03/01/2008

L'auberge rouge

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Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui je vais me faire l’écho d’un livre bien entendu, mais aussi d’un film puisque j’ai choisi de vous parler de l’Auberge Rouge.

Commençons d’abord peut-être par cette courte nouvelle de Balzac disponible au format de poche.

Tout d’abord, je vous dirais qu’elle est complètement différente du film sur nos écrans. Dans cette histoire Balzac raconte comment, un jour, invité par des amis à prendre le repas du soir – et un repas ma foi fort copieux- il finit par atteindre l’heure où les corps sont repus, dans cette instant où la chair satisfaite fait somnoler un esprit qui ne demande rien de plus qu’un peu de musique ou une histoire. C’est à ce moment, qu’un des invités sous l’insistance de l’assistance commence donc à raconter son histoire.

Et une histoire sombre, macabre, celle d’un négociant qui voyageant à travers l’Allemagne s’arrête en même temps que deux jeunes soldats médecins à l’Auberge Rouge.

Il explique comment le lendemain, le négociant fut retrouver mort, privé de son argent tandis qu’on accusait l’un des jeunes gens du crime.

Néanmoins, le conteur ayant rencontré lui-même ce garçon reste persuader de son innocence.

Le mystère plane. Un innocent à payer. Un assassin, un voleur est en liberté ! Balzac mène l’enquête.

Vous l’aurez compris cette nouvelle, proche de la fable, reste loin du film qui vient de sortir. Cependant, pour ceux que cela intéresse je ne saurais que trop la conseiller. C’est très court, l’occasion de se plonger dans l’univers d’un des plus célèbres auteurs classiques sans trop se fatiguer, l’occasion aussi en une petite heure de se laisser bercer par une plume et une manière de raconter toujours moderne malgré son âge.

Pour en venir, au film, je rappellerai que l’histoire est ici complètement différente puisqu’elle raconte la vie d’un couple d’aubergistes (Balasko, Clavier) propriétaires d’un relais isolé dans les Pyrénées, l’Auberge rouge. Le paysage est idyllique mais les clients n’affluent pas. Grand bien leur fassent d’ailleurs car ceux qui y rentrent ne sont jamais ressortis ou alors nettement moins vivants.

La vie y est calme à peine troublée par l’un ou l’autre promeneur isolé dont la disparition ne saurait inquiéter personne. Mais c’est jusqu’au jour où arrive une calèche bondée et cabossée d’où sorte entre autre une vieille aristo, un bucheron, un vendeur de dentelle mais surtout un prêtre (Jugnot). L’occasion pour le couple assassin de finir en apothéose et de détrousser les malheureux juste avant la fermeture de la route qui les reliait à la civilisation au profit d’un itinéraire plus court.

Après, avec l’argent gagné, ce sera le début de la grande vie pour eux tous.

Seul inconvénient, la matrone refuse qu’on touche à un cheveu du prêtre !

Construit sur l’opposition Clavier-Balasko contre Jugnot le film est tourné de manière exquise dans un mélange macabre et bercé d’humour, un humour justement dosé, bien présent et très léger.

Un bon film qui n'a rien à envier aux machines à brasser les visiteurs des cinémas anglais et américains mais surtout un bon film pour passer un agréable moment en famille ou entre amis dans les salles obscures.

 

Bon film ou bonne lecture…

 

28/12/2007

La Mécanique du Coeur

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Coup de cœur d’un grand nombre de libraires en cette fin d’année, je laisse aujourd’hui la place à La Mécanique du Cœur de Mathias Malzieu.

Jeune auteur français, il nous offre seulement son deuxième roman mais si je ne vous le disais pas, vous n’y verriez que du feu tellement la qualité est au rendez-vous.

Dans ce conte, plutôt pour grands enfants, nous plongeons dans l’Edimbourg de 1874, le jour de la naissance de Jack, le jour le plus froid du monde !

Si froid, que le cœur du petit nourrisson reste gelé et refuse de battre. Par chance, l’accoucheuse, mi-sorcière mi mécano va parvenir à le sauver en remplaçant le cœur défectueux par une horloge. Elle fonctionne, l’enfant vivra mais il devra se tenir à l’écart de sentiments trop puissants comme la colère et surtout, surtout, l’amour.

