17/03/2009

Bruges- la-Morte

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George Rodenbach, Bruges-la-Morte

 

 

1892. La fin du siècle s’annonce à grand pas. A cette époque, on pourrait se demander s’il est humainement possible de créer des choses nouvelles. Les monarchies absolutistes sont tombées, les gouvernements démocratiques se sont mis en place après de multiples péripéties.

Le train s’est mis à rouler depuis quelques années. Balzac a créé le roman moderne, Hugo est au panthéon des grands hommes et Zola rayonne avec la Bête humaine.

Tout est fait pourrait-on dire. Pourtant, la rivière ne cesse pas de couler. Du neuf, toujours du neuf. Aujourd’hui, nous y gagnons l’automobile, le téléphone, internet. Camus, Sartre et Nietzsche sont passés par là. Mais en 1892, à la fin du beau siècle…

En fait, cette année-là, un petit Belge allait faire une percée à Paris. Qui ? George Rodenbach,

un de nos plus grands écrivains et poètes.

En effet, à cette époque, les lettres avaient besoin d’un peu de souffle. Les grands maitres commençaient à devenir trop présents et le public comme les auteurs cherchaient quelque chose de nouveau. Ce quelque chose, après le naturalisme de Zola, c’était peut-être le symbolisme ? Ce mouvement non plus fondé sur la description rigoureuse, le besoin de photographier par des mots mais basé sur les impressions. Tout y est voilé, diffus. Les contours deviennent troubles, un brin obscurs. Le roman devait cesser d’être une projection réaliste et devenir une sensation qui se propage dans le corps.

Le fon épousa la forme pour créer une atmosphère mystérieuse, incertaine, inconsciente et fascinante où l’idée prime sur le reste. « Vêtir l’idée d’une forme sensible… » dira Jean Moréas dans un Manifeste littéraire publié en 1886.

Le symbolisme ou l’empire des sens, des idées, c’est la voie de Rodenbach mais qu’en fit-il ?

Bruges-la-morte.

Hugues Viane était un homme marié, heureux, bourgeois comblé, respecté et surtout aimé.

Pour lui, la vie était un paradis. Il était constamment sur son petit nuage en voyage dans les plus villes avec sa femme. Malheureusement, le bonheur a une fin et plus triste encore est la fin de celui de ce cher monsieur puisque sa tendre épouse est décédée après dix ans d’un mariage parfait.

Hugues est veuf, veuf, le veuf… Chagrin, désespoir, mélancolie, tous les maux se sont abattus sur lui. Il sombre lui qui a maintenant perdu son seul pilier. Le deuil, voilà tout ce qu’il lui reste. Le deuil, dans l’attente de rejoindre celle qu’il pleure tant. Il ne vit déjà plus. Son corps bouge et respire mais son esprit est déjà ailleurs.

Le deuil d’une vie. Une vie de deuil. Pour sa tristesse, il fallait qu’il parte, qu’il quitte tout. Le temps d’un souvenir. Une ville flamande visitée il y a longtemps. Une ville, morte elle aussi depuis que le sable l’a envahie. Bruges. Bruges-la-Morte.

Cela fait cinq années maintenant qu’Hugues réside quai du Rosaire. Reclus, triste, il se lève chaque jour pour faire ses dévotions, tel un prêtre, devant les reliques qu’il garde de sa femme. Un tableau, une robe, un bijou, l’ombre restée en suspend dans un miroir et cette tresse de cheveux. Ces cheveux, qui semble tellement vivant, tellement bond dans leur bulle de verre. Mais elle est morte, ce sont ceux d’une morte.

Bientôt, ce sera l’heure de sa promenade. Il va errer dans la ville où tout le monde reconnaît le veuf. Il va se fondre dans cette ville éteinte, dans cette ombre omniprésente et dans la vapeur des canaux. Ses pas résonneront contre les murs accompagnés par le tintement des cloches et le silence dévorant. Les hautes et les statues usées veilleront sur lui. Bruges le guide, Bruges le fait vivre, Bruges est sa femme en pierre, en souffle, en impression mais tout aussi morte.

Hugues va encore errer ce soir, ce qu’il ne sait pas, c’est qu’un éclat d’or va attirer son regard vide. Une chevelure blonde va inonder son regard. Serait-il possible qu’elle soit vivante ? Non bien sûr. Et pourtant, elles se ressemblent tellement. Il la suivra, et…

 

Un auteur ? Un écrivain ? Non Rodenbach est un poète, son texte est fait d’une magie intrigante et merveilleuse où le lecteur se perd entre les mots et les idées. Le texte semble disparaître et glisser dans les veines du lecteur qui n’a plus qu’à se laisser bercer et guider dans ce mélange de sensations.

La littérature belge existe, à ces grands noms et s’exporte très bien à l’étranger. Rodenbach fait partie des tous grands écrivains-poètes belges, européens et mondiaux. A vous de le découvrir mais soyez prudent en choisissant votre édition car la magie de Bruges-la-Morte, ce sont également c’est photographie d’époque si bien intercalées entre les phrases. Cette sensation visuelle qui vient renforcer le voyage spirituel.

Bonne lecture.

 

Ecrivain89-Quentin

 

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