08/03/2008

La route

road
 

Prix Pulitzer 2007 catégorie fiction. Beaucoup en rêvent.

Cette année, c’est à Cormac Mc McCarthy, un emblème de la littérature américaine que la plus haute distinction a été décernée.

Et sincèrement, c’est plus que mérité ! Car son dernier ouvrage La Route est tout simplement un chef d’œuvre.

Alliance subtile de simplicité et d’innocence sur un fond de scénario catastrophe, le roman  raconte l’histoire d’un père et de son fils qui errent mais avancent sans cesse sur une route qui ne finit jamais.

L’époque, le nom des lieux, le nom des personnages, rien n’est mentionné.

Tout ce qui compte c’est qu’aujourd’hui, le monde a changé. Une catastrophe indéterminée, mais vraisemblablement nucléaire à frappé la Terre anéantissant la majeur partie des formes de vies et plongeant les autres dans un univers brûlé, détruit, où le soleil ne perce jamais.

A l’aube d’un hiver de plusieurs milliers d’années, les arbres et les plantes sont presque tous morts ou réduits en cendre. La plupart des animaux ont disparus tandis que les rares êtres humains restants, privés de toute organisation sociale mais surtout de nourriture retournent vers un mode de vie primitif et barbare.

La violence, la force, la puissance font lois. Pillards, voleurs, assassins, bandits sont légions tandis que certains, forts d’armes vont même jusqu’au cannibalisme, conduisant un troupeau de bétail humain.

Mais La Route, c’est l’histoire d’un père et de son fils. Ils fuient vers le Sud, vers la mer, vers des terres qu’ils espèrent plus chaudes. Chaque pas en avant est une mort et il est impossible de rebrousser chemin.

Toujours avancer, toujours aller plus loin à la recherche d’un abri, d’eau, de boites de conserve égarées dans un cellier ou une cuisine, à la recherche aussi de vêtements, de couvertures, de tout ce qui peut permettre de gagner un jour de plus.

Ensemble, ils marchent sans arrêt, poussant avec eux un vieux caddie, tout ce qui leur reste, tout ce qui leur permet de vivre.

Sans cesse, ils sont aux aguets, sur le qui-vive, prêt à fuir, à se cacher des autres, les mauvais, ceux qui ne portent pas le feu.

 

L’ambiance. C’est sans doute la qualité première de McCarthy, c’est de créer et de maintenir une ambiance. Une atmosphère lasse, brisée, de paysages bibliques, apocalyptiques et puissants. Mais c’est aussi, une tension constamment entretenue, le danger est partout, dans chaque ombre, à chaque détour de la route, mais aussi dans le rien, cette absence de maison et de nourriture.

Une réussite incroyable. Le dialogue d’un père qui a connu ce monde autrefois si vivant, comparativement si juste, agréable et d’un fils né peu après la catastrophe et qui ne peut qu’imaginer ce qui existait par le passé. Ils se parlent, ils se connaissent et voyagent ensembles mais quoi qu’ils fassent, ils sont et restent des étrangers, des extraterrestres l’un pour l’autre.

Violent, semblable à une gifle, le livre ne mentionne jamais ce qui a causé le désastre. Mais intuitivement, on sait bien que ce n’est pas une catastrophe naturelle. C’est pire que ça, c’est un cadeau humain.

Marquant. La Route est un récit, une tranche de vie, un instant couché sur le papier sans digression, sans commentaires. Pourtant, on ne saurait rester imperméable aux questions qu’il pose au hasard de la lecture. Pourquoi continuer quand il n’y a plus rien devant, pourquoi s’accrocher à la vie et quelle vie mais aussi comment protéger et prendre soin de nos enfants ?

 

Clarté, concision, simplicité, je l’ai dit, c’est tout l’art de McCarthy.

Un texte réaliste, à l’image du monde qu’il raconte, un texte lui aussi dévasté, brisé, brulé, où n’ont survécut que quelque ruine.

Ainsi, il n’y a pas de chapitre, le texte s’étale d’une traite semblable à cette Route où les postes de péage n’existent plus ou sont devenus inutiles. Pourtant, on ne courre pas, plus de pétrole, plus de voiture, on va à pied, on avance par petit à coup, par paragraphe, par scène.

Epuré, vidé de l’inutile ou du moins solide, texte court, simplifié, squelettique qui va directement à l’essentiel.

Scène après scène, dialogue après dialogue, laissez vous emporter par le génie de McCarthy, le voyage est long et certainement pas sans risque. L’espoir est maigre, désolant, et vous pourriez bien laissez une partie de vous le long de cette Route mais, pourtant…

 

Bonne lecture.