Mais comment peut-on contrôler ses sentiments sans vivre à l’écart du monde ? Un jour dans les rues d’Edimbourg, le regard d’une petite chanteuse de rue allumera la bombe infernale et plongera notre jeune héros dans une suite d’aventures et d’épreuves, de l’Ecosse jusqu’à l’Andalousie rencontrant tantôt Jack L’Eventreur, tantôt George Méliès (le créateur des effets spéciaux, avec son voyage sur la lune).

Ce roman, sans être très long est pourtant une véritable caverne d’Ali Baba par sa richesse tant au niveau du style qu’au niveau de l’intrigue et des personnages.

Ce qui me vient le plus à l’esprit pour décrire ce phénomène, c’est le style et le film de Tim Burton. Vous vous souvenez de l’Etrange Noël de Mr Jack ?  Une ambiance bizarre entre le sombre et le gentil ?

Il y a dans la Mécanique du cœur une kyrielle de personnages absolument incroyables, bizarres, incongrus, effrayants, cabossés par la vie et pas moins attachants. Une ambiance entre gris clair et gris foncé centrée autour d’un personnage poussé par la vie à sortir de sa rêverie et forcé à prendre des gifles.

Au point de vue du style, il me laisse complètement ébahis. C’est fait avec un sens de la précision, du mot choisi sélectionné étudié, un peu comme un puzzle où chaque pièce s’emboite ligne après ligne pour révéler un paysage incroyable.

Mais savoir que l’auteur fait partie d’un groupe de rock pourrait fournir assez d’explications à ce sujet. Une écriture à vif, à l’os mais néanmoins plus que raffinée.

 Réflexion sur les délices de l’amour comme sur sa cruauté, sur le rejet de la différence comme de son importance, ce conte moderne excessivement poétique oscillant entre un gris clair et un gris foncé vaut vraiment le coup d’œil ne serait-ce que pour voir ce que donne le mythe de Pinocchio en 2007. 

Bonne lecture !

 

La Mécanique du Cœur, Mathias Malzieu, éd Flammarion.

 

22/12/2007

A la Croisée des mondes

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Comme promis, voici la critique de A la Croisée des Mondes de Philip Pullman.

Que dire de ce livre ? Et bien, je dois avouer que je reste assez perplexe. Mon cœur balance entre du pour et du contre.

Et de bons éléments, il y en a dans ce roman fantastique. Du point de vue de l’imagination, c’est tout simplement remarquable. On rencontre une multitude d’univers connectés entre eux de manière particulière, des créatures incroyables ; pour ne citer qu’eux, je pense aux immenses ours polaires en armures forgerons hors pairs.

Il y a des inventions complètement novatrices pour le roman fantastique. En bref, le paradis du rêve et de l’aventure.

Mais, il n’y a pas que l’apparence qui est mise en avant, il y a aussi la psychologie des personnages qui se retrouve omniprésente à chaque ligne. On retrouve leurs côtés sombres, leurs états d’âme, leurs plans démoniaques… Ajoutez aussi un langage soigné et un plume allant au mot juste, c’est excellent.

S’il n’y avait que cela, ce livre serait une vraie perle et Pullman n’aurait pas volé son titre parmi les plus brillants auteurs de fantastique anglais.

Mais, je dois vous avouer que j’ai mis près de huit ou dix ans pour passer de la première page du tome 1 à la dernière du troisième tome.

Car c’est là que le bas blesse. Sans dire qu’on s’ennuie en lisant, il est très difficile d’accrocher à l’histoire et c’est en grande partie dû à ce qui fait sa qualité : par très inventive, elle devient trop complexe. Le lecteur manque de repères dans sa lecture et se perd assez facilement. Du moins, ce n’est qu’un point de vue et il n’a qu’une seule conséquence importante, c’est qu’il faudrait idéalement ne pas chercher à le lire trop jeune et être particulièrement bon lecteur ou motivé.

 

Etant donné qu’il s’agit d’une trilogie, il serait assez difficile d’en faire un résumé correct, on peut cependant dire que la trame du livre à pour sujet principal la théorie des mondes parallèles évoluant différemment les uns des autres mais dont le sort est lié par un principe d’équilibre.

Dans l’un de ces mondes, vit la jeune Lyra. Elle habite le collège d’Oxford en grande Bretagne en compagnie des plus grands savants et des meilleurs érudits où elle coule des jours paisibles et insouciants, inconsciente encore de son importance et des prédictions qui ont été faites il y a fort longtemps à son sujet.

Dans son Oxford, on retrouve un monde à cheval entre le féodalisme et le début du vingtième siècle, une civilisation avec des choix de technologies principales différentes des notres.

