18/01/2010

Don Quichotte

Don Quichotte

Miguel de Cervantès, L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche

 

Quel est le personnage le plus célèbre de la littérature européenne ? Don Quichotte, bien entendu. Le héros éponyme du roman de Cervantès célèbre plus de quatre cents ans d’existence. Une prodigieuse vitalité pour un texte dont les universitaires s’accordent à faire le premier roman de la littérature européenne. Pour cette seule raison, le Chevalier à la Triste Figure mérite qu’on s’intéresse à lui. Néanmoins, il a plus d’un tour dans son sac pour attirer petits et grands.

L’histoire se déroule à peu près aux mêmes dates que celle de son écriture. A cette époque, Colomb a découvert l’Amérique depuis plus d’un siècle. L’invention de Gutenberg court le Vieux Continent, tandis que la poudre à canon n’a pas fini de faire des ravages. Cette dernière est sans conteste un des éléments les plus importants dans l’histoire de Don Quichotte. Son apparition a en effet signé la fin de la chevalerie. Adieu la légende du chevalier sans peur se battant à l’épée quand il peut être abattu sans duel loyal, à des centaines de pieds de là, par un inconnu, un va-nu-pieds d’une petite balle métallique. Oui, l’invention des fusils et des canons à révolutionner le monde en profondeur.

Heureusement, pour ceux qui rêvent encore aux héros de jadis, il y a toujours les livres. Lancelot, Perceval, le roi Arthur, Roland, Tristan, Amadis de Gaule, tous ses hommes sans peur et sans reproche font encore les beaux jours des éditeurs et des lecteurs. L’un d’entre eux est un vieil hidalgo (un petit noble en espagnol), un brin allumé dans son genre, il considère que ce qui se trouve dans les livres est une trace du passé. Pire encore, il se met à croire que lui-même peut devenir un chevalier errant, sauveur de ces dames et redresseur de tords.

Ainsi naquit Don Quichotte, qui commença par se trouver un écuyer, Sancho Pança avant de prendre la route sur une vieille carne décharnée qu’il baptisa du doux nom de Rossinante. Comme il lui fallait une noble dame à défendre, le Chevalier à la Triste Figure se choisit une fille de joie. Comme il lui fallait des châteaux et des seigneurs, il se mit à prendre les auberges et leurs propriétaires comme tels. Puisqu’enfin, il lui fallait des adversaires à combattre, il s’attaqua à des moulins qu’il prit pour des géants. Et si la réalité ne correspondait pas toujours à un roman de chevalerie, c’est qu’un affreux mage était derrière tout ça avec ses sortilèges. Voici le début des aventures de Don Quichotte mais il en vécut encore bien d’autres en libérant des galériens et en devenant la cible de l’Inquisition. Ce grand voyageur, ce grand rêveur et ce grand héros a toute une épopée à vous faire vivre.

Quatre cent ans après sa mort, Cervantès est le plus moderne, le plus truculent et le plus doué des auteurs européens. Son œuvre de légende a marqué à tout jamais le paysage littéraire européen et mondial.

Extrait, Don Quichotte par Miguel de Cervantès

Où l’on raconte de quelle gracieuse manière don Quichotte se fit armer chevalier

 

Ainsi tourmenté de cette pensée, il dépêcha son maigre souper d’auberge ; puis, dès qu’il l’eut achevé, il appela l’hôte, et, le menant dans l’écurie, dont il ferma la porte, il se mit à genoux devant lui en disant :

« Jamais je ne me lèverai d’où je suis, valeureux chevalier, avant que Votre Courtoisie m’octroie un don que je veux lui demander, lequel tournera à votre gloire et au service du genre humain. »

Quand il vit son hôte à ses pieds, et qu’il entendit de semblables raisons, l’hôtelier le regardait tout surpris, sans savoir que faire ni que dire, et s’opiniâtrait à le relever. Mais il ne put y parvenir, si ce n’est en lui disant qu’il lui octroyait le don demandé.

« Je n’attendais pas moins, seigneur, de votre grande magnificence, répondit don Quichotte ; ainsi, je vous le déclare, ce don que je vous demande, et que votre libéralité m’octroie, c’est que demain matin vous m’armiez chevalier. Cette nuit, dans la chapelle de votre château, je passerai la veillée des armes, et demain, ainsi que je l’ai dit, s’accomplira ce que tant je désire, afin de pouvoir, comme il se doit, courir les quatre parties du monde, cherchant les aventures au profit des nécessiteux, selon le devoir de la chevalerie et des chevaliers errants comme moi, qu’à de semblables exploits porte leur inclination. »

L’hôtelier, qui était passablement matois, comme on l’a dit, et qui avait déjà quelque soupçon du jugement fêlé de son hôte, acheva de s’en convaincre quand il lui entendit tenir de tels propos ; mais, pour s’apprêter de quoi rire cette nuit, il résolut de suivre son humeur, et lui répondit qu’il avait parfaitement raison d’avoir ce désir ; qu’une telle résolution était propre et naturelle aux gentilshommes de haute volée, comme il semblait être, et comme l’annonçait sa bonne mine.

« Moi-même, ajouta-t-il, dans les années de ma jeunesse, je me suis adonné à cet honorable exercice ; j’ai parcouru diverses parties du monde, cherchant mes aventures, sans manquer à visiter le faubourg aux Perches de Malaga, les îles de Riaran, le compas de Séville, l’aqueduc de Ségovie, l’oliverie de Valence, les rondes de Grenade, la plage de San-Lucar, le haras de Cordoue, les guinguettes de Tolède, et d’autres endroits où j’ai pu exercer aussi bien la vitesse de mes pieds que la subtilité de mes mains, causant une foule de torts, courtisant des veuves, défaisant quelques demoiselles, et trompant beaucoup d’orphelins, finalement me rendant célèbre dans presque tous les tribunaux et cours que possède l’Espagne. À la fin je suis venu me retirer dans ce mien château, où je vis de ma fortune et de celle d’autrui, y recevant tous les chevaliers errants de quelque condition et qualité qu’ils soient, seulement pour la grande affection que je leur porte, et pourvu qu’ils partagent avec moi leurs finances en retour de mes bonnes intentions. »

 

 

11/05/2009

L'amant

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Marguerite Duras, L’Amant

 

Prix Goncourt 1984, une des auteurs français les plus lus dans le monde. Des milliers et des milliers d’exemplaires d’un petit livre, l’Amant.

Un grand petit livre, qui raconte une vie, une portion de vie, sous couvert de quelques tableaux allant et venant au rythme de la mémoire.

Un petit livre qui ne se lit pas par l’esprit mais par le cœur, parce que ce récit n’est pas tant un repas à prendre pour grandir dans la tête mais plutôt un bain de vapeur dans lequel il faut plonger son cœur en le laissant bien profiter de chacune des effluves.

L’amant, c’est le livre court, simple, épuré, un petit vase d’où débordent et se déversent toutes les émotions, la sensibilité.

L’amant, c’est une histoire qui remonte aux années 1920, dans l’Indochine coloniale.

Là-bas, une jeune fille de quinze ans vit avec sa mère et ses deux frères. Son père, fonctionnaire est mort, il y a peu de temps et leur famille s’en trouve ruinée. Sa mère, elle, travaille dans une école. Elle est bizarre, plus que lunatique. Folle ?

Le fou, c’est son frère ainé, un voleur de placard, un voleur de placard familiaux, un rien et une terreur pour son petit frère, lui pourtant si doux.

Elle, elle a quinze ans donc et ce soir elle rentre comme d’habitude au pensionnat de fille plus loin sur la route. Il faut prendre l’autocar. Elle s’est une blanche, elle a droit aux premières places, juste derrière le chauffeur. Plus tard, c’est la plate-forme que le car doit prendre pour traverser le fleuve. Elle sort toujours à ce moment là. Un réflexe et une peur. Peur que la barque ne se renverse et qu’elle ne coule à pic en restant dans le car.

Elle se trouve le long de la barrière, sa robe usée flotte au vent, ses chaussures brillent tandis que sa tête se couvre d’un chapeau, un chapeau d’homme.

Dans sa voiture, il la voit. Lui, c’est le fils d’un homme d’affaire du coin. Il a peur d’elle. Il a raison. Lui, ce n’est qu’un indigène.

« Il m’aime et parce qu’il m’aimait, je ne pouvais pas ne pas l’aimer. » pense-t-elle.

Tous les séparent. Vraiment ?

 

Les souvenirs d’une écrivaine géniale bercés de romance. Avis à tous, c’est loin d’être de l’eau de rose, c’est loin d’être inutile à lire.

Les mots, ces petits démons qui font le jeu des auteurs. Des mots qui accrochent, des mots qui font pleurer, des mots qui retiennent, des mots qui frappent. Des mots de Duras, des mots de l’Amant et c’est comme un gouffre qui vous aspirent dans un autre monde, un souffle qui vous prend et qui n’est en fait que le signe flagrant de la virtuosité de cette magnifique auteure.

Bonne lecture.

 

Quentin.

 

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Je n'avais jamais vu de film avec ces Indiennes qui portent ces mêmes chapeaux à bord plat et des tresses par le devant de leur corps. Ce jour-là j'ai aussi des tresses, je ne les ai pas relevées comme je le fais d'habitude, mais ce ne sont pas les mêmes. J'ai deux longues tresses par le devant de mon corps comme ces femmes du cinéma que je n'ai jamais vues mais ce sont des tresses d'enfant. Depuis que j'ai le chapeau, pour pouvoir le mettre je ne relève plus mes cheveux. Depuis quelque temps je tire fort sur mes cheveux, je les coiffe en arrière, je voudrais qu'ils soient plats, qu'on les voie moins. Chaque soir je les peigne et je refais mes nattes avant de me coucher comme ma mère m'a appris. Mes cheveux sont lourds, souples, douloureux, une masse cuivrée qui m'arrive aux reins. On dit souvent que c'est ce que j'ai de plus beau et moi j'entends que ça signifie que je ne suis pas belle. Ces cheveux remarquables je les ferai couper à vingt-trois ans à Paris, cinq ans après avoir quitté ma mère. J'ai dit: coupez. Il a coupé. Le tout en un seul geste, pour dégrossir le chantier, le ciseau froid a frôlé la peau du cou. C'est tombé par terre. On m'a demandé si je les voulais, qu'on en ferait un paquet. J'ai dit non. Après on n'a plus dit que j 'avais de beaux cheveux, je veux dire on ne l'a plus jamais dit à ce point-là, comme avant on me le disait, avant de les couper. Après, on a plutôt dit elle a un beau regard. Le sourire aussi, pas mal.

Sur le bac, regardez-moi, je les ai encore. Quinze ans et demi. Déjà je suis fardée. Je mets de la crème Tokalon, j'essaye de cacher les taches de rousseur que j'ai sur le haut des joues, sous les yeux. Par dessus la crème Tokalon je mets de la poudre couleur chair, marque Houbigan. Cette poudre est à ma mère qui en met pour aller aux soirées de l'administration générale. Ce jour-là j'ai aussi du rouge à lèvres rouge sombre comme alors, cerise. Je ne sais pas comment je me le suis procuré, c'est peut-être Hélène Lagonelle qui l'a volé à sa mère pour moi, je ne sais plus. Je n'ai pas de parfum, chez ma mère c'est l'eau de Cologne et le savon Palmolive.

L'homme élégant est descendu de la limousine, il fume une cigarette anglaise. Il regarde la jeune fille au feutre d'homme et aux chaussures d'or. II vient vers elle lentement. C'est visible, il est intimidé. Il ne sourit pas tout d'abord. Tout d'abord il lui offre une cigarette. Sa main tremble. Il y a cette différence de race, il n'est pas blanc, il doit la surmonter, c'est pourquoi il tremble. Elle lui dit qu'elle ne fume pas, non merci. Elle ne dit rien d'autre, elle ne lui dit pas laissez-moi tranquille. Alors il a moins peur. Alors il lui dit qu'il croit rêver. Elle ne répond pas. Ce n'est pas la peine qu'elle réponde, que répondrait-elle. Elle attend. Alors il le lui demande: mais d'où venez-vous ? Elle dit qu'elle est la fille de l'institutrice de l'école de filles de Sadec. Il réfléchit et puis il dit qu'il a entendu parler de cette dame, sa mère, de son manque de chance avec cette concession qu'elle aurait achetée au Cambodge, c'est bien ça n'est-ce pas? Oui c'est ça.
Il répète que c'est tout à fait extraordinaire de la voir sur ce bac. Si tôt le matin, une jeune fille belle comme elle l'est, vous ne vous rendez pas compte, c'est très inattendu, une jeune fille blanche dans un car indigène.
Il lui dit que le chapeau lui va bien, très bien même, que c'est... original... un chapeau d'homme, pourquoi pas? elle est si jolie, elle peut tout se permettre.
Elle le regarde. Elle lui demande qui il est. Il dit qu'il revient de Paris où il a fait ses études, qu'il habite Sadec: lui aussi, justement sur le fleuve, la grande maison avec les grandes terrasses aux balustrades de céramique bleue. Elle lui demande ce qu'il est. Il dit qu'il est chinois, que sa famille vient de la Chine du Nord, de Fou-Chouen. Voulez-vous me permettre de vous ramener chez vous a Saigon? Elle est d'accord. Il dit au chauffeur de prendre les bagages de la jeune fille dans le car et de les mettre dans l'auto noire.
Chinois. Il est de cette minorité financière d'origine chinoise qui tient tout l'immobilier populaire de la colonie. Il est celui qui passait le Mékong ce jour-là en direction de Saigon.

Elle entre dans l'auto noire. La portière se referme. Une détresse à peine ressentie se produit tour à coup, une fatigue, la lumière sur le fleuve qui se ternit, mais à peine. Une surdité très légère aussi, un brouillard, partout.

Je ne ferai plus jamais le voyage en car pour indigènes. Dorénavant, j'aurai une limousine pour aller au lycée et me ramener à la pension. Je dînerai dans les endroits les plus élégants de la ville. Et je serai toujours là à regretter tout ce que je fais, tout ce que je laisse, tout ce que je prends, le bon comme le mauvais, le car, le chauffeur du car avec qui je riais, les vieilles chiqueuses de bétel des places arrière, les enfants sur les porte-bagages, la famille de Sadec, l'horreur de la famille de Sadec, son silence génial.

Il parlait. Il disait qu'il s'ennuyait de Paris, des adorables Parisiennes, des noces, des bombes, ah là là, de la Coupole, de la Rotonde, moi la Rotonde je préfère, des boites de nuit, de cette existence "épatante" qu'il avait menée pendant deux ans. Elle écoutait, attentive aux renseignements de son discours qui débouchaient sur la richesse, qui auraient pu donner une indication sur le montant des millions. Il continuait à raconter. Sa mère à lui était morte, il était enfant unique. Seul lui restait le père détenteur de l'argent. Mais vous savez ce que c'est, il est rivé à sa pipe d'opium face au fleuve depuis dix ans, il gère sa fortune depuis son lit de camp. Elle dit qu'elle voit.

Il refusera le mariage de son fils avec la petite prostituée blanche du poste de Sadec.

Marguerite Duras, L’Amant, éditions de Minuit

28/04/2009

Zazie dans le métro

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Raymond Queneau, Zazie dans le métro.

 

Direction Paris, la gare. Un train vient d’arriver, Zazie en descend avec sa mère. Sur le quai, son oncle Gabriel l’attend. Ce week-end, c’est lui qui va garder la petite, le temps que sa mère aille fricoter avec son nouvel amant. Elle, c’est une gamine de dix ans, une terreur qui « ferait battre des montagnes ».

On sort de la gare. La mère est déjà loin.

"Zazie, si ça te plaît de voir vraiment les Invalides et le tombeau véritable du vrai Napoléon, je t'y conduirai."

-Napoléon mon cul. Il m'intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con.

-Alors Zazie, qu’est-ce que tu veux faire ? demande Gabriel, géant gentil mais impressionnant.

-Moi, je veux voir le métro.

-Pas de chance, y a grève aujourd’hui.

-Grève, mon cul !

-Si, et ça va durer encore un bout de temps.

Zazie verra-t-elle son métro parisien ? On ne va pas gâcher le suspense. Quoi qu’il en soit, elle va avoir l’occasion de visiter Paris et de rencontrer du monde.

D’abord, ce sera Charles dans son taxi, puis la piaule de Gabriel et le bar de Turandot.

Elle découvrira que tonton Gabriel a besoin de beaucoup dormir la journée parce qu’il danse la nuit en tutu dans un bar… En tout cas, il est pas hormosessuel puisqu’il est marié avec Marcel(ine)…

En deux jours, elle aura le temps de faire une fugue, de se laisser entraîner au marché aux puces par un homme louche qui lui paiera peut-être des bluejeans, avant de se faire ramener chez elle par la police. Elle visitera la Tour Eiffel finalement où tonton aura le vertige et où elle fera décider à Charles de se marier avec Mado p’tit pieds la serveuse du bar.

C’était juste avant que Gabriel ne se fasse enlever par des touristes et qu’elle ne doive traverser tout Paris à sa recherche.

 

Les clés d’un bon roman.

Qui a dit qu’il fallait un scénario rationnel, vraisemblable et indiscutable pour faire un bon livre ?

