04/03/2008

Petite discussion avec une momie

petite discussion avec une momie

 

Je vous ai déniché une nouvelle perle brillante d’originalité. Petite discussion avec une momie et autres histoires extraordinaires. Le titre est long mais il dit le principal car ce que je vous propose ici, c’est un petit recueil des nouvelles assez bizarres d’Edgar Allan Poe.

Extraordinaires, ces histoires le sont bien. La première, pour commencer raconte l’histoire de plusieurs scientifiques, médecins, archéologues qui après avoir découvert une momie en Egypte, sont finalement autorisés à la sortir de son sarcophage pour l’examiner.

L’opération se pratique de nuit et force est de constater que l’allégresse générale n’est pas seulement due à l’intérêt scientifique mais surtout à quelques verres d’alcool de ci de là.

Le temps passe, les opérations avancent jusqu’au moment où je cite :

« Ordinairement, la cervelle se vidait par le nez ; les intestins, par une incision dans le flanc ; le corps était alors rasé, lavé et salé ; on le laissait ainsi reposer quelques semaines, puis commençait, à proprement parler, l’opération de l’embaumement. Comme on ne pouvait trouver aucune trace d’ouverture, le docteur Ponnonner préparait ses instruments de dissection, quand je fis remarquer qu’il était déjà deux heures passées. Là-dessus, on s’accorda à renvoyer l’examen interne à la nuit suivante ; et nous étions au moment de nous séparer, quand quelqu’un lança l’idée d’une ou deux expériences avec la pile de Volta. L’application de l’électricité à une momie vieille au moins de trois ou quatre mille ans était une idée, sinon très sensée, du moins suffisamment originale, et nous la saisîmes au vol. Pour ce beau projet, dans lequel il entrait un dixième de sérieux et neuf bons dixièmes de plaisanterie, nous disposâmes une batterie dans le cabinet du docteur, et nous y transportâmes l’Égyptien. »

La seconde nouvelle, fait étonnamment penser à du Kafka avant l’heure. Il s’agit de l’histoire d’un homme enfermé dans un drôle de cachot où sans cesse ses bourreaux tentent de le faire mourir de la pire façon qu’il soit. Ainsi d’abord plonger dans l’obscurité totale, il manquera de plonger dans un profond puits avant de se réveiller quelques heures plus tard entouré de rats, une lame affutée à souhait au dessus du torse.

Enfin, le Roi Peste vous plongera dans les aventures de deux ivrognes qui ayant écumé les bars de Londres finiront par se réfugier dans une cave de croque mort dans le quartier des pestiférés. Petite rencontre avec une allégorie.

 

Edgar Allan Poe n’a produit dans sa vie qu’un seul roman, Les Aventures d’Arthur Gordon Pym. Néanmoins, il a su s’imposer dans le style de la nouvelle et ce n’est pas Petite discussion avec une momie qui me contredira, pas plus que Charles Baudelaire qui a assuré la traduction de la plupart de ses œuvres et, de par le fait, une qualité irréprochable en Français.

Ne vous attendez pas à avoir peur avec ses récits, attendez vous surtout à rire car c’est là l’art de Poe, créer une satire de la société et des personnages, plonger dans les situations les plus rocambolesques pour peut-être chasser la peur ou du moins, la tourner au ridicule.

A tel point que, parfois on se demande si ce n’est pas la folie qui anime cet auteur ou le délire d’un soir qu’il aurait couché sur le papier sur le ton le plus sérieux.

Toujours est-il qu’après lecture, je ne peux que vous conseiller de plonger dans l’œuvre de cet auteur qui est devenu un maître pour toute la génération des surréalistes.

 

14/01/2008

Nos amis les humains

NosAmisLesHumains_affiche2

Qui ne connaît pas cet auteur français, esprit de génie, démangé de la plume ?

Sincèrement, j’ose espérer que la réponse est « personne » car avec cinq millions de livres vendus en France et dix millions dans le reste du Monde, il figure parmi les brillantes étoiles de notre littérature contemporaine.

Sa plume est axée sur la simplicité raffinée. Pas de formules toutes faites à chaque page, pas d’alambiques dans la rédaction avec son système de rédaction brute, simple et sans emphase.

A travers cette courte nouvelle qui fut adaptée au théâtre Bastille de Paris, Bernard Werber reste dans sa tranche préférée : le roman d’aventure axé sur la philosophie et ou plutôt la réflexion vis-à-vis du monde.

Dans cette histoire, il est question de la rencontre entre deux caractères opposés.

D’une part, il y a cet homme, scientifique endurci emportant comme bagage tous les stéréotypes de la fonction et d’une société matérialiste, pragmatique et rationaliste.

De l’autre côté, voyez venir, cette jeune femme, dresseuse de tigre dans un cirque, idéaliste, mièvre par moment et aussi éloignée que possible d’une vision machiavélique (La fin justifie les moyens).

Rien ne les unis. Tout les sépare. Tout sauf leur position respective puisqu’ils sont tous deux enfermé dans une pièce en verre, isolé du reste du monde.

Quoiqu’il arrive, ils vont devoir vivre ensemble, un quart d’heure, une demie heure, une heure, un jour, une semaine,…, jusqu’à ce qu’on vienne les chercher du moins car, même en cherchant, il n’y a à ce bocal aucune issue sauf peut-être par un plafond trop haut pour être accessible.