 Dans ce monde, vous ne serez pas étonné de rencontrer des daemons, sortes d’extension de l’âme en dehors du corps humain, il se rencontre sous forme d’animaux pouvant se métamorphoser à volonté dans l’enfance, du papillon au tigre, du chat à la colombe.

Mais ce calme absolu se brise le jour où la jeune fille est kidnappée et emmenée par des voleurs d’enfants. Sauvée par des gitans, elle entreprend un voyage vers le Nord à la recherche de son père, le célèbre Lord Asriel. Elle ne sait pas encore que son chemin la mènera beaucoup plus loin…

Vous ferez la rencontre dans ces livres de sorcières, d’ours en armures, de gyroptères, de monstres des falaises, de gallivespiens et même d’anges…

Bonne lecture !

 

13/12/2007

La Rêveuse d'Ostende

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Eric-Emmanuel Schmidt, La rêveuse d’Ostende 

Il est bien tard, ce soir, quand mon regard fatigué d’une longue journée glisse sur les dernières lignes de La Rêveuse d’Ostende d’Eric Emmanuel Schmidt.

Comme souvent lorsqu’on est face à un bon livre, une belle histoire, je me sens envahi par le désespoir d’arriver à la fin. L’histoire s’arrête là, maintenant gravée dans un coin de notre mémoire et nous devons peu à peu reprendre pied avec la réalité.

Pendant mon atterrissage, ce qui me frappe en premier c’est avant tout la question de savoir comment j’ai pu ignorer un tel talent aussi longtemps.

Car cet auteur français, qui je le rappelle passe une bonne part de son temps en Belgique – et aime à y mettre en scène ses histoire en dépeignant à la perfection nos habitudes et notre décors- a un don réel pour l’écriture.

A travers ce recueil de nouvelles, cinq pour être précis, on ne peut que tomber sous le charme de la plume. C’est peut-être par une série de qualificatifs qu’on en viendrait le mieux à décrire les sensations qui vous traversent. Je pense d’abord à la force et au charme de décors, simples et envoûtants. Tout comme je rends hommage au sens de la mise en scène qui est révélé par le mystère de la narration et la qualité des dénouements. Alors qu’enfin, je n’oublie pas les mots, ce vocabulaire riche qui se plie en quatre au service d’un phrasé fluide et de la lumineuse simplicité des histoires.

Cinq nouvelles donc pour un livre qui se dévore. Cinq nouvelles : La Rêveuse d’Ostende, Crime Parfait, La Guérison, Les Mauvaises Lectures et La femme au bouquet.

Que dire d’elles sinon qu’elles sont magiques, ouvertes à l’imagination, à un voyage dans le rêve éveillé.

En quelques mots, La rêveuse d’Ostende met en scène un écrivain cherchant à fuir au bout du monde pour se remettre à l’abri d’un déboire amoureux. Et c’est plus précisément sur les plages de la Mer du Nord dans la vieille demeure d’Emma Van A., sa logeuse qu’il tentera de parvenir à ses fins. Pendant quelques semaines, les deux individus vont se côtoyer et c’est cette vieille dame distinguée clouée dans un fauteuil roulant qui va livrer l’intrigue de sa vie, le doux secret de sa mémoire, l’amour de sa jeunesse.

Par la suite, je vous invite à rentrer dans la tête de la plus malheureuse des criminelles. Celle qui après avoir réussi le crime parfait en précipitant son mari du haut d’une falaise ni vue ni connue, se rend compte qu’elle a bel et bien supprimé la personne à qui elle tenait le plus et réciproquement.

Mais c’est sans conteste à la Femme au bouquet que va ma prédilection car cette courte nouvelle d’une quinzaine de page révèle l’existence d’une femme mystérieuse qui chaque jour de sa vie vient s’asseoir sur le quai numéro trois de la gare de Zurich et qui un bouquet en main, attend impassible. Elle attend depuis des jours, des semaines, des mois, des années. Certains disent cinq ans, d’autres dix, d’autres quinze… L’essentiel est qu’elle reste là imperturbable jusqu’à la tombée du jour où elle rentre chez elle jusqu’au lendemain.

Pourquoi elle attend ? Qui elle attend ? Qu’espère-t-elle ? Chacun aura bien sa petite idée, le reflet de son désir propre. Mais au fond personne ne sait vraiment dans les profondeurs de cet esprit. C’est un secret qu’elle seule pourrait raconter…

Ce qui frappe dans la lecture du livre, c’est le goût prononcé pour l’auteur des choses simples, des histoires toutes en simplicité, parfaitement réussie et bercée pourtant par ce que la réalité ne rôde jamais bien loin du rêve. 

