09/12/2007

Lettres Mortes

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La littérature anglaise reste présente et cette semaine, c’est Shaun Hutson qui nous fera découvrir ses Lettres Mortes.

D’abord, je me suis un peu penché sur la biographie de l’auteur avant de faire cette critique. Voici, en quelques lignes, ce qu’il faut en retenir.

Devenu, écrivain en 1983, après plusieurs petits boulots, Shaun Hutson, 28 romans plus tard est devenu en Angleterre un des plus grands vendeurs de livres d’horreur.

Personnellement, il est présenté comme un alcoolique repenti, diagnostiqué pour ses tendances psychotiques et auteur favori des bibliothèques de prisons anglaises. Du reste, il est parait-il un homme charmant…Tout un programme !

D’ordinaire, je ne me serai pas attaché à vous raconter ces détails mais dans ce cas, ils forment un bon préambule à la présentation du livre.

Lettres Mortes fait en effet partie d’une catégorie, plutôt, d’une conjugaison de genres peu courante, il s’agit du mélange du roman policier à suspense avec le roman fantastique.

C’est une potion rare dans les librairies mais qui réussit le pari de divertir, d’accrocher et de faire frissonner le lecteur. Un joli coup !

L’histoire en elle-même se passe dans le Londres actuel où le temps de quelques nuits plusieurs personnes sont assassinées chez elles. La police qui fait la découverte macabre ne peut que se poser des questions tant à propos des mutilations que le meurtrier fait subir aux victimes que par sa méthode.

En effet, sur place, les corps se font trancher la langue, arracher les yeux ou tout simplement ont le ventre ouvert en deux parties. Mais ce qui est le plus étrange n’est pas encore tant cette atroce déferlante de colère et de haine que la fait que dans chaque cas, toutes les portes et toutes les fenêtres étaient restées parfaitement closes jusqu’à l’arrivée de la police.

Et pourquoi donc aussi, toutes les victimes qui n’avaient pas beaucoup d’autres liens entre elles que de toucher de près ou de loin au domaine de l’édition, pourquoi donc étaient-elles à chaque fois entourées des manuscrit en lambeaux de Mégane Hunter dans sa biographie de Giacomo Cassano, mentor méconnu de Dante et du dernier livre d’horreur de John Paxton ?

Sur cette affaire, il ne fallait personne d’autre que David Birch ! David. Comment parler du personnage ? Un inspecteur Harry dans sa récente version anglaise ? Cynique, solitaire et trop terre à terre face à des phénomènes qui dépasse l’imagination ?

 

Je ne le cache pas, Lettres Mortes est une vraie réussite. L’histoire se met en marche très vite et vous absorbe immédiatement. L’écriture est fluide, légère. En bref, on ne s’endort pas dans

ce récit qui se laisse lire sans opposer la moindre résistance.

Et surtout, vous verrez, la solution du mystère est surprenante… fantastique…Et Terrible !

                                                                                                            

Bonne lecture !

 

28/11/2007

Chagrin d'école...

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C’est un phénomène très rare de se sentir absorbé par un livre dès la première ligne, de voyager sans s’en rendre compte et de ne pouvoir se détacher des mots avant le point final.

Dans cette biographie…

Aie ! Ai-je bien dit biographie ? Rassurez-vous pourtant c’est plus une question de fond que de forme. Je m’explique. Dans ce livre, Daniel Pennac retrace son parcours sur les bancs d’école. Il parle des difficultés qu’il avait pour apprendre, de son comportement et de celui de ses professeurs ou parents. Il résume sa cancrerie et bien plus, comment le cancre est devenu professeur avant de faire partie des plus grands écrivains français du moment.

C’est toujours une biographie me direz vous. Rien de plus vrai. Aussi vais-je sortir mon atout.

Pour Chagrin d’Ecole, Pennac a été le lauréat du prix Renaudot 2007 dans la catégorie roman.

Bizarre ? En effet, et inutile de vous préciser que cette victoire a fait un tollé incroyable dans le domaine des lettres, surtout quand on sait que le prix Renaudot possède une catégorie biographie.

Personnellement, je ne me permettrai pas de critiquer les membres du jury. Au contraire, je les félicite pour leur extrême lucidité.

Car qu’est-ce qu’une bonne biographie ? Avant tout, il s’agit de l’histoire vraie d’un homme.

