18/05/2009

Des souris et des hommes

Des souris et des hommes

 

John Steinbeck, Des Souris et des hommes

 

 

Comment écrire un grand livre ? C’est très simple, il suffit de poursuivre l’objectif inverse.

Prenez Des Souris et des Hommes, le roman le plus connu avec Les Raisins de la Colère du John Steinbeck et prix Nobel de littérature. Dans ce livre, l’histoire qu’il raconte aurait pu être contée au coin du feu pendant une soirée entre amis ou entre travailleurs dans des ranchs du sud est américain. Son œuvre, c’est l’histoire d’une amitié, de la tendresse, d’une société, de portraits, de gens ; c’est l’impression d’être face à un miroir sur le monde sans lire jamais aucune description, seulement en voyant les lignes aligner la vie des hommes.

Des souris et des hommes, c’est l’aventure de George et Lennie. Ils viennent d’arriver sur les bords d’une rivière du sud est des Etats-Unis. George, c’est le plus petit, le sagace, la tête du duo. L’autre, le géant, un peu perdu, un peu bête, sans mémoire, sans jugeote, sans… et pourtant tellement costaud et tellement fort… l’autre, c’est Lennie.

Ils se connaissent depuis qu’ils sont jeunes. Ils voyagent ensemble de ranch en ranch depuis qu’ils ont perdu toute attache en ville. Ils ne restent jamais longtemps au même endroit. Ce n’est pas qu’ils n’aimeraient pas gagner un peu d’argent et se poser un peu, mais avec Lennie c’est jamais possible. Comprenez bien, il est gentil mais il peut pas penser et il est tellement fort qu’il peut faire peur. Il a pas son pareil pour s’attirer des ennuis.

Pourtant, il est si doux et si tendre. Ce n’est qu’un gosse dans un corps d’adulte.

Là, il est en train de caresser une souris dans sa poche. La souris, il l’a trouvée morte sur la route. C’est plus fort que lui à Lennie, il peut pas s’empêcher de caresser ce qui est doux.

Heureusement, George est là pour veiller sur lui. C’est lui qui organise la vie et puis, quand ils auront réussi à mettre enfin un peu d’argent de côté, ils pourront s’acheter une petite ferme rien qu’à eux. Ils feront ce qu’ils voudront alors, ils travailleront pour eux-mêmes, pour faire sortir leur propre récolte et puis, ainsi, Lennie pourra s’occuper des lapins qu’ils élèveront dans un clapier. Il ira chercher la luzerne pour les nourrir et surtout, il pourra les caresser.

Mais ici, c’est le soir. La nuit va tomber. Ils font vite un feu sur la berge. George a jeté la souris morte. Ils sont en train de manger des haricots en boîte. Bientôt, ils iront se coucher près des braises. Demain, ils commencent dans une nouvelle ferme, si Lennie n’oublie pas de se taire avant que George n’ait pu le faire valoir par sa prodigieuse puissance physique, cette capacité à porter des sacs si lourds comme si de rien n’était.

Espérons que tout se passera bien.

Histoire simple d’une amitié difficile entre deux hommes luttant ensemble, entre deux hommes à la fois proches et pourtant presque dans deux univers différents.

Histoire d’une vie de ferme, d’une vie de misère, d’une vie de bagnard. Défilé de portraits si bien dépeints par une plume si légère.

Histoire courte, histoire frappante où le rêve et l’espoir se bat sans cesse avec une vie trop noire, où tous les hommes ne sont pas bons, où même les innocents sont coupables, où les plus beaux gestes d’amitiés, les plus touchants sont parfois les plus insoutenables.

Le sommet de la littérature américaine se dévoile dans toute sa splendeur, sa grâce, sa beauté.

Bonne lecture.

 

Quentin

12/05/2009

Chateaubriand, Atala, René, Le dernier des Abencerage

Chateaubriand

 

 

L’histoire est injuste, a fortiori celle qui se fait dans les manuels scolaires.

Prenons l’exemple du romantisme, ce courant d’écriture qui se développera un peu après la Révolution Française jusqu’à l’apparition des Balzac, Flaubert et Zola qui le détrôneront.

Le romantisme ou le développement de l’individu, de sa psychologie et de ses passions, le plus souvent au milieu de l’Histoire et de la nature.

Pour ce courant, on retiendra comme meneur, le plus grand écrivain français, Victor Hugo. Et pourtant…. Pourtant, avant que Victor Hugo ne fédèrent autour de lui les écrivains à tendance romantique en leur offrant un manifeste du courant, une ligne de conduite, dans la préface de Cromwell, avant cela, d’autres avaient déjà bien entamer la rupture.

On parle de la Bataille d’Hernani au théâtre. Hernani, encore une pièce de Victor Hugo. Ce jour-là, l’opposition entre les partisans du romantisme et les classiques devait exploser lors d’une représentation théâtrale de la nouvelle pièce du maître. L’issue est facile à déterminer, la victoire passe à la nouvelle génération.

Cependant, bien avant Hernani, d’autres avaient déjà mis sur pied des pièces absolument révolutionnaires comme Henri III et sa cour de Dumas, dont nous avons déjà fait la présentation sur ce site.

Pour ce qui est du roman, s’il est impossible de sacrifier l’étude de Victor Hugo ou d’Alexandre Dumas lorsqu’on parle du romantisme, c’est utopique de les prendre pour des précurseurs.

Ils sont l’apogée du genre mais ses débuts voient le jour entre Rousseau, Madame de Staël et Chateaubriand.

Chateaubriand. Celui-là même dont monsieur Hugo, sur les bancs de l’école dira : « Plus tard, je veux être Chateaubriand ou rien ! » C’est montré à quel point l’homme a pu être un précurseur.

Victor Hugo et Alexandre Dumas, maître à penser du romantisme et Chateaubriand père du courant.

 

Atala, René, Le dernier des Abencerage. Trois textes, presque trois nouvelles et pourtant toute l’idée est là.

Atala est une jeune indienne de la Louisiane. Son peuple vient de remporter une victoire sur une autre tribu et en ramène un prisonnier le fils du chef ennemi. Ligoté, celui-ci est promis à la mort lors d’un prochain sacrifice aux dieux. Néanmoins, une nuit, alors qu’il est endormi, il sent quelqu’un venir près de lui. C’est Atala, elle est venue le libéré, lui Chactas.

Est-ce une déesse, est-ce un songe ? Pour lui qui à tout perdu, c’est peut-être l’espoir d’un nouveau bonheur, si seulement elle acceptait de le suivre.

Elle ne veut pas. Il reste donc, s’entête à s’enchaîner sur son rocher. Le trajet du retour vers le lieu du sacrifice doit encore durer plusieurs jours, il faut qu’il la convainque.

 

René. Comme François-René de Chateaubriand ? En partie, peut-être. Il a toute la jeunesse pour lui et la vie qui s’ouvre sur ses pas. Pourquoi donc a-t-il fui vers les Amériques où bien plus tard, il a rencontré l’indien Chactas ? Quel mal et quel secret pèse sur lui ? Est-ce ça le mal du siècle ? Un héros emprisonné par des passions contradictoires et l’impossibilité de les faire vivre ?

 

Enfin, ma préférée, le dernier Abencerage ou l’histoire du dernier descendant des anciens sultans du royaume de Grenade.  La Reconquista est le nom que l’on donne à cette campagne militaire qui devait reprendre les royaumes musulmans d’Espagne pour les remettre dans les mains de rois chrétiens. Elle commença en 718 et pris fin le 2 janvier 1492 lorsque les troupes de Ferdinand II d’Aragon et d’Isabelle de Castille chassèrent le dernier souverain musulman de la péninsule, le roi Boabdil de Grenade.

Une histoire d’attraction. La prise de Grenade est encore récente dans les esprits et pourtant, ce dernier né d’une lignée royale désire connaitre cette terre que tous pleurent aujourd’hui. Voir la belle Grenade, le palais de ces ancêtres et qu’importe le reste.

Qu’importe vraiment ? Le dernier des Abencerage a pourtant une idée en tête, se venger de l’ennemis qui a pris sa terre. Sous couvert de chercher des plantes médicinales dans la péninsule, il s’embarque pour Grenade avec ses projets sanglants. Mais à peine, arrivé le voilà sous le charme d’une belle Andalouse. Elle est chrétienne, il est musulman. Elle est d’un clan et il est de l’autre.

Que pourra-t-il bien se passer ?

 

Bonne lecture

Quentin

 

 

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  Lorsque Boabdil, dernier roi de Grenade, fut obligé d'abandonner le royaume de ses pères, il s'arrêta au sommet du mont Padul. De ce lieu élevé on découvrait la mer où l'infortuné monarque allait s'embarquer pour l'Afrique ; on apercevait aussi Grenade, la Véga et le Xénil, au bord duquel s'élevaient les tentes de Ferdinand et d'Isabelle. A la vue de ce beau pays et des cyprès qui marquaient encore çà et là les tombeaux des musulmans, Boabdil se prit à verser des larmes. La sultane Aïxa, sa mère, qui l'accompagnait dans son exil avec les grands qui composaient jadis sa cour, lui dit :  " Pleure maintenant comme une femme un royaume que tu n'as pas su défendre comme un homme. " Ils descendirent de la montagne, et Grenade disparut à leurs yeux pour toujours.
Les Maures d'Espagne, qui partagèrent le sort de leur roi, se dispersèrent en Afrique. Les tribus des Zégris et des Gomèles s'établirent dans le royaume de Fez, dont elles tiraient leur origine. Les Vanégas et les Alabès s'arrêtèrent sur la côte, depuis Oran jusqu'à Alger ; enfin les Abencérages se fixèrent dans les environs de Tunis. Ils formèrent, à la vue des ruines de Carthage, une colonie que l'on distingue encore aujourd'hui des Maures d'Afrique, par l'élégance de ses mœurs et la douceur de ses lois.
Ces familles portèrent dans leur patrie nouvelle le souvenir de leur ancienne patrie. Le Paradis de Grenade vivait toujours dans leur mémoire, les mères en redisaient le nom aux enfants qui suçaient encore la mamelle. Elles les berçaient avec les romances des Zégris et des Abencérages. Tous les cinq jours on priait dans la mosquée, en se tournant vers Grenade. On invoquait Allah, afin qu'il rendît à ses élus cette terre de délices. En vain le pays des Lotophages offrait aux exilés ses fruits, ses eaux, sa verdure, son brillant soleil ; loin des Tours vermeilles, il n'y avait ni fruits agréables, ni fontaines limpides, ni fraîche verdure, ni soleil digne d'être regardé. Si l'on montrait à quelque banni les plaines de la Bagrada, il secouait la tête et s'écriait en soupirant :  " Grenade ! "
Les Abencérages surtout conservaient le plus tendre et le plus fidèle souvenir de la patrie. Ils avaient quitté avec un mortel regret le théâtre de leur gloire, et les bords qu'ils firent si souvent retentir de ce cri d'armes :  " Honneur et Amour. " Ne pouvant plus lever la lance dans les déserts, ni se couvrir du casque dans une colonie de laboureurs, ils s'étaient consacrés à l'étude des simples, profession estimée chez les Arabes à l'égal du métier des armes. Ainsi cette race de guerriers qui jadis faisait des blessures s'occupait maintenant de l'art de les guérir. En cela elle avait retenu quelque chose de son premier génie, car les chevaliers pansaient souvent eux-mêmes les plaies de l'ennemi qu'ils avaient abattu.
La cabane de cette famille, qui jadis eut des palais, n'était point placée dans le hameau des autres exilés, au pied de la montagne du Mamélife ; elle était bâtie parmi les débris mêmes de Carthage, au bord de la mer, dans l'endroit où saint Louis mourut sur la cendre, et où l'on voit aujourd'hui un ermitage mahométan. Aux murailles de la cabane étaient attachés des boucliers de peau de lion, qui portaient empreintes sur un champ d'azur deux figures de sauvages, brisant une ville avec une massue. Autour de cette devise on lisait ces mots :  " C'est peu de chose ", armes et devise des Abencérages. Des lances ornées de pennons blancs et bleus, des alburnos, des casaques de satin tailladé étaient rangés auprès des boucliers, et brillaient au milieu des cimeterres et des poignards. On voyait encore suspendus çà et là des gantelets, des mors enrichis de pierreries, de larges étriers d'argent, de longues épées dont le fourreau avait été brodé par les mains des princesses, et des éperons d'or que les Yseult, les Guenièvre, les Oriane, chaussèrent jadis à de vaillants chevaliers.

 

 

11/05/2009

L'amant

l'amant

 

Marguerite Duras, L’Amant

 

Prix Goncourt 1984, une des auteurs français les plus lus dans le monde. Des milliers et des milliers d’exemplaires d’un petit livre, l’Amant.

Un grand petit livre, qui raconte une vie, une portion de vie, sous couvert de quelques tableaux allant et venant au rythme de la mémoire.

Un petit livre qui ne se lit pas par l’esprit mais par le cœur, parce que ce récit n’est pas tant un repas à prendre pour grandir dans la tête mais plutôt un bain de vapeur dans lequel il faut plonger son cœur en le laissant bien profiter de chacune des effluves.

L’amant, c’est le livre court, simple, épuré, un petit vase d’où débordent et se déversent toutes les émotions, la sensibilité.

L’amant, c’est une histoire qui remonte aux années 1920, dans l’Indochine coloniale.

Là-bas, une jeune fille de quinze ans vit avec sa mère et ses deux frères. Son père, fonctionnaire est mort, il y a peu de temps et leur famille s’en trouve ruinée. Sa mère, elle, travaille dans une école. Elle est bizarre, plus que lunatique. Folle ?

Le fou, c’est son frère ainé, un voleur de placard, un voleur de placard familiaux, un rien et une terreur pour son petit frère, lui pourtant si doux.

Elle, elle a quinze ans donc et ce soir elle rentre comme d’habitude au pensionnat de fille plus loin sur la route. Il faut prendre l’autocar. Elle s’est une blanche, elle a droit aux premières places, juste derrière le chauffeur. Plus tard, c’est la plate-forme que le car doit prendre pour traverser le fleuve. Elle sort toujours à ce moment là. Un réflexe et une peur. Peur que la barque ne se renverse et qu’elle ne coule à pic en restant dans le car.

Elle se trouve le long de la barrière, sa robe usée flotte au vent, ses chaussures brillent tandis que sa tête se couvre d’un chapeau, un chapeau d’homme.

Dans sa voiture, il la voit. Lui, c’est le fils d’un homme d’affaire du coin. Il a peur d’elle. Il a raison. Lui, ce n’est qu’un indigène.

« Il m’aime et parce qu’il m’aimait, je ne pouvais pas ne pas l’aimer. » pense-t-elle.

Tous les séparent. Vraiment ?

 

Les souvenirs d’une écrivaine géniale bercés de romance. Avis à tous, c’est loin d’être de l’eau de rose, c’est loin d’être inutile à lire.

Les mots, ces petits démons qui font le jeu des auteurs. Des mots qui accrochent, des mots qui font pleurer, des mots qui retiennent, des mots qui frappent. Des mots de Duras, des mots de l’Amant et c’est comme un gouffre qui vous aspirent dans un autre monde, un souffle qui vous prend et qui n’est en fait que le signe flagrant de la virtuosité de cette magnifique auteure.

Bonne lecture.

 

Quentin.

 

l'amant 1

 

 

 

Je n'avais jamais vu de film avec ces Indiennes qui portent ces mêmes chapeaux à bord plat et des tresses par le devant de leur corps. Ce jour-là j'ai aussi des tresses, je ne les ai pas relevées comme je le fais d'habitude, mais ce ne sont pas les mêmes. J'ai deux longues tresses par le devant de mon corps comme ces femmes du cinéma que je n'ai jamais vues mais ce sont des tresses d'enfant. Depuis que j'ai le chapeau, pour pouvoir le mettre je ne relève plus mes cheveux. Depuis quelque temps je tire fort sur mes cheveux, je les coiffe en arrière, je voudrais qu'ils soient plats, qu'on les voie moins. Chaque soir je les peigne et je refais mes nattes avant de me coucher comme ma mère m'a appris. Mes cheveux sont lourds, souples, douloureux, une masse cuivrée qui m'arrive aux reins. On dit souvent que c'est ce que j'ai de plus beau et moi j'entends que ça signifie que je ne suis pas belle. Ces cheveux remarquables je les ferai couper à vingt-trois ans à Paris, cinq ans après avoir quitté ma mère. J'ai dit: coupez. Il a coupé. Le tout en un seul geste, pour dégrossir le chantier, le ciseau froid a frôlé la peau du cou. C'est tombé par terre. On m'a demandé si je les voulais, qu'on en ferait un paquet. J'ai dit non. Après on n'a plus dit que j 'avais de beaux cheveux, je veux dire on ne l'a plus jamais dit à ce point-là, comme avant on me le disait, avant de les couper. Après, on a plutôt dit elle a un beau regard. Le sourire aussi, pas mal.

Sur le bac, regardez-moi, je les ai encore. Quinze ans et demi. Déjà je suis fardée. Je mets de la crème Tokalon, j'essaye de cacher les taches de rousseur que j'ai sur le haut des joues, sous les yeux. Par dessus la crème Tokalon je mets de la poudre couleur chair, marque Houbigan. Cette poudre est à ma mère qui en met pour aller aux soirées de l'administration générale. Ce jour-là j'ai aussi du rouge à lèvres rouge sombre comme alors, cerise. Je ne sais pas comment je me le suis procuré, c'est peut-être Hélène Lagonelle qui l'a volé à sa mère pour moi, je ne sais plus. Je n'ai pas de parfum, chez ma mère c'est l'eau de Cologne et le savon Palmolive.

L'homme élégant est descendu de la limousine, il fume une cigarette anglaise. Il regarde la jeune fille au feutre d'homme et aux chaussures d'or. II vient vers elle lentement. C'est visible, il est intimidé. Il ne sourit pas tout d'abord. Tout d'abord il lui offre une cigarette. Sa main tremble. Il y a cette différence de race, il n'est pas blanc, il doit la surmonter, c'est pourquoi il tremble. Elle lui dit qu'elle ne fume pas, non merci. Elle ne dit rien d'autre, elle ne lui dit pas laissez-moi tranquille. Alors il a moins peur. Alors il lui dit qu'il croit rêver. Elle ne répond pas. Ce n'est pas la peine qu'elle réponde, que répondrait-elle. Elle attend. Alors il le lui demande: mais d'où venez-vous ? Elle dit qu'elle est la fille de l'institutrice de l'école de filles de Sadec. Il réfléchit et puis il dit qu'il a entendu parler de cette dame, sa mère, de son manque de chance avec cette concession qu'elle aurait achetée au Cambodge, c'est bien ça n'est-ce pas? Oui c'est ça.
Il répète que c'est tout à fait extraordinaire de la voir sur ce bac. Si tôt le matin, une jeune fille belle comme elle l'est, vous ne vous rendez pas compte, c'est très inattendu, une jeune fille blanche dans un car indigène.
Il lui dit que le chapeau lui va bien, très bien même, que c'est... original... un chapeau d'homme, pourquoi pas? elle est si jolie, elle peut tout se permettre.
Elle le regarde. Elle lui demande qui il est. Il dit qu'il revient de Paris où il a fait ses études, qu'il habite Sadec: lui aussi, justement sur le fleuve, la grande maison avec les grandes terrasses aux balustrades de céramique bleue. Elle lui demande ce qu'il est. Il dit qu'il est chinois, que sa famille vient de la Chine du Nord, de Fou-Chouen. Voulez-vous me permettre de vous ramener chez vous a Saigon? Elle est d'accord. Il dit au chauffeur de prendre les bagages de la jeune fille dans le car et de les mettre dans l'auto noire.
Chinois. Il est de cette minorité financière d'origine chinoise qui tient tout l'immobilier populaire de la colonie. Il est celui qui passait le Mékong ce jour-là en direction de Saigon.

Elle entre dans l'auto noire. La portière se referme. Une détresse à peine ressentie se produit tour à coup, une fatigue, la lumière sur le fleuve qui se ternit, mais à peine. Une surdité très légère aussi, un brouillard, partout.