Le temps passe, la conversation s’engage entre les deux antagonistes qui opposent leurs idées et leurs visions et qui nous invite à réfléchir dans notre fauteuil douillet.

Les thèmes courent au fil des pages mais la situation des héros ne s’arrangera pas. Au fil des heures, ils recevront des décharges électriques du sol pour s’être battu, prendront leur nourriture et leurs boissons grâce à une mangeoire ou encore verront apparaître une immense roue de hamster…

La situation s’éclaircit, ils sont prisonniers et considérés comme des animaux domestiques équivalant aux rongeurs que nous gardons en cage.

Enfin, c’était avait qu’ils ne découvrent que la Terre avait été détruite par un chaos nucléaire causé par la guerre et les dictatures et bien avant qu’ils n’entament entre eux le procès de l’humanité.

 

Comme toujours, Bernard Werber fait montre de son talent de conteur à travers des histoires à la fois superbes, remplies de personnages dont la vraisemblance reste toujours unique.

Je ne regrette qu’une chose, c’est de ne pas avoir pu voir la pièce de théâtre de mes yeux pour savoir ce que donnait sur scène ce mélange détonnant d’humour, de philosophie et d’aventure.

Je vous laisse en bonne plume !

Bonne lecture.

Lien vers la bande annonce de la pièce.

13/12/2007

La Rêveuse d'Ostende

9782226181077

Eric-Emmanuel Schmidt, La rêveuse d’Ostende 

Il est bien tard, ce soir, quand mon regard fatigué d’une longue journée glisse sur les dernières lignes de La Rêveuse d’Ostende d’Eric Emmanuel Schmidt.

Comme souvent lorsqu’on est face à un bon livre, une belle histoire, je me sens envahi par le désespoir d’arriver à la fin. L’histoire s’arrête là, maintenant gravée dans un coin de notre mémoire et nous devons peu à peu reprendre pied avec la réalité.

Pendant mon atterrissage, ce qui me frappe en premier c’est avant tout la question de savoir comment j’ai pu ignorer un tel talent aussi longtemps.

Car cet auteur français, qui je le rappelle passe une bonne part de son temps en Belgique – et aime à y mettre en scène ses histoire en dépeignant à la perfection nos habitudes et notre décors- a un don réel pour l’écriture.

A travers ce recueil de nouvelles, cinq pour être précis, on ne peut que tomber sous le charme de la plume. C’est peut-être par une série de qualificatifs qu’on en viendrait le mieux à décrire les sensations qui vous traversent. Je pense d’abord à la force et au charme de décors, simples et envoûtants. Tout comme je rends hommage au sens de la mise en scène qui est révélé par le mystère de la narration et la qualité des dénouements. Alors qu’enfin, je n’oublie pas les mots, ce vocabulaire riche qui se plie en quatre au service d’un phrasé fluide et de la lumineuse simplicité des histoires.

Cinq nouvelles donc pour un livre qui se dévore. Cinq nouvelles : La Rêveuse d’Ostende, Crime Parfait, La Guérison, Les Mauvaises Lectures et La femme au bouquet.

Que dire d’elles sinon qu’elles sont magiques, ouvertes à l’imagination, à un voyage dans le rêve éveillé.

En quelques mots, La rêveuse d’Ostende met en scène un écrivain cherchant à fuir au bout du monde pour se remettre à l’abri d’un déboire amoureux. Et c’est plus précisément sur les plages de la Mer du Nord dans la vieille demeure d’Emma Van A., sa logeuse qu’il tentera de parvenir à ses fins. Pendant quelques semaines, les deux individus vont se côtoyer et c’est cette vieille dame distinguée clouée dans un fauteuil roulant qui va livrer l’intrigue de sa vie, le doux secret de sa mémoire, l’amour de sa jeunesse.

Par la suite, je vous invite à rentrer dans la tête de la plus malheureuse des criminelles. Celle qui après avoir réussi le crime parfait en précipitant son mari du haut d’une falaise ni vue ni connue, se rend compte qu’elle a bel et bien supprimé la personne à qui elle tenait le plus et réciproquement.

Mais c’est sans conteste à la Femme au bouquet que va ma prédilection car cette courte nouvelle d’une quinzaine de page révèle l’existence d’une femme mystérieuse qui chaque jour de sa vie vient s’asseoir sur le quai numéro trois de la gare de Zurich et qui un bouquet en main, attend impassible. Elle attend depuis des jours, des semaines, des mois, des années. Certains disent cinq ans, d’autres dix, d’autres quinze… L’essentiel est qu’elle reste là imperturbable jusqu’à la tombée du jour où elle rentre chez elle jusqu’au lendemain.

Pourquoi elle attend ? Qui elle attend ? Qu’espère-t-elle ? Chacun aura bien sa petite idée, le reflet de son désir propre. Mais au fond personne ne sait vraiment dans les profondeurs de cet esprit. C’est un secret qu’elle seule pourrait raconter…

Ce qui frappe dans la lecture du livre, c’est le goût prononcé pour l’auteur des choses simples, des histoires toutes en simplicité, parfaitement réussie et bercée pourtant par ce que la réalité ne rôde jamais bien loin du rêve. 

Un bon cadeau pour la Noël si vous êtes en panne d’inspiration !

Alors comme toujours, je vous laisse en vous souhaitant, une agréable lecture…

 Eric-Emmanuel Schmidt, La Rêveuse d’Ostende, éd Albin Michel