20.02.2009
Macbeth
William Shakespeare, Macbeth La légende veut que vous évitiez de prononcer le nom de cette pièce avant de la jouer sous peine de grands malheurs. Est-ce à dire qu’elle est terriblement maléfique ? A la lecture, la question peut se poser. Début du XIe siècle, l’Ecosse. Le noble roi Duncan, juste, droit et bon voit son royaume déchiré par la révolte et la guerre. Sa bonté d’âme lui a valu le soutien du peuple mais ses vassaux n’y trouvent qu’une occasion de prendre le pouvoir. Peu habile à la guerre, trop prompt à la paix, le roi d’Ecosse n’a plus qu’un seul atout dans sa manche, ses deux capitaines les plus brillants Macbeth et Banquo. Macbeth, c’est un peu l’opposé de son souverain. Il est peut être lui aussi respecté, mais il est surtout craint pour sa cruauté, sa violence et sa soif guerrière. En sous nombre, les troupes Ecossaises régulières ont à lutter contre les insurgés régulièrement approvisionnés en hommes par des voisins Irlandais, intéressés à l’idée de prendre une part du gâteau. Pourtant, il semble qu’une cause juste soit bénie car finalement dans un ultime assaut, dans un bain de sang, dans une boucherie sanglante, le soldat héros parvient à mettre l’armée ennemie en déroute et à décrocher de ses épaules la tête de son ennemi. Fanfare, liesse, joie… La guerre est finie. Sur le chemin du retour, Macbeth et Banquo chevauchent côte à côte à travers bois lorsqu’ils finissent par tomber sur trois sorcières. Elles s’adressent à Macbeth. MACBETH Parlez, si vous pouvez ; qui êtes-vous? PREMIÈRE SORCIÈRE Salut, Macbeth! salut à toi, thane de Glamis! DEUXIÈME SORCIÈRE Salut, Macbeth! salut à toi, thane de Cawdor! TROISIÈME SORCIÈRE Salut, Macbeth, qui seras roi un jour! BANQUO Mon bon seigneur, pourquoi tressaillez-vous, et semblez-vous craindre des choses dont le son vous doit être si doux?—Au nom de la vérité, êtes-vous des fantômes, ou êtes-vous en effet ce que vous paraissez être? Vous saluez mon noble compagnon d’un titre nouveau, de la haute prédiction d’une illustre fortune et de royales espérances, tellement qu’il en est comme hors de lui-même ; et moi, vous ne me parlez pas : si vos regards peuvent pénétrer dans les germes du temps, et démêler les semences qui doivent pousser et celles qui avorteront, parlez-moi donc à moi qui ne sollicite ni ne redoute vos faveurs ou votre haine. (Macbeth a déjà le titre de Glamis, le titre de Cawdor était détenu par un des insurgés) PREMIÈRE SORCIÈRE Salut! DEUXIÈME SORCIÈRE Salut! TROISIÈME SORCIÈRE Salut! PREMIÈRE SORCIÈRE Moindre que Macbeth et plus grand. DEUXIÈME SORCIÈRE Moins heureux, et cependant beaucoup plus heureux. TROISIÈME SORCIÈRE Tu engendreras des rois, quoique tu ne le sois pas. Ainsi salut, Macbeth et Banquo! L’esprit est une boite noire où s’agitent les plus folles idées surtout lorsque les deux chevaliers rencontrent des messagers envoyés par le roi qui annoncent à Macbeth sa nomination au titre de Cawdor. La prophétie des sorcières semble se réaliser. Il ne lui reste plus qu’à être roi. Mais un roi, il y en a déjà un. Et si… Evidemment, une solution, il y en a une. Le brouillard monte, la lumière décroit et Macbeth entre dans la longue grotte qui le mènera en enfer. Encouragé par sa femme, il tue Duncan. Mais ce ne sera que le premier d’une longue série. S’il a obtenu le pouvoir, il doit maintenant à la fois le conserver et faire face à ses remords, à ses fantômes et à ses démons. De l’avis des experts, Macbeth est la pièce la plus sombre de Shakespeare. Pour le savoir, il faudrait avoir tout lu, aussi contentons nous de dire que l’obscurité y est totale, quasi permanente. Une chape de plomb règne sur ces personnages accablés par la tension entre leur instinct et leur devoir, leur vouloir et leur pouvoir. Car Macbeth qu’est ce que c’est ? Un vassal puissant qui depuis toujours est capable de prendre possession du trône. Une capacité qui lui est révélée par sa rencontre avec les sorcières. Sont-elles matérielles dans la pièce, dans la vie elles ne seraient qu’un instant de frisson, une prise de conscience folle. Dès lors, le personnage se déchire, se dédouble, se bat en duel avec lui-même. Il a le pouvoir d’être roi, mais c’est contre sa loi, sa volonté de commettre un acte aussi crapuleux, d’assassiner son souverain. Il peut mais le veut-il ? Si Macbeth est capable de prendre le trône. C’est à la descendance de Banquo qu’il est assuré de perpétuer la charge. Le chevalier, héros sanguinaire a pris et maintenant il doit affronter son remord et assurer ses acquis. Le chevalier héros pouvait prendre la charge, pouvait-il l’assumer ? Une fenêtre sur la noirceur, sur les ténèbres, une fenêtre en mouvement continu sondant le mal de l’homme, le mal de la société. Une pièce qui subjugue par l’affreux, l’inconnaissable, le déréglé, la folie, la mort et le sang. Une pièce qui magnétise par le cauchemar, par ce rêve haïssable, par sa tension nerveuse. On plonge au contact du Mal absolu, si absolu qu’il en devient séduisant, d’une beauté infernale. Subjuguer et paralyser dans l’éclatante noirceur des ténèbres. (On entend derrière le théâtre des cris de femmes.) SEYTON Ce sont des cris de femmes, mon bon seigneur. MACBETH J’ai presque oublié l’impression de la crainte. Il fut un temps où mes sens se seraient glacés au bruit d’un cri nocturne ; où tous mes cheveux, à un récit funeste, se dressaient et s’agitaient comme s’ils eussent été doués de vie : mais je me suis rassasié d’horreurs. Ce qu’il y a de plus sinistre, devenu familier à mes pensées meurtrières, ne saurait me surprendre. —D’où venaient ces cris? SEYTON La reine est morte, mon seigneur. MACBETH Elle aurait dû mourir plus tard : il serait arrivé un moment auquel aurait convenu une semblable parole. Demain, demain, demain, se glisse ainsi à petits pas d’un jour à l’autre, jusqu’à la dernière syllabe du temps inscrit ; et tous nos hier n’ont travaillé, les imbéciles, qu’à nous abréger le chemin de la mort poussiéreuse. Éteins-toi, éteins-toi, court flambeau : la vie n’est qu’une ombre qui marche ; elle ressemble à un comédien qui se pavane et s’agite sur le théâtre une heure ; après quoi il n’en est plus question ; c’est un conte raconté par un idiot avec beaucoup de bruit et de chaleur, et qui ne signifie rien.
William Shakespeare
11:42 Écrit par ecrivain89 dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : macbeth, william shakespeare, si jose ecrire, theatre, critique litteraire, tragedie |
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