Zazie dans le métro, c’est une trame décousue, branlante et douteuse et pourtant, il est évident que c’est un petit bijou si on accepte cette prémisse.

La magie du mot et du verbe se trouve-t-elle dans la poésie châtiée ou dans l’adaptation, presque forcée, du langage oral sur le papier ? On peut se poser la question.

Si un Balzac ou un Flaubert met à genou par la pureté de son écriture, un Céline ou un Queneau sont tout aussi capables de vous emmener au septième avec des mots crus et des phrases salées.

Lire Zazie, c’est donc aussi se prouver que la littérature n’est pas un monolithe de plusieurs tonnes franchement dur à enfoncer. Le tout, c’est de trouver ce qu’on aime, Zola, Camus ou Queneau.

Lire Zazie, c’est un tour d’horizon du monde, une petite visite dans Paris. Pas de description de monuments, désolé pour les visiteurs mais bien plus l’expression de la vision que se font les gens de la ville. Routinière pour les habitués, labyrinthique pour les débutants, superbe en tout point pour les touristes…

C’est aussi la littérature à visage humain. Celle qu’a développée le réalisme du XIXe et qui s’intéresse à décrire des gens communs avec leurs vies banales. Mais Zazie est paru en 1959, ça sent bon la fraicheur des romanciers de  laboratoire qui ont tenté de faire du neuf.

Zazie enfin, c’est cette nouvelle jeunesse immédiatement plongée dans le monde sans avoir eu le temps d’apprendre vraiment, sans avoir reçu « d’initiation », qui reçoit trop vite des outils sans avoir le mode d’emploi. Ainsi, le langage châtié lâché à tout va, le questionnement sur l’hormosessualité, la fugue, … Ici, l’initiation se fera en deux jours terminée par cette réplique :

-Alors Zazie, qu’as-tu fait de beau ?

-J’ai vieilli.

Enfin, Zazie, au premier degré, c’est le plaisir de la lecture et du rire, bien calé dans son fauteuil, avec le besoin de tout lire avant d’aller dormir.  

 

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            Les premières lignes.

 

 

Doukipudonktan, se demanda Gabriel excédé. Pas possible, ils se nettoient jamais. Dans le journal, on dit qu'il y a pas onze pour cent des appartements à Paris qui ont des salles de bain, ça m'étonne pas, mais on peut se laver sans. Tous ceux-là qui m'entourent, ils doivent pas faire de grands efforts. D'un autre côté, c'est tout de même pas un choix parmi les plus crasseux de Paris. Y a pas de raison. C'est le hasard qui les a réunis. On peut pas supposer que les gens qui attendent à la gare d'Austerlitz sentent plus mauvais que ceux qu'attendent à la gare de Lyon. Non vraiment, y a pas de raison. Tout de même quelle odeur.

Gabriel extirpa de sa manche une pochette de soie couleur mauve et s'en tamponna le tarin.

"Qu'est-ce qui pue comme ça ?" dit une bonne femme à haute voix.

Elle pensait pas à elle en disant ça, elle était pas égoïste, elle voulait parler du parfum qui émanait de ce meussieu.

"Ça, ptite mère, répondit Gabriel qui avait de la vitesse dans la repartie, c'est Barbouze, un parfum de chez Fior.

– Ça devrait pas être permis d'empester le monde comme ça, continua la rombière sûre de son bon droit.

– Si je comprends bien, ptite mère, tu crois que ton parfum naturel fait la pige à celui des rosiers. Eh bien, tu te trompes, ptite mère, tu te trompes.

– T'entends ça ?" dit la bonne femme à un ptit type à côté d'elle, probablement celui qu'avait le droit de la grimper légalement. "T'entends comme il me manque de respect, ce gros cochon ?"

Le ptit type examina le gabarit de Gabriel et se dit c'est un malabar, mais les malabars c'est toujours bon, ça profite jamais de leur force, ça serait lâche de leur part. Tout faraud, il cria :

"Tu pues, eh gorille. "

Gabriel soupira. Encore faire appel à la violence. Ça le dégoûtait cette contrainte. Depuis l'hominisation première, ça n'avait jamais arrêté. Mais enfin fallait ce qu'il fallait. C'était pas de sa faute à lui, Gabriel, si c'était toujours les faibles qui emmerdaient le monde. Il allait tout de même laisser une chance au moucheron.

"Répète un peu voir", qu'il dit Gabriel.

Un peu étonné que le costaud répliquât, le ptit type prit le temps de fignoler la réponse que voici :

"Répéter un peu quoi ?"

Pas mécontent de sa formule, le ptit type. Seulement, l'armoire à glace insistait : elle se pencha pour proférer cette pentasyllabe monophasée :

"Skeutadittaleur... "

Le ptit type se mit à craindre. C'était le temps pour lui, c'était le moment de se forger quelque bouclier verbal. Le premier qu'il trouva fut un alexandrin :

"D'abord, je vous permets pas de me tutoyer.

– Foireux", répliqua Gabriel avec simplicité.

Et il leva le bras comme s'il voulait donner la beigne à son interlocuteur. Sans insister, celui-ci s'en alla de lui-même au sol, parmi les jambes des gens. Il avait une grosse envie de pleurer. Heureusement vlà ltrain qu'entre en gare, ce qui change le paysage. La foule parfumée dirige ses multiples regards vers les arrivants qui commencent à défiler, les hommes d'affaires en tête au pas accéléré avec leur porte-documents au bout du bras pour tout bagage et leur air de savoir voyager mieux que les autres.

Gabriel regarde dans le lointain ; elles, elles doivent être à la traîne, les femmes c'est toujours à la traîne ; mais non, une mouflette surgit qui l'interpelle :

"Chsuis Zazie, jparie que tu es mon tonton Gabriel.

– C'est bien moi, répond Gabriel en anoblissant son ton. Oui, je suis ton tonton."

La gosse se marre. Gabriel, souriant poliment, la prend dans ses bras, il la transporte au niveau de ses lèvres, il l'embrasse, elle l'embrasse, il la redescend.

"Tu sens rien bon, dit l'enfant.

– Barbouze de chez Fior, explique le colosse.

– Tu m'en mettras un peu derrière les oreilles ?

– C'est un parfum d'homme.

– Tu vois l'objet, dit Jeanne Lalochère s'amenant enfin. T'as bien voulu t'en charger, eh bien, le voilà.

– Ça ira, dit Gabriel.

– Je peux te taire confiance ? Tu comprends, je ne veux pas qu'elle se fasse violer par toute la famille.

– Mais,, manman, tu sais bien que tu étais arrivée juste au bon moment, la dernière fois.

– En tout cas, dit Jeanne Lalochère, je ne veux pas que ça recommence.

– Tu peux être tranquille, dit Gabriel.

– Bon. Alors je vous retrouve ici après-demain pour le train de six heures soixante.

– Côté départ. dit Gabriel.

– Natürlich, dit Jeanne Lalochère qui avait été occupée. A propos, ta femme, ça va ?

– Je te remercie. Tu viendras pas nous voir ?

– J'aurai pas le temps.

– C'est comme ça qu'elle est quand elle a un jules, dit Zazie, la famille ça compte plus pour elle."

 

                                                                       Raymond Queneau, Zazie dans le métro

                                                                       Les premières lignes.

23/04/2009

Voyage au bout de la nuit.

 

 

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Louis Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit.

 

« Parler de sa postérité, c’est faire un discours aux asticots. »

Une phrase et tout est dit. Voici l’ambiance du Voyage au bout de la nuit de Céline. Le livre le plus noir, le plus glauque, pessimiste, débile, monstrueux et visionnaire qu’il m’ait été donné de lire et probablement qui n’ait jamais été écrit.

L’atmosphère ? Un Kafka. Tout est absurde, l’homme est absurde. Et les mots se chargent de vous le faire comprendre poisseux, collant, gluant, mouvant comme la lise.

Mais avant de vous faire fuir, parlons un peu de l’histoire.

Ferdinand (… comme Louis-Ferdinand Céline ?), Ferdinand Bardamu est un jeune, un peu paumé sans réel travail, sans réelle occupation comme on en compta beaucoup à la veille de 1914.

Il se retrouve se jour là dans un café pour discuter avec un de ses amis, un copain de cours.

 " Ça a débuté comme ça. Moi, j'avais jamais rien dit. Rien. C'est Arthur Ganate qui m'a fait parler. Arthur, un étudiant, un carabin lui aussi, un camarade. On se rencontre donc place Clichy. C'était après le déjeuner. Il veut me parler. Je l'écoute. "Restons pas dehors ! qu'il me dit. Rentrons ! " Je rentre avec lui. Voilà. "

La discussion s’installe. Le ton bat fort comme entre jeunes étudiants. Et puis, la musique se met à résonner dans la rue. C’est le régiment qui passe. Le beau régiment en habit du dimanche, bien propre, avec toute la fanfare et un gradé en tête si fier et si confiant.

Cette musique… C’est le joueur de flute de Hamelin. Après avoir fait fuir les rats par son vacarme, elle attire les jeunes forces à la guerre, loin de leurs familles.

Ferdinand n’est pas différent des autres. Il veut bien porter ce bel uniforme, il suivrait cet officier n’importe où et il se laisse porter par la musique.

Il suit le régiment, il s’engage.

Mais la guerre est là. Saloperie, chienne affamée de chaire et de sang. En quelques semaines, Bardamu se retrouve sur le front. Quasi immédiatement, dans une patrouille de reconnaissance, son groupe de fait tirer dessus. On se cache vite derrière un arbre. Les balles sifflent, frôlent, se rapproches. Les Allemands visent mal semble dirent son colonel figé sur une petite éminence en train de regarder l’horizon. Il est fou celui-là qui paradait, déchainé plutôt. Cette boucherie, il l’attendait son colonel, maintenant il y est, il se régale, pendant que Ferdinand déguste. Il a peur, peur de la mort. Pas envie non plus de tirer sur des gens qui ne lui ont rien fait, des forgerons, marchands qui parlent juste une autre langue.

Un long sifflement, puis la lumière, la boue et le bruit fracasse tout. Est-il mort ?

Non, pas encore. Le temps de revenir à la raison, le temps que ça se calme.

C’était un obus. Son colonel est éparpillé en million de morceaux. Peut-être qu’il en a sur lui ? Un soldat proche de lui n’a plus qu’un trou baillant d’où le sang ruisselle à la place de la tête. Celle-ci se trouve quelques mètres plus loin.

La guerre. Cette boucherie. Mais pourquoi veulent-ils tous nous tuer, ceux d’en face, ceux qui nous dirigent ? Pourquoi ont-ils cette rage de nous envoyer nous faire ouvrir les tripes par les couteaux et les balles allemandes ?

Blessé, traumatisé, la guerre est finie sur le front pour Ferdinand. Il ne lui reste plus qu’à en mener une pour rester en vie dans les hôpitaux militaires, puis dans les colonies d’Afrique et aux Etats-Unis. Un combat fuite, une plongée dans le noir et la pourriture de l’espèce humaine, une vision pessimiste ou réelle que nous oblige à voir Louis Ferdinand Céline.

Anti-guerre, anticapitaliste, anti-colonisation, anti-esclavage, presque anarchique, Céline dénonce, brise, éclate et pense à l’envers cette machine à prendre, utiliser, jeter, remplacer les êtres humains qu’est la société.

Son style, ses mots, ses paroles choquent, c’est le Céline humain, celui qu’il faut retenir avant qu’il n’écrive Bagatelles pour un massacre notoirement antisémites.

 

 

 

 

Celine Louis Ferdinand

 

 « Allez-vous-en tous ! Allez rejoindre vos régiments ! Et vivement ! qu’il gueulait.
— Où qu’il est le régiment, mon commandant ? qu’on demandait nous...
— Il est à Barbagny.
— Où que c’est Barbagny ?
— C’est par là ! »
   Par là, où il montrait, il n’y avait rien que la nuit, comme partout d’ailleurs, une nuit énorme qui bouffait la route à deux pas de nous et même qu’il n’en sortait du noir qu’un petit bout de route grand comme la langue.
   Allez donc le chercher son Barbagny dans la fin d’un monde ! Il aurait fallu qu’on sacrifiât pour le retrouver son Barbagny au moins un escadron tout entier ! Et encore un escadron de braves ! Et moi qui n’étais point brave et qui ne voyais pas du tout pourquoi je l’aurais été brave, j’avais évidemment encore moins envie que personne de retrouver son Barbagny, dont il nous parlait d’ailleurs lui-même absolument au hasard. C’était comme si on avait essayé en m’engueulant très fort de me donner l’envie d’aller me suicider. Ces choses-là on les a ou on ne les a pas.
   De toute cette obscurité si épaisse qu’il vous semblait qu’on ne reverrait plus son bras dès qu’on l’étendait un peu plus loin que l’épaule, je ne savais qu’une chose, mais cela alors tout à fait certainement, c’est qu’elle contenait des volontés homicides énormes et sans nombre.
   Cette gueule d’État-major n’avait de cesse dès le soir revenu de nous expédier au trépas et ça le prenait souvent dès le coucher du soleil. On luttait un peu avec lui à coups d’inertie, on s’obstinait à ne pas le comprendre, on s’accrochait au cantonnement pépère tant bien que mal, tant qu’on pouvait, mais enfin quand on ne voyait plus les arbres, à la fin, il fallait consentir tout de même à s’en aller mourir un peu ; le dîner du général était prêt.

                                                                       Céline, Voyage au bout de la nuit.

 

 

- Oh! Vous êtes donc tout-à-fait lâche, Ferdinand! Vous êtes répugnant comme un rat...

- Oui, tout-à-fait lâche, Lola,  je refuse la guerre et tout ce qu’il y a dedans... Je ne la déplore pas moi... Je ne pleurniche pas dessus moi... Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu’elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tort et c’est moi qui ai raison, parce que je suis le seul à savoir ce que je veux: je ne veux plus mourir.

                                                                       Céline, Voyage au bout de la nuit.

 

“Figurez-vous qu’elle était debout leur ville, absolument droite. New York c’est une ville debout. On en a déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameuses même. Mais chez nous, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s’allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là, l’Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur.”

                                                           Céline, Voyage au bout de la nuit.

 

celine

 

17/03/2009

Bruges- la-Morte

bruges la morte2

 

George Rodenbach, Bruges-la-Morte

 

 

1892. La fin du siècle s’annonce à grand pas. A cette époque, on pourrait se demander s’il est humainement possible de créer des choses nouvelles. Les monarchies absolutistes sont tombées, les gouvernements démocratiques se sont mis en place après de multiples péripéties.

Le train s’est mis à rouler depuis quelques années. Balzac a créé le roman moderne, Hugo est au panthéon des grands hommes et Zola rayonne avec la Bête humaine.

Tout est fait pourrait-on dire. Pourtant, la rivière ne cesse pas de couler. Du neuf, toujours du neuf. Aujourd’hui, nous y gagnons l’automobile, le téléphone, internet. Camus, Sartre et Nietzsche sont passés par là. Mais en 1892, à la fin du beau siècle…

En fait, cette année-là, un petit Belge allait faire une percée à Paris. Qui ? George Rodenbach,

un de nos plus grands écrivains et poètes.

En effet, à cette époque, les lettres avaient besoin d’un peu de souffle. Les grands maitres commençaient à devenir trop présents et le public comme les auteurs cherchaient quelque chose de nouveau. Ce quelque chose, après le naturalisme de Zola, c’était peut-être le symbolisme ? Ce mouvement non plus fondé sur la description rigoureuse, le besoin de photographier par des mots mais basé sur les impressions. Tout y est voilé, diffus. Les contours deviennent troubles, un brin obscurs. Le roman devait cesser d’être une projection réaliste et devenir une sensation qui se propage dans le corps.

Le fon épousa la forme pour créer une atmosphère mystérieuse, incertaine, inconsciente et fascinante où l’idée prime sur le reste. « Vêtir l’idée d’une forme sensible… » dira Jean Moréas dans un Manifeste littéraire publié en 1886.

Le symbolisme ou l’empire des sens, des idées, c’est la voie de Rodenbach mais qu’en fit-il ?

Bruges-la-morte.

Hugues Viane était un homme marié, heureux, bourgeois comblé, respecté et surtout aimé.

Pour lui, la vie était un paradis. Il était constamment sur son petit nuage en voyage dans les plus villes avec sa femme. Malheureusement, le bonheur a une fin et plus triste encore est la fin de celui de ce cher monsieur puisque sa tendre épouse est décédée après dix ans d’un mariage parfait.

Hugues est veuf, veuf, le veuf… Chagrin, désespoir, mélancolie, tous les maux se sont abattus sur lui. Il sombre lui qui a maintenant perdu son seul pilier. Le deuil, voilà tout ce qu’il lui reste. Le deuil, dans l’attente de rejoindre celle qu’il pleure tant. Il ne vit déjà plus. Son corps bouge et respire mais son esprit est déjà ailleurs.

Le deuil d’une vie. Une vie de deuil. Pour sa tristesse, il fallait qu’il parte, qu’il quitte tout. Le temps d’un souvenir. Une ville flamande visitée il y a longtemps. Une ville, morte elle aussi depuis que le sable l’a envahie. Bruges. Bruges-la-Morte.