Je ne ferai plus jamais le voyage en car pour indigènes. Dorénavant, j'aurai une limousine pour aller au lycée et me ramener à la pension. Je dînerai dans les endroits les plus élégants de la ville. Et je serai toujours là à regretter tout ce que je fais, tout ce que je laisse, tout ce que je prends, le bon comme le mauvais, le car, le chauffeur du car avec qui je riais, les vieilles chiqueuses de bétel des places arrière, les enfants sur les porte-bagages, la famille de Sadec, l'horreur de la famille de Sadec, son silence génial.

Il parlait. Il disait qu'il s'ennuyait de Paris, des adorables Parisiennes, des noces, des bombes, ah là là, de la Coupole, de la Rotonde, moi la Rotonde je préfère, des boites de nuit, de cette existence "épatante" qu'il avait menée pendant deux ans. Elle écoutait, attentive aux renseignements de son discours qui débouchaient sur la richesse, qui auraient pu donner une indication sur le montant des millions. Il continuait à raconter. Sa mère à lui était morte, il était enfant unique. Seul lui restait le père détenteur de l'argent. Mais vous savez ce que c'est, il est rivé à sa pipe d'opium face au fleuve depuis dix ans, il gère sa fortune depuis son lit de camp. Elle dit qu'elle voit.

Il refusera le mariage de son fils avec la petite prostituée blanche du poste de Sadec.

Marguerite Duras, L’Amant, éditions de Minuit

28/04/2009

Zazie dans le métro

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Raymond Queneau, Zazie dans le métro.

 

Direction Paris, la gare. Un train vient d’arriver, Zazie en descend avec sa mère. Sur le quai, son oncle Gabriel l’attend. Ce week-end, c’est lui qui va garder la petite, le temps que sa mère aille fricoter avec son nouvel amant. Elle, c’est une gamine de dix ans, une terreur qui « ferait battre des montagnes ».

On sort de la gare. La mère est déjà loin.

"Zazie, si ça te plaît de voir vraiment les Invalides et le tombeau véritable du vrai Napoléon, je t'y conduirai."

-Napoléon mon cul. Il m'intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con.

-Alors Zazie, qu’est-ce que tu veux faire ? demande Gabriel, géant gentil mais impressionnant.

-Moi, je veux voir le métro.

-Pas de chance, y a grève aujourd’hui.

-Grève, mon cul !

-Si, et ça va durer encore un bout de temps.

Zazie verra-t-elle son métro parisien ? On ne va pas gâcher le suspense. Quoi qu’il en soit, elle va avoir l’occasion de visiter Paris et de rencontrer du monde.

D’abord, ce sera Charles dans son taxi, puis la piaule de Gabriel et le bar de Turandot.

Elle découvrira que tonton Gabriel a besoin de beaucoup dormir la journée parce qu’il danse la nuit en tutu dans un bar… En tout cas, il est pas hormosessuel puisqu’il est marié avec Marcel(ine)…

En deux jours, elle aura le temps de faire une fugue, de se laisser entraîner au marché aux puces par un homme louche qui lui paiera peut-être des bluejeans, avant de se faire ramener chez elle par la police. Elle visitera la Tour Eiffel finalement où tonton aura le vertige et où elle fera décider à Charles de se marier avec Mado p’tit pieds la serveuse du bar.

C’était juste avant que Gabriel ne se fasse enlever par des touristes et qu’elle ne doive traverser tout Paris à sa recherche.

 

Les clés d’un bon roman.

Qui a dit qu’il fallait un scénario rationnel, vraisemblable et indiscutable pour faire un bon livre ?

Zazie dans le métro, c’est une trame décousue, branlante et douteuse et pourtant, il est évident que c’est un petit bijou si on accepte cette prémisse.

La magie du mot et du verbe se trouve-t-elle dans la poésie châtiée ou dans l’adaptation, presque forcée, du langage oral sur le papier ? On peut se poser la question.

Si un Balzac ou un Flaubert met à genou par la pureté de son écriture, un Céline ou un Queneau sont tout aussi capables de vous emmener au septième avec des mots crus et des phrases salées.

Lire Zazie, c’est donc aussi se prouver que la littérature n’est pas un monolithe de plusieurs tonnes franchement dur à enfoncer. Le tout, c’est de trouver ce qu’on aime, Zola, Camus ou Queneau.

Lire Zazie, c’est un tour d’horizon du monde, une petite visite dans Paris. Pas de description de monuments, désolé pour les visiteurs mais bien plus l’expression de la vision que se font les gens de la ville. Routinière pour les habitués, labyrinthique pour les débutants, superbe en tout point pour les touristes…

C’est aussi la littérature à visage humain. Celle qu’a développée le réalisme du XIXe et qui s’intéresse à décrire des gens communs avec leurs vies banales. Mais Zazie est paru en 1959, ça sent bon la fraicheur des romanciers de  laboratoire qui ont tenté de faire du neuf.

Zazie enfin, c’est cette nouvelle jeunesse immédiatement plongée dans le monde sans avoir eu le temps d’apprendre vraiment, sans avoir reçu « d’initiation », qui reçoit trop vite des outils sans avoir le mode d’emploi. Ainsi, le langage châtié lâché à tout va, le questionnement sur l’hormosessualité, la fugue, … Ici, l’initiation se fera en deux jours terminée par cette réplique :

-Alors Zazie, qu’as-tu fait de beau ?

-J’ai vieilli.

Enfin, Zazie, au premier degré, c’est le plaisir de la lecture et du rire, bien calé dans son fauteuil, avec le besoin de tout lire avant d’aller dormir.  

 

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            Les premières lignes.

 

 

Doukipudonktan, se demanda Gabriel excédé. Pas possible, ils se nettoient jamais. Dans le journal, on dit qu'il y a pas onze pour cent des appartements à Paris qui ont des salles de bain, ça m'étonne pas, mais on peut se laver sans. Tous ceux-là qui m'entourent, ils doivent pas faire de grands efforts. D'un autre côté, c'est tout de même pas un choix parmi les plus crasseux de Paris. Y a pas de raison. C'est le hasard qui les a réunis. On peut pas supposer que les gens qui attendent à la gare d'Austerlitz sentent plus mauvais que ceux qu'attendent à la gare de Lyon. Non vraiment, y a pas de raison. Tout de même quelle odeur.

Gabriel extirpa de sa manche une pochette de soie couleur mauve et s'en tamponna le tarin.

"Qu'est-ce qui pue comme ça ?" dit une bonne femme à haute voix.

Elle pensait pas à elle en disant ça, elle était pas égoïste, elle voulait parler du parfum qui émanait de ce meussieu.

"Ça, ptite mère, répondit Gabriel qui avait de la vitesse dans la repartie, c'est Barbouze, un parfum de chez Fior.

– Ça devrait pas être permis d'empester le monde comme ça, continua la rombière sûre de son bon droit.

– Si je comprends bien, ptite mère, tu crois que ton parfum naturel fait la pige à celui des rosiers. Eh bien, tu te trompes, ptite mère, tu te trompes.

– T'entends ça ?" dit la bonne femme à un ptit type à côté d'elle, probablement celui qu'avait le droit de la grimper légalement. "T'entends comme il me manque de respect, ce gros cochon ?"

Le ptit type examina le gabarit de Gabriel et se dit c'est un malabar, mais les malabars c'est toujours bon, ça profite jamais de leur force, ça serait lâche de leur part. Tout faraud, il cria :

"Tu pues, eh gorille. "

Gabriel soupira. Encore faire appel à la violence. Ça le dégoûtait cette contrainte. Depuis l'hominisation première, ça n'avait jamais arrêté. Mais enfin fallait ce qu'il fallait. C'était pas de sa faute à lui, Gabriel, si c'était toujours les faibles qui emmerdaient le monde. Il allait tout de même laisser une chance au moucheron.

"Répète un peu voir", qu'il dit Gabriel.

Un peu étonné que le costaud répliquât, le ptit type prit le temps de fignoler la réponse que voici :

"Répéter un peu quoi ?"

Pas mécontent de sa formule, le ptit type. Seulement, l'armoire à glace insistait : elle se pencha pour proférer cette pentasyllabe monophasée :

"Skeutadittaleur... "

Le ptit type se mit à craindre. C'était le temps pour lui, c'était le moment de se forger quelque bouclier verbal. Le premier qu'il trouva fut un alexandrin :

"D'abord, je vous permets pas de me tutoyer.

– Foireux", répliqua Gabriel avec simplicité.

Et il leva le bras comme s'il voulait donner la beigne à son interlocuteur. Sans insister, celui-ci s'en alla de lui-même au sol, parmi les jambes des gens. Il avait une grosse envie de pleurer. Heureusement vlà ltrain qu'entre en gare, ce qui change le paysage. La foule parfumée dirige ses multiples regards vers les arrivants qui commencent à défiler, les hommes d'affaires en tête au pas accéléré avec leur porte-documents au bout du bras pour tout bagage et leur air de savoir voyager mieux que les autres.

Gabriel regarde dans le lointain ; elles, elles doivent être à la traîne, les femmes c'est toujours à la traîne ; mais non, une mouflette surgit qui l'interpelle :

"Chsuis Zazie, jparie que tu es mon tonton Gabriel.

– C'est bien moi, répond Gabriel en anoblissant son ton. Oui, je suis ton tonton."

La gosse se marre. Gabriel, souriant poliment, la prend dans ses bras, il la transporte au niveau de ses lèvres, il l'embrasse, elle l'embrasse, il la redescend.

"Tu sens rien bon, dit l'enfant.

– Barbouze de chez Fior, explique le colosse.

– Tu m'en mettras un peu derrière les oreilles ?

– C'est un parfum d'homme.

– Tu vois l'objet, dit Jeanne Lalochère s'amenant enfin. T'as bien voulu t'en charger, eh bien, le voilà.

– Ça ira, dit Gabriel.

– Je peux te taire confiance ? Tu comprends, je ne veux pas qu'elle se fasse violer par toute la famille.

– Mais,, manman, tu sais bien que tu étais arrivée juste au bon moment, la dernière fois.

– En tout cas, dit Jeanne Lalochère, je ne veux pas que ça recommence.

– Tu peux être tranquille, dit Gabriel.

– Bon. Alors je vous retrouve ici après-demain pour le train de six heures soixante.

– Côté départ. dit Gabriel.

– Natürlich, dit Jeanne Lalochère qui avait été occupée. A propos, ta femme, ça va ?

– Je te remercie. Tu viendras pas nous voir ?

– J'aurai pas le temps.

– C'est comme ça qu'elle est quand elle a un jules, dit Zazie, la famille ça compte plus pour elle."

 

                                                                       Raymond Queneau, Zazie dans le métro

                                                                       Les premières lignes.

23/04/2009

Voyage au bout de la nuit.

 

 

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Louis Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit.

 

« Parler de sa postérité, c’est faire un discours aux asticots. »

Une phrase et tout est dit. Voici l’ambiance du Voyage au bout de la nuit de Céline. Le livre le plus noir, le plus glauque, pessimiste, débile, monstrueux et visionnaire qu’il m’ait été donné de lire et probablement qui n’ait jamais été écrit.

L’atmosphère ? Un Kafka. Tout est absurde, l’homme est absurde. Et les mots se chargent de vous le faire comprendre poisseux, collant, gluant, mouvant comme la lise.

Mais avant de vous faire fuir, parlons un peu de l’histoire.

Ferdinand (… comme Louis-Ferdinand Céline ?), Ferdinand Bardamu est un jeune, un peu paumé sans réel travail, sans réelle occupation comme on en compta beaucoup à la veille de 1914.

Il se retrouve se jour là dans un café pour discuter avec un de ses amis, un copain de cours.

 " Ça a débuté comme ça. Moi, j'avais jamais rien dit. Rien. C'est Arthur Ganate qui m'a fait parler. Arthur, un étudiant, un carabin lui aussi, un camarade. On se rencontre donc place Clichy. C'était après le déjeuner. Il veut me parler. Je l'écoute. "Restons pas dehors ! qu'il me dit. Rentrons ! " Je rentre avec lui. Voilà. "

La discussion s’installe. Le ton bat fort comme entre jeunes étudiants. Et puis, la musique se met à résonner dans la rue. C’est le régiment qui passe. Le beau régiment en habit du dimanche, bien propre, avec toute la fanfare et un gradé en tête si fier et si confiant.

Cette musique… C’est le joueur de flute de Hamelin. Après avoir fait fuir les rats par son vacarme, elle attire les jeunes forces à la guerre, loin de leurs familles.

Ferdinand n’est pas différent des autres. Il veut bien porter ce bel uniforme, il suivrait cet officier n’importe où et il se laisse porter par la musique.

Il suit le régiment, il s’engage.

Mais la guerre est là. Saloperie, chienne affamée de chaire et de sang. En quelques semaines, Bardamu se retrouve sur le front. Quasi immédiatement, dans une patrouille de reconnaissance, son groupe de fait tirer dessus. On se cache vite derrière un arbre. Les balles sifflent, frôlent, se rapproches. Les Allemands visent mal semble dirent son colonel figé sur une petite éminence en train de regarder l’horizon. Il est fou celui-là qui paradait, déchainé plutôt. Cette boucherie, il l’attendait son colonel, maintenant il y est, il se régale, pendant que Ferdinand déguste. Il a peur, peur de la mort. Pas envie non plus de tirer sur des gens qui ne lui ont rien fait, des forgerons, marchands qui parlent juste une autre langue.

Un long sifflement, puis la lumière, la boue et le bruit fracasse tout. Est-il mort ?

Non, pas encore. Le temps de revenir à la raison, le temps que ça se calme.

C’était un obus. Son colonel est éparpillé en million de morceaux. Peut-être qu’il en a sur lui ? Un soldat proche de lui n’a plus qu’un trou baillant d’où le sang ruisselle à la place de la tête. Celle-ci se trouve quelques mètres plus loin.

La guerre. Cette boucherie. Mais pourquoi veulent-ils tous nous tuer, ceux d’en face, ceux qui nous dirigent ? Pourquoi ont-ils cette rage de nous envoyer nous faire ouvrir les tripes par les couteaux et les balles allemandes ?

Blessé, traumatisé, la guerre est finie sur le front pour Ferdinand. Il ne lui reste plus qu’à en mener une pour rester en vie dans les hôpitaux militaires, puis dans les colonies d’Afrique et aux Etats-Unis. Un combat fuite, une plongée dans le noir et la pourriture de l’espèce humaine, une vision pessimiste ou réelle que nous oblige à voir Louis Ferdinand Céline.

Anti-guerre, anticapitaliste, anti-colonisation, anti-esclavage, presque anarchique, Céline dénonce, brise, éclate et pense à l’envers cette machine à prendre, utiliser, jeter, remplacer les êtres humains qu’est la société.

Son style, ses mots, ses paroles choquent, c’est le Céline humain, celui qu’il faut retenir avant qu’il n’écrive Bagatelles pour un massacre notoirement antisémites.

 

 

 

 

Celine Louis Ferdinand

 

 « Allez-vous-en tous ! Allez rejoindre vos régiments ! Et vivement ! qu’il gueulait.
— Où qu’il est le régiment, mon commandant ? qu’on demandait nous...
— Il est à Barbagny.
— Où que c’est Barbagny ?
— C’est par là ! »
   Par là, où il montrait, il n’y avait rien que la nuit, comme partout d’ailleurs, une nuit énorme qui bouffait la route à deux pas de nous et même qu’il n’en sortait du noir qu’un petit bout de route grand comme la langue.
   Allez donc le chercher son Barbagny dans la fin d’un monde ! Il aurait fallu qu’on sacrifiât pour le retrouver son Barbagny au moins un escadron tout entier ! Et encore un escadron de braves ! Et moi qui n’étais point brave et qui ne voyais pas du tout pourquoi je l’aurais été brave, j’avais évidemment encore moins envie que personne de retrouver son Barbagny, dont il nous parlait d’ailleurs lui-même absolument au hasard. C’était comme si on avait essayé en m’engueulant très fort de me donner l’envie d’aller me suicider. Ces choses-là on les a ou on ne les a pas.
   De toute cette obscurité si épaisse qu’il vous semblait qu’on ne reverrait plus son bras dès qu’on l’étendait un peu plus loin que l’épaule, je ne savais qu’une chose, mais cela alors tout à fait certainement, c’est qu’elle contenait des volontés homicides énormes et sans nombre.
   Cette gueule d’État-major n’avait de cesse dès le soir revenu de nous expédier au trépas et ça le prenait souvent dès le coucher du soleil. On luttait un peu avec lui à coups d’inertie, on s’obstinait à ne pas le comprendre, on s’accrochait au cantonnement pépère tant bien que mal, tant qu’on pouvait, mais enfin quand on ne voyait plus les arbres, à la fin, il fallait consentir tout de même à s’en aller mourir un peu ; le dîner du général était prêt.

                                                                       Céline, Voyage au bout de la nuit.

 

 

- Oh! Vous êtes donc tout-à-fait lâche, Ferdinand! Vous êtes répugnant comme un rat...

- Oui, tout-à-fait lâche, Lola,  je refuse la guerre et tout ce qu’il y a dedans... Je ne la déplore pas moi... Je ne pleurniche pas dessus moi... Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu’elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tort et c’est moi qui ai raison, parce que je suis le seul à savoir ce que je veux: je ne veux plus mourir.

                                                                       Céline, Voyage au bout de la nuit.

 

“Figurez-vous qu’elle était debout leur ville, absolument droite. New York c’est une ville debout. On en a déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameuses même. Mais chez nous, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s’allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là, l’Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur.”

                                                           Céline, Voyage au bout de la nuit.

 

celine

 

17/03/2009

Bruges- la-Morte

bruges la morte2

 

George Rodenbach, Bruges-la-Morte

 

 

1892. La fin du siècle s’annonce à grand pas. A cette époque, on pourrait se demander s’il est humainement possible de créer des choses nouvelles. Les monarchies absolutistes sont tombées, les gouvernements démocratiques se sont mis en place après de multiples péripéties.

Le train s’est mis à rouler depuis quelques années. Balzac a créé le roman moderne, Hugo est au panthéon des grands hommes et Zola rayonne avec la Bête humaine.

Tout est fait pourrait-on dire. Pourtant, la rivière ne cesse pas de couler. Du neuf, toujours du neuf. Aujourd’hui, nous y gagnons l’automobile, le téléphone, internet. Camus, Sartre et Nietzsche sont passés par là. Mais en 1892, à la fin du beau siècle…

En fait, cette année-là, un petit Belge allait faire une percée à Paris. Qui ? George Rodenbach,

un de nos plus grands écrivains et poètes.

En effet, à cette époque, les lettres avaient besoin d’un peu de souffle. Les grands maitres commençaient à devenir trop présents et le public comme les auteurs cherchaient quelque chose de nouveau. Ce quelque chose, après le naturalisme de Zola, c’était peut-être le symbolisme ? Ce mouvement non plus fondé sur la description rigoureuse, le besoin de photographier par des mots mais basé sur les impressions. Tout y est voilé, diffus. Les contours deviennent troubles, un brin obscurs. Le roman devait cesser d’être une projection réaliste et devenir une sensation qui se propage dans le corps.

Le fon épousa la forme pour créer une atmosphère mystérieuse, incertaine, inconsciente et fascinante où l’idée prime sur le reste. « Vêtir l’idée d’une forme sensible… » dira Jean Moréas dans un Manifeste littéraire publié en 1886.

Le symbolisme ou l’empire des sens, des idées, c’est la voie de Rodenbach mais qu’en fit-il ?

Bruges-la-morte.

Hugues Viane était un homme marié, heureux, bourgeois comblé, respecté et surtout aimé.

Pour lui, la vie était un paradis. Il était constamment sur son petit nuage en voyage dans les plus villes avec sa femme. Malheureusement, le bonheur a une fin et plus triste encore est la fin de celui de ce cher monsieur puisque sa tendre épouse est décédée après dix ans d’un mariage parfait.

Hugues est veuf, veuf, le veuf… Chagrin, désespoir, mélancolie, tous les maux se sont abattus sur lui. Il sombre lui qui a maintenant perdu son seul pilier. Le deuil, voilà tout ce qu’il lui reste. Le deuil, dans l’attente de rejoindre celle qu’il pleure tant. Il ne vit déjà plus. Son corps bouge et respire mais son esprit est déjà ailleurs.

