24/01/2009

Le Prince de Nicolas Machiavel

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Nicolas Machiavel, Le Prince

 

Pour cet ouvrage mondialement connu, je ne peux me fixer que trois objectifs durant ma présentation. Tout d’abord, il faut casser le mythe de ce qu’on appelle le machiavélisme. Ensuite, je devrai mettre ce même mythe en valeur. Et enfin, je dois expliquer toute l’importance et toute la modernité de l’esprit de Machiavel.

 

Commençons en Italie au crépuscule du Quattrocento. A cette époque, la Botte ressemble à un grand puzzle. C’est qu’à cette époque l’Italie n’existe pas encore (il faudra encore attendre jusqu’en 1861). Il ne s’agit là que d’un ensemble de petits Etats tournants autour de cités ou de provinces comme le Duché de Naples, la République de Venise, la République de Florence ou les Etats Pontificaux.

Désunis, tous ses petits Etats se font la guerre les uns aux autres avec parfois l’aide d’un puissant allié étranger comme le Roi de France, le Roi d’Espagne ou l’Empereur du Saint Empire.

C’est dans cette ambiance tendue où la péninsule ne sera qu’une terre de convoitise pour ses voisins que va naître et vivre Nicolas Machiavel. Homme politique, il mènera loin sa carrière jusqu’au plus aux échelons de la ville de Florence jusqu’à ce que la ville soit conquise par les armées pontificales. Le fonctionnaire, secrétaire des Dix de la Liberté est stoppé net, renvoyé, déchu et exilé mais loin de céder à la colère, il décide de rentrer en grâce par de grands traités sur la manière de diriger qu’il adresse directement au à Laurent de Médicis (Laurent le Magnifique), le nouveau maitre de la ville.

Quelles sont ses vues ? Refaire de l’Italie une puissance Européenne, unie et capable de tenir tête à ses voisins. Pour ce faire, il s’en remet au Médicis qui doit impérativement par la ruse ou par la force réunir sous sa coupe tout la péninsule ; les traités de Machiavel, « homme ayant acquis de l’expérience utile au fil du temps seront là pour le guider ».

Cassons directement le mythe, la politique de Machiavel n’est pas seulement une politique démoniaque, manipulatrice et calculatrice, c’est un esprit d’union et à ce titre l’auteur florentin sera longtemps considérer comme un des pères de la nation.

Penchons-nous sur le livre. Chapitre 1 : Combien de monarchies il y a et comment elles s’acquièrent ?  Très intéressante entrée en matière qui sera bientôt suivie par un chapitre intitulé « Comment rester au pouvoir ? ». Disons le d’avance : on ne lit pas Le Prince par plaisir. D’abord parce que ce n’est pas un roman mais bien un traité de politique du début du XVIe siècle, ensuite parce qu’il ne s’agit pas de faire beau et fleuri mais de décrire la réalité du monde et comment gagner des points dans semblable univers.

On est donc loin des belles utopies (Utopia de Thomas More, La Cité de Dieu de Saint Augustin) où de la politique « telle qu’elle devrait être de Voltaire, Rousseau, Diderot et Montesquieu.

On parle de pouvoir : Comment l’obtenir et comment le garder ? Et si unifier un pays est un but avouable, c’est un peu comme écrire l’Histoire avant qu’elle ne se produise en prédisant les sacrifices, les morts, les massacres.

Machiavel ne crachent pas dessus lorsqu’ils sont nécessaires et si l’auteur florentin recommande de toujours favoriser son peuple par rapport au riche, il n’en conseille pas moins de couper les têtes qui dépassent des deux côtés. Plus encore, il met en garde si vous conquérez une nouvelle ville soyez sûr d’en obtenir son allégeance et sa fidélité sinon brûler là.

Machiavel, c’est aussi comment régner en mettant Dieu à la porte (ce qui lui vaudra une mise à l’Index de Librorum Prohibitorum (L’Index des livres prohibés par l’Eglise mis en place en 1563 et supprimé après 1950 interdisait aux chrétiens de lire tous les ouvrages y étant inscrit).

Sans oublier une politique fondée sur l’image. « Soyez tel mais paraissez ainsi, car le peuple ne peut souffrir tel défaut et adore tel qualité ».

Ca ne vous rappelle rien ?

Machiavel, c’est « Qui veut la fin veut les moyens ! »

«Il est plus sûr d’être craint que d’être aimé.»

«Le parti de la neutralité qu’embrassent le plus souvent les princes irrésolus, qu’effraient les dangers présents, le plus souvent aussi les conduit à leur ruine.»

«Il peut être vrai que la fortune est maîtresse de la moitié de nos œuvres, mais elle nous en laisse aussi gouverner l'autre moitié.»

«Tout le mal de ce monde vient de ce qu'on n'est pas assez bon ou pas assez pervers.»

«Celui qui est cause qu'un autre devient puissant se ruine lui-même.»

«Le temps n'attend pas, la bonté est impuissante, la fortune inconstante et la méchanceté insatiable.»

Mais Le Prince, pour les petits curieux qui connaissent le monde c’est aussi une terrible mise en garde venue du passé une lentille grossissante pointée sur notre époque.

En cinq siècles, le monde n’a pas changé et si Machiavel fait toujours aussi peur, la société est pourtant toujours fondée sur sa vision. Nous restons dans un univers où comme le disait Thomas Hobbes « L’homme est un loup pour l’homme ».

A tout bien considérer, je dirai même que si nous pouvons tracer une histoire de la philosophie, des Humanistes de la Renaissance, aux Lumières, jusqu’à nos contemporains, pour ce qui est de l’histoire réelle de la politique on en est resté au chapitre 1 d’un auteur du XIV : Quels sont les différents pouvoirs, comment les obtenir et comment les garder ?

Je vais ici transgresser l’interdiction du florentins «  Ne rends jamais quelqu’un plus puissant » en vous conseillant vivement de lire cet ouvrage. Que ce soit pour le pouvoir, que ce soit pour la soif de comprendre et de découvrir il ne vous laissera pas indifférent.

 

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Nicolas Machiavel

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