27/02/2009

Les Chevaliers de la Table Ronde

Chrétien de Troyes Perceval

 

Chrétien de Troyes, Les Légendes Arthuriennes.

 

La France et l’Angleterre.

Tout un passif de guerres, de conquêtes et de sang. Alliés, ennemis, marchant sur les nations étrangères, s’entretuant, guerroyant sans cesse sur terre et sur mer.

On pourrait s’arrêter sur cette image. Deux pays, toujours des problèmes.

On pourrait s’arrêter là et dire que c’est peut-être le seul pont qui relie ces deux terres séparées par la mer. Par chance pourtant, leurs habitants ne sont pas tous des guerriers.

Il y a des marins, des ingénieurs saugrenus qui creusent des tunnels sous l’eau, des pilotes d’avions, tous qui contribuent à rapprocher les deux peuples en dehors des champs de bataille. Mais savez-vous ce qui le plus unis ces deux pays et fait oublier tout le reste ?

C’est La Plus Grande, La Plus Merveilleuse, La Plus Belle Légende d’Occident, La Légende d’Arthur Pendragon.

Je l’affirme et en même temps je dois immédiatement me rétracter pour deux raisons.

D’abord parce que la légende d’Arthur, ça n’existe pas. Il faut parler des légendes d’Arthur.

La distinction est importante, primordiale. Savez-vous combien d’auteurs ont travaillé dessus ? Combien d’épisodes, de personnages, de continuations les uns des autres ces érudits ont créés ? Suffisamment pour qu’il soit impossible de tous les citer, suffisamment pour que personne ne puisse dire : «  je connais l’histoire de ceux de la Table Ronde » ; suffisamment pour pouvoir se contredire, suffisamment pour qu’une histoire véritable soit impossible à établir définitivement.

C’est affreux car ça ne nous laisse que deux perspectives. Soit nous lisons une version plus récente mais tronquée, raccourcie, reformatée et plus ou moins vraie, soit nous n’aurons jamais le temps que de lire quelques épisodes épars qui ne sont que des flashs, de rapides aperçus de la Cour d’ Arthur.

Dilemme.

Ensuite, outre ce fatras impossible à dépêtrer de légendes se pose ma seconde erreur. Je n’ai parlé que de la France et de La Grande Bretagne. Par là, j’ai complètement sauté les versions Italienne, Espagnoles et Allemandes.

On fait le compte  et je parie qu’on peut recouvrir toute la Manche en rassemblant les pages de ces légendes qu’on appelle La Matière de Bretagne – on devrait dire des Bretagnes puisque les histoires se déroulent aussi bien dans l’insulaire que sur la continentale.

La matière de Bretagne semble inspirée d’un roi  qui vécu au environ du Ve siècle après Jésus Christ. A cette époque c’est la chute de l’Empire Romain d’Occident  avec pour conséquence un affaiblissement terrible des défenses des régions frontalières. En Bretagne, la perte du soutien de Rome met directement les habitants aux prises avec la descente des Saxons.

La guerre fait rage. C’est à ce moment qu’on commence à conter les hauts faits d’un roi qui combattit la menace sans relâche.

Le temps passe, les siècles s’écoulent. Ce qui était un récit guerrier devient une légende à conter au coin du feu, toujours plus belle, toujours amplifiée.

A partir de là, attendez qu’on couche ces légendes des longues veillées sur le papier et commencez à lire. Vous n’aurez qu’à choisir la date et l’auteur.

Pourtant, il y a un nom qui revient sans cesse si on se plonge dans la matière de Bretagne : Chrétien de Troyes.

Etant donné qu’il est francophone, considéré comme un de nos premiers grands écrivains et que ses textes ont illuminés toutes l’Europe du XIIe siècle jusqu’à nos jours, je commettrai grand péché de ne pas vous en parler.

En tout, il est responsable de six romans de la Tables Rondes : Tristan et Yseult, Erec et Enide, Cligès ou la fausse morte, Lancelot le chevalier à la charrette, Yvain le chevalier au lion et Perceval ou le roman du Graal.