Le deuil d’une vie. Une vie de deuil. Pour sa tristesse, il fallait qu’il parte, qu’il quitte tout. Le temps d’un souvenir. Une ville flamande visitée il y a longtemps. Une ville, morte elle aussi depuis que le sable l’a envahie. Bruges. Bruges-la-Morte.

Cela fait cinq années maintenant qu’Hugues réside quai du Rosaire. Reclus, triste, il se lève chaque jour pour faire ses dévotions, tel un prêtre, devant les reliques qu’il garde de sa femme. Un tableau, une robe, un bijou, l’ombre restée en suspend dans un miroir et cette tresse de cheveux. Ces cheveux, qui semble tellement vivant, tellement bond dans leur bulle de verre. Mais elle est morte, ce sont ceux d’une morte.

Bientôt, ce sera l’heure de sa promenade. Il va errer dans la ville où tout le monde reconnaît le veuf. Il va se fondre dans cette ville éteinte, dans cette ombre omniprésente et dans la vapeur des canaux. Ses pas résonneront contre les murs accompagnés par le tintement des cloches et le silence dévorant. Les hautes et les statues usées veilleront sur lui. Bruges le guide, Bruges le fait vivre, Bruges est sa femme en pierre, en souffle, en impression mais tout aussi morte.

Hugues va encore errer ce soir, ce qu’il ne sait pas, c’est qu’un éclat d’or va attirer son regard vide. Une chevelure blonde va inonder son regard. Serait-il possible qu’elle soit vivante ? Non bien sûr. Et pourtant, elles se ressemblent tellement. Il la suivra, et…

 

Un auteur ? Un écrivain ? Non Rodenbach est un poète, son texte est fait d’une magie intrigante et merveilleuse où le lecteur se perd entre les mots et les idées. Le texte semble disparaître et glisser dans les veines du lecteur qui n’a plus qu’à se laisser bercer et guider dans ce mélange de sensations.

La littérature belge existe, à ces grands noms et s’exporte très bien à l’étranger. Rodenbach fait partie des tous grands écrivains-poètes belges, européens et mondiaux. A vous de le découvrir mais soyez prudent en choisissant votre édition car la magie de Bruges-la-Morte, ce sont également c’est photographie d’époque si bien intercalées entre les phrases. Cette sensation visuelle qui vient renforcer le voyage spirituel.

Bonne lecture.

 

Ecrivain89-Quentin

 

bruges la morte

 

27/02/2009

Les Chevaliers de la Table Ronde

Chrétien de Troyes Perceval

 

Chrétien de Troyes, Les Légendes Arthuriennes.

 

La France et l’Angleterre.

Tout un passif de guerres, de conquêtes et de sang. Alliés, ennemis, marchant sur les nations étrangères, s’entretuant, guerroyant sans cesse sur terre et sur mer.

On pourrait s’arrêter sur cette image. Deux pays, toujours des problèmes.

On pourrait s’arrêter là et dire que c’est peut-être le seul pont qui relie ces deux terres séparées par la mer. Par chance pourtant, leurs habitants ne sont pas tous des guerriers.

Il y a des marins, des ingénieurs saugrenus qui creusent des tunnels sous l’eau, des pilotes d’avions, tous qui contribuent à rapprocher les deux peuples en dehors des champs de bataille. Mais savez-vous ce qui le plus unis ces deux pays et fait oublier tout le reste ?

C’est La Plus Grande, La Plus Merveilleuse, La Plus Belle Légende d’Occident, La Légende d’Arthur Pendragon.

Je l’affirme et en même temps je dois immédiatement me rétracter pour deux raisons.

D’abord parce que la légende d’Arthur, ça n’existe pas. Il faut parler des légendes d’Arthur.

La distinction est importante, primordiale. Savez-vous combien d’auteurs ont travaillé dessus ? Combien d’épisodes, de personnages, de continuations les uns des autres ces érudits ont créés ? Suffisamment pour qu’il soit impossible de tous les citer, suffisamment pour que personne ne puisse dire : «  je connais l’histoire de ceux de la Table Ronde » ; suffisamment pour pouvoir se contredire, suffisamment pour qu’une histoire véritable soit impossible à établir définitivement.

C’est affreux car ça ne nous laisse que deux perspectives. Soit nous lisons une version plus récente mais tronquée, raccourcie, reformatée et plus ou moins vraie, soit nous n’aurons jamais le temps que de lire quelques épisodes épars qui ne sont que des flashs, de rapides aperçus de la Cour d’ Arthur.

Dilemme.

Ensuite, outre ce fatras impossible à dépêtrer de légendes se pose ma seconde erreur. Je n’ai parlé que de la France et de La Grande Bretagne. Par là, j’ai complètement sauté les versions Italienne, Espagnoles et Allemandes.

On fait le compte  et je parie qu’on peut recouvrir toute la Manche en rassemblant les pages de ces légendes qu’on appelle La Matière de Bretagne – on devrait dire des Bretagnes puisque les histoires se déroulent aussi bien dans l’insulaire que sur la continentale.

La matière de Bretagne semble inspirée d’un roi  qui vécu au environ du Ve siècle après Jésus Christ. A cette époque c’est la chute de l’Empire Romain d’Occident  avec pour conséquence un affaiblissement terrible des défenses des régions frontalières. En Bretagne, la perte du soutien de Rome met directement les habitants aux prises avec la descente des Saxons.

La guerre fait rage. C’est à ce moment qu’on commence à conter les hauts faits d’un roi qui combattit la menace sans relâche.

Le temps passe, les siècles s’écoulent. Ce qui était un récit guerrier devient une légende à conter au coin du feu, toujours plus belle, toujours amplifiée.

A partir de là, attendez qu’on couche ces légendes des longues veillées sur le papier et commencez à lire. Vous n’aurez qu’à choisir la date et l’auteur.

Pourtant, il y a un nom qui revient sans cesse si on se plonge dans la matière de Bretagne : Chrétien de Troyes.

Etant donné qu’il est francophone, considéré comme un de nos premiers grands écrivains et que ses textes ont illuminés toutes l’Europe du XIIe siècle jusqu’à nos jours, je commettrai grand péché de ne pas vous en parler.

En tout, il est responsable de six romans de la Tables Rondes : Tristan et Yseult, Erec et Enide, Cligès ou la fausse morte, Lancelot le chevalier à la charrette, Yvain le chevalier au lion et Perceval ou le roman du Graal.

Barrez le premier qui s’est perdu, il ne vous reste que cinq ouvrages à lire, l’histoire de cinq des meilleurs chevaliers de la table ronde.

En temps normal, après les éléments historiques, je vous retiens encore par une petite introduction à l’histoire. Comprenez mon malaise quand, je n’ai presque aucun élément pour relier mes cinq histoires.

Pourtant, toutes commences de la même façon ou presque.

En ce temps là, le roi Arthur tenait sa Cour dans un de ses innombrables châteaux. C’était le rendez-vous de tous les nobles cœurs. Chevaliers de toutes contrées venaient pour les seuls privilèges de voir un tel souverain, de se joindre au preux de la tables rondes, de jouter en tournoi. C’était aussi le rendez-vous des rois de tous pays, car il n’y avait en cette époque monarques plus puissant, plus appréciés et plus respectés qu’Arthur.  C’étaient enfin, le lieu qui attirait les poètes, les écrivains, les artistes mais surtout les jeunes filles parmi les plus belles, certaines de toujours y trouver joie et protection car les chevaliers du roi n’avaient d’autres buts que de préserver la paix, combattre l’injustice et par-dessus tout remplir les désirs de leurs dames.

Regardez-les qui chantent, dansent, joutent tous ensemble dans l’allégresse. Comment expliquer que le monde soit si sombre que l’un d’eux sera bientôt appeler à l’extérieur.

Il devra rompre des maléfices, sauver sa dames, vaincre les félons.

Lancelot partira sur les traces de Méléagant qui enleva la reine Guenièvre.  Yvain devra secourir la dame sans chevalier près de la pierre qui fait vivre la tempête. Gauvain, le plus grand des chevaliers et le moins prompts à se battre partira rétablir son honneur en duel, lui qu’on accuse en terre lointaine.

Et puis, il y a Perceval le Gallois, le chevalier errant torturé entre sa quête des honneurs, son amour pour son amie et sa quête de Dieu. Lui qui n’a pas parlé, effacera-t-il ses péchés et trouvera-t-il une seconde fois le château qui abrite La Coupe Sainte et La Lance Qui Saigne, la demeure du roi pécheur.

 

Le démon qui plane sur les légendes Arthuriennes, je l’ai dit c’est l’innombrable quantité de textes et d’auteurs. Chacun a apporté sa touche à chaque époque. Robert Wace, Eschenbach, Robert de Boron. La matière de Bretagne, c’est un peu Internet avant l’heure. Il ya une entité difficile à calculer et à définir que tous composent. Les auteurs individuels comptent moins que la matière collective.

Chrétien de Troyes, c’est le retour aux sources de la littérature française. En le lisant, vous ne ferez pas que traverser les siècles, vous plongerez dans une fontaine de jouvence car pour trouver l’originalité dans la littérature, le moyen le plus simple est encore de se tourner vers ceux que tous ont ensuite tenté d’imiter.

A lire, lire, lire et relire !

 

Quentin

 

Chrétien de Troyes Cligès

 

20/02/2009

Macbeth

Macbeth2


 

William Shakespeare, Macbeth     

 

La légende veut que vous évitiez de prononcer le nom de cette pièce avant de la jouer sous peine de grands malheurs. Est-ce à dire qu’elle est terriblement maléfique ?

A la lecture, la question peut se poser.

 

Début du XIe siècle, l’Ecosse. Le noble roi Duncan, juste, droit et bon voit son royaume déchiré par la révolte et la guerre. Sa bonté d’âme lui a valu le soutien du peuple mais ses vassaux n’y trouvent qu’une occasion de prendre le pouvoir.

Peu habile à la guerre, trop prompt à la paix, le roi d’Ecosse n’a plus qu’un seul atout dans sa manche, ses deux capitaines les plus brillants Macbeth et Banquo.

Macbeth, c’est un peu l’opposé de son souverain. Il est peut être lui aussi respecté, mais il est surtout craint pour sa cruauté, sa violence et sa soif guerrière.

En sous nombre, les troupes Ecossaises régulières ont à lutter contre les insurgés régulièrement approvisionnés en hommes par des voisins Irlandais, intéressés à l’idée de prendre une part du gâteau. Pourtant, il semble qu’une cause juste soit bénie car finalement dans un ultime assaut, dans un bain de sang, dans une boucherie sanglante, le soldat héros parvient à mettre l’armée ennemie en déroute et à décrocher de ses épaules la tête de son ennemi. Fanfare, liesse, joie… La guerre est finie.

Sur le chemin du retour, Macbeth et Banquo chevauchent côte à côte à travers bois lorsqu’ils finissent par tomber sur trois sorcières. Elles s’adressent à Macbeth.

 

MACBETH

Parlez, si vous pouvez ; qui êtes-vous?

PREMIÈRE SORCIÈRE

Salut, Macbeth! salut à toi, thane de Glamis!

DEUXIÈME SORCIÈRE

Salut, Macbeth! salut à toi, thane de Cawdor!

TROISIÈME SORCIÈRE

Salut, Macbeth, qui seras roi un jour!

BANQUO

Mon bon seigneur, pourquoi tressaillez-vous, et semblez-vous craindre des choses dont le son vous doit être si doux?—Au nom de la vérité, êtes-vous des fantômes, ou êtes-vous en effet ce que vous paraissez être? Vous saluez mon noble compagnon d’un titre nouveau, de la haute prédiction d’une illustre fortune et de royales espérances, tellement qu’il en est comme hors de lui-même ; et moi, vous ne me parlez pas : si vos regards peuvent pénétrer dans les germes du temps, et démêler les semences qui doivent pousser et celles qui avorteront, parlez-moi donc à moi qui ne sollicite ni ne redoute vos faveurs ou votre haine.

(Macbeth a déjà le titre de Glamis, le titre de Cawdor était détenu par un des insurgés)

PREMIÈRE SORCIÈRE

Salut!

DEUXIÈME SORCIÈRE

Salut!

TROISIÈME SORCIÈRE

Salut!

PREMIÈRE SORCIÈRE

Moindre que Macbeth et plus grand.

DEUXIÈME SORCIÈRE

Moins heureux, et cependant beaucoup plus heureux.

TROISIÈME SORCIÈRE

Tu engendreras des rois, quoique tu ne le sois pas. Ainsi salut, Macbeth et Banquo!

 

L’esprit est une boite noire où s’agitent les plus folles idées surtout lorsque les deux chevaliers rencontrent des messagers envoyés par le roi qui annoncent à Macbeth sa nomination au titre de Cawdor. La prophétie des sorcières semble se réaliser. Il ne lui reste plus qu’à être roi. Mais un roi, il y en a déjà un. Et si…

Evidemment, une solution, il y en a une. Le brouillard monte, la lumière décroit et Macbeth entre dans la longue grotte qui le mènera en enfer.

Encouragé par sa femme, il tue Duncan. Mais ce ne sera que le premier d’une longue série.

S’il a obtenu le pouvoir, il doit maintenant à la fois le conserver et faire face à ses remords, à ses fantômes et à ses démons.

 

De l’avis des experts, Macbeth est la pièce la plus sombre de Shakespeare. Pour le savoir, il faudrait avoir tout lu, aussi contentons nous de dire que l’obscurité y est totale, quasi permanente. Une chape de plomb règne sur ces personnages accablés par la tension entre leur instinct et leur devoir, leur vouloir et leur pouvoir.

Car Macbeth qu’est ce que c’est ? Un vassal puissant qui depuis toujours est capable de prendre possession du trône. Une capacité qui lui est révélée par sa rencontre avec les sorcières. Sont-elles matérielles dans la pièce, dans la vie elles ne seraient qu’un instant de frisson, une prise de conscience folle. Dès lors, le personnage se déchire, se dédouble, se bat en duel avec lui-même. Il a le pouvoir d’être roi, mais c’est contre sa loi, sa volonté de commettre un acte aussi crapuleux, d’assassiner son souverain. Il peut mais le veut-il ?

Si Macbeth est capable de prendre le trône. C’est à la descendance de Banquo qu’il est assuré de perpétuer la charge. Le chevalier, héros sanguinaire a pris et maintenant il doit affronter son remord et assurer ses acquis.

Le chevalier héros pouvait prendre la charge, pouvait-il l’assumer ?

 

Une fenêtre sur la noirceur, sur les ténèbres, une fenêtre en mouvement continu sondant le mal de l’homme, le mal de la société. Une pièce qui subjugue par l’affreux, l’inconnaissable, le déréglé, la folie, la mort et le sang.  Une pièce qui magnétise par le cauchemar, par ce rêve haïssable, par sa tension nerveuse. On plonge au contact du Mal absolu, si absolu qu’il en devient séduisant, d’une beauté infernale. Subjuguer et paralyser dans l’éclatante noirceur des ténèbres.

 

(On entend derrière le théâtre des cris de femmes.)

SEYTON

Ce sont des cris de femmes, mon bon seigneur.

MACBETH

J’ai presque oublié l’impression de la crainte. Il fut un temps où mes sens se seraient glacés au bruit d’un cri nocturne ; où tous mes cheveux, à un récit funeste, se dressaient et s’agitaient comme s’ils eussent été doués de vie : mais je me suis rassasié d’horreurs. Ce qu’il y a de plus sinistre, devenu familier à mes pensées meurtrières, ne saurait me surprendre.     —D’où venaient ces cris?

SEYTON

La reine est morte, mon seigneur.

MACBETH

Elle aurait dû mourir plus tard : il serait arrivé un moment auquel aurait convenu une semblable parole. Demain, demain, demain, se glisse ainsi à petits pas d’un jour à l’autre, jusqu’à la dernière syllabe du temps inscrit ; et tous nos hier n’ont travaillé, les imbéciles, qu’à nous abréger le chemin de la mort poussiéreuse. Éteins-toi, éteins-toi, court flambeau : la vie n’est qu’une ombre qui marche ; elle ressemble à un comédien qui se pavane et s’agite sur le théâtre une heure ; après quoi il n’en est plus question ; c’est un conte raconté par un idiot avec beaucoup de bruit et de chaleur, et qui ne signifie rien.

 

macbeth

 

William Shakespeare

william_shakespeare

Pièce disponible en ligne sur Wikipédia

11/02/2009

Hugh Laurie, Tout est sous contrôle

Tout est sous contrôle

 

Hugh Laurie, Tout est sous contrôle.

 

 

Soyons clair. De deux choses: l’une, j’adore regardé Docteur House à la télévision ; la seconde, je n’en reste pas moins critique.

En vérité, je me baladais au hasard des magasins lorsque je suis tombé sur cet ouvrage.

Vous auriez vu la couverture et toute la publicité faite autour, vous n’auriez eu comme moi qu’une seule envie, l’acheter pour pouvoir en faire la critique absolument négative le plus vite possible.

Malheureusement ou heureusement, on ne fait que ce qu’on peut, pas ce qu’on veut.

Aujourd’hui, après la lecture du livre et la recherche d’information chez l’éditeur, je dois m’incliner à vous présenter Tout est sous contrôle d’Hugh Laurie sous le jour le plus positif qu’il soit.

Oubliez tout, plongez-vous dans les rues de Londres. Vous avez changé d’identité. Vous vous appelez désormais Thomas Lang, vous êtes un ancien militaire de la Garde Ecossaise aujourd’hui complètement paumé, endetté, buveur, fumeur, solitaire et n’entretenez de rapports qu’avec une moto Kawasaki. Pas très encourageant votre vie.

Attendez que je vous raconte la suite. Il y a pas longtemps un type complètement schizophrène vous a contacté pour que vous lui serviez de garde du corps dans une excursion aux Pays-Bas. Faut bien gagner un peu d’argent de temps en temps, vous l’avez accompagné même s’il y avait autant de chance que votre employeur soit en danger que de voir E.T. débarquer dans sa soucoupe. Le moins qu’on puisse dire c’est que ça ne risquait pas d’être au dessus de vos compétences. Là où la situation a commencé à vous ennuyer c’est quand quelqu’un que vous ne connaissez pas vous a invité à le rejoindre au bar de l’hôtel.

Etait-ce l’heure invraisemblable du rendez-vous ou le tarif des boissons. Vous saviez que vous n’auriez pas affaire à n’importe qui.

Vous avez bu un verre, discutez et puis c’est là, à cet instant précis qu’il vous l’a demandé.

Il a sorti une enveloppe avec des photos d’un type à abattre et une liasse de billets.

La question maintenant, c’est de savoir si le personnage que vous incarnez est un type bien ou pas. Enfin personne n’est blanc ou noir. C’est une nuance de gris. Alors, étiez-vous Gris Clair ou Gris Foncé.

Faut voir. Parce que si vous avez déclinez la proposition (Félicitation !), vous avez quand même broyé les … du donneur de rendez-vous. Vous pourriez toujours prétendre que vous avez sauvé la vie d’un type et jouez le rôle du glaive de la justice s’abattant sur … -vous m’avez compris…

Là où j’ai moins tendance à vous prendre pour un ange, c’est quand trois jours plus tard vous vous retrouvez en pleine bagarre dans la maison de la personne qu’on vous proposait d’assassiner. Quelque chose à répondre ?

 

Polar, plutôt thriller, j’ai lu thriller humoristique quelque part mais ce n’est plus de l’humour, c’est de l’ironie, du sarcasme, de la répartie comme on en voit qu’à la télé en période Housienne. Je suis sous le charme. Ce roman va faire du bien à la réputation des acteurs. Pour une fois, on ne pourra pas dire qu’ils n’ont rien dans la cervelle. Non seulement, l’histoire tient la route mais elle est bien ficelée.