Cela fait cinq années maintenant qu’Hugues réside quai du Rosaire. Reclus, triste, il se lève chaque jour pour faire ses dévotions, tel un prêtre, devant les reliques qu’il garde de sa femme. Un tableau, une robe, un bijou, l’ombre restée en suspend dans un miroir et cette tresse de cheveux. Ces cheveux, qui semble tellement vivant, tellement bond dans leur bulle de verre. Mais elle est morte, ce sont ceux d’une morte.

Bientôt, ce sera l’heure de sa promenade. Il va errer dans la ville où tout le monde reconnaît le veuf. Il va se fondre dans cette ville éteinte, dans cette ombre omniprésente et dans la vapeur des canaux. Ses pas résonneront contre les murs accompagnés par le tintement des cloches et le silence dévorant. Les hautes et les statues usées veilleront sur lui. Bruges le guide, Bruges le fait vivre, Bruges est sa femme en pierre, en souffle, en impression mais tout aussi morte.

Hugues va encore errer ce soir, ce qu’il ne sait pas, c’est qu’un éclat d’or va attirer son regard vide. Une chevelure blonde va inonder son regard. Serait-il possible qu’elle soit vivante ? Non bien sûr. Et pourtant, elles se ressemblent tellement. Il la suivra, et…

 

Un auteur ? Un écrivain ? Non Rodenbach est un poète, son texte est fait d’une magie intrigante et merveilleuse où le lecteur se perd entre les mots et les idées. Le texte semble disparaître et glisser dans les veines du lecteur qui n’a plus qu’à se laisser bercer et guider dans ce mélange de sensations.

La littérature belge existe, à ces grands noms et s’exporte très bien à l’étranger. Rodenbach fait partie des tous grands écrivains-poètes belges, européens et mondiaux. A vous de le découvrir mais soyez prudent en choisissant votre édition car la magie de Bruges-la-Morte, ce sont également c’est photographie d’époque si bien intercalées entre les phrases. Cette sensation visuelle qui vient renforcer le voyage spirituel.

Bonne lecture.

 

Ecrivain89-Quentin

 

bruges la morte

 

27/02/2009

Les Chevaliers de la Table Ronde

Chrétien de Troyes Perceval

 

Chrétien de Troyes, Les Légendes Arthuriennes.

 

La France et l’Angleterre.

Tout un passif de guerres, de conquêtes et de sang. Alliés, ennemis, marchant sur les nations étrangères, s’entretuant, guerroyant sans cesse sur terre et sur mer.

On pourrait s’arrêter sur cette image. Deux pays, toujours des problèmes.

On pourrait s’arrêter là et dire que c’est peut-être le seul pont qui relie ces deux terres séparées par la mer. Par chance pourtant, leurs habitants ne sont pas tous des guerriers.

Il y a des marins, des ingénieurs saugrenus qui creusent des tunnels sous l’eau, des pilotes d’avions, tous qui contribuent à rapprocher les deux peuples en dehors des champs de bataille. Mais savez-vous ce qui le plus unis ces deux pays et fait oublier tout le reste ?

C’est La Plus Grande, La Plus Merveilleuse, La Plus Belle Légende d’Occident, La Légende d’Arthur Pendragon.

Je l’affirme et en même temps je dois immédiatement me rétracter pour deux raisons.

D’abord parce que la légende d’Arthur, ça n’existe pas. Il faut parler des légendes d’Arthur.

La distinction est importante, primordiale. Savez-vous combien d’auteurs ont travaillé dessus ? Combien d’épisodes, de personnages, de continuations les uns des autres ces érudits ont créés ? Suffisamment pour qu’il soit impossible de tous les citer, suffisamment pour que personne ne puisse dire : «  je connais l’histoire de ceux de la Table Ronde » ; suffisamment pour pouvoir se contredire, suffisamment pour qu’une histoire véritable soit impossible à établir définitivement.

C’est affreux car ça ne nous laisse que deux perspectives. Soit nous lisons une version plus récente mais tronquée, raccourcie, reformatée et plus ou moins vraie, soit nous n’aurons jamais le temps que de lire quelques épisodes épars qui ne sont que des flashs, de rapides aperçus de la Cour d’ Arthur.

Dilemme.

Ensuite, outre ce fatras impossible à dépêtrer de légendes se pose ma seconde erreur. Je n’ai parlé que de la France et de La Grande Bretagne. Par là, j’ai complètement sauté les versions Italienne, Espagnoles et Allemandes.

On fait le compte  et je parie qu’on peut recouvrir toute la Manche en rassemblant les pages de ces légendes qu’on appelle La Matière de Bretagne – on devrait dire des Bretagnes puisque les histoires se déroulent aussi bien dans l’insulaire que sur la continentale.

La matière de Bretagne semble inspirée d’un roi  qui vécu au environ du Ve siècle après Jésus Christ. A cette époque c’est la chute de l’Empire Romain d’Occident  avec pour conséquence un affaiblissement terrible des défenses des régions frontalières. En Bretagne, la perte du soutien de Rome met directement les habitants aux prises avec la descente des Saxons.

La guerre fait rage. C’est à ce moment qu’on commence à conter les hauts faits d’un roi qui combattit la menace sans relâche.

Le temps passe, les siècles s’écoulent. Ce qui était un récit guerrier devient une légende à conter au coin du feu, toujours plus belle, toujours amplifiée.

A partir de là, attendez qu’on couche ces légendes des longues veillées sur le papier et commencez à lire. Vous n’aurez qu’à choisir la date et l’auteur.

Pourtant, il y a un nom qui revient sans cesse si on se plonge dans la matière de Bretagne : Chrétien de Troyes.

Etant donné qu’il est francophone, considéré comme un de nos premiers grands écrivains et que ses textes ont illuminés toutes l’Europe du XIIe siècle jusqu’à nos jours, je commettrai grand péché de ne pas vous en parler.

En tout, il est responsable de six romans de la Tables Rondes : Tristan et Yseult, Erec et Enide, Cligès ou la fausse morte, Lancelot le chevalier à la charrette, Yvain le chevalier au lion et Perceval ou le roman du Graal.

Barrez le premier qui s’est perdu, il ne vous reste que cinq ouvrages à lire, l’histoire de cinq des meilleurs chevaliers de la table ronde.

En temps normal, après les éléments historiques, je vous retiens encore par une petite introduction à l’histoire. Comprenez mon malaise quand, je n’ai presque aucun élément pour relier mes cinq histoires.

Pourtant, toutes commences de la même façon ou presque.

En ce temps là, le roi Arthur tenait sa Cour dans un de ses innombrables châteaux. C’était le rendez-vous de tous les nobles cœurs. Chevaliers de toutes contrées venaient pour les seuls privilèges de voir un tel souverain, de se joindre au preux de la tables rondes, de jouter en tournoi. C’était aussi le rendez-vous des rois de tous pays, car il n’y avait en cette époque monarques plus puissant, plus appréciés et plus respectés qu’Arthur.  C’étaient enfin, le lieu qui attirait les poètes, les écrivains, les artistes mais surtout les jeunes filles parmi les plus belles, certaines de toujours y trouver joie et protection car les chevaliers du roi n’avaient d’autres buts que de préserver la paix, combattre l’injustice et par-dessus tout remplir les désirs de leurs dames.

Regardez-les qui chantent, dansent, joutent tous ensemble dans l’allégresse. Comment expliquer que le monde soit si sombre que l’un d’eux sera bientôt appeler à l’extérieur.

Il devra rompre des maléfices, sauver sa dames, vaincre les félons.

Lancelot partira sur les traces de Méléagant qui enleva la reine Guenièvre.  Yvain devra secourir la dame sans chevalier près de la pierre qui fait vivre la tempête. Gauvain, le plus grand des chevaliers et le moins prompts à se battre partira rétablir son honneur en duel, lui qu’on accuse en terre lointaine.

Et puis, il y a Perceval le Gallois, le chevalier errant torturé entre sa quête des honneurs, son amour pour son amie et sa quête de Dieu. Lui qui n’a pas parlé, effacera-t-il ses péchés et trouvera-t-il une seconde fois le château qui abrite La Coupe Sainte et La Lance Qui Saigne, la demeure du roi pécheur.

 

Le démon qui plane sur les légendes Arthuriennes, je l’ai dit c’est l’innombrable quantité de textes et d’auteurs. Chacun a apporté sa touche à chaque époque. Robert Wace, Eschenbach, Robert de Boron. La matière de Bretagne, c’est un peu Internet avant l’heure. Il ya une entité difficile à calculer et à définir que tous composent. Les auteurs individuels comptent moins que la matière collective.

Chrétien de Troyes, c’est le retour aux sources de la littérature française. En le lisant, vous ne ferez pas que traverser les siècles, vous plongerez dans une fontaine de jouvence car pour trouver l’originalité dans la littérature, le moyen le plus simple est encore de se tourner vers ceux que tous ont ensuite tenté d’imiter.

A lire, lire, lire et relire !

 

Quentin

 

Chrétien de Troyes Cligès

 

11/02/2009

Hugh Laurie, Tout est sous contrôle

Tout est sous contrôle

 

Hugh Laurie, Tout est sous contrôle.

 

 

Soyons clair. De deux choses: l’une, j’adore regardé Docteur House à la télévision ; la seconde, je n’en reste pas moins critique.

En vérité, je me baladais au hasard des magasins lorsque je suis tombé sur cet ouvrage.

Vous auriez vu la couverture et toute la publicité faite autour, vous n’auriez eu comme moi qu’une seule envie, l’acheter pour pouvoir en faire la critique absolument négative le plus vite possible.

Malheureusement ou heureusement, on ne fait que ce qu’on peut, pas ce qu’on veut.

Aujourd’hui, après la lecture du livre et la recherche d’information chez l’éditeur, je dois m’incliner à vous présenter Tout est sous contrôle d’Hugh Laurie sous le jour le plus positif qu’il soit.

Oubliez tout, plongez-vous dans les rues de Londres. Vous avez changé d’identité. Vous vous appelez désormais Thomas Lang, vous êtes un ancien militaire de la Garde Ecossaise aujourd’hui complètement paumé, endetté, buveur, fumeur, solitaire et n’entretenez de rapports qu’avec une moto Kawasaki. Pas très encourageant votre vie.

Attendez que je vous raconte la suite. Il y a pas longtemps un type complètement schizophrène vous a contacté pour que vous lui serviez de garde du corps dans une excursion aux Pays-Bas. Faut bien gagner un peu d’argent de temps en temps, vous l’avez accompagné même s’il y avait autant de chance que votre employeur soit en danger que de voir E.T. débarquer dans sa soucoupe. Le moins qu’on puisse dire c’est que ça ne risquait pas d’être au dessus de vos compétences. Là où la situation a commencé à vous ennuyer c’est quand quelqu’un que vous ne connaissez pas vous a invité à le rejoindre au bar de l’hôtel.

Etait-ce l’heure invraisemblable du rendez-vous ou le tarif des boissons. Vous saviez que vous n’auriez pas affaire à n’importe qui.

Vous avez bu un verre, discutez et puis c’est là, à cet instant précis qu’il vous l’a demandé.

Il a sorti une enveloppe avec des photos d’un type à abattre et une liasse de billets.

La question maintenant, c’est de savoir si le personnage que vous incarnez est un type bien ou pas. Enfin personne n’est blanc ou noir. C’est une nuance de gris. Alors, étiez-vous Gris Clair ou Gris Foncé.

Faut voir. Parce que si vous avez déclinez la proposition (Félicitation !), vous avez quand même broyé les … du donneur de rendez-vous. Vous pourriez toujours prétendre que vous avez sauvé la vie d’un type et jouez le rôle du glaive de la justice s’abattant sur … -vous m’avez compris…

Là où j’ai moins tendance à vous prendre pour un ange, c’est quand trois jours plus tard vous vous retrouvez en pleine bagarre dans la maison de la personne qu’on vous proposait d’assassiner. Quelque chose à répondre ?

 

Polar, plutôt thriller, j’ai lu thriller humoristique quelque part mais ce n’est plus de l’humour, c’est de l’ironie, du sarcasme, de la répartie comme on en voit qu’à la télé en période Housienne. Je suis sous le charme. Ce roman va faire du bien à la réputation des acteurs. Pour une fois, on ne pourra pas dire qu’ils n’ont rien dans la cervelle. Non seulement, l’histoire tient la route mais elle est bien ficelée.

Qui plus est, on a enfin la réponse à la question pourquoi Hugh Laurie est si bon dans son rôle de médecin diagnosticien sur le petit écran. Tout simplement parce que si je n’irais pas jusqu’à dire qu’il est comme House, il a crée un personnage roman identique à lui en caractère : solitaire, sombre, sarcastique, froid, blasé. Finalement, Thomas Lang vs Docteur House, une seule différence au tableau leur job.

Mais je vous sens déjà en train de ruminer derrière votre écran. Avec des idées en tête. Primo, si les deux personnages sont les mêmes, c’est forcément que l’un est inspiré de l’autre.  

Secundo, si la première hypothèse est vraie, lequel est le reflet duquel ?

Tertio, quelque soit la réponse à la question précédente les mots escroqueries, arnaques, triches… vous viennent à l’esprit.

Bon ! Remettons de l’ordre dans tout ça. Je pensais comme vous avant mes recherches mais on s’est joliment trompé.

Tout d’abord, sachez que Hugh Laurie a écrit son roman en 1996 sous le titre original The Gun Seller (Le Marchand d’armes). Ce qui vous empêchera de penser qu’il se sert de son rôle dans la série pour générer quelques droits supplémentaires. Et donc la seule raison de lui en vouloir c’est de ne pas avoir écrit plus alors qu’il a la plume dans la tête.

Maintenant que j’ai rétabli Saint Docteur House sur son piédestal, il ne faudrait pas déboulonner la série pour violation de droits d’auteur. N’oubliez pas que le scénario date d’avant le recrutement de Mister Laurie dans le rôle du Docteur. Le réalisateur ne voulait pas un Anglais pour le rôle. Qu’on est pioché dans son livre est moins vraisemblable que de dire que l’acteur a transmis sa personnalité aux personnages et ses idées aux scénaristes.

Je vous l’ai dit, en achetant ce livre, je voyais déjà tout le plaisir que j’aurais pris à taper sur les doigts de quelqu’un en en faisant la critique. Pas de chance. Et si j’ai bien envie de sortir un mauvais mot à propos d’Universal et des éditions Sonatine, l’un pour utiliser un livre pour vendre des Dvd’s, l’autre pour utiliser l’image d’une série TV pour lancer un livre après 13ans et sans prendre de risques, je m’en abstiendrai puisque je risquerais de vous faire passer à côté d’un bon moment de lecture.

A toutes et à tous, passez ce dégoutant mur de graisse médiatique et vous découvrirez un roman qui vaut la peine d’être lu alternant entre suspens et crise de fou rire.

Bonne lecture !

 

Ecrivain89- Quentin

 

Gun seller

 

Hugh Laurie

 

04/02/2009

Gargantua

gargantua

 

François Rabelais, Gargantua

 

Gargantua

La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composée par M. Alcofribas Nasier (François Rabelais), abstracteur de quinte essence.

 

Aux Lecteurs

 

Amis lecteurs, qui ce livre lisez,

Despoûillez vous de toute affection,

Et le lisants, ne vous scandalisez :

Il ne contient mal ne infection.

Vray est qu’icy peu de perfection

Vous apprendrez, si non en cas de rire ;

Aultre argument ne peut mon cueur elire,

Voiant le dueil qui vous mine et consomme :

Mieulx est de ris que de larmes escrire,

Pource que rire est le propre de l’homme.

Vivez joyeux.

 

 

Qui connaît Rabelais ? Tout le monde. Son Pantagruel, son Gargantua sont universellement connu. Mais quel sens faut-il donner au mot « connaître » ?

Au minimum, on peut dire que c’est « avoir entendu parler », généralement, « avoir étudié il y a longtemps », mais c’est relativement rare de croiser quelqu’un en rue qui puisse affirmer « je l’ai lu, je sais ce que c’est ».

Dans le cas de Gargantua, faire la distinction entre ces trois possibilités, c’est faire la distinction entre l’imagerie populaire, l’imagerie scolaire et la juste vérité.

En se plaçant dans le premier cas, je vous invite à voir Rabelais comme un chantre de la paillardise, de l’ivrognerie, de la crasse, de la bouffe juteuse et grasse, de la démesure.

Pas de quoi avoir envie de s’y mettre, pas de quoi tenter les âmes sensibles.

Néanmoins, en faisant un petit retour par l’école, souvenez-vous de ces heures d’études de textes, longues, interminables, soporifique. Tout çà pourquoi ? Parce qu’on n’aime pas le prof, le texte, le curetage des mots ou tout simplement parce qu’on a envie de faire autre chose.

Toujours est-il qu’à cette époque, Rabelais vous semblait plus sérieux et plus sage. De quoi tenter les têtes bien pensantes. Malheureusement, elles seront tout aussi déçues.

