28/07/2008

Toine Culot, Obèse ardennais

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Toine Culot, Obèse ardennais, Arthur Masson

 

On peut dire ce qu’on veut, ma critique du jour se résumera en un seul mot : « Cocorico ! »

Alors, ça peut paraître stupide ou immature au premier abord mais c’est au contraire avec beaucoup de sérieux et après une longue réflexion que je pousse ce cri du cœur, du passé et surtout d’orgueil.

Cri du cœur, certainement car je referme un des livres qui me marquera probablement à jamais, un ouvrage dans lequel, croyez-moi bien tout s’y trouve et rien ne manque.

Laissez-moi vous expliquer.

Nous sommes dans la fin des années 1880 en pleine campagne Ardennaise dans un petit village de Wallonie, perdu dans les arbres à trois jets de pierre de la France.

Son nom, Trignolles. Un micro-univers vivant en autarcie au milieu des bois.

Pour entrer à Trignolles, oubliez tout ce que vous connaissez de la vie actuelle et de la vie en ville. Là-bas, on parle de « Charlerwé » et de « Bruxelles » comme d’un univers lointain et incompréhensible.

Là-bas, tout le monde se connaît et… tout le monde connaît les secrets de tout le monde.

On vit au ralenti ou au rythme des saisons. On s’arrête pour parler, s’installe, le plus souvent possible ensemble devant une tasse de café (du cru) et on prend le temps de vivre.

Là-bas, on trouve toujours un cordonnier, un sabotier, un forgeron, un marchand de graine. On cultive le Wallon comme on oublie le Français.

Là-bas, enfin, vit le gros Choumaque, cordonnier de son état, un quadragénaire dont la femme donnera bientôt naissance à un garçon.

Vous allez me dire. Comment à l’époque savait-on dire si on allait avoir une fille ou un garçon ? A dire vrai, lui et sa femme Phanie, n’avait tout simplement pas envisagé l’autre possibilité en attendant la venue au monde de leur héritier.

Ils auraient pu se tromper mais les statistiques étaient en leur faveur puisqu’après tout, une telle prédiction se réalise un peu moins d’une fois sur deux.

Le Choumaque aura un fils, compensation qu’il juge bien méritée au regard d’une belle-mère à supporter (« Les bel’mam c’est tertoute les minmes, ça vout toudis yesse mwesse dins l’maujone des auts »). Ce fils, il s’appellera Antoine, (An)Toine Culot.

Un petit bout de paradis wallon, bien à l’abri du monde, des parents attentionnés, une famille aimantes, le cousin T. Déome et un bon repas trois fois par jour que demandé de plus pour grandir. De la chance peut-être ? Car c’est vrai que Toine Culot n’a pas de chance et c’est peut-être pour ça qu’il va vivre autant d’aventures.

 

Je vous ai parlé d’un cri du passé et d’un cri du cœur  en poussant mon « Cocorico ! » et je crois que je n’ai pas besoin faire un grand dessin pour l’expliquer.

La Toinade, c’est tout simplement une série de livres qui vous plongent dans le passé, vous font revivre, ressentir tout ce qu’aujourd’hui nous ne pouvons plus qu’appréhender comme une réminiscence gravée bien au fond de nos cellules.

Ressentir le passé par l’ambiance, par l’atmosphère peut-être mais ressentir surtout par tous nos sens réveillés, observer, écouter, goûter, toucher et jusqu’à flairer cette bonne vieille Ardenne.

Simplicité, légèreté, fuite. Vous voulez sortir de l’ambiance étouffante métro-boulot-dodo, vous voulez vous détendre ? Lisez Toine Culot.

Une histoire simple, un récit d’une vie bercée par le chant des oiseaux, où les téléphones portables, l’internet, les horaires, les contrats, les emplois du temps à respecter n’existe pas.

Prenez aussi des cours accélérés de wallon. Et laissez vous surprendre par quelques expressions du cru.

Pour n’en citer qu’une :

 « Je ne suis né pu biesse qu’ène aut’, dit Toine.

  Le Cousin T Déome, impressionné par ce retour en force lui répondit : Ca, dji vous ben le crwère… Avant d’ajouter : Mais dji vourrè bin vier l’aut quant mêm »

 

Je vous laisse avec un cri d’orgueil puisque en tant que Belge, je ne peux bien évidemment que vanter tout le talent, le génie et la merveilleuse écriture qu’Arthur Masson, un de nos plus brillants écrivains a su mettre en œuvre pour nous divertir et nous rappeler nos origines.

Lisez Toine Culot, c’est l’odeur de la Terre d’Ardenne, de notre passé et de notre patrimoine, un moment qui se savoure comme un bain de jouvence après une fatigante journée de travail.

Bonne lecture.

 

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Toine Culot, Obèse Ardennais par Arthur Masson aux éditions Racine.

 

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Espace dédié à l'écrivain Arthur Masson et à ses livres.

 

 

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