Barrez le premier qui s’est perdu, il ne vous reste que cinq ouvrages à lire, l’histoire de cinq des meilleurs chevaliers de la table ronde.

En temps normal, après les éléments historiques, je vous retiens encore par une petite introduction à l’histoire. Comprenez mon malaise quand, je n’ai presque aucun élément pour relier mes cinq histoires.

Pourtant, toutes commences de la même façon ou presque.

En ce temps là, le roi Arthur tenait sa Cour dans un de ses innombrables châteaux. C’était le rendez-vous de tous les nobles cœurs. Chevaliers de toutes contrées venaient pour les seuls privilèges de voir un tel souverain, de se joindre au preux de la tables rondes, de jouter en tournoi. C’était aussi le rendez-vous des rois de tous pays, car il n’y avait en cette époque monarques plus puissant, plus appréciés et plus respectés qu’Arthur.  C’étaient enfin, le lieu qui attirait les poètes, les écrivains, les artistes mais surtout les jeunes filles parmi les plus belles, certaines de toujours y trouver joie et protection car les chevaliers du roi n’avaient d’autres buts que de préserver la paix, combattre l’injustice et par-dessus tout remplir les désirs de leurs dames.

Regardez-les qui chantent, dansent, joutent tous ensemble dans l’allégresse. Comment expliquer que le monde soit si sombre que l’un d’eux sera bientôt appeler à l’extérieur.

Il devra rompre des maléfices, sauver sa dames, vaincre les félons.

Lancelot partira sur les traces de Méléagant qui enleva la reine Guenièvre.  Yvain devra secourir la dame sans chevalier près de la pierre qui fait vivre la tempête. Gauvain, le plus grand des chevaliers et le moins prompts à se battre partira rétablir son honneur en duel, lui qu’on accuse en terre lointaine.

Et puis, il y a Perceval le Gallois, le chevalier errant torturé entre sa quête des honneurs, son amour pour son amie et sa quête de Dieu. Lui qui n’a pas parlé, effacera-t-il ses péchés et trouvera-t-il une seconde fois le château qui abrite La Coupe Sainte et La Lance Qui Saigne, la demeure du roi pécheur.

 

Le démon qui plane sur les légendes Arthuriennes, je l’ai dit c’est l’innombrable quantité de textes et d’auteurs. Chacun a apporté sa touche à chaque époque. Robert Wace, Eschenbach, Robert de Boron. La matière de Bretagne, c’est un peu Internet avant l’heure. Il ya une entité difficile à calculer et à définir que tous composent. Les auteurs individuels comptent moins que la matière collective.

Chrétien de Troyes, c’est le retour aux sources de la littérature française. En le lisant, vous ne ferez pas que traverser les siècles, vous plongerez dans une fontaine de jouvence car pour trouver l’originalité dans la littérature, le moyen le plus simple est encore de se tourner vers ceux que tous ont ensuite tenté d’imiter.

A lire, lire, lire et relire !

 

Quentin

 

Chrétien de Troyes Cligès

 

20/02/2009

Macbeth

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William Shakespeare, Macbeth     

 

La légende veut que vous évitiez de prononcer le nom de cette pièce avant de la jouer sous peine de grands malheurs. Est-ce à dire qu’elle est terriblement maléfique ?

A la lecture, la question peut se poser.

 

Début du XIe siècle, l’Ecosse. Le noble roi Duncan, juste, droit et bon voit son royaume déchiré par la révolte et la guerre. Sa bonté d’âme lui a valu le soutien du peuple mais ses vassaux n’y trouvent qu’une occasion de prendre le pouvoir.

Peu habile à la guerre, trop prompt à la paix, le roi d’Ecosse n’a plus qu’un seul atout dans sa manche, ses deux capitaines les plus brillants Macbeth et Banquo.