Qu’est-ce qui fait que cette dernière sera de qualité ? On peut parler de l’humilité dont fera preuve l’auteur, du sens critique qu’il saura mettre en avant. C’est entendu si l’on se place dans le sens historique. Prenons maintenant le sens littéraire, pour une bonne biographie, ce qui est nécessaire, c’est de savoir la faire vivre et en même temps de pouvoir faire naître une réflexion sur base des expériences que l’on raconte.

Une bonne biographie, c’est l’Histoire et l’histoire. C’est un la vérité sur le ton du roman avec un fond de réflexion, d’essai philosophique.

Pari réussi Mr Pennac. Votre livre est excellent. Ce serait un crime de dire que l’on s’endort devant votre roman et encore moins de récrier vos idées quant à l’enseignement.

C’est en effet dans cette dernière partie que le livre excelle. Une réflexion de qualité sur l’enseignement prenant tantôt le regard de l’élève, du professeur et du visiteur.

Opposition des groupes et des époques, il permet à la fois de suivre le point de vue de tout le monde à toutes les époques non sans une nuance critique.

L’occasion pour certain de se souvenir, pour d’autre qui sont toujours assis sur les bancs de se mettre à la place de leurs « bourreaux ».

Voici donc un livre quatre étoiles non seulement brillant par son histoire mais surtout étincelant par ses idées. Le ton sérieux se conjugue volontiers à l’humour. Tandis que la plume utilisée, sans conteste, elle est légère. Le style y est très fluide, très reposant tandis que le vocabulaire employé reste assez relevé.

Bonne lecture.

 Chagrin d’école de Daniel Pennac, édition Gallimard.Prix Renaudot 2007, catégorie roman.Le troisième trimestre sera déterminant.

22/11/2007

Orgueil et Préjugé

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Comment pourrais-je parler de ce livre de sorte que j’arrive à convaincre autant de personnes que possible de le lire ?

C’est une question que je me suis longtemps posée avant même d’oser écrire cette critique.

Ce qui était sûr, c’est qu’il y avait trois choses qu’il ne fallait surtout pas mentionner.

La première était que ce livre faisait office de chef-d’œuvre de la littérature classique.

La deuxième était qu’il avait été écrit il y a près de deux cents cinquante ans.

La troisième, était de ne surtout pas mentionner qu’il s’agissait d’un roman d’amour.

Voici donc à peu près toute les raisons qui a priori devrait empêcher le lecteur potentiel d’acheter le livre. Sincèrement, faites abstraction.

Ce roman est un des meilleurs qu’il m’ait été donné de lire. Contrairement à ce que l’on pourrait croire il dégage une vitalité et une jeunesse incroyable.

Le langage y est bien entendu très soigné et réfléchi mais contrairement à nombre de livres anciens, il n’alourdit pas le texte mais le soulage de son âge.

Jane Austen écrit avec ce talent qu’on les Anglais pour la fluidité et la simplicité.

Dans ses livres, elle développe un don tout particulier pour décrire d’une seule phrase, d’un seul coup de plume le décor. Pas de détail superflu, pas de longue description pompeuse. Ce n’est pas le cadre qu’elle s’attache à décrire mais les mœurs et la mentalité de ses contemporains.

Roman d’amour je l’ai dit, mais pas encore roman à l’eau de rose. Orgueil et préjugé porte bien son titre. L’intérêt du texte réside dans l’opposition des personnages, l’opposition des classes sociales mais surtout l’opposition des caractères.

Ce sont les joutes verbales entre les héros qui font le spectacle du livre.

Ainsi, je me rappelle de cette phrase cinglante de l’héroïne, Elisabeth Bennet : « Je lui pardonnerais volontiers son orgueil s’il n’avait pas blessé le mien ».

L’humour et l’ironie sont  omniprésents pour le spectateur que nous devenons. On massacre l’image de ces messieurs et de ces dames qui se croient meilleurs que tout le monde.  

Nous suivons ainsi le parcours chaotiques des personnages, connaissant la fin par avance mais ignorant la manière dont elle se réalisera. On pourrait comparer ceci à un feuilleton policier –en beaucoup, beaucoup plus élaboré. On donne le coupable dès le départ. Reste à l’inspecteur à le démasquer.

L’œuvre de Jane Austen, comme je l’ai déjà dit est semblable à une incroyable description des mœurs de l’Angleterre du XVIIIè siècle, un rappel utile pour dire qu’à une époque pas si lointain le souci essentiel d’une jeune fille était de se marier et d’apprendre à être agréable en société… Elle fait encore partie des auteurs romantiques mais ce serait ingrat de ne pas reconnaître qu’elle annonce la lignée des auteurs réalistes. Le regard de Zola et l’âme d’Hugo en somme…

L’historien ajoutera également que Jane Austen fait partie de ces rares femmes à avoir pris la plume mais surtout qu’elle fait partie des rares à avoir été reconnue pour leur art de leur vivant.