Qui plus est, on a enfin la réponse à la question pourquoi Hugh Laurie est si bon dans son rôle de médecin diagnosticien sur le petit écran. Tout simplement parce que si je n’irais pas jusqu’à dire qu’il est comme House, il a crée un personnage roman identique à lui en caractère : solitaire, sombre, sarcastique, froid, blasé. Finalement, Thomas Lang vs Docteur House, une seule différence au tableau leur job.

Mais je vous sens déjà en train de ruminer derrière votre écran. Avec des idées en tête. Primo, si les deux personnages sont les mêmes, c’est forcément que l’un est inspiré de l’autre.  

Secundo, si la première hypothèse est vraie, lequel est le reflet duquel ?

Tertio, quelque soit la réponse à la question précédente les mots escroqueries, arnaques, triches… vous viennent à l’esprit.

Bon ! Remettons de l’ordre dans tout ça. Je pensais comme vous avant mes recherches mais on s’est joliment trompé.

Tout d’abord, sachez que Hugh Laurie a écrit son roman en 1996 sous le titre original The Gun Seller (Le Marchand d’armes). Ce qui vous empêchera de penser qu’il se sert de son rôle dans la série pour générer quelques droits supplémentaires. Et donc la seule raison de lui en vouloir c’est de ne pas avoir écrit plus alors qu’il a la plume dans la tête.

Maintenant que j’ai rétabli Saint Docteur House sur son piédestal, il ne faudrait pas déboulonner la série pour violation de droits d’auteur. N’oubliez pas que le scénario date d’avant le recrutement de Mister Laurie dans le rôle du Docteur. Le réalisateur ne voulait pas un Anglais pour le rôle. Qu’on est pioché dans son livre est moins vraisemblable que de dire que l’acteur a transmis sa personnalité aux personnages et ses idées aux scénaristes.

Je vous l’ai dit, en achetant ce livre, je voyais déjà tout le plaisir que j’aurais pris à taper sur les doigts de quelqu’un en en faisant la critique. Pas de chance. Et si j’ai bien envie de sortir un mauvais mot à propos d’Universal et des éditions Sonatine, l’un pour utiliser un livre pour vendre des Dvd’s, l’autre pour utiliser l’image d’une série TV pour lancer un livre après 13ans et sans prendre de risques, je m’en abstiendrai puisque je risquerais de vous faire passer à côté d’un bon moment de lecture.

A toutes et à tous, passez ce dégoutant mur de graisse médiatique et vous découvrirez un roman qui vaut la peine d’être lu alternant entre suspens et crise de fou rire.

Bonne lecture !

 

Ecrivain89- Quentin

 

Gun seller

 

Hugh Laurie

 

04/02/2009

Gargantua

gargantua

 

François Rabelais, Gargantua

 

Gargantua

La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composée par M. Alcofribas Nasier (François Rabelais), abstracteur de quinte essence.

 

Aux Lecteurs

 

Amis lecteurs, qui ce livre lisez,

Despoûillez vous de toute affection,

Et le lisants, ne vous scandalisez :

Il ne contient mal ne infection.

Vray est qu’icy peu de perfection

Vous apprendrez, si non en cas de rire ;

Aultre argument ne peut mon cueur elire,

Voiant le dueil qui vous mine et consomme :

Mieulx est de ris que de larmes escrire,

Pource que rire est le propre de l’homme.

Vivez joyeux.

 

 

Qui connaît Rabelais ? Tout le monde. Son Pantagruel, son Gargantua sont universellement connu. Mais quel sens faut-il donner au mot « connaître » ?

Au minimum, on peut dire que c’est « avoir entendu parler », généralement, « avoir étudié il y a longtemps », mais c’est relativement rare de croiser quelqu’un en rue qui puisse affirmer « je l’ai lu, je sais ce que c’est ».

Dans le cas de Gargantua, faire la distinction entre ces trois possibilités, c’est faire la distinction entre l’imagerie populaire, l’imagerie scolaire et la juste vérité.

En se plaçant dans le premier cas, je vous invite à voir Rabelais comme un chantre de la paillardise, de l’ivrognerie, de la crasse, de la bouffe juteuse et grasse, de la démesure.

Pas de quoi avoir envie de s’y mettre, pas de quoi tenter les âmes sensibles.

Néanmoins, en faisant un petit retour par l’école, souvenez-vous de ces heures d’études de textes, longues, interminables, soporifique. Tout çà pourquoi ? Parce qu’on n’aime pas le prof, le texte, le curetage des mots ou tout simplement parce qu’on a envie de faire autre chose.

Toujours est-il qu’à cette époque, Rabelais vous semblait plus sérieux et plus sage. De quoi tenter les têtes bien pensantes. Malheureusement, elles seront tout aussi déçues.

Pourquoi ? Pour la simple raison que si Gargantua est le texte d’un humaniste, d’un médecin, d’un ecclésiastique et donc de quelqu’un d’instruit, sage et savant, nous n’en sommes pas moins au début du XVIe siècle, dans les années 1534, à peine à la sortie du Moyen Age.

Ce qui est un élément pour expliquer cette « paillardise ». Rappelez-vous des Contes de Canterbury, auxquels j’ai consacré un article, c’était un siècle plus tôt en Angleterre et un certain Geoffrey Chaucer s’en donnait à cœur joie pour dépeindre aussi bien l’amour platonique que…

Outre le décalage temporel, un autre raison qui participe à la réputation du Gargantua, est que l’ouvrage a été écrit dans un esprit de parodie par rapport à ce qui se faisait ou avait été fait. On quitte l’épopée et les mythes des bons chevaliers pour retrouver un prince géant faisant son éducation culturelle et militaire en adaptant ce qui doit être adapté.

Une parodie, c’est un objectif clair : faire rire. Force est de la reconnaître et force est de dire que cette seule raison doit déjà vous inciter à le lire.

Pourtant, si page 1 « Rire est le propre de l’homme », l’ambiance joyeuse de Gargantua, ça rassura les âmes pieuses, n’est qu’un coup en traitre pour faire rentrer dans la caboche du lecteur, à son insu, sagesse, philosophie, réflexion et les grandes idées des philosophes du temps (Erasme ou More en tête). Rire et penser.

 

En ce qui concerne l’histoire, on a récemment découvert (par rapport à 1534) un immense tombeau en France. Explorant ce lieu incroyable, oublié depuis la nuit des temps, un érudit nous rapporte l’existence d’un livre non moins gigantesque rapportant les hauts faits et l’histoire d’une lignée de géants, rois du Peuple des Dipsodes.

Parmi eux figurent Grandgousier (traduisez par Grand gosier ; non reçu à sa naissance pour sa capacité à enfourner le boire et manger) et sa femme Gargamelle enceinte depuis onze mois (que voulez vous, qualité et gigantisme ça met du temps).

Nous sommes le troisième jour de février, à ce moment de l’année, le roi vient d’ordonner l’abattage des cochons. C’est un rituel annuel. Une grande partie des viandes seront salées pour leur conservation dans les mois à venir tandis que tout ce qu’on ne peut garder aussi longtemps devra être rapidement mangé pour éviter le gaspillage (on parle des tripes).

C’est l’occasion de fêtes, festins, festoyages à n’en plus finir. Le vin coule et les tables sont remplies dans la plus parfaite bonne humeur. L’occasion peut-être pour un géant de naître ?

Evidemment mais il ne le fera pas de n’importe quelle manière mais de cela je vous garde le plaisir de le lire. Toujours est-il qu’une fois né, contrairement aux autres nourrissons, il ne criera, ni ne pleurera mais hurlera « A boire ! ».

Le bonhomme Grandgousier, qui buvait et mangeait, et s’amusait, en entendant les cris horribles de son fils qui demandait à boire, dit alors : « Que grant tu as ! (sous entendu le gosier). Ce que les oyants et assistants dirent que vrayement il debvoit avoir par ce le nom Gargantua.

A présent que le mythe est né, comme sa croissance, son éducation et ses aventures.

Ces derniers sont truculentes mais je ne peux hélas, c’est regrettable, les dire ici sans vous faire perdre le plaisir de lire. Apprenez seulement qu’entre autres faits, il volera les cloches de Notre Dame de Paris pour les faire porter à son cheval, noiera la foule sous un flot d’urine ou encore, que sa monture gigantesque voulant se débarrasser des mouches qui l’embêtaient les massacra à coup de queue et par la même occasion déboisa toute une région.

Du coté de la sagesse, elle n’est jamais loin du rire, de la satire, de la remarque désobligeante sur son siècle, ses hommes et ses institutions. Un peu de patriotisme français, un coup de poignard contre l’Empire (le Saint Empire Romain mené par Charles V est en guerre perpétuelle avec le roi François premier ; on se trouve quelque années après la défaite des Français à Pavie et la prise d’otage du roi de France par l’empereur).

Rajoutez des boulets rouges contre les moines, les avocats, les juges,  les mauvais rois, les assoiffés de pouvoirs, l’enseignement au par cœur tout à fait inutile et abrutissant du Moyen Age et j’en passe pour arriver aux utopies : celle du royaume heureux et paisibles de Gargantua et Grandgousier et celle de l’abbaye de Thélème, lieu d’enseignement et son « Fais ce que plaira »

Rire et penser. Penser en riant. Rire en pensant. Cherchez l’un vous bénéficierez toujours de l’autre. C’est ça le plaisir de lire Gargantua et vous le multiplierez à l’infini en choisissant de le lire en ancien français, texte d’origine.

A lire absolument !

Bonne lecture.

 

Ecrivain89- Quentin

 

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François Rabelais

 

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29/01/2009

Le Docteur Faust

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Christopher Marlowe, Docteur Faust

 

Connaissez-vous Christopher Marlowe ? Peut-être pas et pourtant…

Si vous êtes cinéphile et que vous avez le sens du détail, vous vous souviendrez peut-être de son apparition dans le film « Shakespeare in love » où on le retrouve en grand rival sur les planches des théâtres du célèbre dramaturge. Et pour cause, bien que je ne sois pas informé d’une rivalité ou d’une discorde entre les deux hommes, je peux vous dire que Shakespeare et Marlowe sont nés la même année en 1564 et se sont plus que probablement rencontrés dans l’âge d’or du théâtre élisabéthain. Pourtant, vous ne vous souvenez que du premier et c’est à peine si on entend parler du second. La raison de ce décalage ne réside certainement pas dans la qualité mais plutôt dans la longévité et la publicité dont ont bénéficié ces personnages.

En effet, alors qu’un Shakespeare a joui d’une vie relativement longue et a eu le temps de mettre sur pied une kyrielle de pièces, son homologue s’est éteint à l’âge de 29 ans aux cours d’une rixe dans un bar. Mort jeune, il aura exercé sept années durant dans les théâtres londoniens pour mettre au point sept pièces abouties.

Un autre raison de la primauté de Shakespeare et de l’oubli de Marlowe chez nous tient au fait que les deux auteurs ont longtemps été délaissé jusqu’au jour où un certain Voltaire, passant par là, se mit à lire Shakespeare et à en faire des critiques toute plus mauvaises les unes que les autres. Ce qui n’eut pour résultat que de faire connaître Hamlet, Macbeth ou le Roi Lear de ce côté de la Manche et de lui rendre un souffle de jeunesse.

Mais revenons-en à Christopher Marlowe, auteur surprenant qui justifie la mauvaise réputation des comédiens à propos de leur vie de bâton de chaise. On le dit espion, athée déclaré, proche des libres-penseurs, amateur d’alcool et de garçons… en bref, il a tout pour déplaire dans une époque où on vient juste de passer à la Réforme dans le Nord de l’Europe et de créer l’Inquisition dans le Sud.

Pourtant, si un homme pareil risque le bucher à chaque coin de rue pour ses idées ou ses mœurs, il n’en a pas moins du succès avec ses pièces, non moins dérangeantes ou dérangées, comme Le Docteur Faust.

L’histoire du Docteur Faust de Marlowe n’est pas l’original, elle s’inspire du récit d’un moine allemand, récit tiré de la vie d’un personnage réel et écrit pour mettre en garde les fidèles contre les dangers de l’impiété. On peut se demander comment un thème pareil a pu convenir à Marlowe, attendez de connaître plus en détail la terrible histoire du Docteur Faust.

Cette homme est un savant, un érudit, un docteur, dans le sens d’enseignant, à l’université de Wittenberg (celle-là même où un certain Luther enseignait). Cultivé et parvenu à s’installer dans la vie, au début de la pièce, il réfléchit sur ses connaissances, sur ce qu’elles ont de vrais, de valables et ce qu’elles peuvent lui apporter. Il délaisse alors les sciences qui ne lui ont rien apportés de probant avant de se pencher sur la théologie. Qu’est-ce que Dieu ? Que peut-Il ? Quel pouvoir a-t-Il ? Désabusé, Faust n’y croit pas, Faust n’y croit plus et quand il veut bien croire, il ne fait plus confiance à ces hommes d’Eglises qui interprètent, écrivent, réécrivent, réinterprètent. Si Dieu existe, il est injoignable, inaccessible ou inutile pour lui.

Que lui reste-il ? Les sciences occultes. La magie noire pour le faire briller. Car Faust voit sa vie passée et ce qu’il lui reste. Il veut le pouvoir, il veut s’amuser.

C’est le début de l’immersion du bon docteur dans l’ombre. Il essaie, tente, et un peu par hasard, un peu par génie, il finit par prendre contact avec Méphistophélès, un des agents du Diable, de Satan, l’ange de Dieu déchu. Manipulé, perverti, floué, aveuglé par ces démons, Faust finit par voir en eux la concrétisation de tous ses rêves.

Il grille déjà en enfer sans le savoir. Sourd aux appels de sa conscience, rejetant Dieu, il signe un pacte avec Le Malin.

En échange de 24 années durant lesquelles Méphistophélès devra le servir nuit et jour et exaucé ses vœux, le docteur Faust livre son âme au Diable.

Commence, les aventures de Faust dont on se demande s’il profite véritablement et commence le compte à rebours vers une fin prédite où l’âme du docteur sera emportée par les serviteurs de Satan.

 

Bonne lecture!

 

Ecrivain89- Quentin

 

Marlowe

 

 

24/01/2009

Le Prince de Nicolas Machiavel

le prince

 

Nicolas Machiavel, Le Prince

 

Pour cet ouvrage mondialement connu, je ne peux me fixer que trois objectifs durant ma présentation. Tout d’abord, il faut casser le mythe de ce qu’on appelle le machiavélisme. Ensuite, je devrai mettre ce même mythe en valeur. Et enfin, je dois expliquer toute l’importance et toute la modernité de l’esprit de Machiavel.

 

Commençons en Italie au crépuscule du Quattrocento. A cette époque, la Botte ressemble à un grand puzzle. C’est qu’à cette époque l’Italie n’existe pas encore (il faudra encore attendre jusqu’en 1861). Il ne s’agit là que d’un ensemble de petits Etats tournants autour de cités ou de provinces comme le Duché de Naples, la République de Venise, la République de Florence ou les Etats Pontificaux.

Désunis, tous ses petits Etats se font la guerre les uns aux autres avec parfois l’aide d’un puissant allié étranger comme le Roi de France, le Roi d’Espagne ou l’Empereur du Saint Empire.

C’est dans cette ambiance tendue où la péninsule ne sera qu’une terre de convoitise pour ses voisins que va naître et vivre Nicolas Machiavel. Homme politique, il mènera loin sa carrière jusqu’au plus aux échelons de la ville de Florence jusqu’à ce que la ville soit conquise par les armées pontificales. Le fonctionnaire, secrétaire des Dix de la Liberté est stoppé net, renvoyé, déchu et exilé mais loin de céder à la colère, il décide de rentrer en grâce par de grands traités sur la manière de diriger qu’il adresse directement au à Laurent de Médicis (Laurent le Magnifique), le nouveau maitre de la ville.

Quelles sont ses vues ? Refaire de l’Italie une puissance Européenne, unie et capable de tenir tête à ses voisins. Pour ce faire, il s’en remet au Médicis qui doit impérativement par la ruse ou par la force réunir sous sa coupe tout la péninsule ; les traités de Machiavel, « homme ayant acquis de l’expérience utile au fil du temps seront là pour le guider ».

Cassons directement le mythe, la politique de Machiavel n’est pas seulement une politique démoniaque, manipulatrice et calculatrice, c’est un esprit d’union et à ce titre l’auteur florentin sera longtemps considérer comme un des pères de la nation.

Penchons-nous sur le livre. Chapitre 1 : Combien de monarchies il y a et comment elles s’acquièrent ?  Très intéressante entrée en matière qui sera bientôt suivie par un chapitre intitulé « Comment rester au pouvoir ? ». Disons le d’avance : on ne lit pas Le Prince par plaisir. D’abord parce que ce n’est pas un roman mais bien un traité de politique du début du XVIe siècle, ensuite parce qu’il ne s’agit pas de faire beau et fleuri mais de décrire la réalité du monde et comment gagner des points dans semblable univers.

On est donc loin des belles utopies (Utopia de Thomas More, La Cité de Dieu de Saint Augustin) où de la politique « telle qu’elle devrait être de Voltaire, Rousseau, Diderot et Montesquieu.

On parle de pouvoir : Comment l’obtenir et comment le garder ? Et si unifier un pays est un but avouable, c’est un peu comme écrire l’Histoire avant qu’elle ne se produise en prédisant les sacrifices, les morts, les massacres.

Machiavel ne crachent pas dessus lorsqu’ils sont nécessaires et si l’auteur florentin recommande de toujours favoriser son peuple par rapport au riche, il n’en conseille pas moins de couper les têtes qui dépassent des deux côtés. Plus encore, il met en garde si vous conquérez une nouvelle ville soyez sûr d’en obtenir son allégeance et sa fidélité sinon brûler là.

Machiavel, c’est aussi comment régner en mettant Dieu à la porte (ce qui lui vaudra une mise à l’Index de Librorum Prohibitorum (L’Index des livres prohibés par l’Eglise mis en place en 1563 et supprimé après 1950 interdisait aux chrétiens de lire tous les ouvrages y étant inscrit).

Sans oublier une politique fondée sur l’image. « Soyez tel mais paraissez ainsi, car le peuple ne peut souffrir tel défaut et adore tel qualité ».

Ca ne vous rappelle rien ?

Machiavel, c’est « Qui veut la fin veut les moyens ! »

«Il est plus sûr d’être craint que d’être aimé.»

«Le parti de la neutralité qu’embrassent le plus souvent les princes irrésolus, qu’effraient les dangers présents, le plus souvent aussi les conduit à leur ruine.»

«Il peut être vrai que la fortune est maîtresse de la moitié de nos œuvres, mais elle nous en laisse aussi gouverner l'autre moitié.»

«Tout le mal de ce monde vient de ce qu'on n'est pas assez bon ou pas assez pervers.»

«Celui qui est cause qu'un autre devient puissant se ruine lui-même.»

«Le temps n'attend pas, la bonté est impuissante, la fortune inconstante et la méchanceté insatiable.»

Mais Le Prince, pour les petits curieux qui connaissent le monde c’est aussi une terrible mise en garde venue du passé une lentille grossissante pointée sur notre époque.

En cinq siècles, le monde n’a pas changé et si Machiavel fait toujours aussi peur, la société est pourtant toujours fondée sur sa vision. Nous restons dans un univers où comme le disait Thomas Hobbes « L’homme est un loup pour l’homme ».

A tout bien considérer, je dirai même que si nous pouvons tracer une histoire de la philosophie, des Humanistes de la Renaissance, aux Lumières, jusqu’à nos contemporains, pour ce qui est de l’histoire réelle de la politique on en est resté au chapitre 1 d’un auteur du XIV : Quels sont les différents pouvoirs, comment les obtenir et comment les garder ?

Je vais ici transgresser l’interdiction du florentins «  Ne rends jamais quelqu’un plus puissant » en vous conseillant vivement de lire cet ouvrage. Que ce soit pour le pouvoir, que ce soit pour la soif de comprendre et de découvrir il ne vous laissera pas indifférent.

 

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Nicolas Machiavel

Machiavel

 

 

21/01/2009

La Ferme des Animaux

La ferme des animaux

 

George Orwell, La Ferme des Animaux

 

Le titre fait penser à un conte pour enfants. Ce n’en est pas un. Sa lecture peut faire sourire mais ce n’est pas une farce. Bienvenue dans La Ferme des animaux, mélange de fable et de satire. Un récit où l’Histoire se voit caricaturée, décortiquée en étant plaquée sur des personnages à plumes où à plus de deux pattes.