Un bon cadeau pour la Noël si vous êtes en panne d’inspiration !

Alors comme toujours, je vous laisse en vous souhaitant, une agréable lecture…

 Eric-Emmanuel Schmidt, La Rêveuse d’Ostende, éd Albin Michel

 

09/12/2007

Lettres Mortes

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La littérature anglaise reste présente et cette semaine, c’est Shaun Hutson qui nous fera découvrir ses Lettres Mortes.

D’abord, je me suis un peu penché sur la biographie de l’auteur avant de faire cette critique. Voici, en quelques lignes, ce qu’il faut en retenir.

Devenu, écrivain en 1983, après plusieurs petits boulots, Shaun Hutson, 28 romans plus tard est devenu en Angleterre un des plus grands vendeurs de livres d’horreur.

Personnellement, il est présenté comme un alcoolique repenti, diagnostiqué pour ses tendances psychotiques et auteur favori des bibliothèques de prisons anglaises. Du reste, il est parait-il un homme charmant…Tout un programme !

D’ordinaire, je ne me serai pas attaché à vous raconter ces détails mais dans ce cas, ils forment un bon préambule à la présentation du livre.

Lettres Mortes fait en effet partie d’une catégorie, plutôt, d’une conjugaison de genres peu courante, il s’agit du mélange du roman policier à suspense avec le roman fantastique.

C’est une potion rare dans les librairies mais qui réussit le pari de divertir, d’accrocher et de faire frissonner le lecteur. Un joli coup !

L’histoire en elle-même se passe dans le Londres actuel où le temps de quelques nuits plusieurs personnes sont assassinées chez elles. La police qui fait la découverte macabre ne peut que se poser des questions tant à propos des mutilations que le meurtrier fait subir aux victimes que par sa méthode.

En effet, sur place, les corps se font trancher la langue, arracher les yeux ou tout simplement ont le ventre ouvert en deux parties. Mais ce qui est le plus étrange n’est pas encore tant cette atroce déferlante de colère et de haine que la fait que dans chaque cas, toutes les portes et toutes les fenêtres étaient restées parfaitement closes jusqu’à l’arrivée de la police.

Et pourquoi donc aussi, toutes les victimes qui n’avaient pas beaucoup d’autres liens entre elles que de toucher de près ou de loin au domaine de l’édition, pourquoi donc étaient-elles à chaque fois entourées des manuscrit en lambeaux de Mégane Hunter dans sa biographie de Giacomo Cassano, mentor méconnu de Dante et du dernier livre d’horreur de John Paxton ?

Sur cette affaire, il ne fallait personne d’autre que David Birch ! David. Comment parler du personnage ? Un inspecteur Harry dans sa récente version anglaise ? Cynique, solitaire et trop terre à terre face à des phénomènes qui dépasse l’imagination ?

 

Je ne le cache pas, Lettres Mortes est une vraie réussite. L’histoire se met en marche très vite et vous absorbe immédiatement. L’écriture est fluide, légère. En bref, on ne s’endort pas dans

ce récit qui se laisse lire sans opposer la moindre résistance.

Et surtout, vous verrez, la solution du mystère est surprenante… fantastique…Et Terrible !

                                                                                                            

Bonne lecture !

 

04/12/2007

L'envers vaut l'endroit

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Après Le Disque-Monde, Daniel Pennac et Philip Roth, c’est Simon R. Green qui pointe le bout de son nez avec un titre évocateur L’Envers vaut l’Endroit.

Inutile de le cacher, cette fois, il s’agit bien d’un roman d’aventure sur toile fantastique.

Qu’en dire ? Tout d’abord qu’il n’est pas très long à lire mais surtout qu’il est fermement imprégné d’humour anglais.

L’envers vaut l’endroit fait partie de la série des Nightside. Inutile de s’affoler, les livres peuvent parfaitement se lire indépendamment les uns des autres.

Petite introduction…

Le Nightside nous vient tout droit de l’esprit, on peut dire tordu, de Green. Il s’agit d’un quartier de Londres. On y accède par le métro. Là bas, il est toujours trois heures du matin dans un univers maléfiques et sombre où se retrouvent toutes les créatures habitant vos cauchemars.

