04/02/2009

Gargantua

gargantua

 

François Rabelais, Gargantua

 

Gargantua

La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composée par M. Alcofribas Nasier (François Rabelais), abstracteur de quinte essence.

 

Aux Lecteurs

 

Amis lecteurs, qui ce livre lisez,

Despoûillez vous de toute affection,

Et le lisants, ne vous scandalisez :

Il ne contient mal ne infection.

Vray est qu’icy peu de perfection

Vous apprendrez, si non en cas de rire ;

Aultre argument ne peut mon cueur elire,

Voiant le dueil qui vous mine et consomme :

Mieulx est de ris que de larmes escrire,

Pource que rire est le propre de l’homme.

Vivez joyeux.

 

 

Qui connaît Rabelais ? Tout le monde. Son Pantagruel, son Gargantua sont universellement connu. Mais quel sens faut-il donner au mot « connaître » ?

Au minimum, on peut dire que c’est « avoir entendu parler », généralement, « avoir étudié il y a longtemps », mais c’est relativement rare de croiser quelqu’un en rue qui puisse affirmer « je l’ai lu, je sais ce que c’est ».

Dans le cas de Gargantua, faire la distinction entre ces trois possibilités, c’est faire la distinction entre l’imagerie populaire, l’imagerie scolaire et la juste vérité.

En se plaçant dans le premier cas, je vous invite à voir Rabelais comme un chantre de la paillardise, de l’ivrognerie, de la crasse, de la bouffe juteuse et grasse, de la démesure.

Pas de quoi avoir envie de s’y mettre, pas de quoi tenter les âmes sensibles.

Néanmoins, en faisant un petit retour par l’école, souvenez-vous de ces heures d’études de textes, longues, interminables, soporifique. Tout çà pourquoi ? Parce qu’on n’aime pas le prof, le texte, le curetage des mots ou tout simplement parce qu’on a envie de faire autre chose.

Toujours est-il qu’à cette époque, Rabelais vous semblait plus sérieux et plus sage. De quoi tenter les têtes bien pensantes. Malheureusement, elles seront tout aussi déçues.

Pourquoi ? Pour la simple raison que si Gargantua est le texte d’un humaniste, d’un médecin, d’un ecclésiastique et donc de quelqu’un d’instruit, sage et savant, nous n’en sommes pas moins au début du XVIe siècle, dans les années 1534, à peine à la sortie du Moyen Age.

Ce qui est un élément pour expliquer cette « paillardise ». Rappelez-vous des Contes de Canterbury, auxquels j’ai consacré un article, c’était un siècle plus tôt en Angleterre et un certain Geoffrey Chaucer s’en donnait à cœur joie pour dépeindre aussi bien l’amour platonique que…

Outre le décalage temporel, un autre raison qui participe à la réputation du Gargantua, est que l’ouvrage a été écrit dans un esprit de parodie par rapport à ce qui se faisait ou avait été fait. On quitte l’épopée et les mythes des bons chevaliers pour retrouver un prince géant faisant son éducation culturelle et militaire en adaptant ce qui doit être adapté.

Une parodie, c’est un objectif clair : faire rire. Force est de la reconnaître et force est de dire que cette seule raison doit déjà vous inciter à le lire.

Pourtant, si page 1 « Rire est le propre de l’homme », l’ambiance joyeuse de Gargantua, ça rassura les âmes pieuses, n’est qu’un coup en traitre pour faire rentrer dans la caboche du lecteur, à son insu, sagesse, philosophie, réflexion et les grandes idées des philosophes du temps (Erasme ou More en tête). Rire et penser.

 

En ce qui concerne l’histoire, on a récemment découvert (par rapport à 1534) un immense tombeau en France. Explorant ce lieu incroyable, oublié depuis la nuit des temps, un érudit nous rapporte l’existence d’un livre non moins gigantesque rapportant les hauts faits et l’histoire d’une lignée de géants, rois du Peuple des Dipsodes.

Parmi eux figurent Grandgousier (traduisez par Grand gosier ; non reçu à sa naissance pour sa capacité à enfourner le boire et manger) et sa femme Gargamelle enceinte depuis onze mois (que voulez vous, qualité et gigantisme ça met du temps).

Nous sommes le troisième jour de février, à ce moment de l’année, le roi vient d’ordonner l’abattage des cochons. C’est un rituel annuel. Une grande partie des viandes seront salées pour leur conservation dans les mois à venir tandis que tout ce qu’on ne peut garder aussi longtemps devra être rapidement mangé pour éviter le gaspillage (on parle des tripes).

C’est l’occasion de fêtes, festins, festoyages à n’en plus finir. Le vin coule et les tables sont remplies dans la plus parfaite bonne humeur. L’occasion peut-être pour un géant de naître ?

Evidemment mais il ne le fera pas de n’importe quelle manière mais de cela je vous garde le plaisir de le lire. Toujours est-il qu’une fois né, contrairement aux autres nourrissons, il ne criera, ni ne pleurera mais hurlera « A boire ! ».

Le bonhomme Grandgousier, qui buvait et mangeait, et s’amusait, en entendant les cris horribles de son fils qui demandait à boire, dit alors : « Que grant tu as ! (sous entendu le gosier). Ce que les oyants et assistants dirent que vrayement il debvoit avoir par ce le nom Gargantua.

A présent que le mythe est né, comme sa croissance, son éducation et ses aventures.

Ces derniers sont truculentes mais je ne peux hélas, c’est regrettable, les dire ici sans vous faire perdre le plaisir de lire. Apprenez seulement qu’entre autres faits, il volera les cloches de Notre Dame de Paris pour les faire porter à son cheval, noiera la foule sous un flot d’urine ou encore, que sa monture gigantesque voulant se débarrasser des mouches qui l’embêtaient les massacra à coup de queue et par la même occasion déboisa toute une région.

Du coté de la sagesse, elle n’est jamais loin du rire, de la satire, de la remarque désobligeante sur son siècle, ses hommes et ses institutions. Un peu de patriotisme français, un coup de poignard contre l’Empire (le Saint Empire Romain mené par Charles V est en guerre perpétuelle avec le roi François premier ; on se trouve quelque années après la défaite des Français à Pavie et la prise d’otage du roi de France par l’empereur).

Rajoutez des boulets rouges contre les moines, les avocats, les juges,  les mauvais rois, les assoiffés de pouvoirs, l’enseignement au par cœur tout à fait inutile et abrutissant du Moyen Age et j’en passe pour arriver aux utopies : celle du royaume heureux et paisibles de Gargantua et Grandgousier et celle de l’abbaye de Thélème, lieu d’enseignement et son « Fais ce que plaira »

Rire et penser. Penser en riant. Rire en pensant. Cherchez l’un vous bénéficierez toujours de l’autre. C’est ça le plaisir de lire Gargantua et vous le multiplierez à l’infini en choisissant de le lire en ancien français, texte d’origine.

A lire absolument !

Bonne lecture.

 

Ecrivain89- Quentin

 

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François Rabelais

 

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