 

Mr Jones est propriétaire d’une assez belle ferme en Angleterre. Son affaire tourne bien et malgré cela, il cherche continuellement à amasser un peu plus d’argent. Il fait travailler les animaux plus longtemps, les nourrit un peu moins, agit en rapace de plus en plus vorace.

Malheureusement pour lui, ses bêtes sont de plus en plus énervées. Les poules ne veulent plus voir tous leurs œufs partir, d’autres manger à leur faim, d’autres se reposer un peu. Les temps sont rudes et l’espoir s’entretient. Surtout quand les vieux cochons, Sage l’Ancien, quelque jours avant sa mort, les convoque tous dans la grange pour leur parler de son rêve : Un monde sans humain où les animaux seraient libres et où personnes ne serait manger par autrui.

Les paroles de l’Ancien, c’est l’espoir. Ils savent tous qu’ils ne vivront pas assez vieux pour voir ça, mais ils y croient : dans un lointain avenir le monde changera.

Pour ce qui est du monde peut-être, pour ce qui est de la ferme de Jones ça ne mettra pas longtemps. De plus en plus avare, il néglige de nourrir ces bêtes après des journées de travail éprouvantes et après avoir sorti le fouet souvent. Cette fois c’en est trop.

Mené par les cochons –car comme tout le monde le sait, les cochons sont les animaux les plus intelligents- ils chassent le fermier à coups de sabots, de bec et de dents.

C’est la fin de la tyrannie et le début de la République des animaux. On récompense les cochons et puisqu’ils sont les plus malins, ils sont désignés de fait comme les nouveaux dirigeants. La ferme est rebaptisée Ferme des Animaux et une constitution adoptée.

  • Tout deuxpattes est un ennemi.
  • Tout quatrepattes ou tout volatile est un ami.
  • Nul animal ne portera de vêtements.
  • Nul animal ne dormira dans un lit.
  • Nul animal ne boira d'alcool.
  • Nul animal ne tuera un autre animal.
  • Tous les animaux sont égaux.

Pour les humains alentours, à fortiori les fermiers, ce grand bouleversement est une rigolade et le système s’effondrera de lui-même lorsque les « rebelles »  privés de leur main nourricière commenceront à sentir la faim. En tous cas, ils se trompent bien car dans La Ferme des Animaux les récoltes ne seront jamais aussi bonnes. Les bêtes ne peuvent pas utiliser les outils des leurs ancien maitre mais en se répartissant les taches, elles les dépassent. Prenez la récolte du blé, pas un seul grain n’a été perdu grâce à l’aide des poules. Et puis, nul n’est tenté de se servir au passage puisqu’il s’agit de leur propre bien. Ainsi, tout va pour le mieux dans la République naissante. Jusqu’au jour où la tension va commencer à monter entre les deux cochons qui dirigent, Napoléon et Boule de Neige. Ce sera le premier coup d’Etat de la Ferme des Animaux.

 

Les animaux parlent et ce n’est surement pas du Walt Disney, absolument déconseillé aux enfants, ça peut faire penser à Lafontaine mais ce n’est pas une fable, il n’y pas forcément une morale à la fin. C’est au fond un critique infiniment réussie d’une phase de l’histoire du monde. Celle où des hommes ont renversé un tsar parce qu’on leur avait promis la liberté, l’époque où un Staline évinçait un Trotski pour prendre le pouvoir. Ca rappelle cela et en même temps, ça rappelle comment tous les idéaux, tous les espoirs, toutes les promesses des foules sont toujours balayées au profit de l’ambition personnelle, quel que soit le système politique.

Ce livre fait partie de ces ouvrages qu’il est indispensable de lire, de dévorer, d’absorber par plaisir et aussi pour vivre à la mesure de son monde. Orwell n’écrivait pas, il voyait.

 

Bonne lecture.

 

Ecrivain89 – Quentin

 

Orwell Ferme

 

George Orwell

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09/12/2008

Le Montespan

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Jean Teulé, Le Montespan

 

Un livre choc, on aime ou pas mais on est de toute façon frappé.

Une présentation difficile s’en vient, du moins pour celui qui va devoir l’écrire.

 

Le samedi 20 janvier 1663, huit hommes sortent d’un grand bal donné par Monsieur le frère du roi. Le ton monte, une bagarre éclate. Un défi, le duel.

A cette époque, Louis XIV est sur le trône. Il a formellement interdit sous peine de mort les duels.  Le lendemain, au soir, de ces même huit hommes, sept sont morts et un en fuite en Espagne.

Cette stupide hécatombe, aura laissé un frère en deuil et une future épouse abandonnée par son prétendant. Elle est sublime, devait se marier une semaine plus tard, avait déjà tout acheté, sa robe, sa toilette. Lui, il est tombé sous le charme en une seconde.

A quoi bon annulé le mariage, si seulement le marié change ?

Le samedi suivant, au bas d’un parchemin, ils signent tous deux leur mariage d’un nom qu’ils partageront maintenant en même temps que leur vie.

Montespan

 

A la fin du XVIIe siècle, il existe un moyen d’avoir tout ce que vous désirez : être Le Très Chrétien Roi de France. Malheureusement, les places sont chères. Le XIV, tient son trône et il le gardera pour près de cinquante ans.

Par chance, il existe un autre moyen, moins prestigieux, mais si vous pouvez oublier un instant votre honneur, vous recevrez titres de noblesse, fortune, reconnaissance, importance.

Intéressé ? Il suffit d’envoyer votre femme dans le lit du roi. Enfin, toujours faut-il qu’il accepte le coli…

Deux ans après son mariage, la marquise de Montespan vit dans un joyeux bonheur avec son mari. Ils s’aiment passionnément malgré leur pauvreté car malgré les titres de noblesse, leurs familles sont pauvres. Les ancêtres Montespan étaient des Frondeurs, de quoi en faire les meilleurs ennemis du roi. Leur rébellion, La Fronde,  l’a poussé a quitté son château par crainte pour sa vie quand il était tout jeune. Il ne leurs a jamais pardonné.

Pour le marquis, une seule solution se faire bien voir par le roi pour retrouver un brin de fortune. Il s’endette, lève une troupe et achète une charge militaire près du roi pour combattre les ennemis de la France. Echec sur échec.

Heureusement pour lui, pendant qu’il est parti, sa femme sait se mettre sous de bonnes protections, elle va même jusqu’à rencontrer la présente maitresse du roi qui la présente à la Cour.

Et, pardonnez-moi, l’anachronisme, le Roi flashe.

Désormais, la lutte entre deux hommes vient de s’engager. L’un est le ministre de Dieu sur Terre, l’autre rien du tout. L’un peut bannir, condamner, faire assassiner sans rendre compte, l’autre n’est qu’un malheureux qui pour l’époque n’a eu que le tord de faire un mariage d’amour.

Montespan, cocufié par sa grâce. Un Don de Dieu dont rêve tout les courtisans et lui, lui, il ose se plaindre ! Il défie le roi, fait monter des cornes de cerfs sur son carrosse, fréquente tous les bordels du pays pour repasser une vénérienne à sa majesté.

Lui, il ose menacer le roi, tenter de le faire excommunier par le Pape, le défier en duel !

Qu’arrivera-t-il au petit marquis après avoir refusé tous les cadeaux, les diamants, l’or, les titres ?

 

Dessous le strass, y avait le stress…

 

Pour une fois, Versailles sous un autre angle, un peu plus crue, plus réaliste ? Je ne suis pas historien. Je dirais que tout n’est peut-être pas à prendre pour argent comptant néanmoins, ça fait peut-être du bien d’entrer dans les coulisses du velours, de l’hermine et de la dentelle.

Ironie, humour, se mêle à tendresse et passion pour fournir un ouvrage qui a reçu le Prix de La Presse 2008. Un prix mérité pour son histoire, je regrette peut-être une mise en forme un peu légère ou brouillon, quoiqu’agréable et facile à lire.

Ce livre est peut-être assez particulier, un peu osé par moment. On aime ou on n’aime pas, mais quoi qu’il arrive, on est touché. Je vous laisse vous faire une opinion, vous ne serrez pas déçus.

 

Bonne lecture.

Ecrivain89 – Quentin

 

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Jean Teulé

 

02/12/2008

La Bête humaine

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Emile Zola, La Bête humaine

 

Les classiques. On les réfère, on les admire, on prétend ne pas s’en passer quand on ne donne pas tout simplement l’impression de tous les connaître, de tous les avoir lus.

Grattez un peu sous ce maquillage et vous verrez que très peu savent vraiment de quoi ils parlent. Une rumeur. A peine, certains se souviennent-ils d’une lecture laborieuse du temps où ils étaient jeunes et beaux, sur les bancs des écoliers.

Aujourd’hui, si on parle de classiques, on fait immédiatement rejaillir les légendes de bouche à oreille, celles des écoliers forcés, celles de ceux qui étaient trop jeunes, celles enfin de ceux qui se faisaient une belle jambe du texte.

Les légendes. Oh ! Pas un mince murmure imperceptible, mais presque une armée en campagne contre laquelle il est peu de défenses et qui sapent véritablement nos meilleurs livres.

Pourquoi lire des classiques ? C’est presque résumer la question à pourquoi lire. Que pensez-vous qu’il adviendra à nos bons livres d’aujourd’hui, vos coups de cœur ? Pensez-vous que demain, ils ne deviendront pas à leur tour des classiques ?

 

Vous l’avez compris, j’ai, encore une fois, décidé de vous présenter un de nos auteurs les plus brillants. Son nom seul fait frémir les cours de récré, il s’agit d’Emile Zola.

L’œuvre est vaste, le choix est large. Et si nous nous arrêtions sur une formidable affaire policière, un roman lancé à toute allure comme une locomotive dans les méandres de la folie humaine, voire même animale ?

Vous l’aurez compris si vous connaissez bien vos légendes, j’ai choisi La Bête humaine.

De quoi s’agit-il ?

A vrai dire, d’une histoire passionnante et terriblement compliquée à raconter car les intrigues se croisent et s’entrecroisent pour donner l’impression de se multiplier à l’infini.

 

Jacques Lantier est mécanicien chef à bord d’un train qui fait la liaison entre le Havre et Paris. De la Manche jusqu’à la capitale, il charrie régulièrement des centaines de voyageurs.

Un soir que sa machine tombe en panne, il profite d’un chômage technique de deux jours pour rendre visite à sa vieille tante qui vit avec sa fille et son mari en pleine brousse non loin de Rouen. La personne qu’il découvre là est une dame terriblement usée, souffreteuse, malade, presque agonisante. Sa tante avait, il y a peu, fait un héritage de 1000 francs (ancien) et n’avait pas voulu les partager avec son mari par crainte qu’il ne les dépense. Depuis, elle le soupçonne d’essayer de l’empoisonner.

Lors de ce même séjour, Jacques retrouve du même fait sa cousine Flore, qui semblait n’attendre que lui. Ils se rapprochent, se retrouvent dans la campagne désertique. Seuls les trains passent non loin, grondant leur présence.

La nuit tombée, ils sont seuls dans le jardin. Pourtant, au moment d’embrasser Flore, Jacques sent une pulsion lui remonter du fond de son être. L’envie de tuer. De tuer immédiatement, de prendre un couteau et de l’enfoncer dans cette gorge offerte.

Il s’enfuit. Il se croyait délivrer de ce mal et voilà qu’il le reprend au détour du chemin.

Instinct sauvage, violent, d’une bête qui vit au fond de lui prête à mordre.

Courant toujours plus loin, à l’ombre des étoiles, il évolue entre campagne et civilisation, entre prairie et voie ferrée jusqu’à son arrivée à l’entrée d’un tunnel.

L’envie d’en finir se heurte au manque de courage. Un bruit de train. L’omnibus de Paris qui file vers Le Havre.  Moteur, engrenages, roues, il l’entend rugir dans ce couloir sombre, une deuxième bête pour crever celle qui dort en lui.

Manque de force, il ne fait que regarder passer le train. Il file, file dans la nuit comme s’il ne remarquait pas l’âme en peine juste à côté de lui. Le train ne fait que passer, il attire le regard mais il ne voit rien, ni la détresse de Jacques, ni la lente agonie de cette femme que son mari empoisonne chaque jour un peu plus.

Pourtant, le jeune mécanicien, lui, a les yeux ouverts. Un éclair, une image fugace. Dans le dernier wagon, un homme est en train de se faire poignarder.

Le train est déjà loin. Qu’a-t-il vraiment vu ?

 

Trois grands thèmes dans ce livre : roman policier, roman ferroviaire, roman sur la folie criminelle.

Zola, inutile de vous le cacher est un écrivain réaliste, même naturaliste. Comme vous le savez, ces écrivains s’attachent à dépeindre la réalité en évitant les manœuvres du romantisme. Des personnages plausibles, une intrigue réaliste, possible, plausible et des décors solides.

Le réalisme veut capter le réel, figer le réel ou à tout le moins, en donner l’illusion.

Est-ce à dire que ça ne peut fournir que des romans plats, sans suspens, sans passion, sans intérêt ? Faux, au moins pour ce livre. Dans la Bête humaine, on vit l’histoire à cent à l’heure, dans le doute constant et le besoin incessant de savoir ce qui va se passer.

Qui est l’homme du train ? Qui sont ses assassins ? Jaques réussira-t-il à résister à cet animal qui le ronge de l’intérieur ? Sa tante se sortira-t-elle des griffes de son mari ?

Histoire psychologique qui plonge au cœur du comportement des individus et de leurs passions ; histoire judiciaire qui témoigne de l’injustice, du complot, des arrangements, de la bêtise du pouvoir ; histoire de trains qui rappelle les débuts du cheval de fer, le plaisir de remonter dans une machine à vapeur.

J’ai déjà beaucoup parlé et j’aurais encore beaucoup à dire sur cet ouvrage.

Vous dire que les descriptions, parfois macabres, ou glauques, sont loin d’être d’un ennui mortel comme le raconte les légendes. Vous dire que Zola fait preuve d’un talent incroyable pour raconter des histoires, que sa plume est tout simplement magique et légère, terriblement moderne et sans une seule ride.

L’homme est-il une bête ou la bête un homme ? Vous le saurez seulement en lisant.

Pour ma part, après un livre aussi surprenant, aussi intéressant, J’accuse… le coup.

 

Bonne lecture !

Ecrivain89 – Quentin

 

zola

 

23/11/2008

La Traversée du Mozambique par temps calme

mozambique par tps calme

 

 

 

Patrice Pluyette, La Traversée du Mozambique par temps calme

 

 

Je me suis fais avoir en beauté.

Je me suis laissé entuber en achetant ce livre et vous savez quoi ? J’en suis plutôt ravi. Je n’ai jamais autant apprécié d’être trompé.

Prenez le titre : La traversée du Mozambique par temps calme.

Une traversée comme s’il s’agissait d’un seul voyage en bateau. Un pays, le Mozambique, où l’on ne mettra jamais les pieds. Un temps calme, un voyage facile, des instants reposants mais qui ne durent jamais longtemps.

Dès le titre, on est floué, manipulé, tourné en bourrique.

Ca vous rappelle un Diderot qui dans Jaques le fataliste prend tout son plaisir à se moquer de son lecteur et lui rappeler que c’est l’auteur qui dirige l’histoire et, en même temps, c’est assez proche du travail de Terry Pratchet qui caricature le roman fantastique depuis des années.

Ici, mélange de ces deux genres, le jeune auteur propose à la fois jeu avec le lecteur et pastiche du roman de voyages et d’aventures.

Vous ne saurez plus sur quel pied danser, vous ne serez plus jamais surpris de rien.

Pour ce livre, Patrice Pluyette et le Gagnant du prix Mac Orlan, prix qui récompense chaque année les ouvrages de langue française qui s’inscrivent dans le cadre du roman de voyage et qui laissent une large place à l’aventure et à l’imaginaire.

 

Mais maintenant, place à l’histoire.

Le Capitaine Belalcazar est un vieil archéologue, un vieux briscard chercheur de trésor. Son but ? La cité légendaire de Païtiti en pleine jungle péruvienne. Personne ne l’a encore trouvée au XXIè siècle mais qui ose ignorer que cette ville renferme des montagnes d’or ?

Seulement, voilà le hic, personne ne sait où elle se trouve et si quelqu’un l’a un jour trouvée, il n’en est jamais revenu.

Belalcazar lui-même a déjà fait plusieurs tentatives. Mais mal organisées, elles se sont toutes soldées par de cuisants échecs.

Aujourd’hui, il remet ça. Départ de l’Angleterre sur un beau petit bateau à un mat.

Il est mieux organisé, il est fin prêt.

Après avoir perdu 600 hommes, géographes, géologues, biologistes, chimistes, …, porteurs, guides dans la jungle et avoir été le seul rescapé. Il a décidé de partir léger avec un petit groupe d’hommes triés sur le volet.

Je vous présente l’infirmière-cuisinière, Fontaine. Elle sait faire la cuisine avec rien ou presque. Sa spécialité première : les frites. Elle a fait la guerre comme infirmière. C’est là qu’elle a appris tout ce qu’elle sait pour soigner les blessés, en particulier les amputations.

Il a aussi recruté Malebosse. Elle vient d’Afrique. Secrète, à demi-magicienne, elle doit les protéger pendant la traversée.

Enfin, il y a les garçons, recrutés sur petite annonce :

«Cherche homme(s) de bras et d'esprit pour un voyage au long cours, aucune qualification requise, peureux s'abstenir.»

Deux frères, chasseur d’ours brun, débarqués clandestinement sur le Continent se sont présenté. Des chasseurs d’ours, c’était tout ce qu’il fallait. On avait besoin de marins et d’hommes forts pour écarter les dangers.

Bonne équipe, bonne préparation, un itinéraire parfaitement planifié puisqu’on verra une fois sur place, cette fois-ci aucun risque, la cité de Païtiti ne restera plus un mythe longtemps et l’or sera bientôt à eux.

Qu’on lève l’ancre, le voyage commence !

 

C’est difficile de vous parler d’une œuvre qui ressemble à tout sauf à un chemin calme qu’on suit au travers des pages. C’est plutôt, un damier dont les cases sont des ressorts. Dès qu’on y met les pieds on se retrouve projeter à l’opposé. Non que ce roman soit décousu mais simplement qu’il surprend à chaque page tant sur le fond que la forme.

N’essayer pas de deviner la fin, où tout simplement ce qui se passe à la page suivante sinon vous allez devenir fou !

 

Puisque les mots me manquent pour communiquer cette douce folie, puisque je dois transformer une boite à surprise en une présentation claire, concise et ordonnée et que ça m’apparaît assez difficile. Je vous dirai « Lisez-le ! Fou-rire et plaisir garanti ! »

En voici d’ailleurs une mise en bouche croustillante :

 

Chapitre 42, Surpris par la nuit.

 

Les grognements se font entendre à peu près chaque nuit depuis trois jours et ça devient inquiétant ; de toute évidence un animal féroce, femelle de type panthère d’Amérique, jaguar adulte ou tigre Amba, les suit à la trace. A plusieurs reprises, on a même pu sentir son souffle contre la toile de tente. En vérité, la situation n’offre pas d’échappatoire ; le sort de nos aventuriers est liés au on vouloir de cette bête affamée qui n’attendra pas éternellement que la viande soit cuite ; il est probable que notre histoire s’arrête dans trois pages sans plus de personnages à notre charge que cette bête dont ne saurions à elle seule tirer une histoire en rapport avec le sujet de la nôtre sans ennuyer le lecteur. Nous dirons donc que les hommes et les femmes composant ce récit, nonobstant le danger rôdeur, ne perdent pas leur courage, continuent chaque matin à démonter le camp pour mener à bien leur progression lente et difficile, tous les soirs à planter la tente dans un endroit différent, toutes les nuits à trembler dans leurs lits en s’obligeant à prier, à invoquer l’aide d’un dieu tout-puissant à défaut d’un car de CRS armés.

