13/12/2007

La Rêveuse d'Ostende

9782226181077

Eric-Emmanuel Schmidt, La rêveuse d’Ostende 

Il est bien tard, ce soir, quand mon regard fatigué d’une longue journée glisse sur les dernières lignes de La Rêveuse d’Ostende d’Eric Emmanuel Schmidt.

Comme souvent lorsqu’on est face à un bon livre, une belle histoire, je me sens envahi par le désespoir d’arriver à la fin. L’histoire s’arrête là, maintenant gravée dans un coin de notre mémoire et nous devons peu à peu reprendre pied avec la réalité.

Pendant mon atterrissage, ce qui me frappe en premier c’est avant tout la question de savoir comment j’ai pu ignorer un tel talent aussi longtemps.

Car cet auteur français, qui je le rappelle passe une bonne part de son temps en Belgique – et aime à y mettre en scène ses histoire en dépeignant à la perfection nos habitudes et notre décors- a un don réel pour l’écriture.

A travers ce recueil de nouvelles, cinq pour être précis, on ne peut que tomber sous le charme de la plume. C’est peut-être par une série de qualificatifs qu’on en viendrait le mieux à décrire les sensations qui vous traversent. Je pense d’abord à la force et au charme de décors, simples et envoûtants. Tout comme je rends hommage au sens de la mise en scène qui est révélé par le mystère de la narration et la qualité des dénouements. Alors qu’enfin, je n’oublie pas les mots, ce vocabulaire riche qui se plie en quatre au service d’un phrasé fluide et de la lumineuse simplicité des histoires.

Cinq nouvelles donc pour un livre qui se dévore. Cinq nouvelles : La Rêveuse d’Ostende, Crime Parfait, La Guérison, Les Mauvaises Lectures et La femme au bouquet.

Que dire d’elles sinon qu’elles sont magiques, ouvertes à l’imagination, à un voyage dans le rêve éveillé.

En quelques mots, La rêveuse d’Ostende met en scène un écrivain cherchant à fuir au bout du monde pour se remettre à l’abri d’un déboire amoureux. Et c’est plus précisément sur les plages de la Mer du Nord dans la vieille demeure d’Emma Van A., sa logeuse qu’il tentera de parvenir à ses fins. Pendant quelques semaines, les deux individus vont se côtoyer et c’est cette vieille dame distinguée clouée dans un fauteuil roulant qui va livrer l’intrigue de sa vie, le doux secret de sa mémoire, l’amour de sa jeunesse.

Par la suite, je vous invite à rentrer dans la tête de la plus malheureuse des criminelles. Celle qui après avoir réussi le crime parfait en précipitant son mari du haut d’une falaise ni vue ni connue, se rend compte qu’elle a bel et bien supprimé la personne à qui elle tenait le plus et réciproquement.

Mais c’est sans conteste à la Femme au bouquet que va ma prédilection car cette courte nouvelle d’une quinzaine de page révèle l’existence d’une femme mystérieuse qui chaque jour de sa vie vient s’asseoir sur le quai numéro trois de la gare de Zurich et qui un bouquet en main, attend impassible. Elle attend depuis des jours, des semaines, des mois, des années. Certains disent cinq ans, d’autres dix, d’autres quinze… L’essentiel est qu’elle reste là imperturbable jusqu’à la tombée du jour où elle rentre chez elle jusqu’au lendemain.

Pourquoi elle attend ? Qui elle attend ? Qu’espère-t-elle ? Chacun aura bien sa petite idée, le reflet de son désir propre. Mais au fond personne ne sait vraiment dans les profondeurs de cet esprit. C’est un secret qu’elle seule pourrait raconter…

Ce qui frappe dans la lecture du livre, c’est le goût prononcé pour l’auteur des choses simples, des histoires toutes en simplicité, parfaitement réussie et bercée pourtant par ce que la réalité ne rôde jamais bien loin du rêve. 

Un bon cadeau pour la Noël si vous êtes en panne d’inspiration !

Alors comme toujours, je vous laisse en vous souhaitant, une agréable lecture…

 Eric-Emmanuel Schmidt, La Rêveuse d’Ostende, éd Albin Michel