Pourquoi ? Pour la simple raison que si Gargantua est le texte d’un humaniste, d’un médecin, d’un ecclésiastique et donc de quelqu’un d’instruit, sage et savant, nous n’en sommes pas moins au début du XVIe siècle, dans les années 1534, à peine à la sortie du Moyen Age.

Ce qui est un élément pour expliquer cette « paillardise ». Rappelez-vous des Contes de Canterbury, auxquels j’ai consacré un article, c’était un siècle plus tôt en Angleterre et un certain Geoffrey Chaucer s’en donnait à cœur joie pour dépeindre aussi bien l’amour platonique que…

Outre le décalage temporel, un autre raison qui participe à la réputation du Gargantua, est que l’ouvrage a été écrit dans un esprit de parodie par rapport à ce qui se faisait ou avait été fait. On quitte l’épopée et les mythes des bons chevaliers pour retrouver un prince géant faisant son éducation culturelle et militaire en adaptant ce qui doit être adapté.

Une parodie, c’est un objectif clair : faire rire. Force est de la reconnaître et force est de dire que cette seule raison doit déjà vous inciter à le lire.

Pourtant, si page 1 « Rire est le propre de l’homme », l’ambiance joyeuse de Gargantua, ça rassura les âmes pieuses, n’est qu’un coup en traitre pour faire rentrer dans la caboche du lecteur, à son insu, sagesse, philosophie, réflexion et les grandes idées des philosophes du temps (Erasme ou More en tête). Rire et penser.

 

En ce qui concerne l’histoire, on a récemment découvert (par rapport à 1534) un immense tombeau en France. Explorant ce lieu incroyable, oublié depuis la nuit des temps, un érudit nous rapporte l’existence d’un livre non moins gigantesque rapportant les hauts faits et l’histoire d’une lignée de géants, rois du Peuple des Dipsodes.

Parmi eux figurent Grandgousier (traduisez par Grand gosier ; non reçu à sa naissance pour sa capacité à enfourner le boire et manger) et sa femme Gargamelle enceinte depuis onze mois (que voulez vous, qualité et gigantisme ça met du temps).

Nous sommes le troisième jour de février, à ce moment de l’année, le roi vient d’ordonner l’abattage des cochons. C’est un rituel annuel. Une grande partie des viandes seront salées pour leur conservation dans les mois à venir tandis que tout ce qu’on ne peut garder aussi longtemps devra être rapidement mangé pour éviter le gaspillage (on parle des tripes).

C’est l’occasion de fêtes, festins, festoyages à n’en plus finir. Le vin coule et les tables sont remplies dans la plus parfaite bonne humeur. L’occasion peut-être pour un géant de naître ?

Evidemment mais il ne le fera pas de n’importe quelle manière mais de cela je vous garde le plaisir de le lire. Toujours est-il qu’une fois né, contrairement aux autres nourrissons, il ne criera, ni ne pleurera mais hurlera « A boire ! ».

Le bonhomme Grandgousier, qui buvait et mangeait, et s’amusait, en entendant les cris horribles de son fils qui demandait à boire, dit alors : « Que grant tu as ! (sous entendu le gosier). Ce que les oyants et assistants dirent que vrayement il debvoit avoir par ce le nom Gargantua.

A présent que le mythe est né, comme sa croissance, son éducation et ses aventures.

Ces derniers sont truculentes mais je ne peux hélas, c’est regrettable, les dire ici sans vous faire perdre le plaisir de lire. Apprenez seulement qu’entre autres faits, il volera les cloches de Notre Dame de Paris pour les faire porter à son cheval, noiera la foule sous un flot d’urine ou encore, que sa monture gigantesque voulant se débarrasser des mouches qui l’embêtaient les massacra à coup de queue et par la même occasion déboisa toute une région.

Du coté de la sagesse, elle n’est jamais loin du rire, de la satire, de la remarque désobligeante sur son siècle, ses hommes et ses institutions. Un peu de patriotisme français, un coup de poignard contre l’Empire (le Saint Empire Romain mené par Charles V est en guerre perpétuelle avec le roi François premier ; on se trouve quelque années après la défaite des Français à Pavie et la prise d’otage du roi de France par l’empereur).

Rajoutez des boulets rouges contre les moines, les avocats, les juges,  les mauvais rois, les assoiffés de pouvoirs, l’enseignement au par cœur tout à fait inutile et abrutissant du Moyen Age et j’en passe pour arriver aux utopies : celle du royaume heureux et paisibles de Gargantua et Grandgousier et celle de l’abbaye de Thélème, lieu d’enseignement et son « Fais ce que plaira »

Rire et penser. Penser en riant. Rire en pensant. Cherchez l’un vous bénéficierez toujours de l’autre. C’est ça le plaisir de lire Gargantua et vous le multiplierez à l’infini en choisissant de le lire en ancien français, texte d’origine.

A lire absolument !

Bonne lecture.

 

Ecrivain89- Quentin

 

gargantua 1

 

 

François Rabelais

 

rabelais

 

04/11/2008

Docteur Jekyll et Mister Hyde

jekyll hyde

 

Robert Louis Stevenson, L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde.

 

L’étrange cas du Docteur Jekyll et de Mister Hyde, est-il utile de présenter encore cette histoire ?

Dans les grandes lignes, vous la connaissez tous. Le docteur Jekyll est un homme respectable, londonien apprécié et aisé. Docteur et savant, il se livre à une petite expérience de laboratoire version Frankenstein et découvre une drogue capable de séparer l’individu en deux personnages différents. Un bon et un mauvais côté.

Enfin, il faut nuancer, le découvre. Jekyll ne se rend que tard qu’il est aussi Mister Hyde. Quand il se relève au départ de ces opérations qu’il teste sur lui-même il ne se souvient de rien. Il est juste en sueur et complètement épuisé.

Ceci est le début de l’histoire de Jekyll, le début de la lutte entre les deux personnalités de l’être humains. Vous retrouverez cette notion devenue mythe dans la plupart des ouvrages de psychologie, philosophie, etc.

Si c’est là que commence l’histoire de Jekyll, celle du livre commence bien plus tard.

Je vous embrouille ?

En réalité, tout commence avec un tout autre héros le notaire Utterson.

Discutant, se baladant en rue, ce dernier apprend l’existence d’un individu fort étrange qui aurait d’abord, percuté violemment une petite fille dans la rue (c’est très peu gentleman pour l’époque d’écriture) avant de grimper dans l’échelle du crime jusqu’à s’en prendre mortellement à un parlementaire.

Cet homme si inquiétant faisait froid dans le dos, dira-t-on. C’était une espèce de diable, de créature sortie tout droit des puits de l’enfer.

Plus tard, Utterson se verra chargé en tant que notaire du testament de deux hommes. Qui chacun lui ont remis des enveloppes à n’ouvrir qu’après leur mort à tous les deux.

Ce sont deux amis Lanyon et Jekyll.

Peu de temps s’écoule et sitôt les deux amis décèdent dans des circonstances étranges.

Utterson intrigué par leur comportement mène son enquête.

 

Je sais ce que vous allez me dire.

D’abord, c’est de la science fiction d’avant Spielberg et ensuite que c’est lourd à lire.

Je ne vous donne pas tout à faire tord.

Même si ce texte est très court à peine une centaine de pages, le texte date et dans ce cas-ci ça se sent. L’ouvrage peut paraître long.

Par contre, je précise que ce texte n’est pas un livre de plage, un livre fast-food, ça ne veut pas dire qu’il est sans plaisir et sans saveur.

L’Etrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde de Stevenson, c’est une base de la littérature de science fiction. J’ai envie de dire, si vous m’y autorisez, de la littérature scientifique et de la littérature tout court.

On fait changer complètement le corps d’un personnage par une potion. On divise son esprit en deux. 

Avec Asimov, Wells et Vernes, ça fait partie des fondations du roman de Science fiction.

C’est aussi une œuvre dont la portée sur les arts est incroyable.

Comptez dix films sans compter ceux ou le personnage passe par là.

Voyez les Chansons et je ne parle pas que de Gainsbourg, une dizaine aussi.

Pensez enfin à la Bande dessinée et aux téléfilms.

J’ai la un bon score.

Pourquoi le lire ? Parce que c’est court, parce que si l’écriture est lourde elle n’en est pas moins très belle. Parce que c’est une référence, une base. Parce qu’au moins vous saurez, vous, de quoi tout le monde parle sans connaître.

Bonne lecture,

Ecrivain 89 - Quentin

 

Jekyll_et_M_Hyde_

 

Robert_Louis_Stevenson

 

12/08/2008

Une journée d’Ivan Denissovitch, Alexandre Soljénitsyne

Une journée d’Ivan Denissovitch, Alexandre Soljénitsyne

 

denissovitch

 

On dit qu’il n’y a pas de hasard.

Alors que la Chine, un des derniers bastions de l’idéologie communiste fait fête au sport lors des Jeux Olympiques, la littérature et le Monde entier est en deuil.

Le trois août dernier, le fer de lance de la révolte contre régime soviétique, Alexandre Soljénitsyne, est décédé à Moscou.

Un dernier coup peut-être…

Nous ne sommes pas là pour faire de la politique, tout au plus un peu d’histoire, de philosophie mais surtout pour parler livres.

C’est parfait. Tout est réuni : un ancien prix Nobel de Littérature, témoin acerbe du régime stalinien, dénonciateur de la torture, de l’enfermement et de l’injustice et défenseur de l’homme et de la liberté.

Puisque nous avons l’auteur, choisissons le livre. La liste est longue, mais d’Août 14 au Pavillon des Cancéreux en passant par L’Archipel du Goulag, s’il ne fallait en retenir qu’un, pourquoi ne pas parler d’Une Journée d’Ivan Denissovitch. Pourquoi pas ?...

                                              

Tout commence un sale matin. Enfin sale, n’exagérons rien dans les pleines de la Sibérie une journée où il ne fait que -20°C en hiver n’est pas une si mauvaise journée.

Je disais donc, tout commence au petit matin, longtemps avant l’aube lorsqu’au milieu d’une cabane en bois, une petite trentaine de prisonnier se réveillent peu à peu.

Pour eux, l’enfer est en train de remettre ses fourneaux en marche le temps d’une nouvelle journée.

Parmi tous ces hommes, se trouve Ivan Denissovitch, alias Choukhov, un homme du milieu comme il se défini pas encore épuisé mais pas très frais, pas affamé mais pas loin d’être engraissé.

Dans quelques minutes, il devra passer à la cantine pour déjeuner, trouver un bol de soupe insipide et un misérable quignon de pain avant d’aller travailler.

Il ne se sent pas bien Choukhov. L’hiver ne lui réussit pas. Il couve quelque chose.

Il faudra qu’il se débrouille pour se faufiler jusqu’à l’infirmerie sans se faire choper par un garde. C’est son seul espoir s’il ne veut pas passer une journée, malade, sur le chantier.

Le chantier, les travaux forcés, la mort à petit feu, des noms différents pour une même vérité.

La journée commence comme tant d’autres qui lui ont succédé, un marathon pour la survie où les seuls trophées à l’arrivée sont un peu de nourriture en plus, un rabiot de repos et quelques secondes pour penser.

 

Cruelle, sadique, démoniaque, grinçante, ironique. Ivan Denissovitch est une invention de l’auteur, pas son histoire.

On connaissait les camps de concentration nazis, on pas vu leurs homologues, les goulags russes et chinois.

L’enfer y est le même, des millions de victimes, des millions d’innocents.

Durant la fin du régime Stalinien, il n’est en effet pas difficile de se retrouver derrière les barbelés. Un mot de travers, une connaissance à l’étranger, un livre, une idée, un geste, une contestation, un voisin, le hasard. Tout ceci peut vous conduire à monter des murs à longueur de journée tandis que le vent souffle sec et que le gel vous mord la peau.

Tout ceci peut vous propulser dans un monde où chaque mie de pain fait la différence et où votre liberté de chaque instant se trouve dans les mains des soldats.

 

Pourtant, aussi terrible sois l’histoire avec ou sans majuscule, Une journée d’Ivan Denissovitch n’est pas une histoire larmoyante. Ce n’est pas un puits à larmes, c’est une droite solidement frappée qui transperce le corps et l’esprit.

Pas de plaintes, juste un réalisme à peine narquois, pas d’exagération, pas de caricature noire, à peine une petite boutade. C’est un tir de fusil avec des balles en or.

Il faut dire que ça peut se comprendre. En 1962, Staline est mort mais on est toujours en Union des Républiques Socialistes Soviétiques, URSS. Pour publier un tel livre, il fallait savoir cacher la poigne de fer dans un gant de velours.

 

Un défi, un témoignage ? Oui évidemment. Mais aussi un chef d’œuvre littéraire.

Car si on dresse le portrait de l’univers concentrationnaire du goulag, on y voit surtout comment les hommes peuvent y vivre et y survivre à la fois, en tant que groupes « sociaux », mais principalement en tant qu’individu.

Il y a un rendu de la psychologie et du comportement humain incroyable que l’expérience de prisonnier de l’auteur (8 ans d’incarcération pour quelques mots contre le régime dans une lettre) ne suffit pas à expliquer.

Il y a là un réel talent pour poser la plume et les personnages.

 

 

Idéalisé à l’extrême à l’Occident, Alexandre Soljénitsyne, devenu héros du pays, image de l’homme qui ose se lever pour s’opposer à l’injustice et pour défendre l’homme et la liberté, est d’abord un Homme, qui a vécu, qui a témoigné et qui a su écrire dans des moments sombres de véritable chefs-d’œuvre pour Russie comme pour le Monde entier.

 

Bonne lecture!

08/08/2008

Les Contes de Canterbury

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Aujourd’hui, je n’irai pas jusqu’à dire que nous allons remonter dans la nuit des temps mais nous n’en serons peut-être pas bien éloigner.

En effet, j’ai décidé de vous faire rencontrer un vieil homme, père fondateur de la littérature et de la poésie anglaise.

Il est une icône outre Manche et malheureusement trop peu connu, ici, en France et en Belgique.

Je pourrais vous énumérer maints et maints superlatifs : génialissime poète, maître conteur,… je n’aurais pas tord mais la liste de ceux-ci serait bien longues pour parler de Geoffroy Chaucer, l’auteur des Contes de Canterbury.

« Fiez-vous au courage des jeunes et à la sagesse des anciens » dit le proverbe.

Il ne dit pas ce quelle attitude adopter par rapport à un auteur qui fêtera bientôt ses six-cent cinquante ans mais je suppose la moindre des choses c’est de lui prêter un peu d’attention et de respect. Avec celui-ci vous en serez bien récompensé.

Ainsi, les Contes de Canterbury sont en sommes un recueil de nouvelles sous forme d’un roman.

Je m’explique. Tout se passe aux environs de 1380, lorsqu’une petite troupe de pèlerins débarquent dans une auberge. Ils sont de tous bords et de tous horizons : nobles, chevaliers, prêtres, nonnes, charpentier, régisseur, vendeur d’indulgence, marchand, huissier… et tous voyagent vers la même destination, Canterbury pour aller y honorer les reliques de Saint Thomas.

Troupe joyeuse attire nouveau compère, c’est l’aubergiste, leur hôte qui les rejoindra après leurs avoir proposé ce marché : Pour se divertir sur une si longue route, chacun d’entre eux devra dire deux contes à l’aller et deux contes au retour. Celui qui s’y sera le mieux pris se fera offrir un repas par tous les autres. Ici commence la « Comédie humaine », le récit des Contes de Canterbury.

 

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Je vous ferai bien le résumé des aventures des valeureux héros du chevalier, du contes moqueur et revanchard que le régisseur réserva pour le meunier et celui que le meunier envoya lui-même à propos des charpentiers et de leur femme. Je mentionnerais volontiers l’esprit pieux du contes de la nonne ou celui carrément salace de la bourgeoise de Bath.

Mais, je ne gâcherai pas votre plaisir, sachez seulement que Chaucer passe à peu près tout en revue puisque ses conteurs étant issus de milieux différents leur récit sera plus ou moins « spirituel ».

De certaines histoires salaces, on peut tout aussi bien passer à des œuvres plus évolués, plus pieuses et plus chastes.

 

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Un vieux livre, un livre moderne, de gros rires et des moments de méditations, du sérieux et de la provocation, Chaucer semble multiplier les contraire pour faire naître finalement le dernier l’instruction et le plaisir. Comme quoi, quelques siècles en plus, ne vous font pas de mal.

Esprit critique, verve incroyable et questionnement sur le pouvoir, l’argent, la fidélité, la religion, la science, la liberté, l’amour et le sexe, ne serait-ce pas toujours d’actualité ?

 

Début du Récit :

« Chacun de vous pour écourter la route
Dira tout en chevauchant deux histoires
D’abord à l’aller vers Cantorbéry
Puis au retour il en dira deux autres,
D’aventures qui se sont passées jadis.
 »

Chaucer prévient avant le conte du Meunier :

« Il m’en coûte de devoir le reproduire
… je dois redire
L’intégralité des contes quels qu’ils soient,
Pour rester véridique sur tous les points.
Si donc l’on n’aime guère entendre ce conte,
Qu’on tourne la page et en choisisse un autre :
On trouvera suffisamment d’histoires,
De toutes tailles, louant la courtoisie,
Ou bien la vertu et la sainteté.
Ne me blâmez pas si vous choisissez mal.
Le Meunier est un rustre, c’est évident,
Le Régisseur aussi, d’autres encore,
Et leurs contes sont donc des histoires paillardes.
À vous d’en juger sans me tenir rigueur
Ni prendre au sérieux ce qui n’est qu’un jeu.
 »

Méllibée, le Conte de Chaucer, pèlerin sur le chemin.