Patrice Pluyette, La Traversée du Mozambique par temps calme, Seuil.

 

 

Bonne lecture

Ecrivain89- Quentin

 

pluyette

                                Patrice Pluyette

 

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19/11/2008

1984 - Big brother is Wathcing You!

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George Orwell, 1984

 

Je suis tout simplement effrayé, terrorisé. Et par quoi ? Par un auteur de 1948.

Il ne mentionne aucune bête immonde velue et meurtrière, il ne parle pas de tueurs en série, pas plus que de fantômes ou de revenants. Non. Lui, il vous fait avoir la chair de poule en vous parlant de politique.

 

J’ai dit que son livre datait de 1948, juste à la fin de la guerre. Il l’a vécue et pourtant ce n’est pas dans le spectre d’Hitler qu’il va chercher son inspiration. Sous d’autres formes, il a trouvé son équivalent en épouvante et quasiment bien pire.

Ce pire, il le crée dans un monde dont on pourrait dire qu’il se soucie de faire régner l’ordre, l’harmonie, le bonheur de ses habitants et qu’il corrige sans cesse ses erreurs.

La belle affaire, on voudrait tous vivre dans ce genre de paradis. Je viens de donner un aperçu alléchant je dois vous faire déchanter.

 

En 1984, le monde est divisé en trois grands Super-Etats. J’ai nommé l’Océanie, l’Estasie et l’Eurasie.

L’histoire suit ici la vie de Winston Smith. Il habite dans l’ancienne Angleterre, dans la ville de Londres. Les habitants de son pays se divisent en deux grands groupes, les prolétaires et les membres du Parti.

Il s’agit d’une forme de hiérarchie et de cohabitation dans l’indifférence. Autant les prolétaires sont méprisés et se retrouvent en bas de l’échelle sociale, autant le Parti s’en moque et les considère comme une masse négligeable qu’il suffit simplement de diriger, d’aiguiller, comme un train limité par le cheminement de ses rails.

Le vrai pouvoir, c’est le Parti. Des milliers de membres, une vraie aristocratie.

Un Parti extérieur, la classe moyenne. Un Parti intérieur, les grands nobles. Big Brother, le roi qui voit tout.

Winston Smith fait partie de la classe moyenne, membre du Parti extérieur depuis des années, il occupe un petit poste pour le Ministère de la Vérité. La belle affaire ce ministère ! Son travail consiste a modifié continuellement les archives de sorte que le passé corresponde toujours aux volontés des chefs, de sorte que les résultats soient toujours identiques aux promesses du Parti.

C’est tellement facile. On avait annoncé de bonnes récoltes alors qu’elles sont médiocres.

Pas de problème. Un petit pensum à Winston et il changera les coupures de presse. D’une annonce de récoltes intarissables, le Parti aura en fait averti qu’il faudrait se serrer la ceinture.

Le Parti, comprenez, est une entité irréprochable qui ne saurait être mise en défaut.

La correction finie, on ferra disparaître tous les vieux journaux d’il y a six mois et on les réimprimera. On changera toutes les archives.

Dans un système semblable, allez savoir ce qui est encore vrai ou faux. Vous aurez bientôt oublié la version originale, elle n’existait plus que dans votre tête. Vous aurez bientôt oublié même qu’on a changé la donne.

C’est terrible ?

Vous ne connaissez pas encore Big Brother.

Qui il est ? Une tête sur une affiche. Une affiche qui vous rappelle sans cesse ce slogan : « Big Brother is Watching You ! » (Big Brother vous regarde). Un slogan qui n’est pas qu’une idée en l’air. Big Brother voit tout, il entend tout même. Dans le Londres de 1984, il y a des micros partout, des télé-écrans (des télévisions qui sont aussi munies d’une caméra) partout !

Pas moyen d’y échapper, pas moyen de parler librement, d’agir librement. On ne sait jamais si on est enregistré, écouté ou pas.

J’avais oublié que le Parti ou l’Angsoc, était un régime qui rappelait beaucoup les régimes totalitaires. Il vaut mieux brosser les chefs dans le sens du poil, se faire petit et penser en toute orthodoxie (dans la ligne de pensée qu’on attend de vous). C’est assez simple, trois slogans régissent cet univers : " La guerre c’est la paix ", " La liberté c’est l’esclavage ", " L’ignorance c’est la force ".

Pourriez-vous y vivre ? Vous seriez bien. Vous n’auriez aucune idée d’être manipulé. Vous seriez un pantin qui ignore ses fils et se laisse faire, content de sa vie.

Que se passe-t-il si le pantin prend conscience de ses entraves ?

Ca c’est l’histoire de Winston Smith et de sa révolte face au pouvoir. Dans 1984 de George Orwell, il est comme l’indique le titre souhaité à l’origine par l’auteur « The last man on Earth » (Le Dernier Homme sur Terre). Pourra-t-il lutter ?

Je pourrais encore écrire pendant des heures sur cet ouvrage. J’ai passé tellement de détail, d’innovations géniales qui vous ferraient friser les cheveux…

Voyant le danger que j’encoure de vous faire fuir. Je ne vous direz pas que c’est un livre terrible qui pose un regard critique sur la politique et sur le monde. C’est un rappel du machiavélisme, la fin veut les moyens. Les hommes sont heureux mais au prix de leur liberté, même de leur liberté fondamentale : penser. Ils sont formatés, programmés comme des ordinateurs.

Si un certain Aldous Huxley employait les voies de la biologie pour contrôler le Monde (Le Meilleur des Mondes), Orwell prouve avec 1984 qu’il suffit de contrôler l’esprit qui ne dépend en fin de compte que des repères qu’on veut bien lui donner.

En temps normal, je vous dirais qu’à bien y réfléchir, George Orwell ne me semble pas bien éloigné de l’actualité. En temps normal, je vous demanderais si vous trouvez que la politique actuelle ainsi que le journalisme, la presse, la télévision ne sont pas une forme de Big Brother, une machine à contrôler, diriger, conduire à la laisse les consciences.

En temps normal, je vous conseillerais de lire Orwell et de retenir ses leçons pour être plus critiques.

Mais en faisant cela, je me tirerais une balle dans le pied. J’écris et je vous ai, vous, lecteurs. Est-ce que je ne tente pas moi-même de vous influencer en vous faisant lire tel ou tel livre ? Est-ce que je n’essaie pas de vous ralliez à tel ou tel point de vue ?

Pour préserver mon « pouvoir », celui de la presse en général et de la politique, ne lisez surtout pas ce livre ! Il vous rendrait par trop lucides !

 

Ecrivain89- Quentin

 

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13/11/2008

L'Iliade selon le XXIè siècle

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Alessandro Baricco, Homère Iliade

 

Vous voulez un défi d’envergure ? Essayez de prendre la plus vieille légende dont nous disposons, rendez-vous dans un immense auditorium et faites en une lecture publique qui passionnera à la fois vos centaines de spectateurs mais aussi des milliers d’auditeurs qui devront rester accrocher à leur radio pendant des heures.

Impossible ?  Pas si sûr, un Italien, Alessandro Baricco a réussi, lui. Bien sûr, il a rajeuni le texte mais l’histoire est encore bien présente et c’est cette histoire fantastique d’hommes et de héros que je vous propose de redécouvrir.

 

Au commencement était l’Iliade, 50 jours d’une guerre terriblement longue. 50 jours et la colère destructrice, meurtrière du prince des héros, Achille.

Explications.

Des années auparavant, un prince troyen, Paris, fils du roi Priam, rencontre trois magnifiques jeunes filles. De jeunes filles en réalité, il n’est pas question. Toutes trois sont des déesses. Il s’agit d’Athéna, de Héra et d’Aphrodite.

Ces trois charmantes personnes voyant le jeune prince décident de faire de lui, le juge de leur querelle. Elles lui donnent une pomme qu’il remettra à celle qu’il trouve la plus belle d’entre elle. Toutes sont superbes et pourtant Paris choisira la belle Aphrodite, déesse de l’amour.

Pour ce chevalier de la déesse, un seul cadeau, il tombera amoureux de la plus belle femme sur terre.

Bien après, le jeune troyen se rendra en ambassadeur chez le roi Ménélas…

La suite vous la connaissez : il rencontre la belle Hélène, en tombe amoureux et l’enlève, brisant les lois de l’hospitalité.

Vexé dans leur honneur et trouvant enfin une bonne excuse pour se débarrasser de Troie, la cité maitresse de la Mer Noire, les grecs rassemble une armée sous la tutelle d’Agamemnon, le frère de Ménélas. Tous les héros de la Grèce se joignent à l’aventure, Achille, Ulysse, Ajax,… Les voilà bientôt aux portes de la cité des meneurs de chevaux, la cité du dieu soleil.

C’est là que de simples hommes vont enfin pouvoir devenir des légendes.

 

Retour maintenant sur l’Iliade car ce que je viens de raconter n’en fait pas partie ou plutôt n’y est présent que sous forme d’allusions ou de paroles des personnages.

L’Iliade commence en vérité au moment où Agamemnon va se mettre à dos le plus grand guerrier présent sur le champ de bataille. Il va reprendre à Achille sa prisonnière et celle qu’il aime, la jeune Briséis.

Trahi par son chef après tant d’effort, le héros entre dans une colère noire. Il pourrait tuer le roi des rois, au lieu de ça, il fait « grève du glaive ». Achille va cesser de combattre.

 

Je suppose que vous avez dû voir ce récent film hollywoodien pseudo-historique et pseudo-fidèle à l’histoire. Je ne m’engage donc pas à vous raconter que malgré la disparition d’Achille des champs de bataille la guerre se poursuivra, que celle-ci verra même les Troyens enfin prendre confiance et faire flancher les Grecs, que cette offensive troyenne obligera le protéger du héros, Patrocle, à revêtir ses armes et que ce dernier se fera tuer par Hector, autre fils du roi Priam et premier héros Troyen.

 

En bref, je n’ai rien dit que vous ne sachiez probablement déjà. Alors, pourquoi lire ce livre ?

Pourquoi, même s’il n’est pas bien épais, passer du temps dans cet ouvrage ?

Oserai-je dire d’une histoire que tout le monde connaît et qui a plus de 4000 ans qu’elle est terriblement passionnante ? Je ne sais pas si vous aller me croire et pourtant, c’est bien le cas.

J’ai commencé ce livre à midi et je suis resté scotché sur mon fauteuil. Pendant cinq heures, je n’ai fait rien d’autre que lire et que me laisser absorbé jusqu’au plus profond du texte.

Je n’ai aucun mérite. Le texte est splendide.

Baricco nous propose ici l’Iliade, non pas revisitée, mais dépoussiérée. L’histoire reste la même. On a sabré les dieux qui n’apparaissent plus, on a allégé le style, simplifié, complété.

Au final, un succès. On ne s’ennuie jamais, tout vit, tout bouge…

C’est l’occasion rêvée de retrouver un texte qu’avouons le, plus personne ne lit dans la version d’Homère et qui est un beau navet au cinéma.

Envie de faire une découverte, envie de connaître la vraie histoire, envie tout simplement de lire un bon livre, passez par l’Iliade de Baricco, vous ne serez pas déçus.

Bonne lecture!

 

baricco

 

 

 

 

 

05/11/2008

Hygiène de l'assassin

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Amélie Nothomb, Hygiène de l’assassin.

 

Prétextat Tach, prix Nobel de littérature, n’a plus que deux mois à vivre.

Célèbre romancier, il est à quatre-vingt trois ans atteint du syndrome d’Elzenveiverplatz, soit un cancer du cartilage particulièrement rare. Si rare en fait qu’il n’a plus été diagnostiqué depuis des décennies.

Prix Nobel atteint d’une maladie extrêmement rare, personnage rare qui jamais ne parut en public, cet homme a tout pour plaire. Du moins, sa mort a tout pour plaire.

Annoncée aux journalistes, elle suscite un engouement incroyable, une passion macabre. Tout le monde veut interviewer l’écrivain célèbre avant sa mort.

Quelques uns auront cette chance. Ils changeront bien vite d’avis.

Misanthrope, tête, misogyne, gaver comme une baudruche et d’une intelligence terriblement affutée, le vieillard les renverra près dès leurs pratiquement sur des brancards.

Il se moque de leur métier, de leur vie, les dégoute de manger, des femmes. Il les broie dans sa poigne qui n’est autre que sa capacité à jouer avec les mots, sa mauvaise foi et sa logique.

Des premiers journalistes, aucun ne réchappera à l’hécatombe. Qu’à cela ne tienne, envoyer une femme du même genre et le jeu commencera vraiment.

 

Est-ce que je suis bien placé pour faire la critique de ce livre ?

Pardonnez-moi cette question. Deux des thèmes récurrents de l’ouvrage sont le rapport qu’entretient le lecteur avec le texte et l’attitude des journalistes littéraires.

Vous comprendrez que sans me classer comme journalistes, je réfléchisse à la question.

 

Que dire de l’ouvrage ?

Commençons simplement. Il s’agit du premier roman d’Amélie Nothomb, le seul où sur la couverture vous ne lirez pas « Par l’auteur de… ».

Un premier livre, une révélation mais certainement pas une œuvre de jeunesse mal ficelée.

Un premier livre, et certainement, le début d’un genre nouveau.

Cet ouvrage se lit d’une traite. Tout en dialogue vous n’y trouverez pas, ou peu de descriptions.

D’où, le travail immense qui a été fourni pour produire une œuvre qui se rattache bien plus à la pièce de théâtre. Un travail aussi sur les personnages qui ont la capacité de s’opposer à la perfection, d’entamer ce qu’on appelle une véritable dialectique, le dialogue entre des idées et des genres opposés.

C’est un livre d’une fluidité incroyable. Il se lit aussi vite qu’il frappe le lecteur. Autant dire que vous allez voir arriver un avion à réaction sur votre visage.

Frapper, percuter, et même ce n’est pas assez fort, démolir, fracasser.

On sort de l’ouvrage avec un regard neuf, comme une éponge passée sur le visage, comme un pic dans la glace. On sort de l’ouvrage avec la fâcheuse impression que ce qu’on a lu est d’une morale douteuse, d’une intelligence sordide, d’une intensité cruelle.

Pourtant, je ne saurais que recommander ce très court ouvrage.

Il s’agit de mon premier « Amélie Nothomb », -je m’en veux déjà de l’expression- mais s’il correspond au reste de l’œuvre, cette mise en bouche m’a donné le goût de la découvrir.

 

Bonne lecture à tous.

Ecrivain89 – Quentin. 

 

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04/11/2008

Docteur Jekyll et Mister Hyde

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Robert Louis Stevenson, L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde.

 

L’étrange cas du Docteur Jekyll et de Mister Hyde, est-il utile de présenter encore cette histoire ?

Dans les grandes lignes, vous la connaissez tous. Le docteur Jekyll est un homme respectable, londonien apprécié et aisé. Docteur et savant, il se livre à une petite expérience de laboratoire version Frankenstein et découvre une drogue capable de séparer l’individu en deux personnages différents. Un bon et un mauvais côté.

Enfin, il faut nuancer, le découvre. Jekyll ne se rend que tard qu’il est aussi Mister Hyde. Quand il se relève au départ de ces opérations qu’il teste sur lui-même il ne se souvient de rien. Il est juste en sueur et complètement épuisé.

Ceci est le début de l’histoire de Jekyll, le début de la lutte entre les deux personnalités de l’être humains. Vous retrouverez cette notion devenue mythe dans la plupart des ouvrages de psychologie, philosophie, etc.

Si c’est là que commence l’histoire de Jekyll, celle du livre commence bien plus tard.

Je vous embrouille ?

En réalité, tout commence avec un tout autre héros le notaire Utterson.

Discutant, se baladant en rue, ce dernier apprend l’existence d’un individu fort étrange qui aurait d’abord, percuté violemment une petite fille dans la rue (c’est très peu gentleman pour l’époque d’écriture) avant de grimper dans l’échelle du crime jusqu’à s’en prendre mortellement à un parlementaire.

Cet homme si inquiétant faisait froid dans le dos, dira-t-on. C’était une espèce de diable, de créature sortie tout droit des puits de l’enfer.

Plus tard, Utterson se verra chargé en tant que notaire du testament de deux hommes. Qui chacun lui ont remis des enveloppes à n’ouvrir qu’après leur mort à tous les deux.

Ce sont deux amis Lanyon et Jekyll.

Peu de temps s’écoule et sitôt les deux amis décèdent dans des circonstances étranges.

Utterson intrigué par leur comportement mène son enquête.

 

Je sais ce que vous allez me dire.

D’abord, c’est de la science fiction d’avant Spielberg et ensuite que c’est lourd à lire.

Je ne vous donne pas tout à faire tord.

Même si ce texte est très court à peine une centaine de pages, le texte date et dans ce cas-ci ça se sent. L’ouvrage peut paraître long.

Par contre, je précise que ce texte n’est pas un livre de plage, un livre fast-food, ça ne veut pas dire qu’il est sans plaisir et sans saveur.

L’Etrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde de Stevenson, c’est une base de la littérature de science fiction. J’ai envie de dire, si vous m’y autorisez, de la littérature scientifique et de la littérature tout court.

On fait changer complètement le corps d’un personnage par une potion. On divise son esprit en deux. 

Avec Asimov, Wells et Vernes, ça fait partie des fondations du roman de Science fiction.

C’est aussi une œuvre dont la portée sur les arts est incroyable.

Comptez dix films sans compter ceux ou le personnage passe par là.

Voyez les Chansons et je ne parle pas que de Gainsbourg, une dizaine aussi.

Pensez enfin à la Bande dessinée et aux téléfilms.

J’ai la un bon score.

Pourquoi le lire ? Parce que c’est court, parce que si l’écriture est lourde elle n’en est pas moins très belle. Parce que c’est une référence, une base. Parce qu’au moins vous saurez, vous, de quoi tout le monde parle sans connaître.

Bonne lecture,

Ecrivain 89 - Quentin

 

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01/11/2008

Madame Bovary

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Gustave Flaubert, Madame Bovary

 

Surprise totale ce matin !

Je viens de clore Madame Bovary la veille au soir après plusieurs heures de lectures qui m’ont tenu en haleine jusqu’à la dernière page. Le livre reposé sur ma table de nuit, je me suis promis d’essayer de vous faire partager cette expérience unique dès le lendemain.

Quel surprise ! Quelle incroyable déconvenue quand ce matin, je me baladais sur la toile, glanant quelques informations pour rédiger mon article.

Les mots blessaient mes yeux, les commentaires me lacéraient l’esprit. Je lisais :

« D’un ennui mortel ! »,  «  Un livre qui ne raconte rien ! », « Dur, dur… », « Une ode à l’ennui ! », « Un livre sur rien ! », et j’en passe…

Le doute passé, je me mis à rire. Laissez-moi vous expliquer.

 

L’histoire de Madame Bovary est simple. Elle tient déjà dans le titre - une femme qui est vue et définie non comme un individu à part entière mais comme propriété d’un homme - il suffira de quelques lignes pour préciser le récit.

Emma Rouault est la fille d’un agriculteur de la région de Rouen. Ni pauvre, ni vraiment richissime, elle appartient à la bourgeoisie et reçut donc assez tôt l’éducation d’une jeune fille de son rang. A l’époque, vers le milieu du XIXè, il s’agissait encore d’envoyer les filles de bonnes familles dans un couvent, à l’écart du monde.

A l’écart du monde. C’est peut-être ainsi qu’on pourrait définir Emma. Isolée parmi les bonnes sœurs, protégée par son père, elle s’évade dans les romans confondant sa vie avec celles de ses héros.

Emma Rouault attend. Quoi ? Les aventures, l’amour, … elle attend qu’il lui arrive toutes les histoires qu’elle a lues.

De retour dans la maison familiale, elle voit son père atteint d’une fracture de la jambe. En pleine nuit, elle fait appel au médecin le plus proche, Charles Bovary.

 

J’arrête ici mon résumé pour reprendre la présentation.

La Bovary est idéaliste, rêve d’un monde imaginaire, cherche le preux chevalier sur son destrier qui l’enlèvera à son ennui.