Dans le rang des créatures surnaturelles, citons par exemple les loups garous, fantômes, ondines,… Rajoutons aussi des « espèces » de dieux assez « spéciaux », des anges, des démons, l’Inquisition… mais aussi et surtout Suzie Bang-Bang (plus fragile que son fusil à pompe ne le laisserait présumer), Walker (le chef de la police), le Collectionneur, Jack l’Ordure Cosmique, Mr Moelle et Mr Sang, ainsi que plus brièvement un Merlin l’enchanteur comme vous ne risquez pas de le voir souvent et son descendant.

Au milieu de tout ce capharnaüm, John Taylor est le « trouveur d’objet ». Demandez-lui quelque chose, il le trouvera et il vous le rapportera. Il a un don pour ça.

Néanmoins, comment peut-on mener à bien la mission de retrouver le Graal impie, la coupe de Judas quand la concurrence déjà rude est renforcée par l’apparition d’anges et de démons aussi destructeurs les uns que les autres et prêts à tout pour s’emparer de la relique.

Roman d’aventure, fantastique avec un brin de science fiction, L’envers vaut l’Endroit est absolument captivant mais aussi ; très clairement, déjanté. Inutile de dire qu’il faut le prendre au second, voire même au troisième degré sans s’attendre à plus qu’une part de rêve, un moment d’évasion et de détente.

De plus, il présente cette caractéristique très rare d’associer le fond et la forme. Le fond est sombre, insalubre, n’en attendez pas moins du texte.

C’est peut-être là le talon d’Achille de l’œuvre, il ne faut pas nécessairement la mettre entre toutes les mains.

Personnellement, je n’ai eu qu’un seul regret avec cet ouvrage, c’est celui d’arriver au point final mais qui sait, le Nightside est vaste et la série se construit.

Simon R. Green, L'Envers vaut l'Endroit. éd Bragelone

28/11/2007

Chagrin d'école...

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C’est un phénomène très rare de se sentir absorbé par un livre dès la première ligne, de voyager sans s’en rendre compte et de ne pouvoir se détacher des mots avant le point final.

Dans cette biographie…

Aie ! Ai-je bien dit biographie ? Rassurez-vous pourtant c’est plus une question de fond que de forme. Je m’explique. Dans ce livre, Daniel Pennac retrace son parcours sur les bancs d’école. Il parle des difficultés qu’il avait pour apprendre, de son comportement et de celui de ses professeurs ou parents. Il résume sa cancrerie et bien plus, comment le cancre est devenu professeur avant de faire partie des plus grands écrivains français du moment.

C’est toujours une biographie me direz vous. Rien de plus vrai. Aussi vais-je sortir mon atout.

Pour Chagrin d’Ecole, Pennac a été le lauréat du prix Renaudot 2007 dans la catégorie roman.

Bizarre ? En effet, et inutile de vous préciser que cette victoire a fait un tollé incroyable dans le domaine des lettres, surtout quand on sait que le prix Renaudot possède une catégorie biographie.

Personnellement, je ne me permettrai pas de critiquer les membres du jury. Au contraire, je les félicite pour leur extrême lucidité.

Car qu’est-ce qu’une bonne biographie ? Avant tout, il s’agit de l’histoire vraie d’un homme.

Qu’est-ce qui fait que cette dernière sera de qualité ? On peut parler de l’humilité dont fera preuve l’auteur, du sens critique qu’il saura mettre en avant. C’est entendu si l’on se place dans le sens historique. Prenons maintenant le sens littéraire, pour une bonne biographie, ce qui est nécessaire, c’est de savoir la faire vivre et en même temps de pouvoir faire naître une réflexion sur base des expériences que l’on raconte.

Une bonne biographie, c’est l’Histoire et l’histoire. C’est un la vérité sur le ton du roman avec un fond de réflexion, d’essai philosophique.

Pari réussi Mr Pennac. Votre livre est excellent. Ce serait un crime de dire que l’on s’endort devant votre roman et encore moins de récrier vos idées quant à l’enseignement.

C’est en effet dans cette dernière partie que le livre excelle. Une réflexion de qualité sur l’enseignement prenant tantôt le regard de l’élève, du professeur et du visiteur.

Opposition des groupes et des époques, il permet à la fois de suivre le point de vue de tout le monde à toutes les époques non sans une nuance critique.

L’occasion pour certain de se souvenir, pour d’autre qui sont toujours assis sur les bancs de se mettre à la place de leurs « bourreaux ».