Un homme jeune du nom de Méllibée, riche et puissant, eut de sa femme, appelée Prudence, une fille nommée Sophie. Il arriva qu’un jour il partit se distraire à la campagne. Il avait laissé femme et fille en sa maison, les portes bien closes. Trois de ses vieux ennemis avaient espionné sa sortie. Ils posèrent des échelles et…

 

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28/07/2008

Toine Culot, Obèse ardennais

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Toine Culot, Obèse ardennais, Arthur Masson

 

On peut dire ce qu’on veut, ma critique du jour se résumera en un seul mot : « Cocorico ! »

Alors, ça peut paraître stupide ou immature au premier abord mais c’est au contraire avec beaucoup de sérieux et après une longue réflexion que je pousse ce cri du cœur, du passé et surtout d’orgueil.

Cri du cœur, certainement car je referme un des livres qui me marquera probablement à jamais, un ouvrage dans lequel, croyez-moi bien tout s’y trouve et rien ne manque.

Laissez-moi vous expliquer.

Nous sommes dans la fin des années 1880 en pleine campagne Ardennaise dans un petit village de Wallonie, perdu dans les arbres à trois jets de pierre de la France.

Son nom, Trignolles. Un micro-univers vivant en autarcie au milieu des bois.

Pour entrer à Trignolles, oubliez tout ce que vous connaissez de la vie actuelle et de la vie en ville. Là-bas, on parle de « Charlerwé » et de « Bruxelles » comme d’un univers lointain et incompréhensible.

Là-bas, tout le monde se connaît et… tout le monde connaît les secrets de tout le monde.

On vit au ralenti ou au rythme des saisons. On s’arrête pour parler, s’installe, le plus souvent possible ensemble devant une tasse de café (du cru) et on prend le temps de vivre.

Là-bas, on trouve toujours un cordonnier, un sabotier, un forgeron, un marchand de graine. On cultive le Wallon comme on oublie le Français.

Là-bas, enfin, vit le gros Choumaque, cordonnier de son état, un quadragénaire dont la femme donnera bientôt naissance à un garçon.

Vous allez me dire. Comment à l’époque savait-on dire si on allait avoir une fille ou un garçon ? A dire vrai, lui et sa femme Phanie, n’avait tout simplement pas envisagé l’autre possibilité en attendant la venue au monde de leur héritier.

Ils auraient pu se tromper mais les statistiques étaient en leur faveur puisqu’après tout, une telle prédiction se réalise un peu moins d’une fois sur deux.

Le Choumaque aura un fils, compensation qu’il juge bien méritée au regard d’une belle-mère à supporter (« Les bel’mam c’est tertoute les minmes, ça vout toudis yesse mwesse dins l’maujone des auts »). Ce fils, il s’appellera Antoine, (An)Toine Culot.

Un petit bout de paradis wallon, bien à l’abri du monde, des parents attentionnés, une famille aimantes, le cousin T. Déome et un bon repas trois fois par jour que demandé de plus pour grandir. De la chance peut-être ? Car c’est vrai que Toine Culot n’a pas de chance et c’est peut-être pour ça qu’il va vivre autant d’aventures.

 

Je vous ai parlé d’un cri du passé et d’un cri du cœur  en poussant mon « Cocorico ! » et je crois que je n’ai pas besoin faire un grand dessin pour l’expliquer.

La Toinade, c’est tout simplement une série de livres qui vous plongent dans le passé, vous font revivre, ressentir tout ce qu’aujourd’hui nous ne pouvons plus qu’appréhender comme une réminiscence gravée bien au fond de nos cellules.

Ressentir le passé par l’ambiance, par l’atmosphère peut-être mais ressentir surtout par tous nos sens réveillés, observer, écouter, goûter, toucher et jusqu’à flairer cette bonne vieille Ardenne.

Simplicité, légèreté, fuite. Vous voulez sortir de l’ambiance étouffante métro-boulot-dodo, vous voulez vous détendre ? Lisez Toine Culot.

Une histoire simple, un récit d’une vie bercée par le chant des oiseaux, où les téléphones portables, l’internet, les horaires, les contrats, les emplois du temps à respecter n’existe pas.

Prenez aussi des cours accélérés de wallon. Et laissez vous surprendre par quelques expressions du cru.

Pour n’en citer qu’une :

 « Je ne suis né pu biesse qu’ène aut’, dit Toine.

  Le Cousin T Déome, impressionné par ce retour en force lui répondit : Ca, dji vous ben le crwère… Avant d’ajouter : Mais dji vourrè bin vier l’aut quant mêm »

 

Je vous laisse avec un cri d’orgueil puisque en tant que Belge, je ne peux bien évidemment que vanter tout le talent, le génie et la merveilleuse écriture qu’Arthur Masson, un de nos plus brillants écrivains a su mettre en œuvre pour nous divertir et nous rappeler nos origines.

Lisez Toine Culot, c’est l’odeur de la Terre d’Ardenne, de notre passé et de notre patrimoine, un moment qui se savoure comme un bain de jouvence après une fatigante journée de travail.

Bonne lecture.

 

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Toine Culot, Obèse Ardennais par Arthur Masson aux éditions Racine.

 

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Espace dédié à l'écrivain Arthur Masson et à ses livres.

 

 

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23/05/2008

La Peste.

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Albert Camus, La Peste

 

Le livre que j’ai décidé de vous présenter aujourd’hui n’est pas n’importe qu’elle roman. C’est un des grands ouvrages du XXe siècle, déjà un classique, une histoire marquante, horrible, purifiante et poignante. J’ai nommé La Peste d’Albert Camus.

En 194-, la ville d’Oran est une cité calme et prospère logée le long de la Mer Méditerranée.

Un seul mot d’ordre semble y régner, l’ordre.

Pour les habitants, les animaux, le vent, les saisons tous n’est qu’habitude. Tout se déroule toujours selon un plan qui paraît préétabli, sans accroc, sans surprise.

Les mois défilent apportant chaleurs insupportables, atmosphères humides et pluies et vents violents.

Les chats ronronnent dans les rues. Les habitants partent et reviennent du travail à heures fixes, font la sieste l’après-midi, sortent à la soirée profiter de la fraicheur sur les terrasses des cafés.

Le temps y suit son cours inexorablement. Pourtant, dans cette ville si ordonnée, tout n’est peut-être pas si beau qu’il n’y paraît. On s’ennuie, on ne profite pas vraiment de la vie, de sa famille, de ses amis, trop enfermé dans une routine malsaine et étouffante.

Oran, toutefois, c’est aussi la cité où vit le docteur Rieux. Médecin de famille respecté, il est connaît le vrai visage de sa ville, ses quartiers riches, ses quartiers pauvres, sa chaleur et ses malades.

Par, une journée ensoleillée, le brave docteur partait en consultation lorsqu’un fait étrange se produisit : plusieurs rats morts gisaient au milieu des escaliers de son immeuble.

Tout ceci aurait peut-être pu être banal, anodin si dans les jours qui ont suivi des milliers de ces sales bestioles ne s’étaient précipités hors de leurs tanières pour se laisser mourir en plein jour dans les rues de la ville.

Les jours passent, les cadavres s’entassent et puis,… plus rien.

Du moins, jusqu’à ce que plusieurs cas de maladies étranges ne se déclarent de ci, de là.

Les malades se retrouvent avec des ganglions au cou, de la fièvre, des douleurs atroces…

On croit difficilement au fléau lorsqu’il vous tombe sur la tête, dit Camus. Et de fléau, la ville paisible d’Oran venait d’hériter de la Peste.

La Peste… On la connaît, maladie ancienne, ravageuse, destructrice, faucheuse. Elle a su éliminer à elle seule des millions et des millions de morts. Rien ne l’arrête vraiment, rien ne la soigne, rien ne lui résiste.

Au XXe siècle, on la pensait disparue. Elle reparait, prête comme jamais à semer le chaos.

Pourtant, comment l’accepter, comment s’y résigner, comment réagir ?

Les médecins ont beau l’avoir reconnu, ils doutent. Rien ne les a prémunis contre ça, rien ne les a préparés à affronter ça.

On prend des mesures, on isole la ville, on s’organise peut à peu. Mais s’organiser contre quoi ou comment lorsqu’on ne peut pour ainsi dire rien faire ?

Les personnages se croisent, les réactions s’opposent. Il y a ceux qui prient, qui se condamnent : "Mes frères, vous êtes dans le malheur, mes frères vous l’avez mérité". 

On retrouve également ceux qui fuient, ceux qui refusent de se mettre en danger ou d’affronter un mal trop fort pour eux : «Eh bien, moi, j’en ai assez des gens qui meurent pour une idée. Je ne crois pas à l’héroïsme, je sais que c’est facile et j’ai appris que c’était meurtrier. Ce qui m’intéresse, c’est qu’on vive et qu’on meure de ce qu’on aime". 

Et enfin, apparaissent, tel le docteur Rieux et quelques autres volontaires, ceux qui vont faire leur métier en persévérant ou tout simplement faire ce qu’ils peuvent.

"Je ne sais pas ce qu’elle est en général. Mais dans mon cas, je sais qu’elle consiste à faire mon métier". 

 

La Peste, c’est une histoire, comme on le dit souvent, illustrant la réaction de résistance face au nazisme qui sévissait pendant la Seconde Guerre Mondiale. Plus généralement, c’est la réaction digne de l’homme confronté à l’Histoire et à ses injustices.

C’est l’illustration de l’urgence de s’unir et de travailler en groupe main dans la main entre êtres humains y compris dans des cas désespérés, y compris lorsqu’on a aucun pouvoir.

 

La Peste de Camus, on peut la vanter pour ses idées de résistances, d’unité entre les hommes… c’est avant tout un roman et un roman d’une qualité exceptionnelle.

Je pécherais si je le qualifiais de thriller mais ça n’en est pas moins un livre tendu, passionné, électrique, laissant planer le suspense d’un espoir miraculeux.

C’est un ouvrage qui gagne par son style d’écriture. Le texte vous emmène sans accrocs de la première à la dernière page sans s’essouffler, sans relâcher la pression sur le lecteur, sans perdre de sa qualité.

 

A présent, vous le savez, vous devez absolument lire cet incontournable de la culture française, vous devez plonger au cœur de la maladie pour en ressortir différent, comme purifié…

Bonne lecture !

23/04/2008

L'Homme qui Tombe

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Don DeLillo, L’homme qui tombe

 

« Ce n’était plus une rue mais un monde, un espace temps de pluie de cendres et de presque nuit. Il marchait vers le nord dans les gravats et la boue et des gens le dépassaient en courant, avec des serviettes de toilette contre la figure ou des par-dessus la tête.

Le grondement était encore dans l’air, le fracas de la chute. Voilà ce qu’était le monde à présent.

Il était en costume et portait une mallette. Il avait du verre dans les cheveux et sur le visage, des éraflures marbrées de sang et de lumière. »

Ainsi commence le nouveau roman de Don DeLillo, L’homme qui Tombe, consacré aux attentats du 11 septembre 2001 à New York.

Alors, on pourrait se demander, et encore plus si l’auteur n’était pas américain, si un tel livre est vraiment le bienvenu. Beaucoup ont tenté l’expérience à la lecture comme à l’écriture.

Ne serait-ce pas là faire du commerce à partir d’évènements horribles ? Ne serait-ce pas faire preuve de curiosité malsaine ou manquer de respect aux victimes ?

Les questions sont bien posées et il serait difficile d’y répondre individuellement sans avoir tenté soi-même l’expérience, ironie du sort.

L’histoire pourtant n’est pas exclusivement centrée sur les événements du 11 septembre. Elle s’attache surtout à retracer les conséquences des attentats, la « vie après » dans un monde blessé.

Keith est l’homme à la mallette. Il est sorti non pas indemne mais vivant des Twins.

Il a survécu. Un soulagement et un fardeau. Un poids à porter, un poids à peu près impossible à partager. Pour lui tout à changer. Il a survécu, il a retrouvé sa famille, perdu ses collègues, ses amis. Pour lui, le monde c’est comme mis en pause sur un univers surréaliste, effrayant qu’il a grand peine à assimiler. Le jeu, le repli, un voile sur la vie.

Lianne est son épouse. Ils sont séparés depuis plusieurs années, seuls chacun de leur côté. Pourtant, un matin, elle allume la Télé et se retrouve devant cette image des tours en feu. Elle sait qu’il y est. Elle ne sait pas s’il est vivant. Elle a peur. Elle ne sait plus quoi penser face à une telle horreur, un carnage, une injustice. Et puis, la sonnette retentit et il est là hagard sur le pas de la porte. La haine, l’intolérance, la peur, la folie d’un nouveau millénaire, Dieu…

Ecriture, télévision, discussions. La ville est à vif, le pays aussi. Tout est remis en question à commencer par Dieu tandis que la peur de l’autre s’installe peu à peu.

Ils sont tous les deux témoins, ils sont tous les deux blessés psychologiquement, impuissants, brisés. Or, la vie doit continuer. Rien ne changera vraiment à part cette ombre menaçante qui est apparue.

 

Dans cet ouvrage, DeLillo ne vient pas à nouveau nous dresser les sombres tableaux que nous avions aperçus à la télévision où dans les journaux.

Il raconte simplement par le portrait de scènes marquantes comment de tels événements ont pu transformer la vie des américains.

C’est un roman mais ça ressemble surtout à un témoignage, marquant, puissant, symbolique.

A travers la vie intime de personnages blessés, brisés, désemparés, on pénètre dans cette atmosphère lourde qui a suivi les accidents.

Après la chute des piliers du pays, le doute et la peur embrase la ville. Le chagrin se mélange à la colère. Une ombre plane sans cesse.

Mais Don DeLillo outre cette toile de fond du terrorisme traverse surtout ce qu’on a appelé le déclin de l’empire américain.

C’est l’impact de l’histoire sur la vie.

08/03/2008

La route

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Prix Pulitzer 2007 catégorie fiction. Beaucoup en rêvent.

Cette année, c’est à Cormac Mc McCarthy, un emblème de la littérature américaine que la plus haute distinction a été décernée.

Et sincèrement, c’est plus que mérité ! Car son dernier ouvrage La Route est tout simplement un chef d’œuvre.

Alliance subtile de simplicité et d’innocence sur un fond de scénario catastrophe, le roman  raconte l’histoire d’un père et de son fils qui errent mais avancent sans cesse sur une route qui ne finit jamais.

L’époque, le nom des lieux, le nom des personnages, rien n’est mentionné.

Tout ce qui compte c’est qu’aujourd’hui, le monde a changé. Une catastrophe indéterminée, mais vraisemblablement nucléaire à frappé la Terre anéantissant la majeur partie des formes de vies et plongeant les autres dans un univers brûlé, détruit, où le soleil ne perce jamais.

A l’aube d’un hiver de plusieurs milliers d’années, les arbres et les plantes sont presque tous morts ou réduits en cendre. La plupart des animaux ont disparus tandis que les rares êtres humains restants, privés de toute organisation sociale mais surtout de nourriture retournent vers un mode de vie primitif et barbare.

La violence, la force, la puissance font lois. Pillards, voleurs, assassins, bandits sont légions tandis que certains, forts d’armes vont même jusqu’au cannibalisme, conduisant un troupeau de bétail humain.

Mais La Route, c’est l’histoire d’un père et de son fils. Ils fuient vers le Sud, vers la mer, vers des terres qu’ils espèrent plus chaudes. Chaque pas en avant est une mort et il est impossible de rebrousser chemin.

Toujours avancer, toujours aller plus loin à la recherche d’un abri, d’eau, de boites de conserve égarées dans un cellier ou une cuisine, à la recherche aussi de vêtements, de couvertures, de tout ce qui peut permettre de gagner un jour de plus.

Ensemble, ils marchent sans arrêt, poussant avec eux un vieux caddie, tout ce qui leur reste, tout ce qui leur permet de vivre.

Sans cesse, ils sont aux aguets, sur le qui-vive, prêt à fuir, à se cacher des autres, les mauvais, ceux qui ne portent pas le feu.

 

L’ambiance. C’est sans doute la qualité première de McCarthy, c’est de créer et de maintenir une ambiance. Une atmosphère lasse, brisée, de paysages bibliques, apocalyptiques et puissants. Mais c’est aussi, une tension constamment entretenue, le danger est partout, dans chaque ombre, à chaque détour de la route, mais aussi dans le rien, cette absence de maison et de nourriture.

Une réussite incroyable. Le dialogue d’un père qui a connu ce monde autrefois si vivant, comparativement si juste, agréable et d’un fils né peu après la catastrophe et qui ne peut qu’imaginer ce qui existait par le passé. Ils se parlent, ils se connaissent et voyagent ensembles mais quoi qu’ils fassent, ils sont et restent des étrangers, des extraterrestres l’un pour l’autre.