Macbeth, c’est un peu l’opposé de son souverain. Il est peut être lui aussi respecté, mais il est surtout craint pour sa cruauté, sa violence et sa soif guerrière.

En sous nombre, les troupes Ecossaises régulières ont à lutter contre les insurgés régulièrement approvisionnés en hommes par des voisins Irlandais, intéressés à l’idée de prendre une part du gâteau. Pourtant, il semble qu’une cause juste soit bénie car finalement dans un ultime assaut, dans un bain de sang, dans une boucherie sanglante, le soldat héros parvient à mettre l’armée ennemie en déroute et à décrocher de ses épaules la tête de son ennemi. Fanfare, liesse, joie… La guerre est finie.

Sur le chemin du retour, Macbeth et Banquo chevauchent côte à côte à travers bois lorsqu’ils finissent par tomber sur trois sorcières. Elles s’adressent à Macbeth.

 

MACBETH

Parlez, si vous pouvez ; qui êtes-vous?

PREMIÈRE SORCIÈRE

Salut, Macbeth! salut à toi, thane de Glamis!

DEUXIÈME SORCIÈRE

Salut, Macbeth! salut à toi, thane de Cawdor!

TROISIÈME SORCIÈRE

Salut, Macbeth, qui seras roi un jour!

BANQUO

Mon bon seigneur, pourquoi tressaillez-vous, et semblez-vous craindre des choses dont le son vous doit être si doux?—Au nom de la vérité, êtes-vous des fantômes, ou êtes-vous en effet ce que vous paraissez être? Vous saluez mon noble compagnon d’un titre nouveau, de la haute prédiction d’une illustre fortune et de royales espérances, tellement qu’il en est comme hors de lui-même ; et moi, vous ne me parlez pas : si vos regards peuvent pénétrer dans les germes du temps, et démêler les semences qui doivent pousser et celles qui avorteront, parlez-moi donc à moi qui ne sollicite ni ne redoute vos faveurs ou votre haine.

(Macbeth a déjà le titre de Glamis, le titre de Cawdor était détenu par un des insurgés)

PREMIÈRE SORCIÈRE

Salut!

DEUXIÈME SORCIÈRE

Salut!

TROISIÈME SORCIÈRE

Salut!

PREMIÈRE SORCIÈRE

Moindre que Macbeth et plus grand.

DEUXIÈME SORCIÈRE

Moins heureux, et cependant beaucoup plus heureux.

TROISIÈME SORCIÈRE

Tu engendreras des rois, quoique tu ne le sois pas. Ainsi salut, Macbeth et Banquo!

 

L’esprit est une boite noire où s’agitent les plus folles idées surtout lorsque les deux chevaliers rencontrent des messagers envoyés par le roi qui annoncent à Macbeth sa nomination au titre de Cawdor. La prophétie des sorcières semble se réaliser. Il ne lui reste plus qu’à être roi. Mais un roi, il y en a déjà un. Et si…

Evidemment, une solution, il y en a une. Le brouillard monte, la lumière décroit et Macbeth entre dans la longue grotte qui le mènera en enfer.

Encouragé par sa femme, il tue Duncan. Mais ce ne sera que le premier d’une longue série.

S’il a obtenu le pouvoir, il doit maintenant à la fois le conserver et faire face à ses remords, à ses fantômes et à ses démons.

 

De l’avis des experts, Macbeth est la pièce la plus sombre de Shakespeare. Pour le savoir, il faudrait avoir tout lu, aussi contentons nous de dire que l’obscurité y est totale, quasi permanente. Une chape de plomb règne sur ces personnages accablés par la tension entre leur instinct et leur devoir, leur vouloir et leur pouvoir.

Car Macbeth qu’est ce que c’est ? Un vassal puissant qui depuis toujours est capable de prendre possession du trône. Une capacité qui lui est révélée par sa rencontre avec les sorcières. Sont-elles matérielles dans la pièce, dans la vie elles ne seraient qu’un instant de frisson, une prise de conscience folle. Dès lors, le personnage se déchire, se dédouble, se bat en duel avec lui-même. Il a le pouvoir d’être roi, mais c’est contre sa loi, sa volonté de commettre un acte aussi crapuleux, d’assassiner son souverain. Il peut mais le veut-il ?

