12/05/2009

Chateaubriand, Atala, René, Le dernier des Abencerage

Chateaubriand

 

 

L’histoire est injuste, a fortiori celle qui se fait dans les manuels scolaires.

Prenons l’exemple du romantisme, ce courant d’écriture qui se développera un peu après la Révolution Française jusqu’à l’apparition des Balzac, Flaubert et Zola qui le détrôneront.

Le romantisme ou le développement de l’individu, de sa psychologie et de ses passions, le plus souvent au milieu de l’Histoire et de la nature.

Pour ce courant, on retiendra comme meneur, le plus grand écrivain français, Victor Hugo. Et pourtant…. Pourtant, avant que Victor Hugo ne fédèrent autour de lui les écrivains à tendance romantique en leur offrant un manifeste du courant, une ligne de conduite, dans la préface de Cromwell, avant cela, d’autres avaient déjà bien entamer la rupture.

On parle de la Bataille d’Hernani au théâtre. Hernani, encore une pièce de Victor Hugo. Ce jour-là, l’opposition entre les partisans du romantisme et les classiques devait exploser lors d’une représentation théâtrale de la nouvelle pièce du maître. L’issue est facile à déterminer, la victoire passe à la nouvelle génération.

Cependant, bien avant Hernani, d’autres avaient déjà mis sur pied des pièces absolument révolutionnaires comme Henri III et sa cour de Dumas, dont nous avons déjà fait la présentation sur ce site.

Pour ce qui est du roman, s’il est impossible de sacrifier l’étude de Victor Hugo ou d’Alexandre Dumas lorsqu’on parle du romantisme, c’est utopique de les prendre pour des précurseurs.

Ils sont l’apogée du genre mais ses débuts voient le jour entre Rousseau, Madame de Staël et Chateaubriand.

Chateaubriand. Celui-là même dont monsieur Hugo, sur les bancs de l’école dira : « Plus tard, je veux être Chateaubriand ou rien ! » C’est montré à quel point l’homme a pu être un précurseur.

Victor Hugo et Alexandre Dumas, maître à penser du romantisme et Chateaubriand père du courant.

 

Atala, René, Le dernier des Abencerage. Trois textes, presque trois nouvelles et pourtant toute l’idée est là.

Atala est une jeune indienne de la Louisiane. Son peuple vient de remporter une victoire sur une autre tribu et en ramène un prisonnier le fils du chef ennemi. Ligoté, celui-ci est promis à la mort lors d’un prochain sacrifice aux dieux. Néanmoins, une nuit, alors qu’il est endormi, il sent quelqu’un venir près de lui. C’est Atala, elle est venue le libéré, lui Chactas.

Est-ce une déesse, est-ce un songe ? Pour lui qui à tout perdu, c’est peut-être l’espoir d’un nouveau bonheur, si seulement elle acceptait de le suivre.

Elle ne veut pas. Il reste donc, s’entête à s’enchaîner sur son rocher. Le trajet du retour vers le lieu du sacrifice doit encore durer plusieurs jours, il faut qu’il la convainque.

 

René. Comme François-René de Chateaubriand ? En partie, peut-être. Il a toute la jeunesse pour lui et la vie qui s’ouvre sur ses pas. Pourquoi donc a-t-il fui vers les Amériques où bien plus tard, il a rencontré l’indien Chactas ? Quel mal et quel secret pèse sur lui ? Est-ce ça le mal du siècle ? Un héros emprisonné par des passions contradictoires et l’impossibilité de les faire vivre ?

 

Enfin, ma préférée, le dernier Abencerage ou l’histoire du dernier descendant des anciens sultans du royaume de Grenade.  La Reconquista est le nom que l’on donne à cette campagne militaire qui devait reprendre les royaumes musulmans d’Espagne pour les remettre dans les mains de rois chrétiens. Elle commença en 718 et pris fin le 2 janvier 1492 lorsque les troupes de Ferdinand II d’Aragon et d’Isabelle de Castille chassèrent le dernier souverain musulman de la péninsule, le roi Boabdil de Grenade.

Une histoire d’attraction. La prise de Grenade est encore récente dans les esprits et pourtant, ce dernier né d’une lignée royale désire connaitre cette terre que tous pleurent aujourd’hui. Voir la belle Grenade, le palais de ces ancêtres et qu’importe le reste.

