint Empire.

C’est dans cette ambiance tendue où la péninsule ne sera qu’une terre de convoitise pour ses voisins que va naître et vivre Nicolas Machiavel. Homme politique, il mènera loin sa carrière jusqu’au plus aux échelons de la ville de Florence jusqu’à ce que la ville soit conquise par les armées pontificales. Le fonctionnaire, secrétaire des Dix de la Liberté est stoppé net, renvoyé, déchu et exilé mais loin de céder à la colère, il décide de rentrer en grâce par de grands traités sur la manière de diriger qu’il adresse directement au à Laurent de Médicis (Laurent le Magnifique), le nouveau maitre de la ville.

Quelles sont ses vues ? Refaire de l’Italie une puissance Européenne, unie et capable de tenir tête à ses voisins. Pour ce faire, il s’en remet au Médicis qui doit impérativement par la ruse ou par la force réunir sous sa coupe tout la péninsule ; les traités de Machiavel, « homme ayant acquis de l’expérience utile au fil du temps seront là pour le guider ».

Cassons directement le mythe, la politique de Machiavel n’est pas seulement une politique démoniaque, manipulatrice et calculatrice, c’est un esprit d’union et à ce titre l’auteur florentin sera longtemps considérer comme un des pères de la nation.

Penchons-nous sur le livre. Chapitre 1 : Combien de monarchies il y a et comment elles s’acquièrent ?  Très intéressante entrée en matière qui sera bientôt suivie par un chapitre intitulé « Comment rester au pouvoir ? ». Disons le d’avance : on ne lit pas Le Prince par plaisir. D’abord parce que ce n’est pas un roman mais bien un traité de politique du début du XVIe siècle, ensuite parce qu’il ne s’agit pas de faire beau et fleuri mais de décrire la réalité du monde et comment gagner des points dans semblable univers.

On est donc loin des belles utopies (Utopia de Thomas More, La Cité de Dieu de Saint Augustin) où de la politique « telle qu’elle devrait être de Voltaire, Rousseau, Diderot et Montesquieu.

On parle de pouvoir : Comment l’obtenir et comment le garder ? Et si unifier un pays est un but avouable, c’est un peu comme écrire l’Histoire avant qu’elle ne se produise en prédisant les sacrifices, les morts, les massacres.

Machiavel ne crachent pas dessus lorsqu’ils sont nécessaires et si l’auteur florentin recommande de toujours favoriser son peuple par rapport au riche, il n’en conseille pas moins de couper les têtes qui dépassent des deux côtés. Plus encore, il met en garde si vous conquérez une nouvelle ville soyez sûr d’en obtenir son allégeance et sa fidélité sinon brûler là.

Machiavel, c’est aussi comment régner en mettant Dieu à la porte (ce qui lui vaudra une mise à l’Index de Librorum Prohibitorum (L’Index des livres prohibés par l’Eglise mis en place en 1563 et supprimé après 1950 interdisait aux chrétiens de lire tous les ouvrages y étant inscrit).

Sans oublier une politique fondée sur l’image. « Soyez tel mais paraissez ainsi, car le peuple ne peut souffrir tel défaut et adore tel qualité ».

Ca ne vous rappelle rien ?

Machiavel, c’est « Qui veut la fin veut les moyens ! »

«Il est plus sûr d’être craint que d’être aimé.»

«Le parti de la neutralité qu’embrassent le plus souvent les princes irrésolus, qu’effraient les dangers présents, le plus souvent aussi les conduit à leur ruine.»

«Il peut être vrai que la fortune est maîtresse de la moitié de nos œuvres, mais elle nous en laisse aussi gouverner l'autre moitié.»

«Tout le mal de ce monde vient de ce qu'on n'est pas assez bon ou pas assez pervers.»

«Celui qui est cause qu'un autre devient puissant se ruine lui-même.»

«Le temps n'attend pas, la bonté est impuissante, la fortune inconstante et la méchanceté insatiable.»

Mais Le Prince, pour les petits curieux qui connaissent le monde c’est aussi une terrible mise en garde venue du passé une lentille grossissante pointée sur notre époque.

En cinq siècles, le monde n’a pas changé et si Machiavel fait toujours aussi peur, la société est pourtant toujours fondée sur sa vision. Nous restons dans un univers où comme le disait Thomas Hobbes « L’homme est un loup pour l’homme ».

A tout bien considérer, je dirai même que si nous pouvons tracer une histoire de la philosophie, des Humanistes de la Renaissance, aux Lumières, jusqu’à nos contemporains, pour ce qui est de l’histoire réelle de la politique on en est resté au chapitre 1 d’un auteur du XIV : Quels sont les différents pouvoirs, comment les obtenir et comment les garder ?