Tout ceci, elle le cherche dans la société calme et posée de la campagne, dans un mari qui oscille entre la bêtise, l’ignorance, l’inaction et l’incapacité de la comprendre.

Elle le cherche dans un entourage qui ne partage pas ses attentes, dans une société empâtée, des voisins fiers, égoïstes ou prétentieux.

S’ennuyer, fuir son ennui, chercher à réaliser ses rêves de jeunesse, se fracasser sur la réalité des choses… dur, dur, d’être femme au XIXè siècle.

Oh ! Mais, je viens, en donnant les thèmes du livre, de résumer les critiques qu’on lui adresse :

Communiquer l’ennui au lecteur, raconter une histoire sans grandes aventures, sans suspense, ne pas cacher les difficultés de la vie, ne pas édulcorer les personnages et tirer à boulets blancs sur le lecteur et la société.

Les critiques que j’ai lues ne sont pas négatives, elles ne résument pas ce que le lecteur ressent en lisant, elles résument le thème principal du livre !

 

Voulez-vous savoir ce qu’il en est vraiment de Madame Bovary ?

Très simplement, c’est sans doute un des meilleurs livres qu’on ait jamais écrits.

Oui, c’est un volume ! Oui, c’est 450 pages ! Mais, oui, il ne manque pas un mot, et, non, il n’y en a pas un de trop !

On ne raconte pas la vie d’un personnage, on n’écrit pas un ouvrage psychologique, historique sans s’accorder le temps de poser une histoire valable, d’amener la réflexion.

Flaubert, parlons un peu de lui, écrit mieux que personne. Il passionne en ennuyant. Il fait rêver en désenchantant.

On n'a jamais vu un texte aussi soigné, aussi bien écrit, aussi posé, amenant le lecteur là où il doit aller !

On n'a jamais vu de scènes plus fines, plus travaillées, plus intéressantes !

Les personnages ne se décrivent pas en tant qu’individus, mais les uns par rapport aux autres, comme faisant partie d’une grande machine où tous les engrenages travaillent ensembles avec leur place et leur rôle.

 

Bovary est pénible, ennuyant, ne raconte rien, difficile à lire ? Bovary ne demande qu’une chose à son lecteur, de le lire en sachant le comprendre, de le lire avec le recul et la maturité nécessaire en sachant très bien ce que ce qu’on s’apprête à lire n’est pas un livre de plage comme le Da Vinci Code.

Ils ne l’ont pas apprécié, vous ne l’avez pas apprécié ? L’ont-ils ou l’avez-vous lu dans les bonnes conditions et à la bonne époque ?

Faudra-t-il que je cite Zola pour convaincre ?

« Quand Madame Bovary parut, il y eut toute une révolution littéraire… Le code de l’art nouveau se trouvait écrit. »

 

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Monsieur Gustave Flaubert

12/08/2008

Une journée d’Ivan Denissovitch, Alexandre Soljénitsyne

Une journée d’Ivan Denissovitch, Alexandre Soljénitsyne

 

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On dit qu’il n’y a pas de hasard.

Alors que la Chine, un des derniers bastions de l’idéologie communiste fait fête au sport lors des Jeux Olympiques, la littérature et le Monde entier est en deuil.

Le trois août dernier, le fer de lance de la révolte contre régime soviétique, Alexandre Soljénitsyne, est décédé à Moscou.

Un dernier coup peut-être…

Nous ne sommes pas là pour faire de la politique, tout au plus un peu d’histoire, de philosophie mais surtout pour parler livres.

C’est parfait. Tout est réuni : un ancien prix Nobel de Littérature, témoin acerbe du régime stalinien, dénonciateur de la torture, de l’enfermement et de l’injustice et défenseur de l’homme et de la liberté.

Puisque nous avons l’auteur, choisissons le livre. La liste est longue, mais d’Août 14 au Pavillon des Cancéreux en passant par L’Archipel du Goulag, s’il ne fallait en retenir qu’un, pourquoi ne pas parler d’Une Journée d’Ivan Denissovitch. Pourquoi pas ?...

                                              

Tout commence un sale matin. Enfin sale, n’exagérons rien dans les pleines de la Sibérie une journée où il ne fait que -20°C en hiver n’est pas une si mauvaise journée.

Je disais donc, tout commence au petit matin, longtemps avant l’aube lorsqu’au milieu d’une cabane en bois, une petite trentaine de prisonnier se réveillent peu à peu.

Pour eux, l’enfer est en train de remettre ses fourneaux en marche le temps d’une nouvelle journée.

Parmi tous ces hommes, se trouve Ivan Denissovitch, alias Choukhov, un homme du milieu comme il se défini pas encore épuisé mais pas très frais, pas affamé mais pas loin d’être engraissé.

Dans quelques minutes, il devra passer à la cantine pour déjeuner, trouver un bol de soupe insipide et un misérable quignon de pain avant d’aller travailler.

Il ne se sent pas bien Choukhov. L’hiver ne lui réussit pas. Il couve quelque chose.

Il faudra qu’il se débrouille pour se faufiler jusqu’à l’infirmerie sans se faire choper par un garde. C’est son seul espoir s’il ne veut pas passer une journée, malade, sur le chantier.

Le chantier, les travaux forcés, la mort à petit feu, des noms différents pour une même vérité.

La journée commence comme tant d’autres qui lui ont succédé, un marathon pour la survie où les seuls trophées à l’arrivée sont un peu de nourriture en plus, un rabiot de repos et quelques secondes pour penser.

 

Cruelle, sadique, démoniaque, grinçante, ironique. Ivan Denissovitch est une invention de l’auteur, pas son histoire.

On connaissait les camps de concentration nazis, on pas vu leurs homologues, les goulags russes et chinois.

L’enfer y est le même, des millions de victimes, des millions d’innocents.

Durant la fin du régime Stalinien, il n’est en effet pas difficile de se retrouver derrière les barbelés. Un mot de travers, une connaissance à l’étranger, un livre, une idée, un geste, une contestation, un voisin, le hasard. Tout ceci peut vous conduire à monter des murs à longueur de journée tandis que le vent souffle sec et que le gel vous mord la peau.

Tout ceci peut vous propulser dans un monde où chaque mie de pain fait la différence et où votre liberté de chaque instant se trouve dans les mains des soldats.

 

Pourtant, aussi terrible sois l’histoire avec ou sans majuscule, Une journée d’Ivan Denissovitch n’est pas une histoire larmoyante. Ce n’est pas un puits à larmes, c’est une droite solidement frappée qui transperce le corps et l’esprit.

Pas de plaintes, juste un réalisme à peine narquois, pas d’exagération, pas de caricature noire, à peine une petite boutade. C’est un tir de fusil avec des balles en or.

Il faut dire que ça peut se comprendre. En 1962, Staline est mort mais on est toujours en Union des Républiques Socialistes Soviétiques, URSS. Pour publier un tel livre, il fallait savoir cacher la poigne de fer dans un gant de velours.

 

Un défi, un témoignage ? Oui évidemment. Mais aussi un chef d’œuvre littéraire.

Car si on dresse le portrait de l’univers concentrationnaire du goulag, on y voit surtout comment les hommes peuvent y vivre et y survivre à la fois, en tant que groupes « sociaux », mais principalement en tant qu’individu.

Il y a un rendu de la psychologie et du comportement humain incroyable que l’expérience de prisonnier de l’auteur (8 ans d’incarcération pour quelques mots contre le régime dans une lettre) ne suffit pas à expliquer.

Il y a là un réel talent pour poser la plume et les personnages.

 

 

Idéalisé à l’extrême à l’Occident, Alexandre Soljénitsyne, devenu héros du pays, image de l’homme qui ose se lever pour s’opposer à l’injustice et pour défendre l’homme et la liberté, est d’abord un Homme, qui a vécu, qui a témoigné et qui a su écrire dans des moments sombres de véritable chefs-d’œuvre pour Russie comme pour le Monde entier.

 

Bonne lecture!

08/08/2008

Les Contes de Canterbury

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Aujourd’hui, je n’irai pas jusqu’à dire que nous allons remonter dans la nuit des temps mais nous n’en serons peut-être pas bien éloigner.

En effet, j’ai décidé de vous faire rencontrer un vieil homme, père fondateur de la littérature et de la poésie anglaise.

Il est une icône outre Manche et malheureusement trop peu connu, ici, en France et en Belgique.

Je pourrais vous énumérer maints et maints superlatifs : génialissime poète, maître conteur,… je n’aurais pas tord mais la liste de ceux-ci serait bien longues pour parler de Geoffroy Chaucer, l’auteur des Contes de Canterbury.

« Fiez-vous au courage des jeunes et à la sagesse des anciens » dit le proverbe.

Il ne dit pas ce quelle attitude adopter par rapport à un auteur qui fêtera bientôt ses six-cent cinquante ans mais je suppose la moindre des choses c’est de lui prêter un peu d’attention et de respect. Avec celui-ci vous en serez bien récompensé.

Ainsi, les Contes de Canterbury sont en sommes un recueil de nouvelles sous forme d’un roman.

Je m’explique. Tout se passe aux environs de 1380, lorsqu’une petite troupe de pèlerins débarquent dans une auberge. Ils sont de tous bords et de tous horizons : nobles, chevaliers, prêtres, nonnes, charpentier, régisseur, vendeur d’indulgence, marchand, huissier… et tous voyagent vers la même destination, Canterbury pour aller y honorer les reliques de Saint Thomas.

Troupe joyeuse attire nouveau compère, c’est l’aubergiste, leur hôte qui les rejoindra après leurs avoir proposé ce marché : Pour se divertir sur une si longue route, chacun d’entre eux devra dire deux contes à l’aller et deux contes au retour. Celui qui s’y sera le mieux pris se fera offrir un repas par tous les autres. Ici commence la « Comédie humaine », le récit des Contes de Canterbury.

 

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Je vous ferai bien le résumé des aventures des valeureux héros du chevalier, du contes moqueur et revanchard que le régisseur réserva pour le meunier et celui que le meunier envoya lui-même à propos des charpentiers et de leur femme. Je mentionnerais volontiers l’esprit pieux du contes de la nonne ou celui carrément salace de la bourgeoise de Bath.

Mais, je ne gâcherai pas votre plaisir, sachez seulement que Chaucer passe à peu près tout en revue puisque ses conteurs étant issus de milieux différents leur récit sera plus ou moins « spirituel ».

De certaines histoires salaces, on peut tout aussi bien passer à des œuvres plus évolués, plus pieuses et plus chastes.

 

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Un vieux livre, un livre moderne, de gros rires et des moments de méditations, du sérieux et de la provocation, Chaucer semble multiplier les contraire pour faire naître finalement le dernier l’instruction et le plaisir. Comme quoi, quelques siècles en plus, ne vous font pas de mal.

Esprit critique, verve incroyable et questionnement sur le pouvoir, l’argent, la fidélité, la religion, la science, la liberté, l’amour et le sexe, ne serait-ce pas toujours d’actualité ?

 

Début du Récit :

« Chacun de vous pour écourter la route
Dira tout en chevauchant deux histoires
D’abord à l’aller vers Cantorbéry
Puis au retour il en dira deux autres,
D’aventures qui se sont passées jadis.
 »

Chaucer prévient avant le conte du Meunier :

« Il m’en coûte de devoir le reproduire
… je dois redire
L’intégralité des contes quels qu’ils soient,
Pour rester véridique sur tous les points.
Si donc l’on n’aime guère entendre ce conte,
Qu’on tourne la page et en choisisse un autre :
On trouvera suffisamment d’histoires,
De toutes tailles, louant la courtoisie,
Ou bien la vertu et la sainteté.
Ne me blâmez pas si vous choisissez mal.
Le Meunier est un rustre, c’est évident,
Le Régisseur aussi, d’autres encore,
Et leurs contes sont donc des histoires paillardes.
À vous d’en juger sans me tenir rigueur
Ni prendre au sérieux ce qui n’est qu’un jeu.
 »

Méllibée, le Conte de Chaucer, pèlerin sur le chemin.

Un homme jeune du nom de Méllibée, riche et puissant, eut de sa femme, appelée Prudence, une fille nommée Sophie. Il arriva qu’un jour il partit se distraire à la campagne. Il avait laissé femme et fille en sa maison, les portes bien closes. Trois de ses vieux ennemis avaient espionné sa sortie. Ils posèrent des échelles et…

 

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28/07/2008

Toine Culot, Obèse ardennais

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Toine Culot, Obèse ardennais, Arthur Masson

 

On peut dire ce qu’on veut, ma critique du jour se résumera en un seul mot : « Cocorico ! »

Alors, ça peut paraître stupide ou immature au premier abord mais c’est au contraire avec beaucoup de sérieux et après une longue réflexion que je pousse ce cri du cœur, du passé et surtout d’orgueil.

Cri du cœur, certainement car je referme un des livres qui me marquera probablement à jamais, un ouvrage dans lequel, croyez-moi bien tout s’y trouve et rien ne manque.

Laissez-moi vous expliquer.

Nous sommes dans la fin des années 1880 en pleine campagne Ardennaise dans un petit village de Wallonie, perdu dans les arbres à trois jets de pierre de la France.

Son nom, Trignolles. Un micro-univers vivant en autarcie au milieu des bois.

Pour entrer à Trignolles, oubliez tout ce que vous connaissez de la vie actuelle et de la vie en ville. Là-bas, on parle de « Charlerwé » et de « Bruxelles » comme d’un univers lointain et incompréhensible.

Là-bas, tout le monde se connaît et… tout le monde connaît les secrets de tout le monde.

On vit au ralenti ou au rythme des saisons. On s’arrête pour parler, s’installe, le plus souvent possible ensemble devant une tasse de café (du cru) et on prend le temps de vivre.

Là-bas, on trouve toujours un cordonnier, un sabotier, un forgeron, un marchand de graine. On cultive le Wallon comme on oublie le Français.

Là-bas, enfin, vit le gros Choumaque, cordonnier de son état, un quadragénaire dont la femme donnera bientôt naissance à un garçon.

Vous allez me dire. Comment à l’époque savait-on dire si on allait avoir une fille ou un garçon ? A dire vrai, lui et sa femme Phanie, n’avait tout simplement pas envisagé l’autre possibilité en attendant la venue au monde de leur héritier.

Ils auraient pu se tromper mais les statistiques étaient en leur faveur puisqu’après tout, une telle prédiction se réalise un peu moins d’une fois sur deux.

Le Choumaque aura un fils, compensation qu’il juge bien méritée au regard d’une belle-mère à supporter (« Les bel’mam c’est tertoute les minmes, ça vout toudis yesse mwesse dins l’maujone des auts »). Ce fils, il s’appellera Antoine, (An)Toine Culot.

Un petit bout de paradis wallon, bien à l’abri du monde, des parents attentionnés, une famille aimantes, le cousin T. Déome et un bon repas trois fois par jour que demandé de plus pour grandir. De la chance peut-être ? Car c’est vrai que Toine Culot n’a pas de chance et c’est peut-être pour ça qu’il va vivre autant d’aventures.

 

Je vous ai parlé d’un cri du passé et d’un cri du cœur  en poussant mon « Cocorico ! » et je crois que je n’ai pas besoin faire un grand dessin pour l’expliquer.

La Toinade, c’est tout simplement une série de livres qui vous plongent dans le passé, vous font revivre, ressentir tout ce qu’aujourd’hui nous ne pouvons plus qu’appréhender comme une réminiscence gravée bien au fond de nos cellules.

Ressentir le passé par l’ambiance, par l’atmosphère peut-être mais ressentir surtout par tous nos sens réveillés, observer, écouter, goûter, toucher et jusqu’à flairer cette bonne vieille Ardenne.

Simplicité, légèreté, fuite. Vous voulez sortir de l’ambiance étouffante métro-boulot-dodo, vous voulez vous détendre ? Lisez Toine Culot.

Une histoire simple, un récit d’une vie bercée par le chant des oiseaux, où les téléphones portables, l’internet, les horaires, les contrats, les emplois du temps à respecter n’existe pas.

Prenez aussi des cours accélérés de wallon. Et laissez vous surprendre par quelques expressions du cru.

Pour n’en citer qu’une :

 « Je ne suis né pu biesse qu’ène aut’, dit Toine.

  Le Cousin T Déome, impressionné par ce retour en force lui répondit : Ca, dji vous ben le crwère… Avant d’ajouter : Mais dji vourrè bin vier l’aut quant mêm »

 

Je vous laisse avec un cri d’orgueil puisque en tant que Belge, je ne peux bien évidemment que vanter tout le talent, le génie et la merveilleuse écriture qu’Arthur Masson, un de nos plus brillants écrivains a su mettre en œuvre pour nous divertir et nous rappeler nos origines.

Lisez Toine Culot, c’est l’odeur de la Terre d’Ardenne, de notre passé et de notre patrimoine, un moment qui se savoure comme un bain de jouvence après une fatigante journée de travail.

Bonne lecture.

 

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Toine Culot, Obèse Ardennais par Arthur Masson aux éditions Racine.

 

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Espace dédié à l'écrivain Arthur Masson et à ses livres.

 

 

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23/04/2008

L'Homme qui Tombe

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Don DeLillo, L’homme qui tombe

 

« Ce n’était plus une rue mais un monde, un espace temps de pluie de cendres et de presque nuit. Il marchait vers le nord dans les gravats et la boue et des gens le dépassaient en courant, avec des serviettes de toilette contre la figure ou des par-dessus la tête.

Le grondement était encore dans l’air, le fracas de la chute. Voilà ce qu’était le monde à présent.

Il était en costume et portait une mallette. Il avait du verre dans les cheveux et sur le visage, des éraflures marbrées de sang et de lumière. »

Ainsi commence le nouveau roman de Don DeLillo, L’homme qui Tombe, consacré aux attentats du 11 septembre 2001 à New York.

Alors, on pourrait se demander, et encore plus si l’auteur n’était pas américain, si un tel livre est vraiment le bienvenu. Beaucoup ont tenté l’expérience à la lecture comme à l’écriture.

Ne serait-ce pas là faire du commerce à partir d’évènements horribles ? Ne serait-ce pas faire preuve de curiosité malsaine ou manquer de respect aux victimes ?

Les questions sont bien posées et il serait difficile d’y répondre individuellement sans avoir tenté soi-même l’expérience, ironie du sort.

L’histoire pourtant n’est pas exclusivement centrée sur les événements du 11 septembre. Elle s’attache surtout à retracer les conséquences des attentats, la « vie après » dans un monde blessé.

Keith est l’homme à la mallette. Il est sorti non pas indemne mais vivant des Twins.

Il a survécu. Un soulagement et un fardeau. Un poids à porter, un poids à peu près impossible à partager. Pour lui tout à changer. Il a survécu, il a retrouvé sa famille, perdu ses collègues, ses amis. Pour lui, le monde c’est comme mis en pause sur un univers surréaliste, effrayant qu’il a grand peine à assimiler. Le jeu, le repli, un voile sur la vie.

Lianne est son épouse. Ils sont séparés depuis plusieurs années, seuls chacun de leur côté. Pourtant, un matin, elle allume la Télé et se retrouve devant cette image des tours en feu. Elle sait qu’il y est. Elle ne sait pas s’il est vivant. Elle a peur. Elle ne sait plus quoi penser face à une telle horreur, un carnage, une injustice. Et puis, la sonnette retentit et il est là hagard sur le pas de la porte. La haine, l’intolérance, la peur, la folie d’un nouveau millénaire, Dieu…

Ecriture, télévision, discussions. La ville est à vif, le pays aussi. Tout est remis en question à commencer par Dieu tandis que la peur de l’autre s’installe peu à peu.

Ils sont tous les deux témoins, ils sont tous les deux blessés psychologiquement, impuissants, brisés. Or, la vie doit continuer. Rien ne changera vraiment à part cette ombre menaçante qui est apparue.

 

Dans cet ouvrage, DeLillo ne vient pas à nouveau nous dresser les sombres tableaux que nous avions aperçus à la télévision où dans les journaux.

Il raconte simplement par le portrait de scènes marquantes comment de tels événements ont pu transformer la vie des américains.

C’est un roman mais ça ressemble surtout à un témoignage, marquant, puissant, symbolique.