Si Macbeth est capable de prendre le trône. C’est à la descendance de Banquo qu’il est assuré de perpétuer la charge. Le chevalier, héros sanguinaire a pris et maintenant il doit affronter son remord et assurer ses acquis.

Le chevalier héros pouvait prendre la charge, pouvait-il l’assumer ?

 

Une fenêtre sur la noirceur, sur les ténèbres, une fenêtre en mouvement continu sondant le mal de l’homme, le mal de la société. Une pièce qui subjugue par l’affreux, l’inconnaissable, le déréglé, la folie, la mort et le sang.  Une pièce qui magnétise par le cauchemar, par ce rêve haïssable, par sa tension nerveuse. On plonge au contact du Mal absolu, si absolu qu’il en devient séduisant, d’une beauté infernale. Subjuguer et paralyser dans l’éclatante noirceur des ténèbres.

 

(On entend derrière le théâtre des cris de femmes.)

SEYTON

Ce sont des cris de femmes, mon bon seigneur.

MACBETH

J’ai presque oublié l’impression de la crainte. Il fut un temps où mes sens se seraient glacés au bruit d’un cri nocturne ; où tous mes cheveux, à un récit funeste, se dressaient et s’agitaient comme s’ils eussent été doués de vie : mais je me suis rassasié d’horreurs. Ce qu’il y a de plus sinistre, devenu familier à mes pensées meurtrières, ne saurait me surprendre.     —D’où venaient ces cris?

SEYTON

La reine est morte, mon seigneur.

MACBETH

Elle aurait dû mourir plus tard : il serait arrivé un moment auquel aurait convenu une semblable parole. Demain, demain, demain, se glisse ainsi à petits pas d’un jour à l’autre, jusqu’à la dernière syllabe du temps inscrit ; et tous nos hier n’ont travaillé, les imbéciles, qu’à nous abréger le chemin de la mort poussiéreuse. Éteins-toi, éteins-toi, court flambeau : la vie n’est qu’une ombre qui marche ; elle ressemble à un comédien qui se pavane et s’agite sur le théâtre une heure ; après quoi il n’en est plus question ; c’est un conte raconté par un idiot avec beaucoup de bruit et de chaleur, et qui ne signifie rien.

 

macbeth

 

William Shakespeare

william_shakespeare

Pièce disponible en ligne sur Wikipédia

11/02/2009

Hugh Laurie, Tout est sous contrôle

Tout est sous contrôle

 

Hugh Laurie, Tout est sous contrôle.

 

 

Soyons clair. De deux choses: l’une, j’adore regardé Docteur House à la télévision ; la seconde, je n’en reste pas moins critique.

En vérité, je me baladais au hasard des magasins lorsque je suis tombé sur cet ouvrage.

Vous auriez vu la couverture et toute la publicité faite autour, vous n’auriez eu comme moi qu’une seule envie, l’acheter pour pouvoir en faire la critique absolument négative le plus vite possible.

Malheureusement ou heureusement, on ne fait que ce qu’on peut, pas ce qu’on veut.

Aujourd’hui, après la lecture du livre et la recherche d’information chez l’éditeur, je dois m’incliner à vous présenter Tout est sous contrôle d’Hugh Laurie sous le jour le plus positif qu’il soit.

Oubliez tout, plongez-vous dans les rues de Londres. Vous avez changé d’identité. Vous vous appelez désormais Thomas Lang, vous êtes un ancien militaire de la Garde Ecossaise aujourd’hui complètement paumé, endetté, buveur, fumeur, solitaire et n’entretenez de rapports qu’avec une moto Kawasaki. Pas très encourageant votre vie.