Violent, semblable à une gifle, le livre ne mentionne jamais ce qui a causé le désastre. Mais intuitivement, on sait bien que ce n’est pas une catastrophe naturelle. C’est pire que ça, c’est un cadeau humain.

Marquant. La Route est un récit, une tranche de vie, un instant couché sur le papier sans digression, sans commentaires. Pourtant, on ne saurait rester imperméable aux questions qu’il pose au hasard de la lecture. Pourquoi continuer quand il n’y a plus rien devant, pourquoi s’accrocher à la vie et quelle vie mais aussi comment protéger et prendre soin de nos enfants ?

 

Clarté, concision, simplicité, je l’ai dit, c’est tout l’art de McCarthy.

Un texte réaliste, à l’image du monde qu’il raconte, un texte lui aussi dévasté, brisé, brulé, où n’ont survécut que quelque ruine.

Ainsi, il n’y a pas de chapitre, le texte s’étale d’une traite semblable à cette Route où les postes de péage n’existent plus ou sont devenus inutiles. Pourtant, on ne courre pas, plus de pétrole, plus de voiture, on va à pied, on avance par petit à coup, par paragraphe, par scène.

Epuré, vidé de l’inutile ou du moins solide, texte court, simplifié, squelettique qui va directement à l’essentiel.

Scène après scène, dialogue après dialogue, laissez vous emporter par le génie de McCarthy, le voyage est long et certainement pas sans risque. L’espoir est maigre, désolant, et vous pourriez bien laissez une partie de vous le long de cette Route mais, pourtant…

 

Bonne lecture.

26/02/2008

Un puits dans les étoiles

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Imaginez un vaisseau de la taille de Jupiter. Immense, il parcourt sans relâche l’univers infini.

Doté des technologies les plus perfectionnées, terriblement puissant et pourtant, désespérément vide. Vide, de tout habitant, vide de tout commandant.

Qui l’a construit ? Tout le monde l’ignore, mais il semblerait selon les dernières estimations qu’il soit pour ainsi dire aussi vieux que l’univers.

Ce paquebot titanesque a sillonné pendant une éternité la Voie Lactée. Il a survécut aux comètes, évité les trous noirs. Calmement, il s’est avancé pour finir après des milliards d’années à passer dans notre système solaire.

Les humains qui l’ont découvert ont connu toutes sortes de sentiments : la peur, l’excitation, la curiosité… Et puis, un jour, ils se sont lancés. Ils sont partis à la conquête du Grand Vaisseau.

Ils en ont pris le contrôle, l’ont exploré, visité, étudié.

Des technologies incroyablement avancés, une coque d’une solidité à toute épreuve et, à l’intérieur, un espace vide de plusieurs milliers de kilomètres cube. Une infinité de pièce, de couloirs, un dédale interminable impossible à explorer de fond en comble.

Les humains ont quitté la Terre. Ils ont préféré leur incroyable vaisseau et sont partis à l’aventure à travers la Galaxie. Ils ont rencontré des individus extraterrestres, les ont abordés, leurs ont parfois proposés de participer au Voyage.

Ensemble, ils ont formé une civilisation flottante parmi les étoiles.

Mais, le Grand Vaisseau  recèle bien des secrets et du fond de ses salles les plus profondes, d’un domaine appelé Marrow sont remontés révoltes et guerre.

La fin a été proche. Mais les capitaines ont réussi in extremis à rétablir l’ordre et à faire reculer ceux qui avaient pris les armes sous le nom des Indociles.

Pourtant, le calme reste bien loin car tandis que les esprits se refroidissent peu à peu, un immense trou noir menace déjà à l’horizon. Même s’ils s’en échappent, ils n’auront d’autre choix que de pénétrer dans une région de l’espace peu connue, une région qu’on appelle l’Encrier. C’est un nom qu’on a choisi pour faire référence à son absence totale de lumière.

De lumière, mais pas de masse car l’Encrier aussi sombre soit-il n’est qu’un immense champ rempli d’étoiles et de masses solides trop petites pour produire de la lumière mais suffisamment pour laisser présager collision ou présence de vies inconnues.

Le pire est à craindre car tout ce qui un jour à plonger dans cette obscurité n’en est jamais ressorti.

 

Science-fiction au rendez-vous pour ce livre avec un auteur de formation scientifique, Robert Reed, qui maîtrise plutôt bien son sujet spatial. Les descriptions des phénomènes de l’espace foisonnent tandis que l’écrivain ne dément pas les lois élémentaires de la physique.

Très soigné et très travaillé, le livre porte aussi essentiellement sur les personnages. Des humains et extraterrestre qui ont vaincu les problèmes de la mortalité pour semble-t-il sombrer dans la folie.

Narcissisme poussé à l’extrême dans un univers où le pouvoir se fait maître, l’immortalité semble aussi avoir fait oublier les notions de familles, d’amours, d’amitié, pour ne laisser que des personnages froids, cruels, ivres d’eux-mêmes.

Robert Reed quoique peut diffuser en français fait partie des grands noms de la science fiction américaine présentant toujours un imaginaire impressionnant au fil de ses récits, il séduit également par un style très posé et une capacité innée à faire naître le suspense.

 

Bonne lecture à tous les amateurs du genre.

20/02/2008

Un rêve américain

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Invitée d’honneur, la littérature américaine s’immisce sur ce site sous les traits d’un de ses enfants terribles, le célèbre Norman Mailler.

Décédé durant le mois de novembre 2007, cet écrivain a laissé derrière lui, un œuvre très vaste, un témoignage critique de son temps et de son pays.

Témoin critique ? A n’en pas douter, Mailler en est un. Décrié, souvent abattu froidement par la critique, il sait pointer son stylo là où ça fait mal pour faire ressortir l’ombre de l’homme et de la société.

Sa mort a enlevé un auteur remarquable du panthéon des vivants et néanmoins, il a réussi à nous livrer un dernier cadeau, un dernier crochet du droit avant de s’envoler.

Ce crochet, c’est Un château en forêt.

En quelques lignes, l’écrivain y raconte l’histoire difficile d’une famille aux mœurs décadentes, perverses, immondes, la famille Hitler. Ainsi dans un roman où se mêle rencontres avec le diable, relations incestueuses et autres ignominies, nous sommes plongés dans l’enfance difficile d’un enfant qui finira par faire trembler le monde. Comment créer des monstres, comment créer des dictateurs ? Une œuvre qui vous vous en doutez a fait énormément d’émules dans l’univers des critiques littéraires.

 

Des émules pour son côté dérangeant, Normal Mailler n’a fait que les faire jaillir et ce depuis ses premiers ouvrages.

Parmi eux, Un rêve américain obtient une place de choix.

Ici, Stephen Rojack, le héros ou plutôt le personnage principale puisqu’il s’agit de quelqu’un de tourmenté sombres, abattus, las de vivre, mais surtout de quelqu’un qui n’a pas ou plus ni l’envie, ni le courage de se battre avec le monde et d’affronter les choses.

Antihéros, cet ancien soldat de 40-45 n’a pas trop mal mené sa barque depuis la grande guerre, du moins, il a survécu. Décoré des plus hautes distinctions pour a bravoure au combat, sa démence plutôt, cette homme a réussit à devenir un temps sénateur avant d’épouser une riche héritière et de prendre poste comme professeur et présentateur télé.

Sous cette apparente réussite, une vie gâchée, une vie démangée, des orgueils blessés. Et une goutte d’eau de trop. Une goutte d’eau qui se matérialise sous la forme d’une femme, sa femme. Un animal des enfers qui lui a rongé l’esprit, le rabaisse sans cesse et le détruit à petit feu. Un soir, une bagarre éclate dans un appartement luxueux. Celle de trop car Rojack vient d’étrangler sa femme. Elle est morte, il est délivré. Pour camouflé le crime, Stephen la balance par la fenêtre du dixième étage. Reste à voir si les autres croiront au suicide.

 

Les personnages défilent transportant avec eux leurs défauts, leurs pathologies, leur groupe social et la vermine qui les démange.

L’enfant terrible n’hésite pas à faire feu sur tous les travers de l’Amérique, sur tous les côtés sombres de ses habitants.

Folie, meurtre, mensonge, drogue, sexe, bagarre, suicide, cancer, dépression, alcool, racisme, mysticisme, guerre et course au pouvoir rien ne lui échappe et ça fait très mal.

Et pourtant,… pourtant pour un livre qui fut écrit dans le courant des années soixante, il est paradoxalement ultra moderne. Les problèmes n’ont pas changé, les mœurs non plus. Pire, on est bien obligé de constaté qu’ils ont gagnés le reste du monde.

Mais Un rêve américain est ne l’oublions pas, un roman. Et en fait, il serait honnête de dire qu’il n’appartient pas vraiment à une catégorie. A cheval entre le polar sombre, le thriller, le drame psychologique, on touche un peu à tous les styles en gardant les pieds sur terre solidement enfoncé dans une couche de réalisme. Il s’accorde le plaisir de dépeindre une réalité couverte de vernis qui n’empêche malheureusement pas une odeur nauséabonde de suinter.

Et c’est en refermant la dernière page qu’on se rend compte de ce que l’auteur aurait pu nous dire : « Vous voulez voir de l’horreur, ouvrez les yeux ! »

 

Bonne lecture!

15/02/2008

L'empire des Anges

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Cinq millions d'ouvrages vendus en France, dix millions dans le reste du monde, une pièce de théâtre qui s’achève à Paris, des nouvelles, des bandes-dessinées, des courts-métrages... et un nouveau roman : 'Le Souffle des Dieux'.

Bernard Werber semble être partout sur tous les fronts à la fois, ne vous étonnez donc pas de le retrouver si omniprésent ici aussi. Pourtant, ce n’est pas sa dernière nouveauté que je vous propose cette semaine. J’aimerais pouvoir le faire mais cela restera interdit aussi longtemps que je n’aurai pas fait celle de L’empire de Anges, la suite des Thanatonautes, le livre précédent sa trilogie des dieux.

Alors Werber, c’est bien connu à une incroyable passion pour deux grands thèmes qui sont : d’une part quelle est la place de l’individu dans la société mais surtout d’autre part, quelle place, quelle apparence peut prendre notre société prise à différents points de vue.

Ces thèmes étaient récurrents dans les fourmis où l’on assistait à cette comparaison entre une civilisation fourmis et une civilisation humaine, ils revenaient dans son documentaire ‘Nos amis les terriens’ où des extraterrestres réalisaient un documentaire animalier sur l’espèce humaine.

Aujourd’hui que Bernard Werber rédige l’Empire des Anges, inutile de dire qu’il est resté maître de la question et que cette fois, ce sera vu d’en haut que nous seront décortiqués.

Michael Pinson est  mort. Le héros des Thanatonautes a succombé au-même accident que ses collègues chercheurs, à savoir le crash d’un avion sur leur laboratoire de recherche.

Cette fois, il a franchi pour la dernière fois la frontière du territoire des morts. Il a remonté les paliers jusqu’à la pesée, le jugement des âmes par les archanges. Sa vie n’était pas exemplaire mais bénéficiant de l’apparition d’Emile Zola comme avocat à son procès, il parvient finalement à sortir indemne de l’épreuve. Il est désormais admis dans le stade supérieur de l’évolution, l’Empire des Anges.

Ils sont des centaines, des milliers, libérés de leur enveloppe charnelle, libérés des douleurs dans un décor magique. Ils n’ont qu’une seule mission guidé l’avenir de l’humanité, guidé les hommes.

Pour cela, chaque ange a à sa charge trois mortels qu’il doit amener à leur tour à évoluer. Leurs méthodes, leurs instruments ? Les rêves, les messages cachés, les chats, les intuitions, les médiums,… De quoi guider chacun sur le droit chemin. Mais ce n’est pas si facile, pas avec le libre-arbitre. La capacité des êtres humains de choisir et de décider ce qu’ils veulent.

Comment aider des gens plus tentés par l’idée de réduire leur malheur que par celle de construire leur bonheur ?

Et puis, si l’Empire des Anges est un endroit bien sympathique et si le travail d’ange est particulièrement absorbant, il serait idiot de croire que les deux amis explorateurs que sont Raoul et Michael, les pionniers du Continent des Morts, sauront rester longtemps enfermés dans ce petit univers.

Ils sont déjà prêts à reprendre du service, Toujours plus loin, toujours en marche vers l’inconnu.

Après des Thanatonautes réussis mais particulièrement difficile à appréhender à cause de leur thème, l’Empire des Anges procure un profond sentiment de renaissance. Après l’ombre de l’un, visitez la lumière la lumière de l’autre toujours bercé par la même plume espiègle, fluide et légère de Werber qui marque de nouveaux points dans le domaine de la littérature fantastique d’aventure philosophique.

Bonne lecture.

12/02/2008

Le Prestige

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Vous croyez à la magie ? Bien sûr que non. Vous savez bien que tout n’est jamais qu’illusions et trucages. Un tour de magie n’est que l’art de faire quelque chose de simple en le rendant apparemment impossible à réaliser.

Vous n’avez pas tord. Du moins, ce ne sont pas Alfred Borden ou Rupert Angier qui vous contrediront. Au XIXe siècle, ils étaient les deux plus grands illusionnistes de Londres et se livraient une lutte infernale pour le titre de meilleur magicien. Pour le titre uniquement ?

De nos jours, Andrew Wesley est journaliste pour un quotidien londonien. Aujourd’hui, son éditeur, l’a envoyé dans un coin reculé, un petit patelin, un château, pour commenter l’action d’une œuvre caritative. Il n’a pas beaucoup de temps, il doit être rentré pour la soirée.

Pourtant, c’est bien plus qu’un petit article qui l’attend dans les brumes campagnarde.

Là-bas, il va faire la connaissance de la dernière descente de la famille Angier.

Elle a une histoire pour lui qui le concerne au plus haut point.

Tout commence le jour où deux jeunes hommes pleins d’ambitions débarquèrent à Londres pour rencontrer la gloire dans le domaine de la magie.

Ils ne se connaissent pas mais un destin tragique et cruel les relierait bientôt.

Un jour que Borden rendait visite à une amie, il l’entendit parler d’un homme qui proposait ses services pour entrer en communication avec les morts. Borden n’est pas dupe, moins que les pauvres familles qu’Angier dépouillent à travers ses artifices et ses illusions.

Soucieux de démasquer l’imposteur, Borden se glisse en douce dans une de ses réunions.

Par tous les moyens, il tente de déstabiliser et de faire échouer l’adversaire jusqu’au moment où une bagarre éclate dans la pièce. Borden par mégarde atteint l’épouse d’Angier enceinte.

Suite au choc, elle perd le bébé. Le début d’une longue guerre de vengeance a commencé… TOUS les moyens seront bons pour vaincre.

Christopher Priest fait montre ici d’une maitrise incroyable de la narration. Alternant, les points de vue, il jongle avec les mots pour nous replonger au cœur du Londres industriel de la fin du XIX avec l’adresse d’un romancier réaliste.

En rythme, il alterne les ambiances, fouille les classes de la société à travers l’ascension de ses personnages des petits bars du port jusqu’aux plus grandes salles de spectacles.

Mais ce qui fait la beauté du livre, c’est cette capacité de l’auteur à décrire facilement, simplement, à faire fonctionner notre imagination pour voir en direct les tours de magies présenter par les deux ennemis.

On peut aller jusqu’à dire qu’au-delà de l’intrigue du livre, surgit l’intrigue des tours.

Le lecteur est ainsi plonger à la fois dans le mystère de savoir ce qui va suivre mais aussi de savoir comment ils réalisent leurs illusions.

Néanmoins, n’allez pas croire que Le Prestige est un simple récit réaliste relatant ce qui se passe dans le milieu fermé de l’illusion. Ce livre, l’un des meilleurs récits de ses dernières années, n’est pas classé dans la catégorie science fiction pour rien. Car, la course des deux héros pour atteindre le sommet se fera bien à tout prix. Tous les efforts, toutes les ruses seront bonnes mais il ne sera pas non plus exclu de franchir les limites de la nature et de la science pour arriver à son but.

Réaliste par moment, porteur de science fiction à d’autre, se terminant dans un frisson de fantastique, le Prestige est un livre à part qui méritait bien les nombreux prix qu’il reçu et qui méritait bien qu’on en fasse un film (sorti en 2007au cinéma, disponible en dvd, quoique le film n’ait repris que le thème principal du livre : la rivalité de deux magiciens prêt à tout).

Mais finalement et c’est le plus important, le Prestige est un livre qui mérite bien qu’on lui accorde un peu de temps pour le déguster, le savourer, le dévorer, l’apprécier le soir au coin du feu…

Bonne lecture.

03/02/2008

Les Thanatonautes

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Début d’un cycle avec Les Thanatonautes de Bernard Werber qui, après les Fourmis, poursuit en beauté son petit bonhomme de chemin.

Avec ce livre, ce n’est pas une trilogie qu’il inaugure mais bien une suite de cinq romans dont les thèmes principaux iront de la vie et la mort jusqu’à l’existence d’ange ou de dieux.

Les thanatonautes, du grec thanatos la mort et nautes les explorateurs raconte pour nous l’histoire de la dernière découverte humaine.