A travers la vie intime de personnages blessés, brisés, désemparés, on pénètre dans cette atmosphère lourde qui a suivi les accidents.

Après la chute des piliers du pays, le doute et la peur embrase la ville. Le chagrin se mélange à la colère. Une ombre plane sans cesse.

Mais Don DeLillo outre cette toile de fond du terrorisme traverse surtout ce qu’on a appelé le déclin de l’empire américain.

C’est l’impact de l’histoire sur la vie.

19/04/2008

Les Enfants de Hùrin

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Il nous manquait énormément mais voici qu’il revient enfin dans l’actualité littéraire. Je parle bien sûr de Monsieur J.R.R. Tolkien.

A dire vrai, je me demandais si j’allais pouvoir retrouver un jour toute la magie et la qualité d’écriture du Seigneur des Anneaux. Ca semble, ma foi, chose faites avec les Enfants d’Hùrin.

D’autant plus que, bonne nouvelle pour tous ceux qui s’étaient fait du mal avec l’entrée en matière de la célèbre trilogie, celle de ce conte est beaucoup plus accessible.

Alors passons tout de suite à l’histoire et je devrais peut-être en parler avec un « H » majuscule puisque cette œuvre fait partie du passé, des contes et légendes de la Terre du Milieu (pour les rares néophytes, il s’agit de l’univers dans lequel Tolkien a développer ses histoires).

Bien des siècles et des siècles avant la venue d’Aragorn, Frodon, Gimli ou Isildur les contrées de la Terre du Milieu subissaient déjà une terrible menace, celle d’un seigneur noir terriblement puissant Morgoth.

Morgoth est l’équivalent d’un dieu, un Valar, du moins l’était-il avant de vouloir s’incarner pour devenir le roi et le maître absolu de toute chose vivante.

Bien sûr, aussi puissant que soi ce seigneur des ténèbres et presque aussi impossible que soit toute résistance, elle existe.

Bien évidemment, face à pareil ennemis, on ne peut vraiment espérer gagner. Que peuvent vraiment des hommes ou même des elfes face aux pouvoirs d’un dieu ? Rien.

L’avenir réside donc dans un frêle espoir, une antique prophétie qui annonce le retour des Valars, des autres dieux, pour battre Morgoth et le chassé.

En attendant, la guerre fait rage. Il faut gagner du temps.

Si cet âge de la Terre du Milieu est très sombre, il n’en est pas moins celui des grands héros.

Par leur bravoure, leurs tentatives désespérées ou leurs capacités de généraux, elfes et hommes se distinguent sans cesse.

Parmi eux, arrive l’histoire de Hùrin et de sa descendance.

Hùrin était un des rois des hommes. Un jour, lors d’une grande bataille qui rassembla toutes les armées elfiques et humaines, il parvint par son sacrifice à empêcher un désastre, à empêcher la victoire de Morgoth mettant le seigneur noir dans un rage folle.

Hùrin n’est pourtant pas mort. A choisir, il aurait certainement préféré mais la vengeance du Valar allait être bien pire encore.

Il fit enfermer Hùrin dans ses sombres geôles et lança une terrible malédiction sur sa descendance.

Dès lors, le roi des hommes contemplerait à distance le destin tragique qu’avait préparé Morgoth pour sa famille, ses enfants.

Comment ses jeunes gens qui commencent à croquer la pomme de la vie pourront-ils lutter contre le mal qui les entoure et vaincre leur destin, une vie malheureuse et errante.

 

Récit d’aventure, récit fantastique, sombre et mystérieux Les Enfants de Hùrin s’inscrit dans la lignée des grands livres de Tolkien. Quoiqu’inachevé, le roman fut publié cette année 2008 grâce à l’aide de son fils Christopher qui aura su brillamment recoller les morceaux et compléter les vides tout en restant fidèles à l’œuvre de son père.

Commencer dans l’entre deux guerres, ce n’est peut-être pas pour rien que ce récit parle de résistance à la fois face à l’ennemis mais surtout face au destin  au cours d’une histoire qui n’est pas sans rappeler les grandes tragédies grecques

Magicien de la langue, Tolkien fait jouer les mots à merveille pour créer ambiances, situations marquantes et instant sensible.

Lire ce livre, c’est se plonger dans cette Terre du Milieu que tout le monde connaît pour en ramener un petit morceau, une petite parcelle dans son cœur.

 

Bonne lecture

09/04/2008

Jonathan Strange & Mr Norrell

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Susanna Clarke, Jonathan Strange & Mr Norrell.

 

« Deux magiciens doivent apparaître en Angleterre.

Le premier me craindra ;

Le deuxième brûlera de m’apercevoir ;

Le premier sera gouverné par des larrons et des assassins ;

Le second conspirera à sa propre destruction ;

Le premier aura beau enfouir son cœur dans un bois sombre sous la neige, il le sentira encore palpiter ;

Le deuxième verra son bien le plus cher aux mains de son ennemis ;

Le premier passera sa vie seul ; il sera son propre geôlier ;

Le second parcourra des routes solitaires, la tempête au-dessus de la tête, à la recherche d’une tour noir sur un flanc de colline.

Je siège sur un trône noir dans les ténèbres, mais ils ne me verront pas.

L’esclave sans nom portera une couronne d’argent.

L’esclave sans nom sera roi dans un pays étranger. »

 

Et bien, ma foi, l’intrigue est lancée pour ce roman de Susanna Clarke, Jonathan Strange & Mr Norrell. Mais laissez-moi vous introduire plus en avant.

L’histoire commence dans le début des années 1800 -vers 1806, pour être plus exact.

A cette époque, le monde entier est sans dessus dessous. L’Angleterre qui se remet à peine de la guerre et de la perte des colonies outre Atlantique doit faire face à une nouvelle menace encore plus dangereuse, les ambitions d’un jeune officier Corse arrivé au pouvoir en France quelques années plus tôt. Sans génie militaire est incomparable, son charisme incroyable, sa pugnacité et sa démesure ont déjà fait plier la moitié de l’Europe.

La guerre est partout. L’Angleterre n’est pas épargnée. Un front maritime, un front en Espagne… Une campagne qui n’en finit pas…

Les insulaires piétinent et l’usure les rattrape au galop.

Pourtant. Pourtant, un vieil homme, Mr Norrell pourrait bien leur redonner l’avantage.

Il se dit magicien. Entendons nous bien, magiciens praticiens, pas comme ces incapables théoriciens de la magie, membres de la société d’York qui se contentent de discourir sur l’histoire sans pouvoir jeter le moindre sort.

Ceux-là même, il leur à clouer le bec il y a peu de temps en faisant s’animer toutes les statues de la Cathédrale d’York.

Un magicien, un vrai. Voilà ce qui pourrait abattre le Conquérant Bonaparte. Mr Norrell le sait bien. Il n’a d’ailleurs pas hésité à proposer ses services au gouvernement. Mais la magie anglaise a disparu depuis longtemps. Les gens ne la connaissent plus qu’à travers les légendes et des idées souvent erronées. Qui plus est, qui saurait faire confiance à ce Norrell, qui pourrait apprécier cet être rabougri, passant sa vie loin du monde enfermé dans sa bibliothèque ? Enfin, tout ceci, c’était bien avant l’arrivée de Jonathan Strange. Homme du monde, jeune, brillant, fougueux et surtout magicien également.

Jonathan Strange et Mr Norrell sont le renouveau de la magie anglaise. A eux deux, ils vont éblouir le monde de leur prouesse sensationnelles.

Mais cela sauvera-t-il l’Angleterre ? Et combien de temps des hommes aussi diamétralement opposés pourront-ils se supporter ?

 

Mélange subtil de féérie, d’aventures, de fantastique et de romantique, Jonathan Strange & Mr Norrell, l’œuvre de Susanna Clarke remporte un brillant succès un peu partout où il sort.

Traduit dans dix-sept pays à ce jour et se proposant bientôt pour un film, c’est essentiellement dans le pays d’origine de l’auteure qu’il fait le plus d’émule engendrant une véritable mania.

Et c’est assez compréhensible si on sait que ce livre fait penser à la plume à la fois piquante et précise, critique de la vieille société anglaise de Jane Austen conjuguée à  une ambiance mythologique, fantastique, légendaire que Tolkien savait parfaitement mettre au service d’un texte posé, structuré et élégant.

Deux influences, assez fortement senties mais surtout récompensées par de nombreuses références et allusions, deux influences au service d’un même esprit pour nous fournir un livre d’une incroyable qualité.

De certains, Jonathan Strange & Mr Norrell sera le Harry Potter des enfants adultes. On peut lui souhaiter semblables succès sans difficultés mais mon petit doigt me dit qu’il n’intriguera pas que les parents.

Du reste, je n’ai plus question d’ambiance, qu’à vous conseillez de vous installer près d’un feu un dimanche après midi pluvieux pour retomber en enfance et assister au renouveau de la magie anglaise et féérique en vous moquant du snobisme, de la préciosité en bref d’étique serrée de ces bourgeois et nobles du début du XIXe siècle.

A toutes et à tous, bonne lecture !

 

Le site fan

13/03/2008

Théâtre: Henri III et sa cour, Dumas

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Vous savez ce qui a fait le génie du grand Alexandre Dumas ?

Tout d’abord son goût pour l’histoire et les grandes fresques et enfin son sens de la narration très cinématographique.

Que ce soit dans Henri III et sa cour, dans les Trois Mousquetaires ou dans la Reine Margot, ce génie des lettres s’est toujours plongé d’abord dans l’histoire avant de la réécrire et de la réinventer pour la rendre plus séduisante ou plus sombre.

Mais Dumas, c’est aussi le texte parfait, le texte fluide, adapté, coulant, enchainant ligne après ligne couvant l’atmosphère particulière de la scène.

Tout ceci est connu. Ce qui l’est moins, c’est que si l’auteur a rédigé certains des plus grands romans du XIXe siècle, c’est néanmoins par le théâtre qu’il a vu le jour.

C’est en effet en 1828 qu’un jeune Alexandre qui s’est déjà fait remarquer dans les cercles littéraires va proposer sa première grande pièce Henri III et sa cour, avec un succès immédiat.

 

L’histoire se déroule à Paris en 1578, Catherine de Médicis, la mère du roi vient consulter son astrologue, magicien, empoisonneur le Come Ruggieri.

Vient alors ce discours de la reine mère :

« Le duc de Guise et le comte de Saint-Mégrin sont tous deux mes ennemis. Ils ont du pouvoir sur le roi. Le premier en ferait un moine et le second, pire encore, en ferait un vrai roi !

Je ne veux ni l’un ni l’autre… Il me faut un peu plus qu’un enfant et un peu moins qu’un homme.

Je veux que l’on puisse dire qu’Henri III a régné sur la France sous Catherine de Médicis… j’y ai réussi jusqu’à présent… mais ces deux hommes !... »

 

Le décor est planté. Un roi faible et trois personnes qui se disputent les meilleurs places pour le manipuler.

A ce jeu, Catherine a le plus d’expérience. Elle a d’ailleurs déjà un plan en tête pour se débarrasser de ses deux adversaires.

Saint-Mégrin s’est en effet épris pour la Duchesse de Guise, l’épouse de son ennemi.

En menant bien sa barque, la reine compte sur les sentiments de l’un et la jalousie de l’autre pour les amener à s’éliminer.

 

Le saviez-vous ? Si Victor Hugo a déclenché des émules avec son Hernani, ce n’est pas lui mais bien le jeune Alexandre Dumas, fraichement débarqué à Paris qui a réussi à brisé le premier les règles du théâtre classique et cela justement avec sa tragédie Henri III.

Règle d’unité de temps, règle d’unité de lieu, règle d’unité d’intrigue, Dumas réussit à sortir du carcan imposé aux auteurs depuis des siècles pour produire une pièce véritablement originale.

Son texte respire, vit. La Fluidité des dialogues en prose et le choix d’un langage à la fois simple, concis et efficaces en font vraiment une des grandes pièces du théâtre français.

Un peu oublié ces dernières années, Henri III reste pourtant actuel, accessible mais surtout très frais, très jeune, très moderne.

Et je ne parle pas de la chute de la pièce qui est tout simplement Sublime.

 

Bonne lecture.

 

08/03/2008

La route

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Prix Pulitzer 2007 catégorie fiction. Beaucoup en rêvent.

Cette année, c’est à Cormac Mc McCarthy, un emblème de la littérature américaine que la plus haute distinction a été décernée.

Et sincèrement, c’est plus que mérité ! Car son dernier ouvrage La Route est tout simplement un chef d’œuvre.

Alliance subtile de simplicité et d’innocence sur un fond de scénario catastrophe, le roman  raconte l’histoire d’un père et de son fils qui errent mais avancent sans cesse sur une route qui ne finit jamais.

L’époque, le nom des lieux, le nom des personnages, rien n’est mentionné.

Tout ce qui compte c’est qu’aujourd’hui, le monde a changé. Une catastrophe indéterminée, mais vraisemblablement nucléaire à frappé la Terre anéantissant la majeur partie des formes de vies et plongeant les autres dans un univers brûlé, détruit, où le soleil ne perce jamais.

A l’aube d’un hiver de plusieurs milliers d’années, les arbres et les plantes sont presque tous morts ou réduits en cendre. La plupart des animaux ont disparus tandis que les rares êtres humains restants, privés de toute organisation sociale mais surtout de nourriture retournent vers un mode de vie primitif et barbare.

La violence, la force, la puissance font lois. Pillards, voleurs, assassins, bandits sont légions tandis que certains, forts d’armes vont même jusqu’au cannibalisme, conduisant un troupeau de bétail humain.

Mais La Route, c’est l’histoire d’un père et de son fils. Ils fuient vers le Sud, vers la mer, vers des terres qu’ils espèrent plus chaudes. Chaque pas en avant est une mort et il est impossible de rebrousser chemin.

Toujours avancer, toujours aller plus loin à la recherche d’un abri, d’eau, de boites de conserve égarées dans un cellier ou une cuisine, à la recherche aussi de vêtements, de couvertures, de tout ce qui peut permettre de gagner un jour de plus.

Ensemble, ils marchent sans arrêt, poussant avec eux un vieux caddie, tout ce qui leur reste, tout ce qui leur permet de vivre.

Sans cesse, ils sont aux aguets, sur le qui-vive, prêt à fuir, à se cacher des autres, les mauvais, ceux qui ne portent pas le feu.

 

L’ambiance. C’est sans doute la qualité première de McCarthy, c’est de créer et de maintenir une ambiance. Une atmosphère lasse, brisée, de paysages bibliques, apocalyptiques et puissants. Mais c’est aussi, une tension constamment entretenue, le danger est partout, dans chaque ombre, à chaque détour de la route, mais aussi dans le rien, cette absence de maison et de nourriture.

Une réussite incroyable. Le dialogue d’un père qui a connu ce monde autrefois si vivant, comparativement si juste, agréable et d’un fils né peu après la catastrophe et qui ne peut qu’imaginer ce qui existait par le passé. Ils se parlent, ils se connaissent et voyagent ensembles mais quoi qu’ils fassent, ils sont et restent des étrangers, des extraterrestres l’un pour l’autre.

Violent, semblable à une gifle, le livre ne mentionne jamais ce qui a causé le désastre. Mais intuitivement, on sait bien que ce n’est pas une catastrophe naturelle. C’est pire que ça, c’est un cadeau humain.

Marquant. La Route est un récit, une tranche de vie, un instant couché sur le papier sans digression, sans commentaires. Pourtant, on ne saurait rester imperméable aux questions qu’il pose au hasard de la lecture. Pourquoi continuer quand il n’y a plus rien devant, pourquoi s’accrocher à la vie et quelle vie mais aussi comment protéger et prendre soin de nos enfants ?

 

Clarté, concision, simplicité, je l’ai dit, c’est tout l’art de McCarthy.

Un texte réaliste, à l’image du monde qu’il raconte, un texte lui aussi dévasté, brisé, brulé, où n’ont survécut que quelque ruine.

Ainsi, il n’y a pas de chapitre, le texte s’étale d’une traite semblable à cette Route où les postes de péage n’existent plus ou sont devenus inutiles. Pourtant, on ne courre pas, plus de pétrole, plus de voiture, on va à pied, on avance par petit à coup, par paragraphe, par scène.

Epuré, vidé de l’inutile ou du moins solide, texte court, simplifié, squelettique qui va directement à l’essentiel.

Scène après scène, dialogue après dialogue, laissez vous emporter par le génie de McCarthy, le voyage est long et certainement pas sans risque. L’espoir est maigre, désolant, et vous pourriez bien laissez une partie de vous le long de cette Route mais, pourtant…

 

Bonne lecture.

04/03/2008

Petite discussion avec une momie

petite discussion avec une momie

 

Je vous ai déniché une nouvelle perle brillante d’originalité. Petite discussion avec une momie et autres histoires extraordinaires. Le titre est long mais il dit le principal car ce que je vous propose ici, c’est un petit recueil des nouvelles assez bizarres d’Edgar Allan Poe.

Extraordinaires, ces histoires le sont bien. La première, pour commencer raconte l’histoire de plusieurs scientifiques, médecins, archéologues qui après avoir découvert une momie en Egypte, sont finalement autorisés à la sortir de son sarcophage pour l’examiner.

L’opération se pratique de nuit et force est de constater que l’allégresse générale n’est pas seulement due à l’intérêt scientifique mais surtout à quelques verres d’alcool de ci de là.

Le temps passe, les opérations avancent jusqu’au moment où je cite :

« Ordinairement, la cervelle se vidait par le nez ; les intestins, par une incision dans le flanc ; le corps était alors rasé, lavé et salé ; on le laissait ainsi reposer quelques semaines, puis commençait, à proprement parler, l’opération de l’embaumement. Comme on ne pouvait trouver aucune trace d’ouverture, le docteur Ponnonner préparait ses instruments de dissection, quand je fis remarquer qu’il était déjà deux heures passées. Là-dessus, on s’accorda à renvoyer l’examen interne à la nuit suivante ; et nous étions au moment de nous séparer, quand quelqu’un lança l’idée d’une ou deux expériences avec la pile de Volta. L’application de l’électricité à une momie vieille au moins de trois ou quatre mille ans était une idée, sinon très sensée, du moins suffisamment originale, et nous la saisîmes au vol. Pour ce beau projet, dans lequel il entrait un dixième de sérieux et neuf bons dixièmes de plaisanterie, nous disposâmes une batterie dans le cabinet du docteur, et nous y transportâmes l’Égyptien. »

La seconde nouvelle, fait étonnamment penser à du Kafka avant l’heure. Il s’agit de l’histoire d’un homme enfermé dans un drôle de cachot où sans cesse ses bourreaux tentent de le faire mourir de la pire façon qu’il soit. Ainsi d’abord plonger dans l’obscurité totale, il manquera de plonger dans un profond puits avant de se réveiller quelques heures plus tard entouré de rats, une lame affutée à souhait au dessus du torse.

Enfin, le Roi Peste vous plongera dans les aventures de deux ivrognes qui ayant écumé les bars de Londres finiront par se réfugier dans une cave de croque mort dans le quartier des pestiférés. Petite rencontre avec une allégorie.

 

Edgar Allan Poe n’a produit dans sa vie qu’un seul roman, Les Aventures d’Arthur Gordon Pym. Néanmoins, il a su s’imposer dans le style de la nouvelle et ce n’est pas Petite discussion avec une momie qui me contredira, pas plus que Charles Baudelaire qui a assuré la traduction de la plupart de ses œuvres et, de par le fait, une qualité irréprochable en Français.

Ne vous attendez pas à avoir peur avec ses récits, attendez vous surtout à rire car c’est là l’art de Poe, créer une satire de la société et des personnages, plonger dans les situations les plus rocambolesques pour peut-être chasser la peur ou du moins, la tourner au ridicule.

A tel point que, parfois on se demande si ce n’est pas la folie qui anime cet auteur ou le délire d’un soir qu’il aurait couché sur le papier sur le ton le plus sérieux.

Toujours est-il qu’après lecture, je ne peux que vous conseiller de plonger dans l’œuvre de cet auteur qui est devenu un maître pour toute la génération des surréalistes.