Attendez que je vous raconte la suite. Il y a pas longtemps un type complètement schizophrène vous a contacté pour que vous lui serviez de garde du corps dans une excursion aux Pays-Bas. Faut bien gagner un peu d’argent de temps en temps, vous l’avez accompagné même s’il y avait autant de chance que votre employeur soit en danger que de voir E.T. débarquer dans sa soucoupe. Le moins qu’on puisse dire c’est que ça ne risquait pas d’être au dessus de vos compétences. Là où la situation a commencé à vous ennuyer c’est quand quelqu’un que vous ne connaissez pas vous a invité à le rejoindre au bar de l’hôtel.

Etait-ce l’heure invraisemblable du rendez-vous ou le tarif des boissons. Vous saviez que vous n’auriez pas affaire à n’importe qui.

Vous avez bu un verre, discutez et puis c’est là, à cet instant précis qu’il vous l’a demandé.

Il a sorti une enveloppe avec des photos d’un type à abattre et une liasse de billets.

La question maintenant, c’est de savoir si le personnage que vous incarnez est un type bien ou pas. Enfin personne n’est blanc ou noir. C’est une nuance de gris. Alors, étiez-vous Gris Clair ou Gris Foncé.

Faut voir. Parce que si vous avez déclinez la proposition (Félicitation !), vous avez quand même broyé les … du donneur de rendez-vous. Vous pourriez toujours prétendre que vous avez sauvé la vie d’un type et jouez le rôle du glaive de la justice s’abattant sur … -vous m’avez compris…

Là où j’ai moins tendance à vous prendre pour un ange, c’est quand trois jours plus tard vous vous retrouvez en pleine bagarre dans la maison de la personne qu’on vous proposait d’assassiner. Quelque chose à répondre ?

 

Polar, plutôt thriller, j’ai lu thriller humoristique quelque part mais ce n’est plus de l’humour, c’est de l’ironie, du sarcasme, de la répartie comme on en voit qu’à la télé en période Housienne. Je suis sous le charme. Ce roman va faire du bien à la réputation des acteurs. Pour une fois, on ne pourra pas dire qu’ils n’ont rien dans la cervelle. Non seulement, l’histoire tient la route mais elle est bien ficelée.

Qui plus est, on a enfin la réponse à la question pourquoi Hugh Laurie est si bon dans son rôle de médecin diagnosticien sur le petit écran. Tout simplement parce que si je n’irais pas jusqu’à dire qu’il est comme House, il a crée un personnage roman identique à lui en caractère : solitaire, sombre, sarcastique, froid, blasé. Finalement, Thomas Lang vs Docteur House, une seule différence au tableau leur job.

Mais je vous sens déjà en train de ruminer derrière votre écran. Avec des idées en tête. Primo, si les deux personnages sont les mêmes, c’est forcément que l’un est inspiré de l’autre.  

Secundo, si la première hypothèse est vraie, lequel est le reflet duquel ?

Tertio, quelque soit la réponse à la question précédente les mots escroqueries, arnaques, triches… vous viennent à l’esprit.

Bon ! Remettons de l’ordre dans tout ça. Je pensais comme vous avant mes recherches mais on s’est joliment trompé.

Tout d’abord, sachez que Hugh Laurie a écrit son roman en 1996 sous le titre original The Gun Seller (Le Marchand d’armes). Ce qui vous empêchera de penser qu’il se sert de son rôle dans la série pour générer quelques droits supplémentaires. Et donc la seule raison de lui en vouloir c’est de ne pas avoir écrit plus alors qu’il a la plume dans la tête.

Maintenant que j’ai rétabli Saint Docteur House sur son piédestal, il ne faudrait pas déboulonner la série pour violation de droits d’auteur. N’oubliez pas que le scénario date d’avant le recrutement de Mister Laurie dans le rôle du Docteur. Le réalisateur ne voulait pas un Anglais pour le rôle. Qu’on est pioché dans son livre est moins vraisemblable que de dire que l’acteur a transmis sa personnalité aux personnages et ses idées aux scénaristes.