A noter enfin que l’histoire que vous pourriez croire tellement usée par le temps à été reprise récemment par le cinéma. Ici, pour une fois, je me passerai de commentaire sur le respect que les scénaristes ont parfois pour les romans dont ils s’inspirent.

Le film est fidèle, la réalisation impeccable. Mais… comme je le dis toujours, rien ne vaut la lecture. C’est souvent moins coûteux et ça fait rêver plus longtemps.

 

Début du livre.

 

« C'est une vérité universellement reconnue qu'un célibataire pourvu d'une belle fortune doit avoir envie de se marier, et si peu que l’on sache de son sentiment à cet égard, lorsqu’il arrive dans une nouvelle résidence, cette idée est si bien fixée dans l’esprit de ses voisins qu’ils le considèrent sur le champ comme la propriété légitime de l’une ou l’autre de leurs filles »

Jane Austen, Orgueil et Préjugé

06/11/2007

La Science du Disque Monde

 

hogfather_disc3Force est de reconnaître qu'il m'arrive très souvent de me dire en farfouillant à droite à gauche dans une librairie, en soulevant beaucoup de poussière et en remuant des piles et des piles de livres : « Voici enfin une perle rare ! ».

C'est vite dit et rien n'est parfait. Pourtant, l'espèce de brique au sujet indigeste que je m'apprête à vous présenter en est bien une.

Il s'agit de « La science du Disque Monde » de Terry Pratchett, Ian Stewart et Jack Cohen.

Pour quelqu'un qui n'aurait jamais lu un bouquin de ces auteurs, ma foi, il est peu probable que le titre soit évocateur ou attrayant. Pour les autres qui connaissent les auteurs, la critique est inutile, ils sont déjà partis acheter le livre au magasin.

 Pourtant, parlons-en de ces auteurs ! Des scientifiques, ni plus ni moins, spécialistes en physique nucléaire, connaisseurs doué en biologie et chimie... En bref, pas de grands amis des lecteurs de romans, détestant tout ce qui peut se rapporter à une formule mathématique ou aux vieux souvenirs des cours de sciences.

Mais je me rends compte que je ne suis pas en train d'encourager à la lecture du manuscrit.

Rassurez-vous. Je l'ai bien lu de A à Z et aussi étonnant que cela puisse paraître j'y ai survécu. Pire encore, je ne cherche pas à me venger sur les auteurs ou à massacrer le livre car j'ai passé là des moments géniaux.

Le roman, car s'en est un, traite de la philosophie, des religions et de la science, enfin plus particulièrement du lien étroit que peuvent partager ces trois éléments.

L'histoire se passe derrière les murs de l'Université de l'Invisible. Là-bas, une expérience relevant de la magie de haut niveau est en cour de réalisation. Elle est plutôt dangereuse à nos yeux mais dans un monde où tout est régit par le narrativium, elle fera bien moins peur que rater un repas.

Malheureusement comme vous le savez, rien ne se passe jamais comme on le souhaite et suite à un accident provoquer par un babouin bibliothécaire, des décharges incroyablement puissante d'énergie magique se produise, tant et si bien qu'un nouvel univers fini par apparaître. Un univers complètement différent du Disque-Monde où vivent les mages, un Globe-Monde, absurde, fondés sur des règles logiques, où la matière tend à s'agglomérer en sphères pour constituer des étoiles, des planètes, où la vie naissante suit le cours de l'évolution vers l'émergence de l'intelligence.

Notre univers, notre planète, la Terre. Et les mages du Disque-Monde, incrédules, en prennent connaissance dans un déroulé accéléré de son histoire.

Le livre se construit comme un roman fantastique mettant en scène les mages de l'Université de l'Invisible observant le développement de leur création, leur petit univers.

Ce récit est entrecoupé, à la manière des livres de Bernard Werber, de chapitres axés sur la science dont le but est de fournir des explications et de développer plus en avant ce que frôle le roman.

Je l'ai dit ce roman est une perle rare. Il s'agit de vulgarisation scientifique. Une occasion quasi unique d'associer science et plaisir de lire mais aussi d'augmenter son capitale connaissance sans trop se fatiguer.

Néanmoins, si ce livre pose de bonne question, corrige des préjugés, ne donne aucune formule mathématique (pas même E= m c²), il n'est peut être pas à mettre entre toutes mains.

