19/11/2008

1984 - Big brother is Wathcing You!

george_orwell_1984

 

George Orwell, 1984

 

Je suis tout simplement effrayé, terrorisé. Et par quoi ? Par un auteur de 1948.

Il ne mentionne aucune bête immonde velue et meurtrière, il ne parle pas de tueurs en série, pas plus que de fantômes ou de revenants. Non. Lui, il vous fait avoir la chair de poule en vous parlant de politique.

 

J’ai dit que son livre datait de 1948, juste à la fin de la guerre. Il l’a vécue et pourtant ce n’est pas dans le spectre d’Hitler qu’il va chercher son inspiration. Sous d’autres formes, il a trouvé son équivalent en épouvante et quasiment bien pire.

Ce pire, il le crée dans un monde dont on pourrait dire qu’il se soucie de faire régner l’ordre, l’harmonie, le bonheur de ses habitants et qu’il corrige sans cesse ses erreurs.

La belle affaire, on voudrait tous vivre dans ce genre de paradis. Je viens de donner un aperçu alléchant je dois vous faire déchanter.

 

En 1984, le monde est divisé en trois grands Super-Etats. J’ai nommé l’Océanie, l’Estasie et l’Eurasie.

L’histoire suit ici la vie de Winston Smith. Il habite dans l’ancienne Angleterre, dans la ville de Londres. Les habitants de son pays se divisent en deux grands groupes, les prolétaires et les membres du Parti.

Il s’agit d’une forme de hiérarchie et de cohabitation dans l’indifférence. Autant les prolétaires sont méprisés et se retrouvent en bas de l’échelle sociale, autant le Parti s’en moque et les considère comme une masse négligeable qu’il suffit simplement de diriger, d’aiguiller, comme un train limité par le cheminement de ses rails.

Le vrai pouvoir, c’est le Parti. Des milliers de membres, une vraie aristocratie.

Un Parti extérieur, la classe moyenne. Un Parti intérieur, les grands nobles. Big Brother, le roi qui voit tout.

Winston Smith fait partie de la classe moyenne, membre du Parti extérieur depuis des années, il occupe un petit poste pour le Ministère de la Vérité. La belle affaire ce ministère ! Son travail consiste a modifié continuellement les archives de sorte que le passé corresponde toujours aux volontés des chefs, de sorte que les résultats soient toujours identiques aux promesses du Parti.

C’est tellement facile. On avait annoncé de bonnes récoltes alors qu’elles sont médiocres.

Pas de problème. Un petit pensum à Winston et il changera les coupures de presse. D’une annonce de récoltes intarissables, le Parti aura en fait averti qu’il faudrait se serrer la ceinture.

Le Parti, comprenez, est une entité irréprochable qui ne saurait être mise en défaut.

La correction finie, on ferra disparaître tous les vieux journaux d’il y a six mois et on les réimprimera. On changera toutes les archives.

Dans un système semblable, allez savoir ce qui est encore vrai ou faux. Vous aurez bientôt oublié la version originale, elle n’existait plus que dans votre tête. Vous aurez bientôt oublié même qu’on a changé la donne.

C’est terrible ?

Vous ne connaissez pas encore Big Brother.

Qui il est ? Une tête sur une affiche. Une affiche qui vous rappelle sans cesse ce slogan : « Big Brother is Watching You ! » (Big Brother vous regarde). Un slogan qui n’est pas qu’une idée en l’air. Big Brother voit tout, il entend tout même. Dans le Londres de 1984, il y a des micros partout, des télé-écrans (des télévisions qui sont aussi munies d’une caméra) partout !

Pas moyen d’y échapper, pas moyen de parler librement, d’agir librement. On ne sait jamais si on est enregistré, écouté ou pas.

J’avais oublié que le Parti ou l’Angsoc, était un régime qui rappelait beaucoup les régimes totalitaires. Il vaut mieux brosser les chefs dans le sens du poil, se faire petit et penser en toute orthodoxie (dans la ligne de pensée qu’on attend de vous). C’est assez simple, trois slogans régissent cet univers : " La guerre c’est la paix ", " La liberté c’est l’esclavage ", " L’ignorance c’est la force ".

Pourriez-vous y vivre ? Vous seriez bien. Vous n’auriez aucune idée d’être manipulé. Vous seriez un pantin qui ignore ses fils et se laisse faire, content de sa vie.

Que se passe-t-il si le pantin prend conscience de ses entraves ?

Ca c’est l’histoire de Winston Smith et de sa révolte face au pouvoir. Dans 1984 de George Orwell, il est comme l’indique le titre souhaité à l’origine par l’auteur « The last man on Earth » (Le Dernier Homme sur Terre). Pourra-t-il lutter ?

Je pourrais encore écrire pendant des heures sur cet ouvrage. J’ai passé tellement de détail, d’innovations géniales qui vous ferraient friser les cheveux…

Voyant le danger que j’encoure de vous faire fuir. Je ne vous direz pas que c’est un livre terrible qui pose un regard critique sur la politique et sur le monde. C’est un rappel du machiavélisme, la fin veut les moyens. Les hommes sont heureux mais au prix de leur liberté, même de leur liberté fondamentale : penser. Ils sont formatés, programmés comme des ordinateurs.

Si un certain Aldous Huxley employait les voies de la biologie pour contrôler le Monde (Le Meilleur des Mondes), Orwell prouve avec 1984 qu’il suffit de contrôler l’esprit qui ne dépend en fin de compte que des repères qu’on veut bien lui donner.

En temps normal, je vous dirais qu’à bien y réfléchir, George Orwell ne me semble pas bien éloigné de l’actualité. En temps normal, je vous demanderais si vous trouvez que la politique actuelle ainsi que le journalisme, la presse, la télévision ne sont pas une forme de Big Brother, une machine à contrôler, diriger, conduire à la laisse les consciences.

En temps normal, je vous conseillerais de lire Orwell et de retenir ses leçons pour être plus critiques.

Mais en faisant cela, je me tirerais une balle dans le pied. J’écris et je vous ai, vous, lecteurs. Est-ce que je ne tente pas moi-même de vous influencer en vous faisant lire tel ou tel livre ? Est-ce que je n’essaie pas de vous ralliez à tel ou tel point de vue ?

Pour préserver mon « pouvoir », celui de la presse en général et de la politique, ne lisez surtout pas ce livre ! Il vous rendrait par trop lucides !

 

Ecrivain89- Quentin

 

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