Je vous l’ai dit, en achetant ce livre, je voyais déjà tout le plaisir que j’aurais pris à taper sur les doigts de quelqu’un en en faisant la critique. Pas de chance. Et si j’ai bien envie de sortir un mauvais mot à propos d’Universal et des éditions Sonatine, l’un pour utiliser un livre pour vendre des Dvd’s, l’autre pour utiliser l’image d’une série TV pour lancer un livre après 13ans et sans prendre de risques, je m’en abstiendrai puisque je risquerais de vous faire passer à côté d’un bon moment de lecture.

A toutes et à tous, passez ce dégoutant mur de graisse médiatique et vous découvrirez un roman qui vaut la peine d’être lu alternant entre suspens et crise de fou rire.

Bonne lecture !

 

Ecrivain89- Quentin

 

Gun seller

 

Hugh Laurie

 

04/02/2009

Gargantua

gargantua

 

François Rabelais, Gargantua

 

Gargantua

La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composée par M. Alcofribas Nasier (François Rabelais), abstracteur de quinte essence.

 

Aux Lecteurs

 

Amis lecteurs, qui ce livre lisez,

Despoûillez vous de toute affection,

Et le lisants, ne vous scandalisez :

Il ne contient mal ne infection.

Vray est qu’icy peu de perfection

Vous apprendrez, si non en cas de rire ;

Aultre argument ne peut mon cueur elire,

Voiant le dueil qui vous mine et consomme :

Mieulx est de ris que de larmes escrire,

Pource que rire est le propre de l’homme.

Vivez joyeux.

 

 

Qui connaît Rabelais ? Tout le monde. Son Pantagruel, son Gargantua sont universellement connu. Mais quel sens faut-il donner au mot « connaître » ?

Au minimum, on peut dire que c’est « avoir entendu parler », généralement, « avoir étudié il y a longtemps », mais c’est relativement rare de croiser quelqu’un en rue qui puisse affirmer « je l’ai lu, je sais ce que c’est ».

Dans le cas de Gargantua, faire la distinction entre ces trois possibilités, c’est faire la distinction entre l’imagerie populaire, l’imagerie scolaire et la juste vérité.

En se plaçant dans le premier cas, je vous invite à voir Rabelais comme un chantre de la paillardise, de l’ivrognerie, de la crasse, de la bouffe juteuse et grasse, de la démesure.

Pas de quoi avoir envie de s’y mettre, pas de quoi tenter les âmes sensibles.

Néanmoins, en faisant un petit retour par l’école, souvenez-vous de ces heures d’études de textes, longues, interminables, soporifique. Tout çà pourquoi ? Parce qu’on n’aime pas le prof, le texte, le curetage des mots ou tout simplement parce qu’on a envie de faire autre chose.

Toujours est-il qu’à cette époque, Rabelais vous semblait plus sérieux et plus sage. De quoi tenter les têtes bien pensantes. Malheureusement, elles seront tout aussi déçues.

Pourquoi ? Pour la simple raison que si Gargantua est le texte d’un humaniste, d’un médecin, d’un ecclésiastique et donc de quelqu’un d’instruit, sage et savant, nous n’en sommes pas moins au début du XVIe siècle, dans les années 1534, à peine à la sortie du Moyen Age.

Ce qui est un élément pour expliquer cette « paillardise ». Rappelez-vous des Contes de Canterbury, auxquels j’ai consacré un article, c’était un siècle plus tôt en Angleterre et un certain Geoffrey Chaucer s’en donnait à cœur joie pour dépeindre aussi bien l’amour platonique que…

Outre le décalage temporel, un autre raison qui participe à la réputation du Gargantua, est que l’ouvrage a été écrit dans un esprit de parodie par rapport à ce qui se faisait ou avait été fait. On quitte l’épopée et les mythes des bons chevaliers pour retrouver un prince géant faisant son éducation culturelle et militaire en adaptant ce qui doit être adapté.

