05/11/2008

Hygiène de l'assassin

HygieneAssassin

 

 

Amélie Nothomb, Hygiène de l’assassin.

 

Prétextat Tach, prix Nobel de littérature, n’a plus que deux mois à vivre.

Célèbre romancier, il est à quatre-vingt trois ans atteint du syndrome d’Elzenveiverplatz, soit un cancer du cartilage particulièrement rare. Si rare en fait qu’il n’a plus été diagnostiqué depuis des décennies.

Prix Nobel atteint d’une maladie extrêmement rare, personnage rare qui jamais ne parut en public, cet homme a tout pour plaire. Du moins, sa mort a tout pour plaire.

Annoncée aux journalistes, elle suscite un engouement incroyable, une passion macabre. Tout le monde veut interviewer l’écrivain célèbre avant sa mort.

Quelques uns auront cette chance. Ils changeront bien vite d’avis.

Misanthrope, tête, misogyne, gaver comme une baudruche et d’une intelligence terriblement affutée, le vieillard les renverra près dès leurs pratiquement sur des brancards.

Il se moque de leur métier, de leur vie, les dégoute de manger, des femmes. Il les broie dans sa poigne qui n’est autre que sa capacité à jouer avec les mots, sa mauvaise foi et sa logique.

Des premiers journalistes, aucun ne réchappera à l’hécatombe. Qu’à cela ne tienne, envoyer une femme du même genre et le jeu commencera vraiment.

 

Est-ce que je suis bien placé pour faire la critique de ce livre ?

Pardonnez-moi cette question. Deux des thèmes récurrents de l’ouvrage sont le rapport qu’entretient le lecteur avec le texte et l’attitude des journalistes littéraires.

Vous comprendrez que sans me classer comme journalistes, je réfléchisse à la question.

 

Que dire de l’ouvrage ?

Commençons simplement. Il s’agit du premier roman d’Amélie Nothomb, le seul où sur la couverture vous ne lirez pas « Par l’auteur de… ».

Un premier livre, une révélation mais certainement pas une œuvre de jeunesse mal ficelée.

Un premier livre, et certainement, le début d’un genre nouveau.

Cet ouvrage se lit d’une traite. Tout en dialogue vous n’y trouverez pas, ou peu de descriptions.

D’où, le travail immense qui a été fourni pour produire une œuvre qui se rattache bien plus à la pièce de théâtre. Un travail aussi sur les personnages qui ont la capacité de s’opposer à la perfection, d’entamer ce qu’on appelle une véritable dialectique, le dialogue entre des idées et des genres opposés.

C’est un livre d’une fluidité incroyable. Il se lit aussi vite qu’il frappe le lecteur. Autant dire que vous allez voir arriver un avion à réaction sur votre visage.

Frapper, percuter, et même ce n’est pas assez fort, démolir, fracasser.

On sort de l’ouvrage avec un regard neuf, comme une éponge passée sur le visage, comme un pic dans la glace. On sort de l’ouvrage avec la fâcheuse impression que ce qu’on a lu est d’une morale douteuse, d’une intelligence sordide, d’une intensité cruelle.

Pourtant, je ne saurais que recommander ce très court ouvrage.

Il s’agit de mon premier « Amélie Nothomb », -je m’en veux déjà de l’expression- mais s’il correspond au reste de l’œuvre, cette mise en bouche m’a donné le goût de la découvrir.

 

Bonne lecture à tous.

Ecrivain89 – Quentin. 

 

nothomb

 

 

  

20/02/2008

Un rêve américain

normanmailer

 

Invitée d’honneur, la littérature américaine s’immisce sur ce site sous les traits d’un de ses enfants terribles, le célèbre Norman Mailler.

Décédé durant le mois de novembre 2007, cet écrivain a laissé derrière lui, un œuvre très vaste, un témoignage critique de son temps et de son pays.

Témoin critique ? A n’en pas douter, Mailler en est un. Décrié, souvent abattu froidement par la critique, il sait pointer son stylo là où ça fait mal pour faire ressortir l’ombre de l’homme et de la société.

Sa mort a enlevé un auteur remarquable du panthéon des vivants et néanmoins, il a réussi à nous livrer un dernier cadeau, un dernier crochet du droit avant de s’envoler.

Ce crochet, c’est Un château en forêt.

En quelques lignes, l’écrivain y raconte l’histoire difficile d’une famille aux mœurs décadentes, perverses, immondes, la famille Hitler. Ainsi dans un roman où se mêle rencontres avec le diable, relations incestueuses et autres ignominies, nous sommes plongés dans l’enfance difficile d’un enfant qui finira par faire trembler le monde. Comment créer des monstres, comment créer des dictateurs ? Une œuvre qui vous vous en doutez a fait énormément d’émules dans l’univers des critiques littéraires.

 

Des émules pour son côté dérangeant, Normal Mailler n’a fait que les faire jaillir et ce depuis ses premiers ouvrages.

Parmi eux, Un rêve américain obtient une place de choix.

Ici, Stephen Rojack, le héros ou plutôt le personnage principale puisqu’il s’agit de quelqu’un de tourmenté sombres, abattus, las de vivre, mais surtout de quelqu’un qui n’a pas ou plus ni l’envie, ni le courage de se battre avec le monde et d’affronter les choses.

Antihéros, cet ancien soldat de 40-45 n’a pas trop mal mené sa barque depuis la grande guerre, du moins, il a survécu. Décoré des plus hautes distinctions pour a bravoure au combat, sa démence plutôt, cette homme a réussit à devenir un temps sénateur avant d’épouser une riche héritière et de prendre poste comme professeur et présentateur télé.

Sous cette apparente réussite, une vie gâchée, une vie démangée, des orgueils blessés. Et une goutte d’eau de trop. Une goutte d’eau qui se matérialise sous la forme d’une femme, sa femme. Un animal des enfers qui lui a rongé l’esprit, le rabaisse sans cesse et le détruit à petit feu. Un soir, une bagarre éclate dans un appartement luxueux. Celle de trop car Rojack vient d’étrangler sa femme. Elle est morte, il est délivré. Pour camouflé le crime, Stephen la balance par la fenêtre du dixième étage. Reste à voir si les autres croiront au suicide.

 

Les personnages défilent transportant avec eux leurs défauts, leurs pathologies, leur groupe social et la vermine qui les démange.

L’enfant terrible n’hésite pas à faire feu sur tous les travers de l’Amérique, sur tous les côtés sombres de ses habitants.

Folie, meurtre, mensonge, drogue, sexe, bagarre, suicide, cancer, dépression, alcool, racisme, mysticisme, guerre et course au pouvoir rien ne lui échappe et ça fait très mal.

Et pourtant,… pourtant pour un livre qui fut écrit dans le courant des années soixante, il est paradoxalement ultra moderne. Les problèmes n’ont pas changé, les mœurs non plus. Pire, on est bien obligé de constaté qu’ils ont gagnés le reste du monde.

Mais Un rêve américain est ne l’oublions pas, un roman. Et en fait, il serait honnête de dire qu’il n’appartient pas vraiment à une catégorie. A cheval entre le polar sombre, le thriller, le drame psychologique, on touche un peu à tous les styles en gardant les pieds sur terre solidement enfoncé dans une couche de réalisme. Il s’accorde le plaisir de dépeindre une réalité couverte de vernis qui n’empêche malheureusement pas une odeur nauséabonde de suinter.

Et c’est en refermant la dernière page qu’on se rend compte de ce que l’auteur aurait pu nous dire : « Vous voulez voir de l’horreur, ouvrez les yeux ! »

 

Bonne lecture!