02/12/2008

La Bête humaine

bete humaine 1

 

Emile Zola, La Bête humaine

 

Les classiques. On les réfère, on les admire, on prétend ne pas s’en passer quand on ne donne pas tout simplement l’impression de tous les connaître, de tous les avoir lus.

Grattez un peu sous ce maquillage et vous verrez que très peu savent vraiment de quoi ils parlent. Une rumeur. A peine, certains se souviennent-ils d’une lecture laborieuse du temps où ils étaient jeunes et beaux, sur les bancs des écoliers.

Aujourd’hui, si on parle de classiques, on fait immédiatement rejaillir les légendes de bouche à oreille, celles des écoliers forcés, celles de ceux qui étaient trop jeunes, celles enfin de ceux qui se faisaient une belle jambe du texte.

Les légendes. Oh ! Pas un mince murmure imperceptible, mais presque une armée en campagne contre laquelle il est peu de défenses et qui sapent véritablement nos meilleurs livres.

Pourquoi lire des classiques ? C’est presque résumer la question à pourquoi lire. Que pensez-vous qu’il adviendra à nos bons livres d’aujourd’hui, vos coups de cœur ? Pensez-vous que demain, ils ne deviendront pas à leur tour des classiques ?

 

Vous l’avez compris, j’ai, encore une fois, décidé de vous présenter un de nos auteurs les plus brillants. Son nom seul fait frémir les cours de récré, il s’agit d’Emile Zola.

L’œuvre est vaste, le choix est large. Et si nous nous arrêtions sur une formidable affaire policière, un roman lancé à toute allure comme une locomotive dans les méandres de la folie humaine, voire même animale ?

Vous l’aurez compris si vous connaissez bien vos légendes, j’ai choisi La Bête humaine.

De quoi s’agit-il ?

A vrai dire, d’une histoire passionnante et terriblement compliquée à raconter car les intrigues se croisent et s’entrecroisent pour donner l’impression de se multiplier à l’infini.

 

Jacques Lantier est mécanicien chef à bord d’un train qui fait la liaison entre le Havre et Paris. De la Manche jusqu’à la capitale, il charrie régulièrement des centaines de voyageurs.

Un soir que sa machine tombe en panne, il profite d’un chômage technique de deux jours pour rendre visite à sa vieille tante qui vit avec sa fille et son mari en pleine brousse non loin de Rouen. La personne qu’il découvre là est une dame terriblement usée, souffreteuse, malade, presque agonisante. Sa tante avait, il y a peu, fait un héritage de 1000 francs (ancien) et n’avait pas voulu les partager avec son mari par crainte qu’il ne les dépense. Depuis, elle le soupçonne d’essayer de l’empoisonner.

Lors de ce même séjour, Jacques retrouve du même fait sa cousine Flore, qui semblait n’attendre que lui. Ils se rapprochent, se retrouvent dans la campagne désertique. Seuls les trains passent non loin, grondant leur présence.

La nuit tombée, ils sont seuls dans le jardin. Pourtant, au moment d’embrasser Flore, Jacques sent une pulsion lui remonter du fond de son être. L’envie de tuer. De tuer immédiatement, de prendre un couteau et de l’enfoncer dans cette gorge offerte.

Il s’enfuit. Il se croyait délivrer de ce mal et voilà qu’il le reprend au détour du chemin.

Instinct sauvage, violent, d’une bête qui vit au fond de lui prête à mordre.

Courant toujours plus loin, à l’ombre des étoiles, il évolue entre campagne et civilisation, entre prairie et voie ferrée jusqu’à son arrivée à l’entrée d’un tunnel.

L’envie d’en finir se heurte au manque de courage. Un bruit de train. L’omnibus de Paris qui file vers Le Havre.  Moteur, engrenages, roues, il l’entend rugir dans ce couloir sombre, une deuxième bête pour crever celle qui dort en lui.

Manque de force, il ne fait que regarder passer le train. Il file, file dans la nuit comme s’il ne remarquait pas l’âme en peine juste à côté de lui. Le train ne fait que passer, il attire le regard mais il ne voit rien, ni la détresse de Jacques, ni la lente agonie de cette femme que son mari empoisonne chaque jour un peu plus.

Pourtant, le jeune mécanicien, lui, a les yeux ouverts. Un éclair, une image fugace. Dans le dernier wagon, un homme est en train de se faire poignarder.

Le train est déjà loin. Qu’a-t-il vraiment vu ?

 

Trois grands thèmes dans ce livre : roman policier, roman ferroviaire, roman sur la folie criminelle.

Zola, inutile de vous le cacher est un écrivain réaliste, même naturaliste. Comme vous le savez, ces écrivains s’attachent à dépeindre la réalité en évitant les manœuvres du romantisme. Des personnages plausibles, une intrigue réaliste, possible, plausible et des décors solides.

Le réalisme veut capter le réel, figer le réel ou à tout le moins, en donner l’illusion.

Est-ce à dire que ça ne peut fournir que des romans plats, sans suspens, sans passion, sans intérêt ? Faux, au moins pour ce livre. Dans la Bête humaine, on vit l’histoire à cent à l’heure, dans le doute constant et le besoin incessant de savoir ce qui va se passer.

Qui est l’homme du train ? Qui sont ses assassins ? Jaques réussira-t-il à résister à cet animal qui le ronge de l’intérieur ? Sa tante se sortira-t-elle des griffes de son mari ?

Histoire psychologique qui plonge au cœur du comportement des individus et de leurs passions ; histoire judiciaire qui témoigne de l’injustice, du complot, des arrangements, de la bêtise du pouvoir ; histoire de trains qui rappelle les débuts du cheval de fer, le plaisir de remonter dans une machine à vapeur.

J’ai déjà beaucoup parlé et j’aurais encore beaucoup à dire sur cet ouvrage.

Vous dire que les descriptions, parfois macabres, ou glauques, sont loin d’être d’un ennui mortel comme le raconte les légendes. Vous dire que Zola fait preuve d’un talent incroyable pour raconter des histoires, que sa plume est tout simplement magique et légère, terriblement moderne et sans une seule ride.

L’homme est-il une bête ou la bête un homme ? Vous le saurez seulement en lisant.

Pour ma part, après un livre aussi surprenant, aussi intéressant, J’accuse… le coup.

 

Bonne lecture !

Ecrivain89 – Quentin

 

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