Une parodie, c’est un objectif clair : faire rire. Force est de la reconnaître et force est de dire que cette seule raison doit déjà vous inciter à le lire.

Pourtant, si page 1 « Rire est le propre de l’homme », l’ambiance joyeuse de Gargantua, ça rassura les âmes pieuses, n’est qu’un coup en traitre pour faire rentrer dans la caboche du lecteur, à son insu, sagesse, philosophie, réflexion et les grandes idées des philosophes du temps (Erasme ou More en tête). Rire et penser.

 

En ce qui concerne l’histoire, on a récemment découvert (par rapport à 1534) un immense tombeau en France. Explorant ce lieu incroyable, oublié depuis la nuit des temps, un érudit nous rapporte l’existence d’un livre non moins gigantesque rapportant les hauts faits et l’histoire d’une lignée de géants, rois du Peuple des Dipsodes.

Parmi eux figurent Grandgousier (traduisez par Grand gosier ; non reçu à sa naissance pour sa capacité à enfourner le boire et manger) et sa femme Gargamelle enceinte depuis onze mois (que voulez vous, qualité et gigantisme ça met du temps).

Nous sommes le troisième jour de février, à ce moment de l’année, le roi vient d’ordonner l’abattage des cochons. C’est un rituel annuel. Une grande partie des viandes seront salées pour leur conservation dans les mois à venir tandis que tout ce qu’on ne peut garder aussi longtemps devra être rapidement mangé pour éviter le gaspillage (on parle des tripes).

C’est l’occasion de fêtes, festins, festoyages à n’en plus finir. Le vin coule et les tables sont remplies dans la plus parfaite bonne humeur. L’occasion peut-être pour un géant de naître ?

Evidemment mais il ne le fera pas de n’importe quelle manière mais de cela je vous garde le plaisir de le lire. Toujours est-il qu’une fois né, contrairement aux autres nourrissons, il ne criera, ni ne pleurera mais hurlera « A boire ! ».

Le bonhomme Grandgousier, qui buvait et mangeait, et s’amusait, en entendant les cris horribles de son fils qui demandait à boire, dit alors : « Que grant tu as ! (sous entendu le gosier). Ce que les oyants et assistants dirent que vrayement il debvoit avoir par ce le nom Gargantua.

A présent que le mythe est né, comme sa croissance, son éducation et ses aventures.

Ces derniers sont truculentes mais je ne peux hélas, c’est regrettable, les dire ici sans vous faire perdre le plaisir de lire. Apprenez seulement qu’entre autres faits, il volera les cloches de Notre Dame de Paris pour les faire porter à son cheval, noiera la foule sous un flot d’urine ou encore, que sa monture gigantesque voulant se débarrasser des mouches qui l’embêtaient les massacra à coup de queue et par la même occasion déboisa toute une région.

Du coté de la sagesse, elle n’est jamais loin du rire, de la satire, de la remarque désobligeante sur son siècle, ses hommes et ses institutions. Un peu de patriotisme français, un coup de poignard contre l’Empire (le Saint Empire Romain mené par Charles V est en guerre perpétuelle avec le roi François premier ; on se trouve quelque années après la défaite des Français à Pavie et la prise d’otage du roi de France par l’empereur).

Rajoutez des boulets rouges contre les moines, les avocats, les juges,  les mauvais rois, les assoiffés de pouvoirs, l’enseignement au par cœur tout à fait inutile et abrutissant du Moyen Age et j’en passe pour arriver aux utopies : celle du royaume heureux et paisibles de Gargantua et Grandgousier et celle de l’abbaye de Thélème, lieu d’enseignement et son « Fais ce que plaira »

Rire et penser. Penser en riant. Rire en pensant. Cherchez l’un vous bénéficierez toujours de l’autre. C’est ça le plaisir de lire Gargantua et vous le multiplierez à l’infini en choisissant de le lire en ancien français, texte d’origine.

A lire absolument !

Bonne lecture.

 

Ecrivain89- Quentin

 

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François Rabelais

 

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