Qu’importe vraiment ? Le dernier des Abencerage a pourtant une idée en tête, se venger de l’ennemis qui a pris sa terre. Sous couvert de chercher des plantes médicinales dans la péninsule, il s’embarque pour Grenade avec ses projets sanglants. Mais à peine, arrivé le voilà sous le charme d’une belle Andalouse. Elle est chrétienne, il est musulman. Elle est d’un clan et il est de l’autre.

Que pourra-t-il bien se passer ?

 

Bonne lecture

Quentin

 

 

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  Lorsque Boabdil, dernier roi de Grenade, fut obligé d'abandonner le royaume de ses pères, il s'arrêta au sommet du mont Padul. De ce lieu élevé on découvrait la mer où l'infortuné monarque allait s'embarquer pour l'Afrique ; on apercevait aussi Grenade, la Véga et le Xénil, au bord duquel s'élevaient les tentes de Ferdinand et d'Isabelle. A la vue de ce beau pays et des cyprès qui marquaient encore çà et là les tombeaux des musulmans, Boabdil se prit à verser des larmes. La sultane Aïxa, sa mère, qui l'accompagnait dans son exil avec les grands qui composaient jadis sa cour, lui dit :  " Pleure maintenant comme une femme un royaume que tu n'as pas su défendre comme un homme. " Ils descendirent de la montagne, et Grenade disparut à leurs yeux pour toujours.
Les Maures d'Espagne, qui partagèrent le sort de leur roi, se dispersèrent en Afrique. Les tribus des Zégris et des Gomèles s'établirent dans le royaume de Fez, dont elles tiraient leur origine. Les Vanégas et les Alabès s'arrêtèrent sur la côte, depuis Oran jusqu'à Alger ; enfin les Abencérages se fixèrent dans les environs de Tunis. Ils formèrent, à la vue des ruines de Carthage, une colonie que l'on distingue encore aujourd'hui des Maures d'Afrique, par l'élégance de ses mœurs et la douceur de ses lois.
Ces familles portèrent dans leur patrie nouvelle le souvenir de leur ancienne patrie. Le Paradis de Grenade vivait toujours dans leur mémoire, les mères en redisaient le nom aux enfants qui suçaient encore la mamelle. Elles les berçaient avec les romances des Zégris et des Abencérages. Tous les cinq jours on priait dans la mosquée, en se tournant vers Grenade. On invoquait Allah, afin qu'il rendît à ses élus cette terre de délices. En vain le pays des Lotophages offrait aux exilés ses fruits, ses eaux, sa verdure, son brillant soleil ; loin des Tours vermeilles, il n'y avait ni fruits agréables, ni fontaines limpides, ni fraîche verdure, ni soleil digne d'être regardé. Si l'on montrait à quelque banni les plaines de la Bagrada, il secouait la tête et s'écriait en soupirant :  " Grenade ! "
Les Abencérages surtout conservaient le plus tendre et le plus fidèle souvenir de la patrie. Ils avaient quitté avec un mortel regret le théâtre de leur gloire, et les bords qu'ils firent si souvent retentir de ce cri d'armes :  " Honneur et Amour. " Ne pouvant plus lever la lance dans les déserts, ni se couvrir du casque dans une colonie de laboureurs, ils s'étaient consacrés à l'étude des simples, profession estimée chez les Arabes à l'égal du métier des armes. Ainsi cette race de guerriers qui jadis faisait des blessures s'occupait maintenant de l'art de les guérir. En cela elle avait retenu quelque chose de son premier génie, car les chevaliers pansaient souvent eux-mêmes les plaies de l'ennemi qu'ils avaient abattu.
La cabane de cette famille, qui jadis eut des palais, n'était point placée dans le hameau des autres exilés, au pied de la montagne du Mamélife ; elle était bâtie parmi les débris mêmes de Carthage, au bord de la mer, dans l'endroit où saint Louis mourut sur la cendre, et où l'on voit aujourd'hui un ermitage mahométan. Aux murailles de la cabane étaient attachés des boucliers de peau de lion, qui portaient empreintes sur un champ d'azur deux figures de sauvages, brisant une ville avec une massue. Autour de cette devise on lisait ces mots :  " C'est peu de chose ", armes et devise des Abencérages. Des lances ornées de pennons blancs et bleus, des alburnos, des casaques de satin tailladé étaient rangés auprès des boucliers, et brillaient au milieu des cimeterres et des poignards. On voyait encore suspendus çà et là des gantelets, des mors enrichis de pierreries, de larges étriers d'argent, de longues épées dont le fourreau avait été brodé par les mains des princesses, et des éperons d'or que les Yseult, les Guenièvre, les Oriane, chaussèrent jadis à de vaillants chevaliers.

 

 

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