Car, si nous avons traversé les mers, plongés dans les profondeurs des océans, escaladés les plus hautes montagnes et même mis la tête hors de notre planète, reste toujours pour nous cette énigme lourde et insupportable qu’y a-t-il après la vie ?

En France, une petite équipe a commencé à travailler sur ce sujet, ses deux meneurs sont Raoul Razorbak et Michael Pinson. Ce dernier, avant de se faire embarquer dans l’aventure, était un médecin anesthésiste dans un hôpital parisien. Sa vie était calme, rangée mais depuis, les choses ont bien changé.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, ils ont réussi à obtenir le soutien des pouvoirs politiques dans leurs recherches. Il s’agit de plonger des sujets humains dans un état comateux tellement proche de la mort qu’il puisse vivre un NDE (near death experience) et que leur esprit puisse se détacher de leur corps pour rejoindre le continent des morts. Ensuite, avec un peu de chance, l’équipe scientifique devra le ranimer pour lui permettre de raconter ce qu’il aura vécu.

Inexpérimenté, l’équipe d’abord constituée de trois personnes s’installe à l’abri dans les sous sols d’une prison. Les détenus qui le désirent peuvent s’inscrire et participer à « l’expérience ». S’ils survivent, ils seront graciés.

Le temps passe, des dizaines et des dizaines d’hommes passeront sur le fauteuil des Dr Frankenstein, les cadavres s’accumuleront quand soudain, un jour, l’un d’eux reviendra. Un nouveau drapeau venait d’être planté dans l’histoire des conquêtes humaines.

Inventif et perspicace, Werber est un véritable magicien pour nous procurer des histoires à la fois originales, terriblement bien contées mais surtout porteuses de vrais messages et de vraies réflexions intéressantes. Tout semble passer sous l’œil critique de cet auteur qui semble réconcilier la jeunesse avec la littérature à caractère philosophique.

Travaillant toujours sur la recette gagnante des fourmis, le récit se mélange agréablement à des passages de l’encyclopédie d’Edmond Wells permettant d’alléger par moment l’histoire, tantôt d’apporter des précisions.

Néanmoins, si Werber signe un excellent livre avec les Thanatonautes, il s’attaque ouvertement à un thème complexe qui en tant que lecteur n’est pas toujours facile à aborder, je le laisse donc aux plus motivés en précisant que par chance ne pas le lire n’interdit pas de passer directement au suivant L’Empire des Anges ou à la suite, la Trilogie des Dieux.

Les fans de l’auteur seront donc bien servis tandis que les novices pourront se plonger agréablement dans son univers psychédélique.

Bonne lecture.

Bernard Werber, Les Thanatonautes, éd Albin Michel

30/01/2008

Into the Wild

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Notre nouvel invité, comme promis, ce nomme Into The Wild ou, en français, Voyage au bout de la Solitude de Jon Krakauer.

Pour tout dire, ce livre qui se voit porter sur les écrans par Sean Penn, possède en lui une forme de magie, la magie de l’appel, appel de la forêt, de la montagne de la neige, appel de la nature la plus sauvage.

Basé sur une histoire vraie, Krakauer raconte ici le récit tragique d’un jeune homme qui a tout lâché pour vivre son rêve et fuir les chaines de la société.

Le livre commence en 1992. A cette époque, un groupe de chasseurs partis en forêt le long de la piste Stampede dans une région peut fréquentée et particulièrement hostile de l’Alaska découvre son premier point de halte de la journée.

Il s’agit d’un vieux bus abandonné qui servait autrefois aux ouvriers quand les mines de la région fonctionnaient encore. Depuis les années, il a commencé à rouiller, les petits graffitis des voyageurs-chasseurs se sont accumulés, quelques carreaux sont cassés mais jamais il n’a cessé de servir de refuge aux passants.

A l’intérieur, ils découvrent, comme toujours, un vieux poêle rudimentaire, de maigres ustensiles de survies et quelques loques éparses. Mais pourtant, il y a quelque chose qui ne va pas, à commencer par cette odeur pestilentielle qui envahit la carcasse en plein mois d’août.

Il vienne de découvrir le corps sans vie de Christopher Mc Candless, un gamin de vingt trois ans au plus.

Les dernières années de sa vie furent l’histoire d’un « vagabond » qui arpenta les routes des Etats-Unis à pied, en stop, en canot… Mais il n’en fut pas toujours ainsi. Il y a encore peu, il vivait avec sa famille, il faisait des études de droit à l’université et se passionnait à tenter d’aplanir les inégalités dans le monde. Et puis un jour, il eut son diplôme. Une brillante carrière et une vie rangée l’attendait, du moins c’est ce que pensaient ses parents avant qu’il ne s’évanouisse dans la nature.

Dans ce livre, vous ne trouverez pas une biographie impartiale, une analyse psychologique profonde du personnage ou un manifeste contre ce genre « d’illuminés ». Ce n’est pas la volonté de l’auteur qui, on le sent, n’a que compréhension et admiration pour le jeune homme.

Non, au contraire, vous découvrirez la vie de solitaire et de voyageur sans attache de Mc Candless. Vous partirez avec lui sillonner les routes et sentirez comme lui, l’appel de la nature ainsi que l’oppression de la société moderne.

Vous découvrirez aussi la vie d’autres énergumènes solitaires contemporains ou prédécesseurs dont John Muir, le célèbre écologiste du début du XXe siècle ou d’autres grands noms de l’alpinisme.

En réalité, je n’ai qu’une seule remarque à faire sur ce livre : « Méfiez-vous en, parce que vous pourriez bien vous aussi ressentir le besoin urgent de partir et de tous laisser, de partir et de vivre entre roches et arbres le long d’une petite rivière, bercé par le chant des oiseaux.

C’est un livre magnifiquement écrit qui en se laissant autant dévorer que déguster, allumera en vous un incendie, un rêve simple, un havre de paix.

Il ne reste donc plus qu’à savoir ce que la vie de Christopher Mc Candless deviendra une fois projetée dans les salles obscures.

 

Jon Krakauer, Into the Wild

 

Extrait des premières lignes.

 

A 6,5 kilomètres de Fairbanks, Jim Gallien aperçut un auto-stoppeur qui se tenait dans la neige au bord de la route, le pouce levé très haut et grelottant dans l’aube grise de l’Alaska. Il n’avait pas l’air bien vieux ; dix-huit ans, dix-neuf peut-être, pas plus. Une carabine dépassait de son sac à dos, mais il avait l’air d’un bon garçon. Dans le 49è Etat, une carabine Remington semi-automatique n’étonne personne. Gallien gara sa camionnette Ford sur le bas-côté et dit au jeune homme de monter.

Chris Mc Candless n’était plus qu’à quelques heures de sa destination, la piste Stampede qu’il comptait traverser d’un bout à l’autre.

 

Jon Krakauer, Into the Wild, éd Presse de la Cité.

 

27/01/2008

Le Glacier, Marc Laberge

glacier

Juste avant de vous emmener pour Un Voyage au bout de la Solitude (Jon Krakauer, Into the Wild), je vais vous parler, variation sur un même thème, du Glacier de Marc Laberge.

Auteur Québécois, conteur pour enfants à ses heures, il sera peut-être difficile à obtenir en dehors d’une bonne librairie mais il constitue un excellent démarrage à la littérature du voyage et de l’espace sauvage.

Dans cet ouvrage, vous partirez à la découverte de John Muir. Sans empiéter sur le récit, sachez qu’il s’agit d’un des premiers écologistes américains. Il passa sa vie dans les montagnes rocheuses et milita en premier pour le respect de la faune et la flore.

Il parvint même à s’attirer les faveurs et une visite en sa compagnie au milieu des bois du président Roosevelt.

Point de biographie pourtant dans ce livre. Il s’agit de raconter quelques aventures marquantes du personnage, celle de l’homme face à la nature sauvage, celle de l’homme seul avec lui-même.

Parmi celles-ci, l’histoire vraie du glacier raconte comment un homme et son chien ont réussi à échapper à une fin effroyable lors d’une tempête de vent, de pluie et de neige,  perdus sur un glacier aux crevasses infranchissables.

En racontant ses évènements avec une incroyable précision et un sens inné de la narration, Marc Laberge nous plonge dans un univers fascinant, presque étranger. Il nous fait prendre conscience de sensation imperceptible, d’une vision de l’univers fascinante.

Très court récits, il vous emmènera aux limites du corps dans une réflexion sur ce qui pousse les humains à grimper toujours plus haut et à risquer leur vie.

 

Marc Laberge, Le Glacier, éd Québec/Amérique 

 

 

20/01/2008

Le Meilleur des Mondes

meilleur des mondes

 

Ca vous tente une rencontre avec un des pères de la science fiction ? On parle souvent des inventions et de l’imaginaire de Jules Vernes, d’Herbert George Wells ou de George Orwell, Asimov, on mentionne moins le génie d’un de leur contemporain, Aldous Huxley.

Son centre d’intérêt, c’est essentiellement, outre les technologies futures, l’évolution politique du monde ou plutôt celle de la société et des rapports entre les hommes.

Dans ce livre, nous atterrissons dans une année indéterminée indéniablement futuriste au vu des technologies présentes.

Au sein de ce monde, une guerre mondiale atroce s’est déclarée un peu plus tôt causant ravages, morts, dévastations et manquant d’anéantir la Terre et l’espèce humaine.

Au sortir de ce gouffre, une constatation s’imposait, il fallait absolument éviter que les choses ne puissent se reproduire.

Une seule solution, une société unifiée, hiérarchisée, infaillible.

La technologie aidant, la panacée n’est pas impossible à administrer. Un nouveau pouvoir central se crée chargé d’ordonner un état mondial, plus de pays, plus de nation. Chacun est citoyen à part entière du Monde. Les rivalités entre Etats sont supprimées.

Maintenant, pour entériner définitivement le projet, lui donner un soutien absolu, il faut encore l’accord intemporel du peuple.

Mais comment faire pour que chaque membre d’une immense population accepte à jamais le système et les nouvelles règles ? Comment faire taire les oppositions et en même temps créer une société parfaite ?

La réponse vient par la science mais surtout la biologie et les nouvelles découvertes sur le clonage et l’ADN. On peut formater les êtres humains avant leur naissances, les rendre plus forts, plus faibles, plus intelligents ou moins, en faire à l’avance des cadres ou des ouvriers…

On peut même aller plus loin et les éduquer pendant leur enfance pour les laver de leurs sentiments, de leur libre arbitre et de leurs pulsions ravageuses.

L’univers humains est devenu peu à peu un monde prédéterminé, contrôlé, uniformisé.

L’histoire raconte la vie de trois hommes. Deux sont issus de cette société préfabriquée mais ont été « mal » formatés, un autre est né dans les colonies de sauvages qui échappent au contrôle de « l’élite ».

Pour chacun d’entre eux, la vie va devenir un enfer. Car non seulement, ils sont forcés de prendre conscience de leur différence mais en plus ils doivent la cacher ou la dominer pour être accepté.

Huxley raconte dans son livre leur calvaire, leur prise de conscience et le déroulement sans pitié de cette lutte qui opposera l’homme libre à l’homme formaté, la différence à l’uniformité.

Peu ou pas conseiller aux trop jeunes pour la complexité du sujet, ce roman fait partie des grands livres de la science fiction.

Comme Asimov pour ses robots (I Robot), il s’interroge sur l’avenir de l’humanité mis entre les mains de la science et surtout comment une bonne intention peut paraître avec le recul la pire infamie.

C’est auteur qu’il faut lire, que l’on soit intéressé par le genre littéraire ou par la philosophie qui accompagne le sujet.

Il n’est pas inutile de préciser que ce roman d’anticipation a été écrit avant la Seconde Guerre Mondiale et que donc, la boucherie exterminatrice qui fut la cause créatrice d’un nouvel ordre mondial a existé même si ce n’est peut-être pas dans la même mesure que celle du livre, qu’une autre guerre peut toujours menacé avec en plus cet épouvantail qu’est l’arme atomique. Mais surtout, il faut se dire qu’avec l’ONU, avec l’Union Européenne, on n’est pas bien loin de la création soit d’un Etat Mondial, soit d’une citoyenneté mondiale basée sur la conscience collective d’appartenance à un territoire plus grand que l’Etat, la Terre.

Alors ? Plutôt actuel l’auteur d’anticipation.

Bonne lecture !

Aldous Huxley, Le Meilleur des Mondes

Existe aussi : Retour au Meilleur des Mondes

14/01/2008

Nos amis les humains

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Qui ne connaît pas cet auteur français, esprit de génie, démangé de la plume ?

Sincèrement, j’ose espérer que la réponse est « personne » car avec cinq millions de livres vendus en France et dix millions dans le reste du Monde, il figure parmi les brillantes étoiles de notre littérature contemporaine.

Sa plume est axée sur la simplicité raffinée. Pas de formules toutes faites à chaque page, pas d’alambiques dans la rédaction avec son système de rédaction brute, simple et sans emphase.

A travers cette courte nouvelle qui fut adaptée au théâtre Bastille de Paris, Bernard Werber reste dans sa tranche préférée : le roman d’aventure axé sur la philosophie et ou plutôt la réflexion vis-à-vis du monde.

Dans cette histoire, il est question de la rencontre entre deux caractères opposés.

D’une part, il y a cet homme, scientifique endurci emportant comme bagage tous les stéréotypes de la fonction et d’une société matérialiste, pragmatique et rationaliste.

De l’autre côté, voyez venir, cette jeune femme, dresseuse de tigre dans un cirque, idéaliste, mièvre par moment et aussi éloignée que possible d’une vision machiavélique (La fin justifie les moyens).

Rien ne les unis. Tout les sépare. Tout sauf leur position respective puisqu’ils sont tous deux enfermé dans une pièce en verre, isolé du reste du monde.

Quoiqu’il arrive, ils vont devoir vivre ensemble, un quart d’heure, une demie heure, une heure, un jour, une semaine,…, jusqu’à ce qu’on vienne les chercher du moins car, même en cherchant, il n’y a à ce bocal aucune issue sauf peut-être par un plafond trop haut pour être accessible.

Le temps passe, la conversation s’engage entre les deux antagonistes qui opposent leurs idées et leurs visions et qui nous invite à réfléchir dans notre fauteuil douillet.

Les thèmes courent au fil des pages mais la situation des héros ne s’arrangera pas. Au fil des heures, ils recevront des décharges électriques du sol pour s’être battu, prendront leur nourriture et leurs boissons grâce à une mangeoire ou encore verront apparaître une immense roue de hamster…

La situation s’éclaircit, ils sont prisonniers et considérés comme des animaux domestiques équivalant aux rongeurs que nous gardons en cage.

Enfin, c’était avait qu’ils ne découvrent que la Terre avait été détruite par un chaos nucléaire causé par la guerre et les dictatures et bien avant qu’ils n’entament entre eux le procès de l’humanité.

 

Comme toujours, Bernard Werber fait montre de son talent de conteur à travers des histoires à la fois superbes, remplies de personnages dont la vraisemblance reste toujours unique.

Je ne regrette qu’une chose, c’est de ne pas avoir pu voir la pièce de théâtre de mes yeux pour savoir ce que donnait sur scène ce mélange détonnant d’humour, de philosophie et d’aventure.

Je vous laisse en bonne plume !

Bonne lecture.

Lien vers la bande annonce de la pièce.

11/01/2008

La Dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil


dame dans l'auto

Connaissez-vous Sébastien Japrisot ? Non. Vous devriez car ce grand romancier français spécialiste des énigmes comme dans La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil ou Piège pour Cendrillon est aussi l’auteur du livre qui à permis ce célèbre film, Un long dimanche de fiançailles.

Prix d’honneur de la littérature policière et Best Crime Novel voici venir l’histoire de Dany, La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil

 

Dany Longo est secrétaire dans une société de publicité à Paris. Soyons clairs, elle s’ennuie ferme ! Néanmoins elle ne sait pas encore que bientôt, sur un simple coup de tête, cette monotonie va s’envoler en un éclair.

Pour le moment, nous sommes à la veille du week-end du quatorze juillet. Ses collègues, ses relations mettent tous la dernière touches à leurs projets avant de partir s’amuser pendant la fête nationale. Il y a ceux qui partiront en randonnée, ceux qui sortiront en groupe, ceux qui partiront bronzer et puis… et puis, il y a elle qui ne fera rien. Comme d’habitude.

Pourtant, ce soir, son patron lui a demandé exceptionnellement de faire des heures supplémentaires. Il a besoin d’un long dossier pour le lendemain et rien n’est encore prêt.

C’est peut-être la seule chose à faire ? Elle accepte et se rend chez cet homme qui est aussi le mari d’une ancienne amie. Toute la nuit, elle tape à la machine. Au matin, elle s’effondre épuisée. Le travail est fini.

Avant de pouvoir rentrer chez elle se reposer et se couper du monde, elle accompagnera encore toute la petite famille du chef jusqu’à l’aéroport. C’était le dernier acte censé qu’elle accomplissait.

Le patron lui a confié les clés de sa voiture, une splendide Thunderbird blanche, le temps pou elle, de la ramener en sécurité jusque dans son garage.

L’avion décolle. Dany aussi, mais à bord de la superbe décapotable. En un coup de tête, sans se soucier des conséquences, elle part vers le sud, vers cette mer que tout le monde dit si bleue.