Non pas parce qu'il donnerait de mauvais conseils ou parce qu'il faut y mettre une censure, rassurez-vous, mais simplement parce qu'un enfant de dix ans ne comprendrais pas grand-chose aux théories scientifiques mises en avant et quand bien même, il s'agit également d'être capable de lire entre les lignes. Le livre n'est comme tant d'autre, qu'une base, un détonateur pour faire exploser une bombe à idées.

Bonne lecture, j'espère avoir convaincu  car c'est une perle !!

Lexique :

Le Narrativium :

Comment le définir ? Même après ma lecture, je dois admettre que c'est assez difficile.

Dans notre monde ce serait une particule élémentaire (un boson de Higgs pour les connaisseurs). Cette particule agit comme une force, et cette force correspond aux impératifs de narration.

Par exemple, le héros d'un livre se fait pousser d'une falaise abrupte. Chez nous, les gardes côtes tenteront de retrouver les morceaux qui n'auront pas servis de diner aux crabes. Mais sur le Disque Monde, par la force du narrativium, l'improbable va arriver, et notre héros va pouvoir se rattraper à une branche en contrebas sans que ses ennemis le voient, avant d'être sauvés par ses compagnons.

Le Globe Monde est une sphère qui renferme tout notre univers.

Le Disque Monde est un disque de terre (un gros 45 tours ou un cd) porté par la vénérable tortue géante Atuin, elle-même supportée par une pile infinie d'éléphants.

...

Réf : La Science du Disque Monde de Terry Pratchett, Ian Stewart et Jack Cohen. Ed. L'Atalante.

Photo : Une représentation du Disque Monde.

17/10/2007

Hannibal Lecter, le héros diabolique...


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Beaucoup d’entre vous l’auront vu dans les salles. Les films le concernant ont toujours été des réalisations brillantes de qualités. Peu auront lu le livre. Et tous le connaisse. Il est le plus grand héros, antihéros jamais créé. La mal dans son raffinement. Le mal avec « un sens », car Hannibal Lecter, le cannibale ne frappe pas au hasard. On l’aime, on l’admire, on le craint, on le déteste… Il nous repousse en nous fascinant. On veut lui ressembler sans vouloir devenir comme lui. Serait-il le mythe du vingtième siècle ? Celui qui passionne toujours. Celui qui fait surgir en plein jour nos tourments. Celui qui nous fait prendre conscience de nos pires envies, pulsions.L’influence du héros de Thomas Harris dans notre société moderne est un sujet à lui tout seul qui déchire les analystes experts du comportement. De nombreuses thèses ont d’ailleurs été émises à ce sujet par la communauté scientifique. Mais laissons là de côté et concentrons-nous sur le livre.Le docteur anthropophage, je l’ai dit, est une des meilleures réalisations de notre époque. Il surprend à la fois par son charisme, sa finesse d’esprit son intelligence hors normes…Que l’on s’entende, je ne fais en rien sa publicité. Ses actes sont répréhensibles, tout le monde le sait. Néanmoins, sincèrement quand je vous parle du Dr Lecter, souhaitez-vous le voir mourir, en prison, blessé, ou libre de ses mouvements ? Thomas Harris impose toujours des histoires bien ficelées, depuis le Silence des Agneaux jusqu’aux Origines du Mal, c’est un fait simple à établir tant dans les films que dans les livres.L’aspect psychologique prime sur l’action, l’intelligence sur la force, la finesse sur le rustre.Dans ce dernier tome, j’ajouterais, qu’on connaît par avance la fin du livre. Hannibal survivra à l’histoire puisqu’on fait un flash-back dans son adolescence. Cependant, le livre reste absorbant à chaque ligne.Je me souviens l’avoir lu en une journée, des premières lueurs du jour jusqu’à la nuit noir dans mon fauteuil près du feu et n’en avoir décroché que pour manger et boire.Ce qui est fondamentale c’est à la fois de suivre l’évolution du héros. Ou plutôt sa chute ?La question serait intéressante. Quelle vie aurait-il eu s’il n’avait pas sombré dans cette tourmente meurtrière ?Un autre élément clé du livre après le fond, c’est clairement la forme. Il est fluide, accessible à tous (je doute néanmoins qu’il soit sage de le placer dans les mains d’enfants en bas ages…) et d’un vocabulaire qui sans être lourd ou pénible est incroyablement précis.Quelque mots à l’avantage de ce livre qui se résume en : finesse, intelligence, passion, fluidité et regard sur soi-même.