Voici donc un livre quatre étoiles non seulement brillant par son histoire mais surtout étincelant par ses idées. Le ton sérieux se conjugue volontiers à l’humour. Tandis que la plume utilisée, sans conteste, elle est légère. Le style y est très fluide, très reposant tandis que le vocabulaire employé reste assez relevé.

Bonne lecture.

 Chagrin d’école de Daniel Pennac, édition Gallimard.Prix Renaudot 2007, catégorie roman.Le troisième trimestre sera déterminant.

22/11/2007

Orgueil et Préjugé

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Comment pourrais-je parler de ce livre de sorte que j’arrive à convaincre autant de personnes que possible de le lire ?

C’est une question que je me suis longtemps posée avant même d’oser écrire cette critique.

Ce qui était sûr, c’est qu’il y avait trois choses qu’il ne fallait surtout pas mentionner.

La première était que ce livre faisait office de chef-d’œuvre de la littérature classique.

La deuxième était qu’il avait été écrit il y a près de deux cents cinquante ans.

La troisième, était de ne surtout pas mentionner qu’il s’agissait d’un roman d’amour.

Voici donc à peu près toute les raisons qui a priori devrait empêcher le lecteur potentiel d’acheter le livre. Sincèrement, faites abstraction.

Ce roman est un des meilleurs qu’il m’ait été donné de lire. Contrairement à ce que l’on pourrait croire il dégage une vitalité et une jeunesse incroyable.

Le langage y est bien entendu très soigné et réfléchi mais contrairement à nombre de livres anciens, il n’alourdit pas le texte mais le soulage de son âge.

Jane Austen écrit avec ce talent qu’on les Anglais pour la fluidité et la simplicité.

Dans ses livres, elle développe un don tout particulier pour décrire d’une seule phrase, d’un seul coup de plume le décor. Pas de détail superflu, pas de longue description pompeuse. Ce n’est pas le cadre qu’elle s’attache à décrire mais les mœurs et la mentalité de ses contemporains.

Roman d’amour je l’ai dit, mais pas encore roman à l’eau de rose. Orgueil et préjugé porte bien son titre. L’intérêt du texte réside dans l’opposition des personnages, l’opposition des classes sociales mais surtout l’opposition des caractères.

Ce sont les joutes verbales entre les héros qui font le spectacle du livre.

Ainsi, je me rappelle de cette phrase cinglante de l’héroïne, Elisabeth Bennet : « Je lui pardonnerais volontiers son orgueil s’il n’avait pas blessé le mien ».

L’humour et l’ironie sont  omniprésents pour le spectateur que nous devenons. On massacre l’image de ces messieurs et de ces dames qui se croient meilleurs que tout le monde.  

Nous suivons ainsi le parcours chaotiques des personnages, connaissant la fin par avance mais ignorant la manière dont elle se réalisera. On pourrait comparer ceci à un feuilleton policier –en beaucoup, beaucoup plus élaboré. On donne le coupable dès le départ. Reste à l’inspecteur à le démasquer.

L’œuvre de Jane Austen, comme je l’ai déjà dit est semblable à une incroyable description des mœurs de l’Angleterre du XVIIIè siècle, un rappel utile pour dire qu’à une époque pas si lointain le souci essentiel d’une jeune fille était de se marier et d’apprendre à être agréable en société… Elle fait encore partie des auteurs romantiques mais ce serait ingrat de ne pas reconnaître qu’elle annonce la lignée des auteurs réalistes. Le regard de Zola et l’âme d’Hugo en somme…

L’historien ajoutera également que Jane Austen fait partie de ces rares femmes à avoir pris la plume mais surtout qu’elle fait partie des rares à avoir été reconnue pour leur art de leur vivant.

A noter enfin que l’histoire que vous pourriez croire tellement usée par le temps à été reprise récemment par le cinéma. Ici, pour une fois, je me passerai de commentaire sur le respect que les scénaristes ont parfois pour les romans dont ils s’inspirent.

Le film est fidèle, la réalisation impeccable. Mais… comme je le dis toujours, rien ne vaut la lecture. C’est souvent moins coûteux et ça fait rêver plus longtemps.

 

Début du livre.

 

« C'est une vérité universellement reconnue qu'un célibataire pourvu d'une belle fortune doit avoir envie de se marier, et si peu que l’on sache de son sentiment à cet égard, lorsqu’il arrive dans une nouvelle résidence, cette idée est si bien fixée dans l’esprit de ses voisins qu’ils le considèrent sur le champ comme la propriété légitime de l’une ou l’autre de leurs filles »

Jane Austen, Orgueil et Préjugé