Je vais ici transgresser l’interdiction du florentins «  Ne rends jamais quelqu’un plus puissant » en vous conseillant vivement de lire cet ouvrage. Que ce soit pour le pouvoir, que ce soit pour la soif de comprendre et de découvrir il ne vous laissera pas indifférent.

 

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Nicolas Machiavel

Machiavel

 

 

21/01/2009

La Ferme des Animaux

La ferme des animaux

 

George Orwell, La Ferme des Animaux

 

Le titre fait penser à un conte pour enfants. Ce n’en est pas un. Sa lecture peut faire sourire mais ce n’est pas une farce. Bienvenue dans La Ferme des animaux, mélange de fable et de satire. Un récit où l’Histoire se voit caricaturée, décortiquée en étant plaquée sur des personnages à plumes où à plus de deux pattes.

 

Mr Jones est propriétaire d’une assez belle ferme en Angleterre. Son affaire tourne bien et malgré cela, il cherche continuellement à amasser un peu plus d’argent. Il fait travailler les animaux plus longtemps, les nourrit un peu moins, agit en rapace de plus en plus vorace.

Malheureusement pour lui, ses bêtes sont de plus en plus énervées. Les poules ne veulent plus voir tous leurs œufs partir, d’autres manger à leur faim, d’autres se reposer un peu. Les temps sont rudes et l’espoir s’entretient. Surtout quand les vieux cochons, Sage l’Ancien, quelque jours avant sa mort, les convoque tous dans la grange pour leur parler de son rêve : Un monde sans humain où les animaux seraient libres et où personnes ne serait manger par autrui.

Les paroles de l’Ancien, c’est l’espoir. Ils savent tous qu’ils ne vivront pas assez vieux pour voir ça, mais ils y croient : dans un lointain avenir le monde changera.

Pour ce qui est du monde peut-être, pour ce qui est de la ferme de Jones ça ne mettra pas longtemps. De plus en plus avare, il néglige de nourrir ces bêtes après des journées de travail éprouvantes et après avoir sorti le fouet souvent. Cette fois c’en est trop.

Mené par les cochons –car comme tout le monde le sait, les cochons sont les animaux les plus intelligents- ils chassent le fermier à coups de sabots, de bec et de dents.

C’est la fin de la tyrannie et le début de la République des animaux. On récompense les cochons et puisqu’ils sont les plus malins, ils sont désignés de fait comme les nouveaux dirigeants. La ferme est rebaptisée Ferme des Animaux et une constitution adoptée.

  • Tout deuxpattes est un ennemi.
  • Tout quatrepattes ou tout volatile est un ami.
  • Nul animal ne portera de vêtements.
  • Nul animal ne dormira dans un lit.
  • Nul animal ne boira d'alcool.
  • Nul animal ne tuera un autre animal.
  • Tous les animaux sont égaux.

Pour les humains alentours, à fortiori les fermiers, ce grand bouleversement est une rigolade et le système s’effondrera de lui-même lorsque les « rebelles »  privés de leur main nourricière commenceront à sentir la faim. En tous cas, ils se trompent bien car dans La Ferme des Animaux les récoltes ne seront jamais aussi bonnes. Les bêtes ne peuvent pas utiliser les outils des leurs ancien maitre mais en se répartissant les taches, elles les dépassent. Prenez la récolte du blé, pas un seul grain n’a été perdu grâce à l’aide des poules. Et puis, nul n’est tenté de se servir au passage puisqu’il s’agit de leur propre bien. Ainsi, tout va pour le mieux dans la République naissante. Jusqu’au jour où la tension va commencer à monter entre les deux cochons qui dirigent, Napoléon et Boule de Neige. Ce sera le premier coup d’Etat de la Ferme des Animaux.

 

Les animaux parlent et ce n’est surement pas du Walt Disney, absolument déconseillé aux enfants, ça peut faire penser à Lafontaine mais ce n’est pas une fable, il n’y pas forcément une morale à la fin. C’est au fond un critique infiniment réussie d’une phase de l’histoire du monde. Celle où des hommes ont renversé un tsar parce qu’on leur avait promis la liberté, l’époque où un Staline évinçait un Trotski pour prendre le pouvoir. Ca rappelle cela et en même temps, ça rappelle comment tous les idéaux, tous les espoirs, toutes les promesses des foules sont toujours balayées au profit de l’ambition personnelle, quel que soit le système politique.

Ce livre fait partie de ces ouvrages qu’il est indispensable de lire, de dévorer, d’absorber par plaisir et aussi pour vivre à la mesure de son monde. Orwell n’écrivait pas, il voyait.

 

Bonne lecture.

 

Ecrivain89 – Quentin

 

Orwell Ferme

 

George Orwell

orwell