18/05/2009

Des souris et des hommes

Des souris et des hommes

 

John Steinbeck, Des Souris et des hommes

 

 

Comment écrire un grand livre ? C’est très simple, il suffit de poursuivre l’objectif inverse.

Prenez Des Souris et des Hommes, le roman le plus connu avec Les Raisins de la Colère du John Steinbeck et prix Nobel de littérature. Dans ce livre, l’histoire qu’il raconte aurait pu être contée au coin du feu pendant une soirée entre amis ou entre travailleurs dans des ranchs du sud est américain. Son œuvre, c’est l’histoire d’une amitié, de la tendresse, d’une société, de portraits, de gens ; c’est l’impression d’être face à un miroir sur le monde sans lire jamais aucune description, seulement en voyant les lignes aligner la vie des hommes.

Des souris et des hommes, c’est l’aventure de George et Lennie. Ils viennent d’arriver sur les bords d’une rivière du sud est des Etats-Unis. George, c’est le plus petit, le sagace, la tête du duo. L’autre, le géant, un peu perdu, un peu bête, sans mémoire, sans jugeote, sans… et pourtant tellement costaud et tellement fort… l’autre, c’est Lennie.

Ils se connaissent depuis qu’ils sont jeunes. Ils voyagent ensemble de ranch en ranch depuis qu’ils ont perdu toute attache en ville. Ils ne restent jamais longtemps au même endroit. Ce n’est pas qu’ils n’aimeraient pas gagner un peu d’argent et se poser un peu, mais avec Lennie c’est jamais possible. Comprenez bien, il est gentil mais il peut pas penser et il est tellement fort qu’il peut faire peur. Il a pas son pareil pour s’attirer des ennuis.

Pourtant, il est si doux et si tendre. Ce n’est qu’un gosse dans un corps d’adulte.

Là, il est en train de caresser une souris dans sa poche. La souris, il l’a trouvée morte sur la route. C’est plus fort que lui à Lennie, il peut pas s’empêcher de caresser ce qui est doux.

Heureusement, George est là pour veiller sur lui. C’est lui qui organise la vie et puis, quand ils auront réussi à mettre enfin un peu d’argent de côté, ils pourront s’acheter une petite ferme rien qu’à eux. Ils feront ce qu’ils voudront alors, ils travailleront pour eux-mêmes, pour faire sortir leur propre récolte et puis, ainsi, Lennie pourra s’occuper des lapins qu’ils élèveront dans un clapier. Il ira chercher la luzerne pour les nourrir et surtout, il pourra les caresser.

Mais ici, c’est le soir. La nuit va tomber. Ils font vite un feu sur la berge. George a jeté la souris morte. Ils sont en train de manger des haricots en boîte. Bientôt, ils iront se coucher près des braises. Demain, ils commencent dans une nouvelle ferme, si Lennie n’oublie pas de se taire avant que George n’ait pu le faire valoir par sa prodigieuse puissance physique, cette capacité à porter des sacs si lourds comme si de rien n’était.

Espérons que tout se passera bien.

Histoire simple d’une amitié difficile entre deux hommes luttant ensemble, entre deux hommes à la fois proches et pourtant presque dans deux univers différents.

Histoire d’une vie de ferme, d’une vie de misère, d’une vie de bagnard. Défilé de portraits si bien dépeints par une plume si légère.

Histoire courte, histoire frappante où le rêve et l’espoir se bat sans cesse avec une vie trop noire, où tous les hommes ne sont pas bons, où même les innocents sont coupables, où les plus beaux gestes d’amitiés, les plus touchants sont parfois les plus insoutenables.

Le sommet de la littérature américaine se dévoile dans toute sa splendeur, sa grâce, sa beauté.

Bonne lecture.

 

Quentin

Les commentaires sont fermés.