Sur la route, elle se rend compte peu à peu que tout le monde dit l’avoir déjà vue la veille, du mécanicien qui lui répare un phare à l’agent de police qui contrôle ses papiers.

Petit à petit, elle en vient à se demander si la coïncidence peut exister jusqu’à un tel point ou si elle perd tout simplement la tête. Et encore, c’était avant de trouver un cadavre et un fusil dans le coffre, qui, elle en était sure, ne s’y trouvait pas lorsque le patron avait pris ses valises…Qu’a-t-elle fait ?

Rythme, construction et doute. Trois mots parfaitement appropriés pour décrire la plume de Sébastien Japrisot dans ce livre.

Le rythme. Un récit qui se pose très vite et ne lâche pas la pédale de l’accélérateur du début à la fin. La construction du récit qui directement amène le doute car je vous tirerai mon chapeau si vous trouver la solution du mystère avant de la lire. C’est absolument impossible !

Enfin, c’est un roman à cheval entre le polar et le thriller psychologique car outre l’énigme, la trame se construit essentiellement sur la personnalité et la psychologie des personnages dont nous visitons les pensées, reliés par le fil poétique d’une plume infiniment souple et précise, séduisante semeuse d’énigmes.

 

Bonne lecture !

 

28/12/2007

La Mécanique du Coeur

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Coup de cœur d’un grand nombre de libraires en cette fin d’année, je laisse aujourd’hui la place à La Mécanique du Cœur de Mathias Malzieu.

Jeune auteur français, il nous offre seulement son deuxième roman mais si je ne vous le disais pas, vous n’y verriez que du feu tellement la qualité est au rendez-vous.

Dans ce conte, plutôt pour grands enfants, nous plongeons dans l’Edimbourg de 1874, le jour de la naissance de Jack, le jour le plus froid du monde !

Si froid, que le cœur du petit nourrisson reste gelé et refuse de battre. Par chance, l’accoucheuse, mi-sorcière mi mécano va parvenir à le sauver en remplaçant le cœur défectueux par une horloge. Elle fonctionne, l’enfant vivra mais il devra se tenir à l’écart de sentiments trop puissants comme la colère et surtout, surtout, l’amour.

Mais comment peut-on contrôler ses sentiments sans vivre à l’écart du monde ? Un jour dans les rues d’Edimbourg, le regard d’une petite chanteuse de rue allumera la bombe infernale et plongera notre jeune héros dans une suite d’aventures et d’épreuves, de l’Ecosse jusqu’à l’Andalousie rencontrant tantôt Jack L’Eventreur, tantôt George Méliès (le créateur des effets spéciaux, avec son voyage sur la lune).

Ce roman, sans être très long est pourtant une véritable caverne d’Ali Baba par sa richesse tant au niveau du style qu’au niveau de l’intrigue et des personnages.

Ce qui me vient le plus à l’esprit pour décrire ce phénomène, c’est le style et le film de Tim Burton. Vous vous souvenez de l’Etrange Noël de Mr Jack ?  Une ambiance bizarre entre le sombre et le gentil ?

Il y a dans la Mécanique du cœur une kyrielle de personnages absolument incroyables, bizarres, incongrus, effrayants, cabossés par la vie et pas moins attachants. Une ambiance entre gris clair et gris foncé centrée autour d’un personnage poussé par la vie à sortir de sa rêverie et forcé à prendre des gifles.

Au point de vue du style, il me laisse complètement ébahis. C’est fait avec un sens de la précision, du mot choisi sélectionné étudié, un peu comme un puzzle où chaque pièce s’emboite ligne après ligne pour révéler un paysage incroyable.

Mais savoir que l’auteur fait partie d’un groupe de rock pourrait fournir assez d’explications à ce sujet. Une écriture à vif, à l’os mais néanmoins plus que raffinée.

 Réflexion sur les délices de l’amour comme sur sa cruauté, sur le rejet de la différence comme de son importance, ce conte moderne excessivement poétique oscillant entre un gris clair et un gris foncé vaut vraiment le coup d’œil ne serait-ce que pour voir ce que donne le mythe de Pinocchio en 2007. 

Bonne lecture !

 

La Mécanique du Cœur, Mathias Malzieu, éd Flammarion.

 

22/12/2007

A la Croisée des mondes

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Comme promis, voici la critique de A la Croisée des Mondes de Philip Pullman.

Que dire de ce livre ? Et bien, je dois avouer que je reste assez perplexe. Mon cœur balance entre du pour et du contre.

Et de bons éléments, il y en a dans ce roman fantastique. Du point de vue de l’imagination, c’est tout simplement remarquable. On rencontre une multitude d’univers connectés entre eux de manière particulière, des créatures incroyables ; pour ne citer qu’eux, je pense aux immenses ours polaires en armures forgerons hors pairs.

Il y a des inventions complètement novatrices pour le roman fantastique. En bref, le paradis du rêve et de l’aventure.

Mais, il n’y a pas que l’apparence qui est mise en avant, il y a aussi la psychologie des personnages qui se retrouve omniprésente à chaque ligne. On retrouve leurs côtés sombres, leurs états d’âme, leurs plans démoniaques… Ajoutez aussi un langage soigné et un plume allant au mot juste, c’est excellent.

S’il n’y avait que cela, ce livre serait une vraie perle et Pullman n’aurait pas volé son titre parmi les plus brillants auteurs de fantastique anglais.

Mais, je dois vous avouer que j’ai mis près de huit ou dix ans pour passer de la première page du tome 1 à la dernière du troisième tome.

Car c’est là que le bas blesse. Sans dire qu’on s’ennuie en lisant, il est très difficile d’accrocher à l’histoire et c’est en grande partie dû à ce qui fait sa qualité : par très inventive, elle devient trop complexe. Le lecteur manque de repères dans sa lecture et se perd assez facilement. Du moins, ce n’est qu’un point de vue et il n’a qu’une seule conséquence importante, c’est qu’il faudrait idéalement ne pas chercher à le lire trop jeune et être particulièrement bon lecteur ou motivé.

 

Etant donné qu’il s’agit d’une trilogie, il serait assez difficile d’en faire un résumé correct, on peut cependant dire que la trame du livre à pour sujet principal la théorie des mondes parallèles évoluant différemment les uns des autres mais dont le sort est lié par un principe d’équilibre.

Dans l’un de ces mondes, vit la jeune Lyra. Elle habite le collège d’Oxford en grande Bretagne en compagnie des plus grands savants et des meilleurs érudits où elle coule des jours paisibles et insouciants, inconsciente encore de son importance et des prédictions qui ont été faites il y a fort longtemps à son sujet.

Dans son Oxford, on retrouve un monde à cheval entre le féodalisme et le début du vingtième siècle, une civilisation avec des choix de technologies principales différentes des notres.

 Dans ce monde, vous ne serez pas étonné de rencontrer des daemons, sortes d’extension de l’âme en dehors du corps humain, il se rencontre sous forme d’animaux pouvant se métamorphoser à volonté dans l’enfance, du papillon au tigre, du chat à la colombe.

Mais ce calme absolu se brise le jour où la jeune fille est kidnappée et emmenée par des voleurs d’enfants. Sauvée par des gitans, elle entreprend un voyage vers le Nord à la recherche de son père, le célèbre Lord Asriel. Elle ne sait pas encore que son chemin la mènera beaucoup plus loin…

Vous ferez la rencontre dans ces livres de sorcières, d’ours en armures, de gyroptères, de monstres des falaises, de gallivespiens et même d’anges…

Bonne lecture !

 

13/12/2007

La Rêveuse d'Ostende

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Eric-Emmanuel Schmidt, La rêveuse d’Ostende 

Il est bien tard, ce soir, quand mon regard fatigué d’une longue journée glisse sur les dernières lignes de La Rêveuse d’Ostende d’Eric Emmanuel Schmidt.

Comme souvent lorsqu’on est face à un bon livre, une belle histoire, je me sens envahi par le désespoir d’arriver à la fin. L’histoire s’arrête là, maintenant gravée dans un coin de notre mémoire et nous devons peu à peu reprendre pied avec la réalité.

Pendant mon atterrissage, ce qui me frappe en premier c’est avant tout la question de savoir comment j’ai pu ignorer un tel talent aussi longtemps.

Car cet auteur français, qui je le rappelle passe une bonne part de son temps en Belgique – et aime à y mettre en scène ses histoire en dépeignant à la perfection nos habitudes et notre décors- a un don réel pour l’écriture.

A travers ce recueil de nouvelles, cinq pour être précis, on ne peut que tomber sous le charme de la plume. C’est peut-être par une série de qualificatifs qu’on en viendrait le mieux à décrire les sensations qui vous traversent. Je pense d’abord à la force et au charme de décors, simples et envoûtants. Tout comme je rends hommage au sens de la mise en scène qui est révélé par le mystère de la narration et la qualité des dénouements. Alors qu’enfin, je n’oublie pas les mots, ce vocabulaire riche qui se plie en quatre au service d’un phrasé fluide et de la lumineuse simplicité des histoires.

Cinq nouvelles donc pour un livre qui se dévore. Cinq nouvelles : La Rêveuse d’Ostende, Crime Parfait, La Guérison, Les Mauvaises Lectures et La femme au bouquet.

Que dire d’elles sinon qu’elles sont magiques, ouvertes à l’imagination, à un voyage dans le rêve éveillé.

En quelques mots, La rêveuse d’Ostende met en scène un écrivain cherchant à fuir au bout du monde pour se remettre à l’abri d’un déboire amoureux. Et c’est plus précisément sur les plages de la Mer du Nord dans la vieille demeure d’Emma Van A., sa logeuse qu’il tentera de parvenir à ses fins. Pendant quelques semaines, les deux individus vont se côtoyer et c’est cette vieille dame distinguée clouée dans un fauteuil roulant qui va livrer l’intrigue de sa vie, le doux secret de sa mémoire, l’amour de sa jeunesse.

Par la suite, je vous invite à rentrer dans la tête de la plus malheureuse des criminelles. Celle qui après avoir réussi le crime parfait en précipitant son mari du haut d’une falaise ni vue ni connue, se rend compte qu’elle a bel et bien supprimé la personne à qui elle tenait le plus et réciproquement.

Mais c’est sans conteste à la Femme au bouquet que va ma prédilection car cette courte nouvelle d’une quinzaine de page révèle l’existence d’une femme mystérieuse qui chaque jour de sa vie vient s’asseoir sur le quai numéro trois de la gare de Zurich et qui un bouquet en main, attend impassible. Elle attend depuis des jours, des semaines, des mois, des années. Certains disent cinq ans, d’autres dix, d’autres quinze… L’essentiel est qu’elle reste là imperturbable jusqu’à la tombée du jour où elle rentre chez elle jusqu’au lendemain.

Pourquoi elle attend ? Qui elle attend ? Qu’espère-t-elle ? Chacun aura bien sa petite idée, le reflet de son désir propre. Mais au fond personne ne sait vraiment dans les profondeurs de cet esprit. C’est un secret qu’elle seule pourrait raconter…

Ce qui frappe dans la lecture du livre, c’est le goût prononcé pour l’auteur des choses simples, des histoires toutes en simplicité, parfaitement réussie et bercée pourtant par ce que la réalité ne rôde jamais bien loin du rêve. 

Un bon cadeau pour la Noël si vous êtes en panne d’inspiration !

Alors comme toujours, je vous laisse en vous souhaitant, une agréable lecture…

 Eric-Emmanuel Schmidt, La Rêveuse d’Ostende, éd Albin Michel

 

09/12/2007

Lettres Mortes

Lettres_mortes

La littérature anglaise reste présente et cette semaine, c’est Shaun Hutson qui nous fera découvrir ses Lettres Mortes.

D’abord, je me suis un peu penché sur la biographie de l’auteur avant de faire cette critique. Voici, en quelques lignes, ce qu’il faut en retenir.

Devenu, écrivain en 1983, après plusieurs petits boulots, Shaun Hutson, 28 romans plus tard est devenu en Angleterre un des plus grands vendeurs de livres d’horreur.

Personnellement, il est présenté comme un alcoolique repenti, diagnostiqué pour ses tendances psychotiques et auteur favori des bibliothèques de prisons anglaises. Du reste, il est parait-il un homme charmant…Tout un programme !

D’ordinaire, je ne me serai pas attaché à vous raconter ces détails mais dans ce cas, ils forment un bon préambule à la présentation du livre.

Lettres Mortes fait en effet partie d’une catégorie, plutôt, d’une conjugaison de genres peu courante, il s’agit du mélange du roman policier à suspense avec le roman fantastique.

C’est une potion rare dans les librairies mais qui réussit le pari de divertir, d’accrocher et de faire frissonner le lecteur. Un joli coup !

L’histoire en elle-même se passe dans le Londres actuel où le temps de quelques nuits plusieurs personnes sont assassinées chez elles. La police qui fait la découverte macabre ne peut que se poser des questions tant à propos des mutilations que le meurtrier fait subir aux victimes que par sa méthode.

En effet, sur place, les corps se font trancher la langue, arracher les yeux ou tout simplement ont le ventre ouvert en deux parties. Mais ce qui est le plus étrange n’est pas encore tant cette atroce déferlante de colère et de haine que la fait que dans chaque cas, toutes les portes et toutes les fenêtres étaient restées parfaitement closes jusqu’à l’arrivée de la police.

Et pourquoi donc aussi, toutes les victimes qui n’avaient pas beaucoup d’autres liens entre elles que de toucher de près ou de loin au domaine de l’édition, pourquoi donc étaient-elles à chaque fois entourées des manuscrit en lambeaux de Mégane Hunter dans sa biographie de Giacomo Cassano, mentor méconnu de Dante et du dernier livre d’horreur de John Paxton ?

Sur cette affaire, il ne fallait personne d’autre que David Birch ! David. Comment parler du personnage ? Un inspecteur Harry dans sa récente version anglaise ? Cynique, solitaire et trop terre à terre face à des phénomènes qui dépasse l’imagination ?

 

Je ne le cache pas, Lettres Mortes est une vraie réussite. L’histoire se met en marche très vite et vous absorbe immédiatement. L’écriture est fluide, légère. En bref, on ne s’endort pas dans

ce récit qui se laisse lire sans opposer la moindre résistance.

Et surtout, vous verrez, la solution du mystère est surprenante… fantastique…Et Terrible !

                                                                                                            

Bonne lecture !

 

04/12/2007

L'envers vaut l'endroit

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Après Le Disque-Monde, Daniel Pennac et Philip Roth, c’est Simon R. Green qui pointe le bout de son nez avec un titre évocateur L’Envers vaut l’Endroit.

Inutile de le cacher, cette fois, il s’agit bien d’un roman d’aventure sur toile fantastique.

Qu’en dire ? Tout d’abord qu’il n’est pas très long à lire mais surtout qu’il est fermement imprégné d’humour anglais.

L’envers vaut l’endroit fait partie de la série des Nightside. Inutile de s’affoler, les livres peuvent parfaitement se lire indépendamment les uns des autres.

Petite introduction…

Le Nightside nous vient tout droit de l’esprit, on peut dire tordu, de Green. Il s’agit d’un quartier de Londres. On y accède par le métro. Là bas, il est toujours trois heures du matin dans un univers maléfiques et sombre où se retrouvent toutes les créatures habitant vos cauchemars.

Dans le rang des créatures surnaturelles, citons par exemple les loups garous, fantômes, ondines,… Rajoutons aussi des « espèces » de dieux assez « spéciaux », des anges, des démons, l’Inquisition… mais aussi et surtout Suzie Bang-Bang (plus fragile que son fusil à pompe ne le laisserait présumer), Walker (le chef de la police), le Collectionneur, Jack l’Ordure Cosmique, Mr Moelle et Mr Sang, ainsi que plus brièvement un Merlin l’enchanteur comme vous ne risquez pas de le voir souvent et son descendant.

Au milieu de tout ce capharnaüm, John Taylor est le « trouveur d’objet ». Demandez-lui quelque chose, il le trouvera et il vous le rapportera. Il a un don pour ça.

Néanmoins, comment peut-on mener à bien la mission de retrouver le Graal impie, la coupe de Judas quand la concurrence déjà rude est renforcée par l’apparition d’anges et de démons aussi destructeurs les uns que les autres et prêts à tout pour s’emparer de la relique.

Roman d’aventure, fantastique avec un brin de science fiction, L’envers vaut l’Endroit est absolument captivant mais aussi ; très clairement, déjanté. Inutile de dire qu’il faut le prendre au second, voire même au troisième degré sans s’attendre à plus qu’une part de rêve, un moment d’évasion et de détente.

De plus, il présente cette caractéristique très rare d’associer le fond et la forme. Le fond est sombre, insalubre, n’en attendez pas moins du texte.

C’est peut-être là le talon d’Achille de l’œuvre, il ne faut pas nécessairement la mettre entre toutes les mains.

Personnellement, je n’ai eu qu’un seul regret avec cet ouvrage, c’est celui d’arriver au point final mais qui sait, le Nightside est vaste et la série se construit.

Simon R. Green, L'Envers vaut l'Endroit. éd Bragelone